‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 271 sur 342 · ravage la Camargue · texte numérisé non relu

ravage la Camargue

Le pape écrivit sans doute une lettre semblable à Raimond, comte de Toulouse; mais ce prince avoit des liaisons trop fortes avec Frédéric pour y déférer. Il continua, en effet, la guerre contre le comte de Provence, suivant les ordres que l'Empereur lui en avoit donnés. Il se rendit maître* du pont de Bonpas sur la Durance, où il établit une garnison pour s'assurer du passage, & entra dans le comté ^ de Provence, où il fit le dégât & poussa vivement le comte P^aimond-Bérenger. Celui-ci, se voyant extrêmement pressé, eut recours aux François qui s'étoient établis aux environs du Pv.hône depuis la paix de l'an 1219, 6t à la noblesse du même pays qui avoit prêté serment de fidélité au roi en conséquence de ce traité. Les uns & les autres, ayant formé un corps d'armée, marchèrent au secours du comte de Provence; mais Raimond leur ayant dressé une embuscade, les surprit au passage & les défit entièrement. Ce comte soumit ensuite une vingtaine de places, tant en deçà qu'au delà du P».hône, lesquelles appartenoient au roi ou au comte Raimond- Bérenger. Il se saisit entre autres du château "♦ de Trincjuetaille, séparé de la ville d'Arles par le Rhône, & situé dans l'île de Camargue, assiégea cette ville par eau & par terre avec le secours des Marseillois, ses sujets, pour la remettre sous l'obéissance de l'Empereur, Se la tint assiégée pendant la plus grande partie de l'été de l'an 1240,

Le roi d'Angleterre"', informé de la guerre que Raimond faisoit au comte de Provence, son beau-père, écrivit à l'Empereur & lui demanda grâce pour ce prince. Le roi de France, qui étoit aussi gendre du comte de Provence, mit sur pied sept cens chevaliers Se un grand corps d'infanterie, avec ordre de marcher vers le Rhône, Se écrivit à Frédéric pour savoir si c'étoit par scn ordre que Raimond faisoit la guerre à ses sujets. L'Empereur lui répondit qu'il n'avoit garde de vouloir exercer quelque hostilité contre la France; mais que si quelques François voisins des terres du comte de Toulouse, pour faire leur cour au beau-père de leur roi, avoient marché inconsidérément St sans ordre au secours de Raimond-Bérenger, on ne devoit pas être surpris qu'ils eussent été battus, parce qu'ils étoient les premiers agresseurs, 6<. qu'il est naturel de repousser ceux qui nous attaquent; qu'au reste, son dessein étoit d'éviter toute occasion de rupture entre la France Si l'Empire, Se que dans

■ Archives du cliâieau de Foix. * Guillaume Je Puylaurens, c. .).'!.

• Héliot, Ordres monaslK/ues, t. 2, p. 285. ' Matthieu Paris, pp. 53-? & !)'.i-^,

' M.itthieu Paris, année t?.^^.

An 1240

cette vue il falloit se rendre réciproquement ce qui avoit été pris, & réparer

Éd. origin. ]e clommaee de part 8c d'autre. Raimond écrivit de son coté au roi : il excusa t. m p. 420. ^ *

la conduite de l'Empereur Se eut soin de l'informer du véritable état des

choses. Il leva ensuite le siège d'Arles 8c se retira, après avoir ravagé toute

l'île de Camargue. Le roi rappela alors les troupes qu'il faisoit marcher vers

la Provence.

