XXXV. — Èvêques d'Albi
Guillaume-Pierre se^ démit peu de temps après de l'évêché d'Albi, entre les mains du cardinal légat, sans doute à cause de son grand âge, car il possédoit cet évêché depuis l'an ii85. Ce prélat, qui étoit de la maison de Bérens^, retira'* en 1202 l'église de Sainte-Martiane des mains de Guillaume Oalric, qui en étoit abbé chevalier, de Raimond, son fils, & de ses filles qui l'opprimoient. Il réforma les chanoines réguliers qui desservoienl celle de Saint-Salvi, 8c dont il avoit été du nombre avant son élévation à l'épiscopat. Il leur accorda la permission d'élire leur prévôt, liberté dont ils avoient été privés pendant cinquante ans^. Le pape Grégoire IX, ayant approuvé sa démission, ordonna au chapitre d'Albi, le 20 décembre de l'an 1227, à cause du péril où étoit la foi dans le pays, d'élire un évêque dans l'espace de quinze jours, avec le conseil de l'archevêque de Bourges, métropolitain du pays; sinon il déclare qu'il avoit enjoint à ce prélat d'en nommer un de son autorité. L'ancien évêque 81 trois députés du chapitre furent nommés pour aller trouver l'archevêque à Rocamadour, en Querci, 8c convenir avec lui de cette élection. L'ancien évêque ne put faire le voyage 8c les trois autres élurent, le 28 d'avril suivant, à l'instigation du même archevêque. Durant, archidiacre de Bourges. Quant à Guillaume, il vécut encore trois ans après avoir fait sa démission 8c mourut au mois de mai de l'an i23o<'; il fut inhumé dans le chapitre du cloître de la cathédrale de Sainte-Cécile, contre la coutume de ses prédécesseurs, qui avoient leur sépulture dans l'église de Sàint- Salvi.
' Archives de l'hôtel de ville d'Albi, [Cet acte ' [Corrige^ Brens.]
dans Doat, v. io5, f° 277; voyez tome V, c. 1341, ■• Cette réforme, que nous avions d'abord fixe'e
n. 6').] à l'an i 1 85, est postérieure à 1 20<') & antérieure à
' GalUa Chrht'iana, nov. éd. t. i, p. i5 & seq.; l'an 1208. — Conférez tome IV, p. 58r, tome V
Instrum. p. 6 & seq. — Archives de la cathédrale c. 1408, & Erratum, c. 2235. [A. M.] d'Albi. [Doat, v. io5, f i38) voyez tome V, * Martène, j<m;i;. CoHfcf. t. 6, c. 494.
c. i336, n"' 33 à 35.] — Baluze, Miscellanea, t. 4, ^ Le 22 mai, d'après l'ancien obituaire deSainte-
p. 487, & Historia Tutelcnsis, p. 529 & seq. Cécile; cf. Compayré, p. 283. [A. M.l (Potthast, n"» 8086, 8088; lettres à l'archevêque de Bourges & au chapitre d'Albi.]
XXXVf, — Le comte Raïmond prend divers châteaux. — Mort de Gui de Mo ntjbrt, frère de Simon.
Le comte de Toulouse s'étant remis en campagne', l'hiver suivant*, assiégea 8c prit le château de Saint-Paul, situé dans le Toulousain sur l'Agout^j il fit divers autres progrès dont nous ne savons pas le détail. Il paroît'^ que Pierre- Bermond, son cousin germain, prit les armes en sa faveur dans le bas Languedoc, 8c qu'il rompit la trêve qu'il avoit conclue avec Bernard Pelet, coseigneur avec lui d'Alais. Les François, de leur côté, ne demeurèrent pas oisifs; ainsi la guerre continua avec feu de part 8c d'autre. Elle fut funeste à Gui de Montfort, frère puîné du fameux Simon, qui fut tué d'un coup de flèche à la tête, le 3i de janvier de l'an 12285, ^■^^ siège de Vareilles, dans le comté de Foix. Gui de Montfort étoit seigneur de la Ferté-AIais, en Beauce; il avoit eu en partage cette seigneurie, qu'il transmit à Philippe, son fils, avec ses droits sur diverses places que Simon, son frère, lui avoit données dans le pays conquis par les croisés. Il avoit eu ce fils** d'Elvise d'Ybelin, sa première femme, qu'il avoit épousée en 1202, à la Terre-Sainte. Il s'étoit remarié^ en secondes noces dans le pays avec Briande, sœur de Lambert de Monteil Adhémar, en Provence, veuve de Lambert de Thurei, chevalier françois, à qui Simon de Montfort avoit donné en fief la baronnie de Lombers, en Albigeois. Elle avoit eu un fils de ce premier lit 8c elle en eut un autre de Gui de Montfort, son second mari, auquel elle survécut. Ce fils du second lit fut nommé Gui, comme son père, 8c il succéda à sa mère 8c à son frère utérin dans la seigneurie de Lombers.
XXXVIÏ. — Siège 6- prise de Castelsarrasin par Raimond. — Beaujeu prend
Montech £< est battu.
