‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 259 sur 342 · LIVRE V1NGT-CINQ UIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE V1NGT-CINQ UIÈME

Concile de Bé-^iers.

JEAN de Buniin, archevêque de Vienne £<. légat du Saint-Siégc, assembla ("^("{["p"'"', le concile de la province de Narbonne à Béziers, après que Raimond', comte de Toulouse, eut fait publier son édit contre les hérétiques. Dans An uS^ ce concile, qui fut tenu le quatrième dimanche de carême, 2 d'avril de l'an 1234, on confirma^ les canons qui avoient été dressés au concile de Narbonne de l'an 1227, & on y dressa vingt-six nouveaux canons. Il est d'abord ordonné d'excommunier tous les dimanches les hérétiques ou leurs fauteurs; de se saisir de leurs personnes partout où on les trouvera, 8c de les présenter à l'évêque ; de tenir pour hérétiques ceux qui, ayant été réconciliés à l'Eglise, ne portoient pas sur leurs habits les deux croix, suivant l'ordre des évêques, 8cc. Ensuite il est enjoint aux curés de tenir un état de tous ceux qui étoient suspects d'hérésie dans leurs paroisses 81 de veiller à l'observation des statuts du concile de Toulouse, avec défense aux seigneurs de donner ou de vendre leurs baillies ou offices publics à des gens suspects. Les canons qui suivent regardent la discipline ecclésiastique 8c régulière. Enfin il est ordonné, dans i.'iu,°p!*i,'oi. le dernier, à tous ceux qui avoient atteint l'âge de quatorze ans Se au-dessus, de promettre par un nouveau serment d'observer la paix.

■ Guillaume de Puylaurens, c. 42. — Voyez ' Catcl, Histoire des comtes Je Tolose, p. .'>^8 &

terne VU, Note XXVIII, pp. 8p, 90. suiv. — Concilia, t. 2, c. .friG & seq.

ir. — Troubles arrivés à 'Narhonne. — Les hah'itans de la cité £• ceux du bourg se jont la guerre.

Pierre', archevêque de Narbonnc, ordonna en conséquence, du conseil & du consentement de l'archevêque de Vienne, légat du Saint-Siège, & des évoques de Nimes, fjéziers, Toulouse & Elne, aux habitans de la cité Se du bourg de Narbonne, âgés de quatorze ans & au-dessus, de prêter ce serment. Il leur enjoignit de jurer de garder la foi catholique, de poursuivre les hérétiques, de favoriser l'Inquisition, de rompre la trêve qu'ils avoient faite avec Olivier de Termes 8c ses alliés, de renoncer à toutes les associations & ligues formées entre eux, Sic. Les consuls de Narbonne prêtèrent ce serment, le i" d'octobre de l'an 1234; mais ils firent difficulté de jurer l'observation de quelques articles que l'archevêque leur avoit prescrits. Se par lesquels ce prélat paroissoit vouloir exiger quils lui fissent serment de fidélité, comme à leur seigneur temporel, au préjudice des droits du roi 8c de leur vicomte Aymeri. Pour entendre ce qui engagea l'archevêque de Narbonne à exiger le serment sur ces articles, il faut reprendre les choses de plus haut.

Il se forma à Narbonne^, entre les habitans du bourg, au mois d'octobre de l'an 1219, une confédération par laquelle ils se promirent un secours mutuel pour la conservation de leurs droits; sauf ceux de l'Eglise, du cardinal légat 8c des seigneurs de la cité Se du bourg, qui étoient l'archevêque, le vicomte Aymeri 8c l'abbé de Saint-Paul; se réservant de juger eux-mêmes tous les dittérends qui s'élèveroient entre eux. Cette confrérie, qu'on nomma de l'Amistance ou de l'amitié, tut composée de tous les artisans du bourg. Elle subsistoit depuis plusieurs années, lorsque le P. François Ferrier, Catalan de naissance, prieur des frères prêcheurs de Narlx)nne, ayant découvert, au mois de mars de l'an 1234^, un hérétique qui divulguoit ses erreurs dans le bourg, le déféra à la justice de l'archevêque 8c du vicomte. Ce religieux, emporté par l'excès d'un zèle qui ne connoît point de bornes, alla ensuite à la tête d'une troupe de sergens chez un des habitans du bourg, nommé Raimond d'Argens, qu'il prétendit être suspect d'hérésie 8c qu'il conduisit en prison. Cette action excita une grande rumeur parmi les confédérés qui, s'étant attroupés, enlevèrent le prisonnier 8c le ramenèrent chez lui. Le lendemain, le vicomte Aymeri ayant assemblé les chanoines des chapitres de Saint-Just 8c de Saint-Paul, avec les frères prêcheurs Se les frères mineurs, délibéroit avec eux sur cette affaire, lorsque le P. Ferrier s'étant levé, excommunia tous les fauteurs des hérétiques, nommément Raimond d'Argens, avec ceux qui l'avoient retiré de sa prison. L'archevêque étant survenu, convint avec le vicomte d'arrêter prisonnier de nouveau ce même bourgeois 8c de mettre garnison chez lui. Les confédérés s'étant rassemblés de leur côté devant

' Tome VIII, Chartes, n. CCXV, c. 98 i & siiiv, ^ Peicin, Monumenta convcntus Tolosani, p. 52.

