‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 274 sur 342 · I. UI, p · texte numérisé non relu

I. UI, p

An 1Z41

lats qiiî s'y étoient rassemblés, lorsqu'ils apprirent que l'Empereur, qui avoit armé une puissante flotte, s'étoit saisi le 3 de mai, après un- rude combat, de la plupart des vaisseaux sur lesquels les évêques qui étoient à Gênes s'étoient mis pour passer à Pvome; Si cette nouvelle les 'fit renoncer au dessein de s'embarquer. Entre les prélats cjui étoient sur les vaisseaux génois, quelques-uns eurent le bonheur de se sauver, entre autres l'archevêque d'Arles &. l'évêque du Puyj mais le plus grand nombre tomba entre les mains de Frédéric, savoir : l'évêque de Palestrine, légat du Saint-Siège; les archevêques de Rouen, Bordeaux, Auch & Besançon; les évêques de Carcassonne, Agde, Nimes, &C., que l'Empereur fit conduire prisonniers dans le ro\aume de Naples'. Ce prince relâcha quelque temps après, à la prière du roi^, tous les évêques François; mais Arnaud, évêque de Nimes, St. quelques autres étoient déjà morts durant leur captivité. Arnaud décéda à Avellino, dans la terre de Labour^, 6c fut d'abord inhumé dans la cathédrale de cette ville; son corps fut porté dans la suite dans celle de Nimes. Pvaimond fut élu à sa place.

XLVI. — Le comte Raïmond fuît hommage de Beaucaire à l'archevêque d'Arles.

Le comte 6< l'évêque de Toulouse"*, ayant perdu toute espérance de passer en Italie, prirent la route du Rhône. Le premier alla faire un tour dans son marquisat de Provence, Se étant à Cavaillon^, dans la chambre de l'évêque de cette ville, le 3o de mai de l'an 1241, il v déclara, en présence des évêques d'Albi, de Carpentras 6c d'Orange, à Jean, archevêque d'Arles, qu'il tenoit de lui en fief, 6<. de l'église d'Arles, le château de Beaucaire 6c la terre d'Argence. Ensuite il fit hommage pour tous ces fiefs à ce prélat, qui lui en donna l'investiture, avec promesse de l'aider de tout son pouvoir à les recouvrer, Se à les conserver, de faire une vive guerre, Si d'y employer tous les moyens spirituels 6c temporels.

XLVIL — Nouveau traité entre Raïmond, le roi d'Aragon &- le comte de Provence. — Le premier répudie Sancie d'Aragon, sa femme, pour épouser Sancie, file du dernier.

II paroît par là que Raimond avoit formé le dessein de recouvrer les anciens domaines de sa maison situés à la droite du Rhône, qu'il avoit cédés au roi

' Le 3i juillet 1241, le p^pe écrivit aux prélats reproche durement à Frédéric II sn conduite enprisonniers pour les consoler de leur innlhcur vers ses fidèles & le menace de son inimitié. (Potthast, n. iioôo). Dans cette lettre il nomme [A. M.) les évêques de Nîmes, Carcassonne & Agde. ' Voyez tome V, Chroniques, c. 3o. — GiUia

[A. M.] Christiana, t. 3, c. 779.

' La lettre écrite à l'Empereur par Louis IX, à ■* Guillaume de Puylaurens, c. 44.

cette occasion, est donnée par Guillaume de Nan- ' Tome VIII, Chartes, n. CCXXXVI, ce. loôj,

gis dans sa Vie de saint Louis {Hist. de France, 1060. t. 20, p. 332), Elle est assez hautaine, & le roi

