‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 272 sur 342 · VI · texte numérisé non relu

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An 1240 '

assiéger Trencavel dans Montréal; mais la vivacité de la défense étant égale à celle de l'attaque, le siège traîna en longueur. Enfin les comtes de Toulouse & de Foix s'étant rendus au camp, réglèrent la capitulation c[ui fut acceptée de part & d'autre. Les assiégés eurent la liberté de se retirer avec armes 81 bagages; après quoi les généraux français s'assurèrent du château de Montréal. Le vicomte Trencavel repassa les Pyrénées & retourna en Catalogne, où il établit son séjour. Jean de Beaumont remit ensuite par la force, mais non sans beaucoup de peine &. de travail, sous l'obéissance du roi, les autres châteaux, dont pour abréger, ajoute un historien du temps', on omet de rapporter les noms. Nous apprenons, d'ailleurs^, que les François reprirent alors la ville de Montolieu, qu'ils la ruinèrent de fond en comble avec le château, qu'ils assiégèrent 3, au mois de novembre, le château de Pierrepertuse, situé vers les frontières du Pv.oussillon , & l'obligèrent à se rendre; que Guillaume de Pierrepertuse & Gaucelin de Campendu, qui étoient du nombre des rebelles, se soumirent le 16 de ce mois. Si qu'enfin le premier remit aux généraux françois son château de Cugugnan, dans le diocèse de Narbonne, & ses autres domaines.

XL. — Les seigneurs d'Anïort se soumettent au roi, qui unit parla au domaine

une partie du pays de Sault,

La ville d'AIet, qui s'étoit déclarée pour Trencavel, son ancien seigneur, se soumit aussi alors au roi 8< lui prêta serment de fidélité. D'un autre côté, Géraud de Niort ou Aniort, l'un des chels des conjurés, étant allé joindre l'armée françoise à Dulhac, an-dessous de Pierrepertuse, fit ses soumissions aux généraux, tant en son nom qu'en celui de sa mère, de ses frères, de ses neveux & de ses associés, & leur remit ses châteaux de Niort, de Castelpor, de la Bastide de Rochan & de Dourne, situés dans le pays de Sault, à condition que lorsqu'il se seroit présenté devant le roi, ce prince, qui pourroit garder ces châteaux, les lui restitueroit après que les nonces du pape l'auroient réconcilié à l'Eglise, avec sa mère, ses frères, ses neveux & ses alliés, sans qu'ils pussent être exilés les uns &. les autres, ni mis en prison, & que le roi s'employeroit à lui procurer cette réconciliation. « Et en cas, dit Géraud, que « le roi ne l'ait pas obtenue à la Pentecôte prochaine, ce prince me rendra « alors mes châteaux ik m'accordera un mois de trêve. »

Les généraux français, après avoir ratifié ce traité, reprirent la route de France, Se emmenèrent avec eux le même Géraud de Niort, qui leur promit de nouveau, à Issoire en Auvergne, le i3 de décembre suivant, que si de ce jour-là juscju'à quinze jours après Pâques ses frères venoient à s'échapper de la prison du roi, il seroit obligé de les représenter morts ou vifs, à peine de confiscation de ses châteaux. Le roi approuva ce traité au mois de janvier

■ Gfsta la^/ovi'c; 7X. [Guillaume de N.mgls.] ^ Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXXII,

' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLVII, c. 1 1 28. c. 1046.

An 1241

de l'an 1241, &C garda cependant les châteaux de la maison de Niort; il fit

donner en échange à Géraud une rente annuelle sur le trésor royal, & lui fit

rendre, au mois de décembre de l'an 1248, les revenus de tous ses domaines,

situés tant dans la plaine du diocèse de Carcassonne que dans les montagnes

du pays de Fenouillèdes, à condition que lui 8t ses frères n'habiteroieiit pas

dans le pays Se que leurs châteaux demeureroient sous sa main. Hugues d'Arsis,

sénéchal de Carcassonne, exécuta ces ordres en 1244. Deux ans après', le roi

ordonna à Jean de Cranis, successeur d'Hugues d'Arsis, de rendre à Bernard-

Othon, Guillaume & Guillaume-Bernard d'Aniort, frères de Geraud, le village

de Paraza, pour en jouir tant qu'il le jugeroit à propos, & il s'engagea vers le

même temps de rendre dans cinq ans la Bastide de Beauvoir en Lauragais à ^^{l[°'''^'"u