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc , p. 6o3 & suiv.

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la maison de leur confrère, et voyant venir l'archevêque 8t le vicomte pour l'enlever, jettent leurs capes, crient de toutes leurs forces, Tue, tue, donne sur eux, & les obligent à s'enfuir, eux & le prieur des frères prêcheurs qui les accompagnoit, après les avoir fort maltraités. L'archevêque tenta inutilement d'apaiser la sédition, il ne put rien gagner; ainsi il se crut obligé de jeter l'interdit sur le bourg de Narbonne & d'excommunier tous les confédérés par une sentence du 24 de mars de l'an 1234. Il aggrava cette peine, au mois de mai suivant, 8c excommunia tous ceux qui auroient quelque commerce avec les confédérés, lesquels, pour se venger, se saisirent de ses domaines & de ceux de l'abbé de Saint-Paul, causèrent de grands désordres dans Narbonne 8c chassèrent l'archevêque de la ville'. Ce prélat, étant revenu au mois de juillet, essuya plusieurs insultes de la part des habitansdu bourg, qui se soumirent cependant, vers la fin de septembre, 8c lui prêtèrent, au commencement d'octobre, le serment dont on a déjà parlé.

Cette soumission ne rendit pas cependant le calme à la ville de Narbonne. Le prieur des dominicains ayant reçu un ordre de son provincial de faire une nouvelle recherche des hérétiques dans le diocèse, l'archevêque lui donna pour adjoints l'archidiacre de Razès 8c son officiai, avec permission d'informer contre ceux du bourg, mais non contre ceux de la cité. Le prieur monta alors en chaire 8c déclara publiquement que tous ceux qui viendroient, dans l'es- i!\ii°p^ll's. pace de quinze jours, faire leur confession ne recevroient aucune punition, excepté ceux qui étoient déjà diffamés pour fait d'hérésie; mais que, passé ce temps-là, on ne feroit aucune grâce, soit à ceux qui n'auroient pas dit la vérité, soit à ceux qui ne se seroient point présentés. Les habilans du bourg, pour traverser les procédures de l'inquisiteur, en appelèrent au pape, au roi

■ Ce fut sans cloute peu après l'expulsion de Ne tenant aucun compte des canons du concile l'archevêque que les consuls du bourg de Narbonne de Toulouse, ils agissent suivant leur bon plaisir écrivirent à ceux de Nimes une lettre justificative & sans règle. Dans un sermon public, frère Ferque Ménard a publiée (Histoire Je Nimes, t. I, rier a calomnié le bourg & ses habitants; alors pr. 73-75). Dans cette lettre, ils se plaignent de quelques imprudents, à l'insu & sans l'aveu de» l'arcbevéque & des inquisiteurs qui, malgré leur consuls & autres prud'hommes, ont attaqué In offre d'ester à droit, les ont excommuniés, en dé- maison des frères prêcheurs & y ont fait du défendant de payer les collectes que la communauté gât. 'Intervention des consuls qui châtient les pourrait réclamer; aux notaires publics de rédi- émeutiers. L'archevêque excommunie le bourg; il ger des actes privés pour les habitants du bourg; aurait retiré sa sentence pour une certaine aux médecins de les soigner, aux prêtres de leur somme d'argent; les consuls, confiants dans leur administrer les sacrements ou de recevoir leurs innocence, ont refusé de payer leur absolution, confessions, sauf z l'article de la mort & sous Us terminent leur lettre en se plaignant de l'arbonne caution. — Ils se plaignent ensuite de la chevêque, qui a oublié tous les services rendus par rigueur apportée par frère Ferrier & ses collègues ei,x à la foi, du temps du comte de Montfort, & dans l'exercice de l'inquisition; ils n'observent les éloges dont à cette époque les légats & luipas les règles canoniques, confisquent les biens même les ont honorés.

des innocents, mettent à mort secrètement dans Comme nous analysons plus bas la défense des

l'intérieur des prisons, adressent aux accusés, siin- consuls de la ciié & de l'archevêque, nous avons

pies gens sans instruction (simplices & illiterati), jugé utile de donner ici celle des consuls du

des questions captieuses sur des points obscurs & bourg, dont les termes sont beaucoup plus mo-

controversés de philosophie & de théologie, par dérés & dont le dire paraît mériter au moins

exemple la nature de l'âme & le moment de sa autant de confiance que celui de leurs adversai-

naissance, & les condamnent s'ils se contredisent. res. [A. M.]

