‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 273 sur 342 · XLII. — Raimond fait la paix avec le -comte de Provence · texte numérisé non relu

XLII. — Raimond fait la paix avec le -comte de Provence

Le comte de Toulouse dissipa par ce serment tous les soupçons que le roi pouvoit avoir conçus de sa fidélité; 8c pour en donner de plus grandes preuves, il se réconcilia alors avec Raimond-Bérenger, comte de Provence, qui avoit envoyé des ambassadeurs au roi son gendre, pour le prier d'interposer ses bons offices, afin que ce comte cessât de lui chercher querelle. Le roi avoit écrit en conséquence à Raimond pour le porter à épargner Raimond-Bérenger; Si le roi d'Angleterre', avec son trère Richard, lui ayant fait la même prière, ce prince, qui n'avoit plus rien à ménager avec l'Empereur, se rendit aisément à leurs instances 8t conclut la paix avec Raimond-Bérenger.

XLin. — Le vicomte de Narbonne £,> divers seigneurs se soumettent au roi,

Amalric, vicomte de Narbonne*, accompagna le comte de Toulouse à la Cour de France, & promit aussi au roi par serment, le i5 de mars, comme à son seigneur lige, de le servir envers tous & contre tous, de faire la guerre à ses ennemis d'Albigeois, de lui livrer ceux de ses châteaux qu'il lui feroit demander, S<c. Enfin, Olivier de Termes^, Pierre de Cugugnan, Bérenger son frère 8< quelques autres seigneurs du parti de Trencavcl, qui ne s'étoient 'j'j'j "''S'"/ pas encore soumis, allèrent trouver le roi à Pontoise au mois de mai, S< promirent d'obéir à ses ordres.

XLIV. — Ligue entre le roi d'Aragon (y le comte de Toulouse. — Evêques de Béliers. — Baronnie de Castelnau de Bonajbus. — iMonnoie d'Albi.

Le comte Raimond demeura peu de temps à la cour, à cause qu'il avoit promis de se trouver à Rome au concile que le pape y devoit tenir après Pâques. Il prif* la route de Marseille, suivi de l'évèque de Toulouse, dans le dessein de se mettre en mer. Le cardinal Jacques, évêque de Palestrine,

Raimond VII, à cause de sa conduite plus que inond VII avec la Cour de France peut paraître

suspecte lors de la récente tentative de Trencavel. en certains cas peu loyale; mais il suffit de se

En effet, le seigneur féodal pouvait réclamer de rappeler la manière dont on l'avait traité, en

son homme lige un nouveau serment en cas de 1229, pour lui trouver plus d'une excuse. [A. M.]

soupçon de trahison; telle était du moins la ' Matthieu Paris, année 1 241.

coutume bien établie dans l'Ile de France, au " Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXXV,

treizième siècle. D'autre part, il est bien certain ce. 10.04, 'o5j.

qu'en refusant de secourir le sénéchal de Carcas- ^ Reglstrum cur'iac Franciae. — On peut voir ces

sonne, en 1240, Raimond VII avait commis un serments publiés d'après les originaux dans Teu-

acte peu conforme à son serment de fidélité. De- let, t. 2, p. 449. Le même auteur donne : 1" la

puis déjà longtemps il préparait son soulèvement promesse d'Olivier de Termes pour le château

de 1242; il semble même que ce soit pour s'assu- d'Aguilar & pourtous ses domaines, qu'il soumet,

rer un appui qu'il ait cherché à se rapprocher haut & tas, à la volonté du roi; 2° une promesse

de Frédiric II; voyant que celui-ci ne pouvait analogue des seigneurs de Cugugnan (/i/.-/. p. 4.O0)/

l'aider, il finit par l'abandonner & chercha à ob- [A. M.)

tenir l'appui de Grégoire IX. La conduite de Rai- ^ Guillaume de Puylaurens, c. 44.