An lî-ji

par le traité de Paris de l'an 1229, car la ville de Eeaucaire & le pays d'Argence étoit de ce nombre, à moins que rarchevê(|iie d'Arles, qui se prétendoit suzerain de ce dernier pays, ne crût être en droit d'en disposer à son gré'. Quoi qu'il en soit, Raimond cimenta peu de temps après d'une manière encore plus forte, la ligue qu'il avoit déjà tormée avec Jaccjues, roi d'Aragon, qu'il alla joindre à Montpellier. Il conclut avec lui & avec Raimond- Bérenger, comte de Provence, qui s'y étoit rendu de son côté, un nouveau traité daté du 5 juin^. Ils convinrent : 1° que le roi Jacques, Raimond Gaucelin, seigneur de Lunel., Si un chevalier nommé d'Albèse^, seroient garans envers Raimond-Bérenger, comte de Provence, que ce prince engageroit la reine Sancie (d'Aragon), femme de Raimond, à demander elle-même son divorce avec ce comte, devant les juges délégués par le Saint-Siège; & supposé qu'elle le refusât, que le même comte de Provence la feroit sortir de ses Etats où il l'avoit retirée, lui ôteroit tout ce qu'il lui avoit donné, & ne lui fourniroit plus rien dans la suite; 2° que Raimond solliciteroit de son côté son divorce, Si donneroit à Sancie, au lieu de dot, mille marcs d'argent une fois payés, outre cent marcs de pension annuelle pendant la vie de cette princesse. L'évêque de Toulouse, le comte d'Ampurias, ikc, furent présens à ce traité.

Le roi d'Aragon & le comte de Provence abandonnèrent ainsi les intérêts de Sancie^ leur tante, sœur de feu Pierre, roi d'Aragon, que Raimond VII, comte de Toulouse, qui en étoit séparé depuis longtemps, résolut alors de répudier dans les formes, pour épouser Sancie de Provence, dans l'espérance d'avoir de cette dernière des enfans mâles qui pussent lui succéder, &. d'exclure ainsi, du moins de la plus grande partie de sa succession, Jeanne sa iîlle, t.'in°p'.»^"i. femme d'Alfonse, frère du roi.

Raimond crut réussir d'autant plus aisément dans cette affaire, que s'étant ligué depuis peu avec Grégoire IX, contre l'empereur Frédéric, il se flatta que ce pape lui accorderoit les commissaires qu'il demanderoit. Il obtint^, en effet, Durand, évêque d'Albi, & le prévôt de Saint-Salvi de cette ville, qui lui étoient entièrement dévoués, & qui eurent ordre d'examiner la validité de son mariage avec Sancie & de porter sur cette affaire un jugement définitif. Raimond ayant disposé toutes choses, se rendit avec les deux commissaires dans l'île de la Vergne, située dans le Rhône, entre Beaucaire & Tarascon; 8t là il prouva par témoins, devant plusieurs évêques qui s'y trouvèrent, que le

' Ce fait de l'inféodation de Beaucaire & de la Teulet, t. ::, pp. 4Ô^-4.'ir; acte du 6 juin li^l,

terre d'Argence ejt une preuve de plus de ce que d'après l'original, J. 587, n. 4. — Voyez plus haut,

nous avons annoncé plus haut. Les rapports entre p. 716.]

Raimond VII & la Cour de France devaient être ' Le véritable nom de ce seigneur est Alhcta, &

bien tendus pour qu'il se hasardât ainsi à contre- M. de Tourtoulon [Jacme I^', t. 2, p. 57, note),

venir formellement au traité de 1229, qui avait identifie ce personnage avec Albeta de Tarascon,

cédé au roi le château de Beaucaire, devenu chef- conseiller de Ramon Bgrenger, & plus tard de

lieu d'une sénéchaussée royale. [A. M.] Charles d'Anjou. [A. M.]

" Guillaume de Puylaurens, c. 44. — Zurita, * Voyez tome VII, Note XXXV, p. 104.

AnaUi de la corons de Aragon, 1. 3, c. 3p. [Cf. ' Guillaume de Puylaurens, c. 44.

~ 7 3o HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV.

/in 12^1 '

comte Raimond VI, son père, avoit tenu Sancie d'Aragon sur les fonts, 8c qu'il n'avoit pu par conséquent l'épouser. Cette comtesse, qu'on fit comparoître dans l'assemblée, accompagnée du roi d'Aragon & du comte de Provence ses neveux, n'opposa qu'un profond silence au témoignage de ceux qui déposèrent contre ses intérêts. Les deux commissaires rendirent aussitôt une sentence de divorce & cassèrent son mariage avec Raimond. Sancie alla ensuite établir sa résidence au château de Padernes, dans le Venaissin, dont ce comte lui céda' la jouissance pour sept mille sols raimondens de rente viagère qu'il s'étoit engagé de lui payer. Elle y vivoit encore au mois de mai de l'an 1246, & elle y mourut^ vers la fin de l'an 124g.

