‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 244 sur 342 · XXXVIII. — Les François ravagent les environs de Toulouse · texte numérisé non relu

XXXVIII. — Les François ravagent les environs de Toulouse

Humljert de Beaujeu, après avoir' été spectateur inutile de la prise de Castelsarrasin, s'avança jusqu'à Lavaur dans le dessein d'aller assiéger Saint-Paul sur l'Agoutj mais il changea bientôt d'avis Se s'approcha de Toulouse. Il campa au voisinage de cette ville vers la Saint-Jean-Baptiste, dans un lieu appelé Pech-Almari, situé vers le levant, & ayant été joint par les archevêques d'Auch & de Bordeaux, par divers évêques, barons 8<. communes de Gascogne, il ravagea toutes les vignes qui occupoient les hauteurs. Il transféra ensuite son camp à Montaudran 8t partagea ses troupes en trois corps, dont l'un fourrageoit tous les jours les moissons, l'autre rasoit les maisons fortes du pays, Se le troisième déracinoit les vignes. C'est ainsi que les François, ayant l'évêque de Toulouse à leur tête, portèrent la désolation dans les environs de cette ville pendant l'espace de trois mois qu'ils y séjournèrent. Après cette exécution militaire, les prélats, les barons, les chevaliers 6< les peuples de Gascogne s'en retournèrent, 81 le reste de l'armée s'avança vers Pamiers. Beaujeu s'arrêta dans la plaine de Saint-Jean de Verges, d'où il soumit tout le pays de Foix jusqu'au Pas de la Barre; il établit ensuite des garnisons dans toutes les places qui étoient de défense 8t congédia ses troupes. Pendant ce temps-là le comte de Toulouse reçut ^ à Gaillac, en Albigeois, le 8 de juin^

l'hommaee des chevaliers dû château de Montaipu, dans le même pays, au no. origin. , , ^ '^ -^ . '• "1, p. 369.

nombre de trente-deux, St étant à Rabastens, le 6 de juillet suivant, les seigneurs de Najac, en Rouergue, lui firent le leur, en présence de Roger- Bernard, comte de Foix, d'Othon de Terride, Pilfort de Rabastens, &ic.

XXXIX, — Le pape proroge la légation du cardinal de Saint-Ange 6- lui ordonne de travailler à la paix du comte de Toulouse.

Le pape Grégoire IX ^ ne cessoit cependant d'exhorter le jeune roi & la reine Blanche, sa mère, à poursuivre vivement la guerre d'Albigeois, tandis que le cardinal Romain de Saint-Ange, qui leur étoit entièrement dévoué, continuoit de faire lever en leur faveur, avec une rigueur extrême, les décimes sur tout le clergé de France, comme on voit par une de ses"* lettres datée du

5 de décembre de cette année. Le pape avoit résolu de le rappeler; mais il le continua dans^ sa légation à la prière du roi 8t l'établit son légat alatere,

■Guillaume de Puylaurens, c. 37. — Voyez légation est du 21 mars 1128; cf. Potthast,

tome VIII, Chartes, n. CCCXLIII, c. iTioy. n. 8i5o. — La bulle originale pour la dispense

' Mss. Colkert, n. 1067. [Lat. 6009, p. 142.] du mariage, qu'on peut voir au tome VIII, d'après

' Raynaldi, an, 1218, n. 2 8t suiv. un vidimus du cardinal-légat, est au Trésor de»

* Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXXXI, ce. 869 chartes, J. 435, n. 1-2. Cf. Teulet, t. 2, p. 140.

6 870. [Corrige^ 5 juin, au lieu de 5 décembre.] Elle est du 25 juin 1228. [A, M.] ^ Raynaldi, ut suya. — La nouyelle bulle de

Au lZ2<i

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tant en France qu'en Provence & dans les provinces de Lyon, Tarentaise, Embrun, Vienne, Aix 8< Arles. Le pape donna ordre à ce cardinal, quinze jours après ', de travailler de toutes ses forces à la conclusion de la paix entre le jeune roi Se R.aimond, comte de Toulouse, 8t lui donna pouvoir, en cas qu'on pût y parvenir par le mariage de l'un des trères du roi avec la iille du comte, de dispenser de la parenté qui étoit entre eux^.