Pvaimond d'Aniort^. Enfin, Géraud d'Aniort étant mort en 1256^, le roi ne

se crut pas obligé de rien donner àses frères, parce qu'il n'avoitpas traité avec

eux, & il ordonna à son sénéchal de Carcassonne de saisir 81 de garder tous

les domaines qui leur avoient appartenu; c'est ainsi qu'une grande partie du

pays de Sault, portion de celui de Fenouillèdes, fut réuni à la couronne'^.

Jean de Beaumont St les autres généraux françois étant arrivés à la Cour, après avoir terminé leur expédition contre Trencavel, & vaincu les apostats albigeois, suivant l'expression d'un historien du temps^, le roi rendit à Dieu des actions de grâces pour une victoire si signalée. Un autre historien'' remarque que l'hiver de cette année fut si rude, qu'il eût été fort dangereux pour l'armée françoise de séjourner plus longtemps dans le pays.

XLI. — Le comte Raimond fait un voyage à la Cour, 6" traite avec le pape

contre l'Empereur.

Raimond, comte de Toulouse, se rendit'^ quelque temps après à la cour. Avant son départ 8, il reçut, le 5 de décembre de l'an 1240, l'hommage de Pierre, vicomte de Lautrec, pour le château de la Bruguière, dans le Toulousain', & donna, trois jours après, le bail de la nouvelle monnoie de Toulouse

■ Archives du domaine de Carcassonne. — Ma- * Une charte de i 145 (tome V, c. 1077) semble

nuscrits de Colhert , n. 26Û9. même faire des seigneurs de Niort une branche

' C* Raimond d'Aniort ou mieux de Niort, re- de la famille des vicomtes de Sault. Par cet acte,

paraît dans un mandement de Louis IX, d'avril Guillem d'Alaigne, vicomte de Sault, achète de

ou mai 1247 (Cf. tome VIII, ce. i 193-1194) Mo- son neveu Uzalger, fils de Gila, une partie du

lesté par Olivier de Termes, par Jean d'Arcis, territoire de Niort & tous ses droits sur la vicomte

châtelain de Cabriéres, & Tibaud de Corbeil, il de Sault. Cet Uzalger paraît avoir été seigneur de

se rendit à la Cour 8c obtint du roi un ordre au Niort. [A. M.]

sénéchal pour lui faire justice. Louis IX ordonna ' Gesta Lu(tx>v'tc'i IX, p. 334.

en même temps à son bailli de faire rendre au ° Guillaume de Puylaurens, c. 43,

plaignant deux mas à Lézignan, à lui enlevés ' liid, c. 44.

par Pierre des Voisins, un péage dont l'avait dé- ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXX, ce. 1039

pouillé Hugues d'Arcis, jadis sénéchal, & de le & 1040.

faire absoudre de l'excommunication dont l'ar- 'Le 20 décembre 1240, le comte Raimond VII

chevèque de Nar bonne l'avait injustement fra ppé. était encore» Agen. A cette date il décida, de con-

[A. M.] cert avec les prud'hommes de la Rivière (pays ri-

' Voyez tome VIII, Chartes, n, CCXXXIII, verains de la Garonne), de percevoir au port de

