y sont défaits
Les frères prêcheurs, à qui le soin de l'inquisition contre les hérétiques étoit nouvellement confié, agirent partout ailleurs avec une égale vigueurj 8<. nous apprenons d'un historien du temps' que plusieurs sectaires de la Province, ne pouvant se dérober à leurs poursuites, se réfugièrent au delà des Pyrénées, où ils s'emparèrent à main armée de diverses villes, ordonnèrent des évêques de leur secte, &c commirent de grands désordres; que les peuples du pays s'étant croisés les défirent dans une bataille rangée, au printemps de l'an 1234, leur enlevèrent leurs places & les exterminèrent entièrement.
IV. — Soulèvement en Albigeois contre les inquisiteurs de la foi.
La sévérité extrême dont usèrent d'abord les nouveaux inquisiteurs envers ceux qui étoient accusés ou soupçonnés d'hérésie, aigrit extrêmement les esprits des peuples, qui les maltraitèrent en divers endroits. En Albigeois, trois frères prêcheurs*, qui avoient été envoyés à Cordes pour y chercher les hérétiques, y furent, à ce qu'on assure, massacrés par les habitans en i233, Deux autres religieux du même ordre, nommés Arnaud Catalan & Guillaume Pelisse, qui exerçoient l'inquisition à Albi, par ordre de leur provincial, y firent d'abord brûler vifs deux hérétiques, Se imposèrent pour pénitence, à douze autres citoyens de cette ville, d'aller servir outre-mer pendant un certain temps. Frère Arnaud Catalan rendit ensuite une sentence'* pour faire exhumer les corps de quelques personnes qui étoient mortes dans des sentimens erronés. Il choisit le jeudi d'après la Pentecôte de l'an 1234, jour auquel l'évêque d'Albi tenoit le svnode dans la cathédrale de Sainte-Cécile, pour faire exécuter son jugement; 8<. il ordonna au bailli Se aux officiers de ce prélat de faire déterrer, entre autres, une femme qui étoit inhumée dans le cime-
■ Matlhitu Paris, année 1234. — Seul Matthieu ' Percln, Monumenta conventus Tolosani, p. 48,
Piru mentionne ce fait, du moins à notre con- n"' 11 & \J; — Martj/rei Avinioneti, c. 2 & seq.
naissance, & cet auteur est tellement sujet à eau- ' Martène, Tkesaurui novus anecdotorum, t. r,
tion <|u'il est difficile de supposer qu'il ait seul c. 985 81 seq. connu un fait aussi important, qu'il était fort capable d'inventer. [A. M.]
An 12^4
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tière de l'église de Saint-Etienne, Ces officiers, craignant d'exciter une émotion populaire, refusèrent d'obéir. L'inquisiteur se rendit alors lui-même sur les lieux, suivi de quelques ecclésiastiques, 6c là, ayant pris un hoyau, il i.Vii,°p'.^404. donna les premiers coups pour déterrer le corps, laissa le reste à faire aux gens de l'évêque, 8c. se rendit au synode. 11 n'est pas plutôt entré dans l'église cathédrale que les gens de l'évêque viennent l'avertir qu'ils avoient été chassés du cimetière par le peuple attroupé. Cette opposition n'ayant fait qu'irriter son zèle, il retourne sur les lieux pour se faire obéir. Il se voit bientôt environné de deux ou trois cens personnes qui, s'étant jetées sur lui, le maltraitent & crient : Que ce traître sorte de la ville, qu'il meure ^ il n'est pas permis de le laisser vivre? On l'entraîne ainsi dans une rue voisine; mais il s'échappe heureusement, retourne dans le cimetière & ensuite dans la cathédrale, &. là il excommunie toute la ville en présence de l'évêque, du clergé Si du peuple. Quelques-uns des séditieux, touchés de repentir, promirent alors par serment, à l'évêque, de donner satisfaction, 8t prièrent l'inquisiteur de leur pardonner. Celui-ci répondit qu'il oublioit volontiers tout ce qui regardoit sa personne; mais que pour l'injure faite à l'Église St au pape, il ne pouvoit ni ne devoit la pardonner : il se relâcha toutefois de sa sentence, à la prière de l'évêque 6t. de toute l'assemblée '.
V. — Les inquisiteurs sont chassés de Toulouse avec l'évêque de cette ville
6" les frères prêcheurs.
