‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 277 sur 342 · LVII. — Massacre des Inquisiteurs à Avignonet · texte numérisé non relu

LVII. — Massacre des Inquisiteurs à Avignonet

Ces deux inquisiteurs étoient frère Guillaume-Arnaud, qu'on dit natif l'e Montpellier, de l'ordre des frères prêcheurs, 8<. frère Etienne de Narbunne,

' Percin, Monumenta conventus Toloiani, p. 5i. fortifier leur ville pour parer aux éventualitis

' En quittant Agen, Raimond VII revint à Tou- qui pouvaient se présenter. Cf. tome VIII, c. i.i^j.

louse. Il y était le i i juin j à cette date, il écrivit [A. M.]

aux consuls & aux prud'hommes d'Agen d'avoir à ' Registre de l'Inquisition de Toulouse.

OU, selon d'autres, de Saint-Thibéry, de celui des Mineurs. Ils avoient associé à leurs fonctions' Raimond, surnommé l'Ecrivain [Scriptor), qu'on nommoit t "^ui "p*^'"", aussi de Costiran, chanoine régulier de la cathédrale de Toulouse & archidiacre de Lézat ou de Villelongue, selon son épitaplie, S< le prieur d'Avignonet, religieux bénédictin de l'abbaye de Cluse, dans le Piémont, & non pas religieux d'un prétendu monastère de Cluse, dépendant de l'abbaye de Saint-Papoul, comme quelques-uns l'ont* avancé. Ces quatre inquisiteurs s'étant rendus à Âvignonet, château situé dans le Lauragais, turent logés dans le palais ou maison que le comte de Toulouse avoit dans ce lieu; ils s'occupoient avec beaucoup de vivacité à poursuivre les hérétiques du pays, lorsque Raimond d'Alfaro, bailli d'Avignonet pour le comte, ayant conspiré leur mort, envoya chercher du secours au château de Montségur, dont Pierre- Roger de Mirepoix étoit seigneur, Si qui servoit d'asile aux proscrits Si aux sectaires. Aussitôt Pierre-Roger assemble sa garnison Si, ayant proposé à ceux qui la composoient d'entreprendre une expédition qui leur seroit avantageuse, il se met à la tête d'un certain nombre de chevaliers Si de sergens ou fantassins, se rend dans la forêt de Gaiac^, située au voisinage d'Avignonet, Si y fait faire halte à ses troupes. Un renfort de Gaiac l'étant venu joindre en cet endroit, il fait marcher devant douze soldats armés de haches Si les suit avec le reste de ses gens. Il arrive ainsi à la maison des lépreux, située hors d'Avignonet, où on vient l'avertir sur le soir que les inquisiteurs alloient se coucher; il est introduit ensuite dans le château durant la nuit, la veille de l'Ascension 28 de mai de l'an 1242. Ceux qui étoient armés de haches se joignent alors à quelques habitans d'Avignonet, armés aussi de haches 81 de bâtons. Si Raimond d'Alfaro s'étant mis à leur tête, ils vont ensemble à l'appartement des inquisiteurs, brisent les portes de la salle où ils étoient couchés. Si massacrent impitoyablement frère Guillaume-Arnaud, à qui ils en vouloient principalement à cause de sa fermeté, frère Etienne, l'archidiacre de Lézat, le prieur d'Avignonet, frères Bernard de Pvoquefort Si Garsias d'Aure, de l'ordre des frères prêcheurs, compagnons de frère Guillaume- Arnaud, frère Raimond Carbonerii, de l'ordre des frères mineurs, compagnon de frère Etienne, Bernard, clerc de l'archidiacre de Lézat, Pierre-Arnaud, notaire ou greffier de l'inquisition, Fortanier Si Adémar, nonces ou appariteurs de ce tribunal, lesquels se laissèrent tous égorger sans se défendre, Si en chantant le Te Deum; on pilla ensuite leurs meubles Si leurs papiers. On assure que Raimond d'Alfaro, qui étoit revêtu d'un pourpoint blanc, se vanta d'avoir frappé le premier les inquisiteurs avec une massue de bois, que les deux nonces ou domestiques des inquisiteurs étant montés au bruit pour donner du secours à leurs maîtres, furent tués Si jetés par les fenêtres; qu'un

' Guillaume de Piiylaurens, c. 4J. — Bollan- ' Lafiiille, Ahrégc, p. 140.