C. 1047 & suiv. Marmande une taxe, dite collecte, de quatre sous

Au 1241 ' '

pour être fabriquée du poids de dix-sept sols. 11 se persuada enfin qu'il ne seroit jamais bien avec le pape Grégoire IX, tandis qu'il soutiendroit le parti de l'empereur Frédéric, &<. voyant d'ailleurs que les ecclésiastiques profitoient de sa désunion avec le Saint-Siège pour lui susciter tous les jours de nouvelles affaires, il résolut enfin d'abandonner ce prince pour embrasser le parti de Grégoire. Dans ce dessein, il convint d'un traité' avec le cardinal Jacques, évêque de Palestrine, légat du Saint-Siège, & lui promit par serment « d'obéir entièrement aux ordres du pape, de l'Eglise romaine 8c du légat, & « d'aider l'Eglise romaine fidèlement & puissamment, spécialement contre « Frédéric, dit empereur, & ceux qui soutenoient le vice de son élection. » Il donna pour ses garans Roger-Bernard, comte de Foix, & Arnaud Othon, vicomte d'Auvillar, ses vassaux, avec les consuls de Toulouse, d'Agen S<. de Montauban. Il leur écrivit de Clermont en Auvergne le !*=■■ de mars, dans le temps qu'il étoit en chemin pour la Cour de France, & leur ordonna de faire un pareil serment, en son nom, entre les mains de l'évêque d'Agen, que le légat avoit commis pour le recevoir. Il s'engagea de plus^ de se trouver avec l'évêque de Toulouse au concile que le pape avoit convoqué à Rome contre Frédéric.

Raimond ayant joint le roi à Montargis, lui promit^ par serment, le 14 de mars, comme à son seigneur lige, de le servir envers tous Si contre tous; de faire la guerre de bonne foi aux ennemis de ce prince dans les pays d'Albigeois; de détruire, quand il en seroit requis, tous les châteaux qu'il avoit fait construire depuis la paix de Paris; de démolir celui de Montségur aussitôt qu'il pourroit s'en rendre maître; de chasser de ses Etats Xq^ proscrits (faiditos) 6c les ennemis du roi, Si d'aider à les chasser des domaines de ce prince; de lui faire prêter serment par ses sujets, conformément au traité de Paris, quand il en seroit requis; 8c enfin de laisser entre ses mains pendant deux ans, à compter depuis la fête de Pâques prochaine, les châteaux qu'il lui avoit livrés par ce traité; il fit toutes ces promesses, sauf les articles 8c les conventions du même traité'^.

arnaudins par tonneau de vin pour payer leurs & Tholin, ut supra, -p. 5i & suiv.). C'est proba-

créances à Gaillard Colomb & autres baviqiiiers de blement aux démêlés amenés par cette créiince

Bordeaux. Il fut stipulé que les premières recettes qu'il faut attribuer une longue guerre qui avait

serviraient à payer les trente mille sous avancés divisé les habitants de la Réole & leurs voisins

auxdits créanciers par les bourgeois de Moissar, des Etats de Raimond VII, guerre sanglante,

Marmande, le Mas, le Port-Sainte-Marie, Agen, dont plusieurs chartes du même recueil ont con-

Castelsarrasin & Montauban (Cf. tome VIII, serve le souvenir (Cf. iiitl. p. 3i & suiv.), & qui

ce. lo5i, loSz). En effet, le 27 avril précédent, avait duré plusieurs années (i:34 à iiip). II

plusieurs de ces communautés s'étaient engagées est à croire que Raimond VII avait contracté ces

à payer à Gaillard Colomb & à ses associés la obligations pour payer les lourdes indemnités

somme de deux mille marcs (Cf. Magen & Tholin, que lui avait imposées le traité de iiay, fA. M.J

Chartes d'Agen, t. i,pp. 49-^0). Cet accord per- ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXXIV,

mit au lieutenant du sénéchal de Gascogne de ce. iciiz, io53.

donner un sauf-conduit à tous les habitants ' Guillaume de Puylaurens, c. 44.

d'Agen qui viendraient négocier à Bordeaux & à ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXXV,

la Réole, & ce sauf-conduit fut approuvé par le ce. ioô3, loiij.

principal intéressé, Gaillard Colomb (Cf. Magcn ^ Nul doute que le roi n'ait exigé ce serment de

' An 1240

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