XXXV. — Raîmond pacifie les troubles d'Avignon 6- retourne à Toulouse,

Raimond se rendit dans leVenaissin, où il s'employa' à pacifier quelqiies troubles qui s'étoient élevés à Avignon, à l'occasion suivante. Cette ville, après s'être érigée en république, avoit choisi pour podestat ou principal magistrat, sous le bon plaisir de l'Empereur, un comte, nommé Bernard, zélé pour les intérêts de ce prince, mais peu propre au gouvernement. Bernard, par sa conduite, indisposa contre lui une grande partie des Avignonois, déjà partagés entre l'Empereur 8c le comte de Provence. Ceux qui tenoient pour ce dernier s'étant mis en armes, résolurent de chasser le podestat, Se ils n'auroient pas manqué de livrer ensuite la ville aux ennemis de Frédéric, si le comte Raimond ne l'eût empêché. Ce comte, qui étoit généralement aimé à Avignon, fit demander, à la prière du comte Bernard 8c des principaux habitans, qu'on l'élût lui-même pour podestat. L'élection de Raimond se fit en effet; il étoit sur le point d'aller prendre possession de cette charge, lorsque le comte Gautier, vicaire général de l'Empereur dans le royaume d'Arles, le pria par ordre de ce prince de la lui céder. Raimond, dans la vue de ménager les intérêts de Frédéric, fit quelque difficulté; mais enfin il fit sa démission par un acte daté de l'Isle, dans leVenaissin, le 11 d'août de l'an 1240, en présence de Bernard, comte de Comminges, 8c de plusieurs seigneurs qui lavoient suivi sans doute à la guerre de Provence; il alla le lendemain a Avignon pour installer le comte Gautier dans la dignité de podestat de cette ville, 8c fit encore'' quelque séjour dans le pays. Il prit ensuite la route de , sa capitale, Se en passant à Penautier^, auprès de Carcassonne, Guillaume d'Ulmeio, sénéchal de cette ville, vint le trouver Se le pria de joindre ses armes aux siennes pour chasser du pays les ennemis du roi, qui en avoient déjà soumis une grande partie.

XXXVI. — Trencavel, à la tête de divers seigneurs, reprend sur le roi une partie des anciens domaines de sa maison.

Trencavel, fils de feu Pvaimond-Roger, vicomte de Béziers, Carcassonne, Sec, étoit le principal auteur de cette révolution'*. Ce vicomte, après avoir été

' TomeVIII, Chartes, n. CCXXX, ce. !o37 à 1 oSp. iinissin par Raimond VII aux seigneurs ie ce

[Le nom de ce comte était Bérard & non Bernard.] nom; acte du 22 août 1240.]

" Manuscrits de Colhert, n. 1067. [Lat. 6009-, ' Guillaume de Puylaurens, c. 43.

p. 578. Inféodation de la ville de l'Isle-en-Ve- ■* Cette tentative de 1240 est aujourd'hui beau-

' '' An i2/,o

dépouillé, en i;:6, par le roi Louis VIII, de tous les domaines de ses ancêtres, qu'il avoit repris sur les croisés, s'étoit tenu depuis au delà des Pyrénées, sous la protection du roi d'Aragon, en attendant une occasion favorable de les recouvrer. Enfin, ayant formé une ligue avec divers seigneurs du pays, ses anciens vassaux, & étant favorisé secrètement', ce semble, par le comte de Toulouse, il parut en' armes, pendant l'été de 1240, dans les diocèses de Narbonne & de Carcassonne, suivi de quelques chevaliers catalans ou aragonois, 81 de plusieurs autres du pays, dont la plupart avoient éié proscrits pour hérésie. Les principaux étoient Olivier de Termes, Raimond de Orzals, Raimond-Hugues de Serre-Longue, Raimond de Villeneuve & Hugues de Romegous, son neveu, Jourdain de Saissac, &C. Avec leur secours, Trencavel soumit bientôt sans coup férir plusieirrs châteaux de ces deux diocèses, qui lui ouvrirent les portes; entre autres Montréal, Montolieu, Saissac, Limoux, Asillan Se Lauran. 11 fit passer par le fil de l'épée la garnison de quelques autres qui refusoient de se rendre, 8c, après s'en être assuré, il fit le dégât aux environs des places qui demeuroient fidèles au roi. Un progrès si rapide étonna les François établis dans le pays, & la plupart des prélats Si. des seigneurs, ne se croyant pas en sûreté chez eux, abandonnèrent leurs villes 8t leurs châteaux, 81 allèrent chercher un asile dans la cité de Carcassonne avec leurs familles Se leurs effets, tant à cause qu'elle étoit la plus forte place du pays que pour empêcher Trencavel de s'en emparer. L'archevêque de Narbonne 8c l'évêque de Toulouse s'y rendirent des premiers, 8t ce dernier prélat, qui passoit pour fort éloquent, alloit de temps en temps dans le bourg de Carcassonne pour exhorter les habitans à la fidélité envers le roi. Cependant on eut soin de pourvoir la cité de toute sorte de munitions : on avança les vendanges, dont le temps n'étoit pas éloigné; on répara les murailles 8c on prépara tout ce qui étoit nécessaire pour soutenir un siège, jusqu'à l'arrivée du secours qu'on envoya demander en France.