distes, 7 mai, p. 180 & siiiv. — Catel, Histoire des ' Corrige^ Gaja la Selve CAude), arrondissemein

comtes de Tolose, p. 3(52 & suiv. — Percin, Mar- de Casieinaiidary, canton de Fanjcauxj le lici; àe

tyres Avinioneti. — Voyez tome VIII, Charles, Gaiac est absolument inconnu. Cf. Desazars, ut

n CCLXIV, c. ii5i & suiv. infra. [A. M.J

des assassins coupa la langue de frère Guillaume- Arnaud, £< que Raimond d'Alfaro, étant venu joindre ensuite aux flambeaux le reste de la troupe, il leur raconta la manière dont les choses s'étoient passées Se les congédia. Enfin on ajoute que Raimond d'Alfaro avoit si bien pris ses mesures que si le dessein qu'il avoit de surprendre les inquisiteurs dans leur lit eût manqué, il se seroit infailliblement saisi de leurs personnes entre Castelnaudary & Saint- Martin, où il leur avoit dressé des embûches. Telles sont les circonstances de cette scène tragique, tirées pour la plupart des registres de l'inquisition de Carcassonne 8c attestées par ceux qui étoient présens. L'un d'eux témoigne qu'après le meurtre les assassins emportèrent les habits, les bardes & les papiers des inquisiteurs; qu'ils furent tués l'un d'un coup de flèche, l'autre d'un coup de hache, un troisième d'un coup de lance. Se un quatrième d'un coup de couteau; que Pierre-Roger de Mirepoix reprocha aux meurtriers de ne lui avoir pas apporté le crâne de frère Guillaume-Arnaud, dont il vouloit faire une tasse pour boire. Sec.

Les frères prêcheurs Se mineurs enlevèrent les corps de leurs confrères, qu'ils inhumèrent à Toulouse, dans les églises de leur ordre, où on voit encore aujourd'hui leurs tombeaux avec leurs épitaphes, Si où on les révère comme martyrs, sans leur rendre cependant un culte public. Quant à l'archidiacre de Lézat Se à son clerc, ils furent inhumés dans le cloître de la cathédrale de Saint-Etienne de Toulouse, d'où on les transféra, vers l'an 1643, dans t. iii',°p-4"2. l'église, avec leurs épitaphes. Quelques auteurs ont prétendu que les conjurés, après avoir dépouillé les inquisiteurs, leur firent souffrir divers tourmens; qu'ils firent découler sur leurs membres du plomb fondu, de la poix 6<. de la résine bouillantes; mais ces circonstances sont fabuleuses Se contraires à la déposition d'un témoin oculaire', de qui nous tenons la véritable relation de leur mort. Au reste, Raimond l'Ecrivain, archidiacre de Toulouse, l'un de ceux qui furent massacrés, s'étoit distingué* par son talent pour la poésie provençale, St on conserve encore quelques poèmes ou chansons de sa façon ^.

• Voyez toiîie VIII, Chartes, n. CCLXIV, c. i i5i & de ViHelongiie, en l'église de Toulouse, & chag< sviiv. noine de Saint-Etienne de Toulouse. D'accord ' Caseneuve, Jeux Floraux, p. ÔQ. avec dom Vaisscte, M. Desazars croit que ce Rai- ' Le massacre des inquisiteurs à Avignonet a été mond est le même que le troubadour Raimond de l'objet d'une intéressante monographie publiée à Costiran. Enfin les inquisiteurs étaient accompa- Toulouse, en 1869, par M. Desazars de Mont- gnés du prieur d'Avignonet, moine de Cluse, c'estgailhard (in-8, 58 pages). Nous lui emprunterons à-dire probablement, comme le veut dom Vaisquelques détails qui complètent le récit de dom sete, de Saint-Michel de Cluse, en Piémont, & Vaissete, en renvoyant pour le surplus aux actes non du prieuré obscur de Cluse, près de Saintpubliés par le savant Bénédictin dans les Preuves Papoul. Il faut encore y ajouter le notaire Pierrede son histoire. — Commençons par les noms des Arnaud & deux clercs, Fortanier & Aimar. — victimes. Les deux inquisiteurs étaient Guillem L'auteur du complot paraît avoir été Raimond Arnaud, de l'ordre des Prêcheurs, & Etienne ou d'Alfar, baile du comte de Toulouse, c'est-à-dire Estève, des Mineurs ; le premier était accompagné son sénéchal, & non baile d'Avignonetj ce perde deux frères de son ordre, Bernard de Roquefort sonnage était trop riche & trop important pour £c Garsias d'Aure; le second de frèie Raimond remplir des fonctions aussi infimes. Les circons- Carbonnier. Aux deux inquisiteurs s'était joint tances du meurtre sont assez connues, & les actes Raimond l'Ecrivain (5rW/!(or), archidiacre de Lézat publiés par dom Vnissete les font suffisamment