An ,j,, 726 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV,

légat du Saint-Siège, avec divers prélats François & espagnols, les avoient précédés, 8c après s'être ejnbarqués au port de Nice, ils étoient arrivés à Gênes. Le comte de Toulouse, à son passage à Lunel, y rencontra Jacques, roi d'Aragon, qui s'y ctoit rendu pour contérer avec lui. Jacques étoit arrivé à Montpellier dès le 12 de mars de cette année'. Il y termina alors, par la médiation de Bernard, évêque de Béziers, les différends qu'il avoit avec Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne, touchant la justice de Montpellier & de Montpelliéret, le cens des juiis & les autres droits de leurs domaines. Il fut dit entre autres, dans l'accord qu'ils passèrent ensemble, qu'on n'appelleroit jamais à l'évêque des sentences rendues par le roi ou ses lieutenans dans la cour de Montpellier. Ce prélat céda au roi Jacques tous les droits qu'il prétendoit sur le consulat de cette ville, l'exercice de la justice criminelle dans ses propres domaines, 8tc., & le roi reçut tout cela en fief de l'évêque.

Bernard de Cuxac, évêque de Béziers, qui moyenna cet accord, mourut le 23 de janvier^ de l'année suivante. On voit, en effet, que le siège épiscopal de Béziers étoit^ vacant le 26 de janvier de Van 1242 de la Nativité, par vine protestation que les chanoines de la cathédrale de Narbonne firent ce jour-là, contre Pierre leur archevêque, en cas que ce prélat voulût confirmer, sans leur participation & au préjudice de leurs droits, l'évêque de Béziers qui devoit être élu. Cette élection tomba sur Pv.aimond de Vallauquez, d'une ancienne maison du pays'*.

Le roi d'Aragon & le comte de Toulouse, dans l'entrevue qu'ils eurent à Lunel, convinrent^, le 18 d'avril de l'an 1241, du traité suivant : 1° Ils se liguèrent envers tous & contre tous, pour la défense de la foi catholique 8t de l'Église romaine, nommément contre les hérétiques & tous les autres} excepté de la part du roi contre le roi de Castille & le comte de Provence, &. de la part du comte contre les rois de France Se de Castille; 2° le roi d'Aragon promit à Raimond d'agir fortement à la cour de Rome pour engager le pape à lever la sentence d'excommunication & d'interdit qui avoit été

' D'Achéry, Spicilegium, t. lo, p. 181 & seq. que rinltiaU, & à ne mettre qu'un évêque entre ' Gallia Chrlstiana, t. 2, c. 48, & nov. éd. t. 6. Bernard de Cuxac & Raimond de Salle. [A. M.] 5 Voyez tomeVIII, Chartes, n. CCXLII, c. 1080. '' Manuscrits de Cotslin, n. 686. — Cf. tomeVIII, * Le nouveau Gallia Christiana , & avec lui ce. loaS à io58, où nous donnons cette pièce d'a- M. Mabille (tome IV, p. 266), ne donne pas Rai- près l'original du Trésor des chartes. — Cette mond de VaiUiauquez pour successeur immédiat convention donna lieu à la rédaction de deux à Bernard de Cuxac. Ils placent entre ces deux actes: l'un, du 19 avril, traité d'alliance entre les prélats trois autres évéquesj le premier du nom deux princes envers & contre tous, sauf les rois duquel on ne connaît que l'initiale R., archi- de Castille & de France & le comte de Provence; diacre de Saint-Nazaire, élu peu avant le 17 fé- l'autre, du 28 avril suivant, convenant d'une trêve vrier 1243. Un second. P., qui souscrivit au concile . entre eux, leurs hommes & leurs royaumes, pour de Narbonne de 1244; un troisième, Raimond de deux ans. Quant à la clause relative au mariage Salle, dont le nécrologe de Saint-Nazaire place la du comte Raimond avec la fille du comte de Promort au 20 juillet 1247 (voyez tome VIII, c. 260). vence, elle se trouve dans l'acte du 5 juin, ou Comme ce dernier texte dit qu'il occupa le siège plutôt du 6 juin 1241, passé à Montpellier, & deux ans, cela reporte son élection au milieu de que dom Vaissete indique plus bas, d'après Zu- 1245. Nous serions d'ailleurs assez disposé à iden- rita [A. M.] tifier ces deux évèques obscurs dont on ne connaît