XXXVII. — Raimond refuse de secourir le sénéchal de Carcassonne contre Trencavel, — Seigneurs de Save-^.

Les choses étoient dans cette situation, lorsque le comte Raimond, passant , "ifj '"''*''"• à Penautier, vers la fin du mois d'août, le sénéchal de Carcassonne le pressa de s'unir à lui pour combattre Trencavel Se ses associés. Le comte répondit qu'il délibéreroit là-dessus avec son conseil, quand il seroit arrivé à Toulouse; il continua son chemin Se augmenta par cette conduite les soupçons

coup mieux connue qu'au dix- huitième siècle, général des anciens domaines de la maison de

grâce à la publication du rapport de Guillaume Béziers. |A. M.]

des Ormes à la reine Blanche, que nous pu- ' Guillaume de Puylaurens, c. 48. — Gesla Lii-

blioni au tome VIII (c. 1042 & suiv.), & grjce Jovici IX, ap. Duchesne, t. 5, p, 33.(. — Chro-

à un certain nombre de documents inédits.. On n'icon Sancti Mejardi Suessionenus, ap. d'Achéry,

peut voir au tome ^^II , la Nott' LI , où nous SpicUegium, t. 2, p. 797. — Albéric, Chronicon,

refaisons l'histoire de cette expédition, en mon- p. 1243. — Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLVII,

trant qu'elle entraîna un soulèvement presque c. 1128, & n. CCCXVI, ce. iSpi, i3çz.

An 1 340

de son intelligence' avec Trencavel; il s'arrêta à Castelnaudary &t y donna, le 1" de septembre, à Amanieu d'Albret l'investiture de tous les fiefs que le père de ce seigneur possédoit en Agenois. Il étoit déjà arrivé à Toulouse le 5 du même mois, & il reçut" alors dans son palais l'hommage de Bernard 81 de Fortanier de Comminges, fils de feu Bernard de Comminges, seigneur du pays de Savez, qui le lui rendirent pour tout ce pavs, 8< pour tout ce qu'ils possédoient dans le Toulousain, tant en leur nom qu'en celui d'Aymerf leur frère, en présence de Bernard, comte de Comminges; Bernard, comte d'Armagnac; Pons de Villeneuve, sénéchal de Toulouse, &c.

Bernard de Comminges, père de Bernard 8c de Fortanier qui rendirent cet hommage au comte Raimond pour le pays de Savez, étoit, dit-on^, fils puîné de Dodon, comte de Comminges; mais nous ne trouvons pas de preuve de cette filiation. Il prenoit le surnom de Sainte-Foy, parce que c'étoit le cheflieu de son domaine. Il laissa plusieurs autres enfans de Blanche d'Hunaud de Lantar, sa femme, qui lui survécut. Il disposa par son testament"* de tous ses domaines en faveur de Bernard, Fortanier St Aymeri ses fils (JMnjor'uun 6" autcabadam prae aliis suisfratribits), avec substitution de l'un à l'autre. Se donna par préciput à Bernard, qui étoit l'aîné, les châteaux de Montpezat 8t de Savignac, la milice de Quintal, 8<. trois autres châteaux à son choix. Il légua à Roger, chanoine de Saint-Etienne de Toulouse, 8<. à Gaillard, chanoine de Saint-Antonin de Pamiers, ses fils, six cens sols toulousains à chacun, 8c une pareille somme pour poursuivre leurs études quand ilsseroient parvenus à un âge compétent; quatre cens sols toulousains à Esquieu 8c Raimond-Roger, ses autres fils, pour se faire religieux; trois mille sols morlanois à Braïde, 8c deux mille à Navarre, ses filles, pour se marier, outre leurs ajustemens. Enfin il choisit sa sépulture parmi les hospitaliers de Saint-Jean de Toulouse, 8c leur légua son cheval de bataille &c l'armure de son corps 8c de son cheval, tant en fer qu'autrement, comme il convenoit à un chevalier d'être armé, pour être employés outre-mer au service de Jésus-Christ. Revenons à Trencavel.

XXXVIII. — Trencavel se rend maître du bourg de Carcassonne & assiège

la cité,

Trencavel ayant pratiqué-"' vme intelligence dans le bourg de Carcassonne, les bourgeois promirent de le lui livrer. L'évêcjue de Toulouse 8c le sénéchal de Carcassonne voulant d'un autre côté s'assurer de leur fidélité, les assemblèrent dans l'église de Notre-Dame, 8c les obligèrent à promettre par serment sur les saints Evangiles, devant le Saint-Sacrement exposé sur le grand autel

' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXX, c. loSç. * Château de Foix, caisse 7.