Cet attentat, quoique commis à l'insu S<. pendant l'absence du comte de Toulouse, iit beaucoup de toit à ce prince, & ses ennemis ne manquèrent pas d'en profiter pour décrier de plus en plus sa conduite. Quelques-uns' même de ses alliés se servirent de ce prétexte pour rompre la ligue qu'ils avoient formée avec lui contre le roi, & faire leur paix. Comme le siège de Pvome étoit alors vacant, les cardinaux^ écrivirent au provincial 8c aux frères prêcheurs de Provence pour les consoler. Ils marquent dans leur lettre, qu'ils croient que ceux qui avoient répandu leur sang dans cette occasion étoicnt martyrs de Jésus-Christ, à cause du genre de mort qu'ils avoient souffert 8< des autres circonstances. Frère Ferrier & les autres inquisiteurs de Carcassonne^ dénoncèrent aussitôt excommuniés tous les assassins, & enjoignirent au comte de Toulouse de les poursuivre, sous peine d'être compris lui-même dans l'anathème.

LVIII. — Henri, roi d'Angleterre, vient an secours des comtes de la Marche 6" de Toulouse, ô* est défait par le roi.

Cependant le comte de la Marche ayant pris les armes contre le roi Se contre le comte Alfonse, son seigneur'*, sollicita vivement Henri, roi d'Angleterre, de marcher à son secours. 11 ilattoit ce prince de la jonction du roi d'Aragon 8<. du comte de Toulouse, Se il fit tant, qti'enfin Henri partit d'Angleterre, le i5 de mai, & débarqua quelques jours après au port de Royan, en Saintonge, vers l'embouchure de la Garonne dans la mer, Le roi avoit eu la précaution de prévenir son arrivée, & a]Mès avoir tenu à Paris, au mois de janvier précédent, un parlement où la guerre avoit été résolue contre le comte de la Marche 8c ses alliés, il s'étoit avancé vers la fin d'avril jusqu'à Chinon, en Touraine, à la tête de son armée, 8c il avoit passé en Poitou, où il avoit soumis diverses places du domaine du comte de la Marche. Il assiégeoit actuellement Fontenai, lorsque le roi Henri, ayant débarqué, lui envoya déclarer la guerre, vers la mi-juin^, au préjudice de la trêve conclue entre les deux couronnes. Se alla camper sous Taillebourg sur la Charente. Louis,

connaître. — A la suite du récit du massacre, tance, dom Vaissete renvoie à un acte qu'il n'a l'écrirain dont nous analysons l'ouvrage indique pas publié in extenso. Il n'a donné & nous ne sommairement, d'après Gérard de Fraichet & les republions d'après lui que l'excommunication déchroniqueurs postérieurs, les nombreux miracles finitive lancée contre Baimond VII, le 21 juillet, qui auraient précédé ou suivi la mort des inqui- par l'archevêque de Nnrbonne. Quant à l'excom- ^ueurs. 11 termine en racontant l'insuccès de tous munication de frère Ferrier, qui est du 6 juin les efforts faits pour obtenir à Rome la canonisa- précédent, elle est contenue dans une bulle du tion de ces religieux & en démontrant d'une pape Innocent IV, qui l'annule (ce. 1142^1144), façon péremptoire que jamais, avant ces derniers mais elle est incomplète. (Voyez au tome VIH temps, il ne fut rendu à Avignonet de culte public l'Erratum.) Cette sentence fut précédée de sommail leur mémoire. [A. M.] tions réitérées au comte, sommations qui restèrent ' Guillaume de Puylaurens, c. 4.5. sans effet. Cf. Teulet, t. 2, p. 658. [A. M.] ' BoUandistes, 7 mai, p. 180 & suiv. — [Cf. * Matthieu Paris, année 1242. — Gesta Ludo- Potihast, n. 11074; <:"'« bulle des cardinaux ne vici IX, p. 337 & suiv. — La Chaise, Histoire de porte aucune date.] saint Louis, 1. 5.

' Voyez tome VIII, Chartes. — Par inadver- '' Rymer, Acta puitica, t. 1, p. 40Û.