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& au légat; & cet appel lui lia les mains. Ils allèrent néanmoins iiouver l'archevêque au nombre de plus de cinq cens, le i'^'' de décembre de cette année, lui demandèrent pardon du passé & le prièrent de leur rendre leo prisonniers, avec offre de lui taire toutes les satisfactions convenables. Ce prélat leur refusa leur demande, sous prétexte qu'ayant porté par leur appel cette affaire devant le légat, ce dernier, assisté des évêques du pays, avoit confirmé sa procédure & sa sentence. Les troubles continuèrent donc dans Narbonne, & les habitans de la cité a}ant embrassé le parti de l'archevêque, firent une guerre ouverte à ceux du bourg, qui composoient la moitié de la ville'. Us s'assiégèrent les uns les autres &c se battirent en plusieurs rencontres; de sorte qu'il y eut beaucoup de sang répandu. Enfin ces peuples convinrent, le 4 d'avril de l'an 1286 de la Nativité, par l'entremise de l'abbé de Fontfroide & de Bérenger de Boutenac, viguier du vicomte, d'une trêve que deux cens des principaux habitans du bourg & autant de la cité jurèrent d'observer. Cependant Jean de Fricamps, sénéchal dans le pays d' Albigeois (ou de Carcassonne), négocia la paix. Ceux du bourg, qui l'avoient pris pour arbitre, prièrent Raimond, comte de Toulouse, de cautionner pour eux; ce que ce prince leur accorda par le ministère de Pons de Villeneuve, son sénéchal de Toulouse, 8c de plusieurs autres de ses chevaliers^. Jean de Fricamps, s'étant fait autoriser d'un autre côté par le vicomte de Narbonne, rendit une

' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXI, c. looo des Lecoq, & par les consuls du bourg, touchant

& suiv. — Catel, Mémoires de l'histoire Au Lan- certains articles imposés à ceux-ci par le prélat

gueJoc, p. 147; Histoire des comtes Je Tolosc, (voir tome VIII, ut supra). Elle ne parle que de

Chronique, p. 172. [Chronique de Saint-Paul de la lutte à main armée qui recommença presque

Narbonne j cf. tome V,c. 40]. immédiatement, & raconte aussitôt l'expulsion

^ Après ce compromis, les consuls de la cité, des frères prêcheurs Se le pilhige de leur couvent,

l'archevêque, le vicomte de Narbonne & l'abbé de C'est alors qu'intervient le comte de Toulouse;

Saint-Paul écrivirent une longue lettre au roi; les consuls de la cité, qui, ici, semblent altérer

lettre datée da 3i juillet (i236) (Teulet, t. 2, quelque peu la vérité, le représentent comme un"

pp. 321 à 323), & qui présente les faits sous un auxiliaire dévoué des habitants du bourg, entrant

tout autre aspect. Tout en tenant compte de l'ani- dans le bourg, y amenant les chevaliers faidits,

mosité qui divisait les deux partis, il faut bien qui occupaient encore la campagne, Olivier de

reconnaître que la version que nous allons ana- Termes, Géraud de Niort & leurs alliés, & souie-

lyser n'est pas entièrement invraisemblable. — nant les liabitants à main armée. C'est alors que

Les plaignants commencent par rappeler que le les consuls de la cité & leurs alliés se décident à

bouig de Narbonne servit toujours de lieu de re- recourir à la protection du roi & à lui envoyer

fiige aux hérétiques. Frère Ferrier ayant ordonné leurs plaintes par écrit.

des enquêtes & des arrestations, les habitants se Sans accorder à cette lettre une confiance abjOsoulevèrent & se portèrent à des voies de fait sur lue, on peut remarquer qu'elle complète heureusela personne des consuls de la cité, de l'archevêque ment les indications fournies par les autres actes; S< de l'inquisiteur. Excommuniés pour ce fait, ils tous les détails ne sont peut-être pas exacts, mais ne tinrent longtemps aucun compte de l'excom- la suite des événements y est assez bien observée, municaticn, retenant les biens de l'archevêque & 8c on a là un curieux exemple des luttes civiles refusant de lui payer ses droits. Enfin ils com- qui ensanglantaient parfois les villes du Midi. Il promirent entre les mains de Jean, archevêque de semble que Pcrcin ait puisé les détails que dora Vienne, légat du pape, & se soumirent auxvolon- Vaissete lui a empruntés plus haut dans la lettre tes de l'archevêque. C'est alors sans doute que ce- que nous venons d'analyser, en y ajoutant, bien lui-ci rendit sa sentence d'octobre 1234 (tome VIII, entendu, tous ceux que sa trop ficondc imagmacc. 981 à 983). La lettre passe ici sous silence les tion pouvait lui suggérer. Peut-être aussi a-t-il ijclamations présentées au sénéchal du roi. Eu- employé ici le récit de CiiiUem Pelhis'.e. [A. M.]

sentence, au mois de mars de l'année suivante, condamna les habitans de la cité de Narbonne à réparer les dommages qu'ils avoient causés à ceux du bourg, ordonna à ceux de ces derniers qui avoient pris part au meurtre de quelques-uns des autres, d'aller servir pendant un certain temps contre les infidèles, soit en Espagne, soit outre-mer, 81 défendit aux uns & aux autres de se liguer à l'avenir par aucune sorte de confédération. Le vicomte Aymeri pardonna ensuite à ceux du bourg Se leur rendit son amitié.

III. — Les hérétiques chassés de la Province passent en Espagne

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