Le comte Raimond assiégea 8, vers Pâques de l'an 1228, la ville de Castelsarrasin, située sur la Garonne, à sept lieues de Toulouse; il emporta bientôt le corps de la place, en sorte que la garnison qui la défendoit fut obligée de se retirer dans la tour du château. Il fortifia ensuite si bien son camp par
■ Peu de tempi auparavant, Grégoire IX avait contractés ou plutôt reconnus par Raimond VII,
engagé le comte de Champagne à chasser les mar- le 19 novembre 1227, probableraen,t à Toulouse, chands de Toulouse des foires de son comté. Pot- [A. M.]
thast, n. 8073 j lettre du 5 décembre 1227. [A. M.] ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXXIX, ce. 861
' Le i3 janvier 1228, il exempta les habitants & 862. de Rabastens du péage qu'il percevait à Gaillac & ' Guillaume de Puylaurens, iliJ. — Praeclara
k Confoulens (confluent du Tarn & de T'Agout (?) Francorum facinora,-— Voyez tome VII, Note XXV,
sur eau ou sur terre j il déclare dans la charte pp. 71, 72.
qu'il leur fait cette concession à cause des grands ' Histoire généalogiijue lies grands officiers, t. 6,
services qu'ils lui ont rendus. [A. M.] p. 79.
An 1228
'Guillaume de Puylaurens, c. 87. — Voyez 'Voyez tome VII, ?/o(e XLIV, n. 2, p. 125.
eulet, t. 2, pp. l35 81 i36, d'après J, 32o, n. 42, ' Guillaume de Puylaurens, c. îy.
J. 3 17, n. 16, deux actes relatifs à des emprunts
An 1228
des lignes de circonvallation & de contrevallation que les troupes françoises '^u"i"'''3Ïs jointes à divers seigneurs du pays, qui accoururent au secours des assiégés, n'osèrent l'attaquer. Humbert de Beaujeu, qui s'étoit retiré dans ses terres après la campagne précédente, étant venu dans le pays sur le bruit de ce siège, s'avança quelque temps après à la tête d'un corps de troupes, accompagné des archevêques de Narbonne & de Bourges, & des évêques de Toulouse 8(. de Carcassonne ; mais il n'osa non plus rien entreprendre & s'arrêta au voisinage pour observer les démarches du comte. L'évêque de Toulouse campoit auprès de la commanderie de Ville-Dieu de l'ordre des Templiers : les habitans du lieu ne voulurent pas recevoir ses troupes, parce qu'ils avoient été aux prises avec les François qui étoient venus au secours de Castelsarrasin. Enfin frère Gui de Bruciac ou de Brussac, commandeur de Ville- Dieu, reçut l'évêque de Toulouse & lui fournit des vivres dont ses troupes avoient un extrême besoin. Durant le séjour que ce prélat fit à Ville-Dieu, des jeunes gens conjurèrent de le livrer au comte de Toulouse, mais la conjuration fut découverte.
Beaujeu, ne pouvant donner aucun secours à Castelsarrasin, entreprit, pour faire diversion, du conseil des prélats Si des barons de son armée, le siège de Montech, château situé aux environs. 11 le força à se rendre au bout de quelques jours, 6i il y fit prisonniers Othon de Terride, de la m^iison de risle-Jourdain, Othon de Linières & quelques autres chevaliers qui le défendoient. La prise de ce château par les François n empêcha pas celle de Castelsarrasin par le comte Raimond, qui accorda la vie sauve à la garnison, laquelle fut obligée de capituler, parce qu'il ne lui restoit plus de quoi subsister.
Si nous en croyons un auteur ' contemporain, qui passe pour suspect, Pv,ainiond remporta une victoire signalée sur les François après la prise de Castelsarrasin. « Vers ce temps-là, dit cet historien, le roi de France envoya un « corps considérable de troupes en Provence pour combattre le comte de « Toulouse & le chasser du pays. L'armée françoise apprenant que ce comte « étoit à Castelsarrasin, qui lui appartenoit, résolut de l'y assiéger. Le comte, « averti du dessein des François, se mit en embuscade avec un corps de « troupes dans une forêt voisine où il les surprit. Ces peuples se défendirent « avec beaucoup de courage; mais ils eurent le malheur, outre les morts, « de laisser prisonniers quinze cens chevaliers 5i deux mille sergens armés. « Le comte fit dépouiller ceux-ci jusqu'à la chemise, 8c après avoir fait arra- « cher les yeux aux uns, couper le nez & les oreilles ou enfin les bras & « les pieds aux autres, il les renvoya ainsi pour jeter la terreur parmi ses « ennemis. Quant aux chevaliers, ce prince, après s'être saisi de tous leurs « équipages, les fit renfermer dans une étroite prison. Ce combat fut donné « auprès de Castelsarrasin, le 18 de mai de l'an 1228. Et, pour le dire en « peu de mots, les François furent mis en fuite ou faits prisonniers trois
' Matthieu Paris, an. 1228. [Tout ce récit est probablement inventé à plaisir ]
' An 1228
« diverses fois en différentes occasions, durant cet été, par le comte de Tou- « louse. »