L'évêque de Toulouse, qui jusqu'alors avoit toujours suivi le comte Raimond, ne se trouva pas à l'assemblée de la Vergne : il demeura à Beaucaire, quelque prière que lui fît ce prince d'y assister, afin de ne pas participera la sentence de divorce, parce qu'il tenoit pour suspects les témoins qui déposèrent dans cette affaire. Le roi, le comte Alfonse, son frère, & la comtesse Jeanne de Toulouse, femme de ce dernier, en surent beaucoup de gré à ce prélat & lui en témoignèrent depuis leur reconnoissance.

XLVIIL — Le roi dispose du Poitou, des pays d'Albigeois, &c., en faveur d'AlJbnse, son frère, après l'avoir fait chevalier.

La Cour étoit alors ^ à Saumur-sur-Loire, oîi le roi tint une grande assemblée ou parlement à la Saint-Jeaia-Baptiste de l'an 1241. Il y fit la cérémonie de donner la ceinture militaire"* au comte Alfonse, son frère, en faveur duquel il disposa en même temps des comtés de Poitou & d'Auvergne, & des terres d'Albigeois^, pour les posséder à perpétuité. Il lui donna par là tous les domaines que le comte Raimond lui avoit cédés par le traité de Paris de l'an 122g. Quelques auteurs modernes'' prétendent qu'Alfonse épousa alors Jeanne de Toulouse; mais le mariage avoit été consommé quatre ans auparavant. Du reste, ce fut dans cette assemblée de Saumur qu'Hugues, comte de la Marche, qui étoit devenu vassal d'Alfonse pour les fiefs qu'il possédoit dépendans du Poitou, commença à faire éclater l'esprit de révolte qui l'ani-

' Tome VIII, Chartes, n. CCLXXIV, ce. i2o3, tenant compte du pouvoir de l'argent au treizième

1204. siècle, fait quelque chose comme neuf cent qua-

' Ih'ii. n. CCXCII, c. 1279. tre-vingt-cinq mille francs; somme énorme pour

' Gesta Ludoyicl IX, p. 336. — Albéric, Chro- l'époque. Ce fut, il est vrai, la fête la plus bril-

nicort, année 1241. lante du règne de saint Louis. — Au nombre des

^ Le récit de cette grande fête est donné avec nouveaux chevaliers créés à cette occasion, on

une foule de détails pittoresques par Joinville (éd. trouve Pons d'Olargues 8c Sicard de Murviel.'tous

de Wailly, 1874, pp. 55 à Sy). Cet historien y deux du Languedoc, qui reçurent des robes neuves

assistait & servait à table le roi de Navarre, comme & des chevaux. [A. M.]

sénéchal héréditaire de Champagne. Le compte '' Cette expression de terre d' Albigeois, ou bien des dépenses faites par saint Louis à l'occasion de est une erreur d'Albéric de Neufmoutiers ou sicette fête a été publié par Boutaric (^Bihliothc^ue gniiîe simplement que le roi concéda à son frère de l'Ecole des Chartes, t. 14, p. 22 & suiv.). Elles tous les droits que le traité de Paris lui assurait à montèrent à cent quatre-vingt-dix-sept mille cin- la succession de Raimond VU. [A. M.] quante-deux francs de notre monnaie, ce qui, en ' Voyez tome VII, Note XXXIII, pp. 96, 97.

An 12

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV, ySi

moit, révolte dans laquelle il entraîna quelque temps après le comte de Toulouse, s'il ne l'avoit déjà fait alors. Ce dernier, après l'assemblée de la Vergne', reçut à Lunel l'hommage de Roger IV, comte de Fois,

XLIX. — Mort de Roger-Bernard II, comte de Fo'ix. — Roger IV, son fils,

lui succède.