^ Manuscrits de Colhert, n. 1067. — [Cf. Teulet, ^ Guillaume de Puylaureiis, c. 4!). — Chronîcoii

t. I, pp. 432 &. suiv. d'après J. 014, n. 19, ori- Sancti Medardi Sucssionensis. — Chronicon Saticii

einal.J Pauli Nartone, ap. Catel, Histoire des comtes de

' Le V. \nsclme. Histoire gènéalogipte des grands Toîose, p. 171 & suiv. [Cf. tome V, c. 3p.] offuierSj t. 2, p. 63o.

de la Vierge 8c devant les saintes reliques, qu'ils seroient fidèles à l'Église & au roi, 81 à ceux qui étoient dans la cité. Le lendemain, jour de la Nativité de la Vierge, on reçut des lettres du roi, qui promettoient d'envoyer un prompt secours. L'évêque de Toulouse Si le sénéchal de Carcassonne firent part de cet avis aux prélats & aux seigneurs qui étoient dans la cité; mais la nuit même les conjurés introduisirent Trencavel 8< ses associés dans le bourg. Ce vicomte permit aux ecclésiastiques qui s'étoient réfugiés dans l'église de se retirera Narbonne,8i leur donna des lettres de sauvegarde; ce qui n'empêcha pas qu'ils ne fussent assassinés à la sortie de la ville, 8< auprès des portes, au nombre de plus de trente. Les seigneurs de Penautier se joignirent bientôt après aux rebelles, malgré les sermens qu'ils avoient fait d'obéir au sénéchal. Trencavel tenta aussitôt de se rendre maître de la cité de Carcassonne contiguë au bourg. Dans cette vue, il fit attacher le mineur aux murailles, mais les assiégés rendirent son travail inutile par des contre-mines. Les confédérés attaquèrent ensuite un moulin, situé entre la cité 81 le bourg, 8c s'en emparèrent après avoir tait passer au fil de l'épée ceux qui le gardoient; ils firent diverses ouvertures aux maisons du bourg, 6c mirent tout en œuvre pour tâcher de pénétrer dans la cité ; mais les assiégés se défendirent avec tant de valeur, qu'ils soutinrent pendant plus d'un mois tous leurs efforts, jusqu'à l'arrivée du secours que le roi avoit fait partir sur l'avis de ces troubles, après avoir tenu un parlement ou assemblée à Bourges'.

XXXIX. — Le roi envoie une armée contre Trencavel, 6- le pays rentre dans

l'obéissance.

La plupart des anciens historiens^ ne mettent que Jean de Beaumont à la Éd.origin. , . , T , t m, p. 4SJ.

tête de ce secours; mais les monumens^ du temp's nous apprennent que Geoffroy, vicomte de Châteaudun, Henri de SuUi, Jean de Beaumont, chambellan du roi, c'est-à-dire chambrier de France"*, Ferri Pasté maréchal de France, 6c Gui de Lévis, dit maréchal de Mirepoix, avoient le commandement des troupes françoises que le roi envoya dans la Province contre Trencavel. Ce vicomte, informé^ de leur approche, abandonna précipitamment, le 2 d'octobre le bourg de Carcassonne, 8c après y avoir mis le feu en plusieurs endroits 8c en avoir fait retirer les habitans, il se réfugia avec ses associés dans le château de Montréal.

L'armée françoise acheva de ruiner le bourg de Carcassonne, d'où elle alla'^

' Albéric, Chron'icon. absolument distinctes. Jean de Beaumont était

' Geitu Ludovici IX. — Guillaume Guiard) chambellan, & le camérier était, en 1240, Jean

p. i3">. de Nanteuil. Les continuateurs de Ducange ont

'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXXII, commis la même erreur que dom Vaissete & mis

c. 1046 & suir. Jean de Beaumont au nombre des camériers de

* Le chef de l'armée royale paraît avoir été Jean France (v° Camerariuj). [A. M.]

de Beaumontj du moins les actes d» midi p.irlent '• Guillaume de Puylaurens. — Praeclara Fran-

toujours de l'arriTée de /ean </f fifaumont. Remar- corum facinora, p. |36. — Gesta Ludovici IX.—

quons ici l'erreur de dom Vaissete, qui confond le Chronicon Sancti Mcdardi.

camérier & le chambellan; ces fonctions étaient " Guillaume de Puylaurens,

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