Le tumulte fut encore plus grand à Toulouse : les deux inquisiteurs, frère Pierre Cellani 8c frère Guillaume Arnaud, firent citer à leur tribunal* tous ceux qu'ils crurent pouvoir aisément convaincre d'hérésie, 8c les condamnèrent. Durand de Saint-Bars, viguierdu comte, voulut ensuite exécuter leur jugement 8i faire brûler vif un de ceux qui avoient été condamnés; mais cet homme se disant chrétien Se bon catholique, la populace s'attroupa 8c empêcha l'exécution, en murmurant hautement tant contre les inquisiteurs que contre le viguier. Cependant le criminel ayant été reconduit en prison 6c ayant refusé de se convertir, ceux qui l'avoient défendu jusqu'alors l'abandonnèrent. Se le viguier le fit brûler vif avec plusieurs autres que le bailli du comte avoit amenés de Lavaur 8c qui avoient été remis à l'évêque de Toulouse. Les deux inquisiteurs allèrent ensuite faire la recherche des hérétiques clans le Querci, 8c firent exhumer à Cahors plusieurs corps qu'on brûla après les avoir traînés dans les rues. Ils se rendirent de là à Moissac, oii ils firent brûler plus de deux cens hérétiques. L'un des accusés, ayant trouvé moyen de s'échapper, se réfugia dans l'abbaye de Belleperche, où il prit l'habit reli-
' Percin, auquel dom Vaissete a emprunté le rédigé par un témoin oculaire, & qui paraît ab-
récit de cette émeute d'Albi, n'avait fait que tra- soluraent sincère & tout à fait exact, (Voir plus
duire un fragment ajouté à la fin de la chronique bas.) [A. M.]
de Guillem Pelhisse, & qui est peut-être de cet ' Guillaume de Puyiaurens, c. 43. — Percin,
auteur. C'est une espèce de procès-verbal des faits ut supra.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV. 68n ~~ T"
gieux; mais on continua les procédures, Se, comme il s'enfuit en Lombardie, il fut condamné par contumace. Ces exécutions jetèrent une grande terreur parmi le peuple.
L'abbé de Saint-Sernin de Toulouse se chargea de la recherche des héréti-
ques dans cette ville, durant l'absence des inquisiteurs, Se fit prendre, en i235, An 1235 de concert avec le viguier du comte, un habitant du bourg de Saint-Sernin, ou du faubourg de Toulouse, qu'on prétendoit être leur fauteur. Quelquesuns de ses compatriotes l'enlevèrent aussitôt de prison Se le firent évader. Les inquisiteurs, informés de cet enlèvement, retournèrent à Toulouse Se firent citer plusieurs personnes à leur tribunal, avec promesse de ne condamnera la prison, à l'exil ou à la confiscation des biens aucun de ceux qui, dans un certain temps, viendroient faire devant eux une confession sincère; car, ajoute l'ancien auteur de qui nous tenons ce récit, « le comte Raimond avoit « accordé aux frères inquisiteurs que tous ceux qui diroient la vérité ne per- « droient rien de leurs biens, Se plusieurs de ceux qui avouèrent leurs fautes «i de bonne foi éprouvèrent cette grâce. »
Cependant les inquisiteurs ordonnèrent d'exhumer, dans divers cimetières, ceux qu'ils assuroient être morts dans l'hérésie. Se, après avoir fait traîner leurs cadavres à demi pourris ou leurs ossemens dans toutes les rues de Toulouse, ils les firent brûler. Cette conduite excita une nouvelle rumeur dans la ville, dont les consuls députèrent au comte, pour le prier de venir mettre quelques bornes au zèle excessif de ces religieux. Ce prince, étant arrivé, pria les inquisiteurs de suspendre pour un temps leurs poursuites, à cause des inconvéniens qui pourroient en arriver; mais ils refusèrent dé l'écouter. Raimond s'adressa alors à l'archevêque de Vienne, légat du Saint-Siège, auquel il se plaignit surtout de frère Pierre Cellani, qui devoit lui être plus attaché que tout autre, à cause qu'il avoit été domestique du feu comte, son père, Se qui étoit devenu son ennemi capital'. Il pria le légat d'empêcher que cet inquisiteur exerçât plus longtemps ses fonctions dans le Toulousain, Se il ,'^|'îj°'^'^''';5 obtint sa demande. L'archevêque de Vienne l'envoya dans le Querci, où, s'étant associé avec deux autres religieux de son ordre, il parcourut tout le pays, Se y fit le procès à divers hérétiques. Le départ de Pierre Cellani ne ralentit pas le zèle de Guillaume-Arnaud, son collègue, Se des autres frères prêcheurs de Toulouse, ses confrères. Frère Guillaume fit exhumer de nouveau les corps de plus de vingt personnes du faubourg Se de la ville de Toulouse, qu'il fit brûler publiquement, après les avoir fait traîner par les rues. Il condamna en même temps comme hérétiques plusieurs personnes vivantes, entre autres Arnaud-Roger, qui fut ensuite évêque parmi les sectaires. Quelques-uns de ceux qui furent condamnés, entre lesquels étoient plusieurs personnes de condition, prirent la fuite S< se réfugièrent à Montségur, où ils furent pris dans la suite Se brûlés vifs.
■ Le I 5 mai i 23 'i, Grégoire IX exhorta le comte thast, n. 9904). On voit quelles étaient les dispose les capitouls à favoriser de tout leur pouvoir siiions des deux parties; aucune ne voulait rien les frères prêcheurs & les autres inquisiteurs (Pot- céder. [A. M.]