Roger venoit de succéder à Roger-Bernard deuxième du nom, comte de Foix, son père, qui vivoit encore^ le 20 de mai de l'an 1241, Trois jours après, R.oper-Bernard fit son testament 3, Il choisit sa sépulture dans l'abbave de Boulbonne de l'ordre de Cîteaux,à laquelle il donna une somme, &. fit d'autres legs à diverses églises. Il institua héritier Roger, vicomte de Castelbon, son fils, légua à sa fille Esclarmonde sept cent cinquante marcs d'argent qu'il lui avoit promis dans son contrat de mariage; à Cécile, son autre fille, trente mille sols melgoriens, lorsqu'elle seroit parvenue à un âge nubile, & enfin à Ermengarde, sa femme, quarante mille sols pour sa dot & son augment. Il chargea les religieux de l'abbaye de Boulbonne, qu'il fit ses exécuteurs testamentaires, de payer cinq mille sols melgoriens aux abbés d'Aurillac 8c. de Figeac, & aux consuls 8t aux bourgeois de ces villes, en réparation des dommages qu'il leur avoit causés autrefois, lorsqu'il avoit fait prisonniers, durant la guerre, Géraud, abbé d'Aurillac, & plusieurs des mêmes habitans. Il confirma, le 26 de mai ^ suivant, les donations que les comtes de Foix, ses prédécesseurs, avoient faites à l'abbaye de Boulbonne; & étant mort peu de jours après ^ dans ce monastère, après y avoir pris l'habit religieux & reçu les derniers sacremens des mains de l'abbé, il y fut inhumé comme il l'avoit ordonné. Les , "i 1; ",'''''^'','; religieux de Boulbonne exécutèrent sa volonté au mois de septembre suivant, envers les abbés 8c les habitans d'Aurillac 8t de Figeac, qui quittèrent le monastère de Boulbonne, l'âme de Roger-Bernard, comte de Foix, 8(. le comte Roger, son fils, des dommages qu'il leur avoit causés. Nonobstant des dispositions si pieuses, sa mémoire fut recherchée^ plusieurs années après par les inquisiteurs de la foi, qui firent tout leur possible pour engager le bailli de Mazères, son ancien domestique, à l'accuser d'hérésie. Cet officier, qui avoit assisté Roger-Bernard dans sa dernière maladie à Pamiers 81 à Boulbonne, déposa qu'il étoit mort après avoir reçu tous ses sacremens, 8c qu'il ne savoit pas qu'il eût jamais fréquenté les hérétiques.

Roger-Bernard deuxième du nom avoit succédé en 1228 à Raimond-Roger, son père, 8c s'étoit déjà distingué dès lors par plusieurs actions de valeur durant la guerre des albigeois. Il se rendit également recommandable dans la suite par ses vertus civiles 8c militaires, qui lui méritèrent le surnom de grand. Son

' Guillaume de Puylaurens, c. 44. ■* Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXI, c. 433.

■ Tome VIII, Chartes, n. CCXXXVII, c. 1061. 'Archives de l'abbaye de Boulbonne. [Voyea

' Marca, Histoire de Béarn, p. 761 & suiv. — tome VIII, Catalogue de Boulbonne, n. cxxvii.J

Archives de l'abbaye de Boulbonne. — Tome VII, « Tome VIII, Chartes, n. CCCXXXIX, c. 1481

Nojf XXIII, n. 3, p. 69. & suiv.

union avec le comte de Toulouse, son seigneur, lui attira divers anatlicmcs Se la confiscation de tous ses domaines; mais il eut enfin le bonheur de les recouvrer. 11 les transmit à Pvoger, son fils unique : il l'avoit eu d'Ermessinde, héritière de la vicomte de Castelbon, qu'il avoit épousée en premières noces en 1202. Il laissa encore de ce mariage Esclarmonde qui avoit épousé, en I23i, Raimond, fils du vicomte de Cardone. Il eut d'Ermengarde de Narbonne, sa seconde femme, qui lui survécut longtemps, Cécile qui épousa, en i256, Alvare, comte d'Urgel, lequel répudia en même temps Constance de Montcade, sa première femme.

Page 1