An 1242

An 1 2^1 ' T

craignant les suites d'une ligue qui lui paroissoit formidable, surtout par la jonction des rois d'Aragon £<. de Castille, qui y étoient entrés, & du comte de Toulouse, qui cherchoit depuis longtemps une occasion de se venger des François, fit tout son possible par sa modération pour empêcher Henri d'en venir à une rupture; mais n'ayant pu rien gagner sur l'esprit de ce prince, il se repentit d'avoir porté trop loin son amour pour la paix, & dit à ses courtisans : « Je suis fâché de ce que le roi d'Angleterre, mon cousin, que « j'ai souhaité d'avoir pour ami, se soit laissé séduire par les comtes de la » Marche &. de Toulouse, dont l'un est coupable de trahison St l'autre noté « d'hérésie, & qu'il prétére leurs fausses promesses à mon amitié; » ainsi il se résolut à la guerre.

Le roi d'Angleterre étant campé à Taillebourg, le 3o de juin, déclara' « qu'il promettoit de bonne foi à son très-cher cousin Raimond, comte de « Toulouse 8t marquis de Provence, de travailler de toutes ses forces, tant par « lui-même que par ses amis 8i ses vassaux, pour lui faire épouser Margue- « rite, sa sœur, fille du comte de la Marche & d'Angoulême, dans le terme « dont ils conviendroient à leur ])remière entrevue; » mais les projets du comte de la Marche^ n'eurent pas les succès qu'il espéroit. Le roi soumit tout le pays jusqu'à la Charente, s'approcha de l'armée angloise, campée à l'autre bord de cette rivière, sous Taillebourg, & se posta vis-à-vis, le 19 de juillet. Il attaqua le lendemain les Anglois qu'il obligea à prendre la fuite & à se retirer à Saintes; il les y poursuivit & il les défit entièrement dans une sanglante bataille qui se donna quatre jours après. Henri se réfugia à Blaye & passa ensuite à Bordeaux, pour plus grande sûreté, avec le débris de ses troupes. Le roi de France continua ses conquêtes & acheva de soumettre les places qui restoient au comte de la Marche; en sorte que ce dernier, se voyant Éd. origin. 53115 rcssource, fut Contraint de demander la paix: le roi eut la bonté de la lui acccoruer, 5c elle tut conclue au commencement du mois cl août ^,

LIX. — Raimond (S- ses alliés s^emparent de divers pays, entre autres de la ville de Narbonne <l'oii ils chassent l'archevêque, qui les excommunie.

Pendant que ces choses se passoient en Poitou 8c en Saintonge, Raimond, comte de Toulouse, Amalric, vicomte de Narbonne, Trencavel Se leurs alliés s'étant mis en campagne'*, portèrent la guerre dans les domaines du roi, aux environs de Narbonne, 8c battirent ceux qui voulurent s'opposer à leurs entreprises, entre autres Pons-Pierre de Ganges, qui fut tué dans un combat. Il# s'assurèrent'' ainsi, en peu de temps, du Razès, du Minervois, du Narbonnois, du Termenois 8c de quelques autres pays voisins, dont les peuples se soumirent pour la plupart volontairement à leur domination 6, Il paroît que

' 'Kymtt, J rt.t puhl'ica, X. i,p. 401. ^ Voyez tome Vin,Cli,Mtes, n, CCXLVI, ce. lopo

' ' Matthieu Fàris. — Gesta Luiov'ici IX. & 1091.

' Voyez tome VII, Note XXXIV, n. i , pp. 97, p8. ^ Les registres des enquêteurs, que nous publions

^ Guillaume de Puyiaurens, c. 4.0. au tome Vil, fournissent sur les conquêtes de

le comte Raimond ne commença cette expédition qu'après !e ii de juin; car il étoit encore ce jour-là à Toulouse, où il permit ' aux juits de cette ville de vendre leurs maisons situées dans la rue de Joutx-Aigites, que quelques bourgeois achetèrent pour y bâtir le couvent des carmes, lesquels s'étoient déjà établis hors de la ville, à l'extrémité du faubourg du château Narbonnois. Amalric, vicomte de Narbonne^, introduisit le comte Raimond dans cette ville & le reconnut pour son seigneur. Il s'empara aussitôt du palais Se de tout le domaine de l'archevêque Pierre Amelii, & exigea de grosses sommes des vassaux de l'église de Narbonne. Ce prélat se retira à Béziers, où les chanoines de sa cathédrale, quelques-uns de l'église de Saint-Paul, & plusieurs bourgeois le suivirent le lendemain. Il y rendit une sentence •*, le 2i de