XIj. — Paix des seigneurs de Termes avec le roi 6* l'Eglise.

Pierre, archevêque de Narbonne, 8c Clarin, évêque de Carcassorne, travailloient fortement, d'un autre côté, à détacher du parti de Pvaimond, les sei2;neurs du pays qui tenoient encore pour ce prince, & ils engagèrent enfin les deux frères Olivier & Bernard de Ternies à les prendre pour médiateurs & à conclure leur paix avec l'Église & le roi. Elle fut arrêtée à Narbonne, le 2 1 de novembre^, & ces deux chevaliers déclarèrent, en présence des deux prélats & de Gui de Lévis, maréchal, qu'ayant été jusqu'alors seigneurs de Termes, ils cédoient au roi Louis le château de ce nom Si qu'ils les en mettoient en possession au nom de ce prince. « Quant au reste du pays de Ter- « menois, ajoutent-ils. Se aux domaines de nos vassaux, tant chevaliers « qu'autres, qui ont été & qui seront réconciliés à l'Eglise, nous nous en « remettons à la miséricorde du roi, & nous les recevons en commende de la « part de ce prince, de vous Gui de Levis, maréchal, comme nous les possé- « dions dans le temps que le feu roi vint à Avignon. Enfin nous promettons « d'être fidèles au roi Se à ses héritiers Se de l'aider contre ses ennemis S< « ceux de l'Église. « L'archevêque de Narbonne, l'évêque de Carcassonne Se Gui de Lévis scellèrent cet acte de leur sceau Se promirent de le faire sceller des sceaux des nobles hommes Humbert, seigneur de Beaujeu, qui est dans le pays de la part du roi de France 6" du seigneur Philippe de Montforti II fut passé en présence de Pierre de Voisins, d'André, sénéchal du Toulousain, Sec. D'où nous inférons : i° Que Gui de Lévis, Pierre de Voisins Se les autres chevaliers françois, à qui Simon de Montfort avoit fait part de la conquête Se qui en avoient été dépouillés depuis la mort de ce général, furent rétablis dans leurs domaines en 1226, par le roi Louis VIII, lorsque ce prince «ut repris la plus grande partie du pays. 2° Que Louis VIII Se le roi saint Louis, son successeur, firent gouverner, depuis l'an 1226, par un sénéchal la partie du Toulousain qu'ils avoient soumise sur le comte Raimond.

'Le 9 juillet 1128, Grégoire IX écrivit aux étaient un peu hyperboliques, & que le ton de

consuls & au peuple de Narbonne pour les remer- ces deux lettres ne rappelle guère celui des bulies

cier de leur attachement à la foi & des secours qu'ils que les papes Innocent III & Honorius III écri-

avaient prêtés au cardinal-légat de Saint-Ange. virent plus d'une fois aux habitants de la même

On trouvera une traduction de cette bulle dans ville. [A. M.)

rinventaire des archives Je Narbonne, série AA, ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CXC, ce. 900,

p. 1 iq. Le 12 avril 1233, Grégoire IX écrivit de 901, [& plus haut, p. 629.]

nouveau à ce sujet aux habitants de Narbonne & ' Ibid. n. CLXXXII, ce. 877 & 878.