' ' An iîi)!

lancée contre sa personne & ses domaines, Se pour obtenir la dispense nécessaire afin qu'il pût épouser Sancie, fille du comte de Provence. Le lendemain, 19 d'avril, Raimond reconnut', sous certaines conditions, tenir en fief de Durand, évêque d'Albi, le château de Bonafous en Albigeois, que Sicard d'Alaman tenoit en fief de lui-même. Barrai de Baux &. divers autres seigneurs furent présens à cet acte avec Gui Fulcodi, dont le nom paroît ici pour la première fois : le comte de Toulouse l'employa depuis dans diverses affaires, £< il parvint enfin à la papauté sous le nom de Clément IV.

C'est au même Sicard d'Alaman que le château de Bonafous doit son origine. Ce n'étoit auparavant qu'un lieu ^ désert inhabité, appelé le Pit'i de Eonafocens, que le comte Raimond inféoda à ce seigneur, sous l'albergue de cent chevaliers, 5c le service militaire de deux chevaliers & trois sergens, à condition qu'il y construiroit un château ou une ville. Ce château fut destiné' quelques années après par Raimond pour la fabrique des raimondens d'Albi, monnoie qui devoit avoir cours dans l'Albigeois, le Rouergue & le Querci, S< dont le comte, l'évêque d'Albi 8t Sicard d'Alaman partagèrent le profit. On l'appela dans la suite Castelnau de Lévis, parce qu'il passa dans une branche de la maison de Lévis. C'est une des baronnies dont les seigneurs entrent tous les ans aux Etats de la Province.

XLV. — Divers prélats de la Province tombent entre les /nains de l'Empereur.

Evêques de Nimes.

Tandis ([ue Raimond'* conféroit à Lunel avec le roi d'Aragon, l'évêque de Toulouse, qui étoit à sa suite 8<. qui devoit l'accompagner en Italie, s'avança jusqu'à Beaucaire. Il y rencontra divers prélats françois qui, n'ayant pu s'embarquer pour aller au concile & qui, n'osant s'exposer à faire le chemin Éd.origin. par terre, de peur des embûches que l'empereur Frédéric leur avoit dressées, s'en retournoient chez eux. La crainte de tomber entre les mains de ce prince, qui faisoit tous ses efforts pour empêcher la tenue du concile, n'arrêta pas l'évêque de Toulouse : il poussa jusqu'à Aix 8c se rendit à Marseille, avec plusieurs évêques 8c abbés, pour y attendre une occasion favorable de faire le trajet. Raimond, à qui la ville de Marseille étoit soumise, l'y joignit bientôt après. Ils étoient résolus de se mettre au plus tôt en mer avec les pré-

■ Tome VIII, Chartes, n. CCXXXVI , ce. io58, chevauchée & l'ost, dans le diocèse d'Albi. Il np-

loip. prouve d'avance toutes les coutumes que ledit Si-

' Archives de l'évéché d'Albi. — Voyez cette card pourrait accorder aux futurs habitants de la

charte dans Compayré, £iuiej AiJloriyaej, pp. 3 12- nouvelle ville. Ces coutumes, qui sont datées du

3i3. Elle est datée de Toulouse, i5 janvier 1234 11 mai izHô, ont été publiées dans le même ou-

(v. st.). Par cet acte, Raimond Vil donne en fief vrage, pp. 3i3 à 32o. Elles sont en langue vul-

à Sicard Alaman le pays de Bonafous, dont il gaire. [A. M.]

énojice les limites, avec permission d'y élever une ' Tome VIII, Chartes, n. CCLXXX , ce. 124Ô,

ville, dont Sicard & ses successeurs percevront tous i 247.

les revenus; le comte ne se réserve qu'une albergiie ■* Guillaume de Puylaurens, c. 44. — Matthieu

annuelle de cent chevaliers montés, 8c le service Paris. — Raynaldi, année 1241, n. 53 & suiv. de deux chevaliers & de trois fantassins pour la

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