au vicomte. Il faut reconnaître que ces éloges

An 1 220

XLI. — L'abbé de Grandselve fait des propositions au comte Raimond qui les accepte &< convient d'un projet de paix.

Le légat, voyant que les ravages exercés par le seigneur de Beaujeu dans le Toulousain avoient fort découragé le comte Raimond 8t les habitans de Toulouse, Si que ce prince, abandonné de la plupart de ses alliés & de ses vassaux, étoit d'ailleurs hors d'état de continuer la guerre, crut que le moment étoit favorable pour lui faire des propositions de paix Se pour l'amener au point qu'il avoit concerté avec la reine mère &t le conseil du jeune roi. Dans cette vue, il lui ' envoya Elle Guarin, abbé de Grandselve, qui alla joindre le comte à Baziége, dans le Lauragais, à quatre lieues de Toulouse, où ils conférèrent ensemble. Raimond écouta volontiers les propositions de paix, 8i après être convenu avec l'abbé de Grandselve de s'assembler incessamment à Meaux, en Brie, dans le domaine de Thibaud, comte de Champagne, que ce prince avoit pris pour médiateur, il donna à cet abbé son plein pouvoir'-, daté de Toulouse le lo de décembre de l'an 1228. Raimond y déclare « que désirant (1 de tout son cœur rentrer dans l'unité de l'Église, 8c demeurer dans le <i domaine, la fidélité Se le service de son seigneur le roi de France 8c de la « dame reine mère, sa cousine, il leur envoie, ainsi qu'au cardinal Romain, « légat du Saint-Siège, Elie, abbé de Grandselve, pour traiter avec eux de la x^t\\"^l^%'o

« paix, à laquelle cet abbé avoit longtemps travaillé; l'établit son procureur

« 8c promet, du conseil de ses barons 8c spécialement des consuls de Tou- ^" '^^9 « louse, de ratifier tout ce qu'il fera avec le conseil, 8c du consentement de « son très-cher cousin Thibaud, comte palatin de Brie Se de Champagne, Sec. » L'abbé de Grandselve étant retourné en France convint avec le comte de Champagne de divers articles que R^aimond ratifia par des lettres datées du mois de janvier de l'an 1228 (1229). Nous les omettons parce que qu'ils sont à peu près les mêmes que ceux qui furent arrêtés à Paris, au mois d'avril suivant, 8c dont nous parlerons bientôt; on les peut voir d'ailleurs dans nos preuves^.

XLIL — Conférence de Meaux pour la conclusion de la paix. — Raimond jure de l'observer devant la porte de la cathédrale de Paris.

Le cardinal de Saint-Ange, après avoir tenu"* deux conciles touchant l'ajj'aire d'Albigeois, l'un à Sens, à la Nativité de Notre-Seigneur, l'autre à Senlis, à la Purification, se rendit ^ à Meaux, au temps marqué pour la conférence qui y avoit été indiquée. Le comte Raimond s'y rendit aussi avec

' Guillaume de Puylaurens, c. %(). * AlWric, Chronicon.

'Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXXXIII, ' Guillaume de Puylaurens, c. Sp.

ce. 878 à 883.

' liij. — Voyez Martine, T/ies. anecdot. t. 1, c. 943 & suiv.

An 1229

l'archevêque de Naibonne, les évèques de la Province, un certain nombre de députés de la ville de Toulouse & divers autres prélats que le légat y avoit appelés. Enfin, après ([u'on y fut convenu des articles de la paix, l'assemblée se transféra à Paris pour y consommer cette grande affaire avec le roi, qui approuva le traité dont on dressa deux copies' authentiques, l'une au nom de ce prince & l'autre au nom du comte Raimond ^. Le roi, le cardinal ^ Romain, légat du Saint-Siège, £<. le comte se rendirent ensuite le Jeudi- Saint "*, 12 d'avril de l'an 1229, devant le grand portail de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, & là, après la lecture faite du traité, le comte fit serment de l'observer dans tous ses points, en présence du cardinal-évêque de Porto, légat en Angleterre, d'Otton, cardinal-diacre du titre de Saint-Nicolas in carcere Tulliano, qui alloit légat en Dace, des archevêques de Sens 8c de Narbonne, des évêques de Paris, Autun, Niraes, Maguelonne, Toulouse, & de toute la Cour.

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