An 1242

Uaimond, en 1242, des renseignements très-précieux, qui prouvent que, comme le dit dom Vaissete, elles s'étendirent jusqu'au pays de Béziers & même entamèrent en partie ce dernier diocèse. — Voici ces renseignements que nous groupons par localités. — Roco^els (Hérault, comm. de Ceilhes & Rocozels, cant. de Lunas); ce château fut fortifié pour résister au comte de Toulouse, & un certain Déodat Escolier, de Saint-Gervais, y porta des vivres & des armures (garnimenta ferrca). Son seigneur, Guillem de Saint-Maurice, était partisan de Raimond VII (Reg. A, n. 47). — Corneilhan (arr. & cant. de Béziers); ce château, situé à une lieue Se demie de Béziers, abandonna la cause royale, & tous les habitons prirent part à cette défection. A la suite de leur soumission & quoique placés sous la sauvegarde du roi, ils éprouvèrent diverses vexations de la part des officiers du roi, & notamment de B. Mabille, viguier de Béziers (Registre A, n°» 62, 63, 66, 68, &c.). — MagaUs (Hérault, canton de Roujan), se déclara contre le roi j les insurgés s'emparèrent d'une certaine quantité de blé déposée dans cette place par R. Bertrand d'Auiignac, partisan du roi, qui ne put les recouvrer (Registre A, n. 82). La communauté de Saint-Geniès y avait déposé ses effets, qui furent pillés lors de la reprise du château; pour les recouvrer, il lui fallut payer au sénéchal Guillaume des Ormes, dix livres de Melgueil (n. i 2-'), Les habitants de Magalas durent payer une rançon ; elle était sans doute assez forte; ils se plaignirent au roi, &, le 22 février 1247, celui-ci écrivit au sénéchal de Carcassonne d'informer à ce sujet & de ne rien exiger d'eux avant un nouveau mandement (tome VIII, ce. 1192-1193) — Cabrières (Hérault, cant. de Montagnac) fut repris par Jean de la Planche & Guillem de Lodève, qui promirent de respecter les biens & les personnes des habitants; cette promesse fut violée par les châtelains, qui empêchèrent plus tard lesdits habitants de séjourner dans le château (Reg. A, n. 9a). — Brusque (Aveyron, cant. de Camarès)

soutint un siège contre les officiers du roi (Reg. A, n. 107). — Ko^aeirun (Hérault, arr. de Saint-Pons); le sénéchal Guillaume des Ormes dut fortifier ce château & y envoya Bérenger de Lestang, chevalier, avec seize sergents, qui y restèrent pendant un mois & six jours, & dont la solde ne fut jamais réglée (Reg. A, n. 1 23); deux autres sergents firent, en 1247, une semblable réclamation (n. i33). — Roujan (Hérault, chef-lieu de canton) embrassa le parti de Raimond VII, & prit pour capitaine un chevalier faidit, Hugues du Caylar (Reg. B, n. 46). — Cessenon (Hérault, cant. de Saint-Chinian) ; ce château fut pris par G. de Minerve, partisan de Raimond VII; un de ses soldats, G. P. de Vintrous, prit le châtelain Anseau & la garnison sous sa protection & voulut les conduire en lieu sûr; il les escorta jusqu'à Maraussan. Quelques autres partisans du roi furent massacrés aux portes mêmes de Ccssenon (Reg. I, f. 26 i). — Dans le Carcasses & le Razès, Limoux embrassa le parti du comte (Reg. I, f. 9 a & 44 i); Laure (arr. de Carcassonne, cant. de Peyriac-Minervois) ouvrit ses portes aux chevaliers faidits (liid. f. 1 8 i) ; enfin citons Rieux Minervots (arr. de Carcasïonne, cant. de Peyriac-Minervois) & Grè-^e, écart de la commune de Carcassonne [ïhid, f. 64 a h). — On peut donc dire que Raimond VU trouva des partisans dévoués jusqu'à l'Hérault, mais disséminés & probablement mal armés & mal dirigés; aussi leur action eut-elle peu de résultats; la bataille de Taillebourg, en écrasant Henri III, réduisit à l'impuissance le plus sérieux des confédérés.

' Catel, Mémoires Je l/iistoire du Languedoc , p. 237. — [Cf. sur l'établissement des cannes à Toulouse, tome IV, p. 696.]

^ Chronicon Sancti Pauli Narbonac , ap. Catel, Comtes, p. 172. [Cf. tome V, c. 40J. — Baluze, Concilia Galliae Narbonensis , append. p. 90 & suiv., p. III.

' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXLVI,cc. 1090 & 1091 .

An 124X

juillet, par laquelle : 1° Il excommunie 8<. déclare excommuniés tous ceux qui avoient tué les inquisiteurs & leurs compagnons, & ceux qui avoient donné aide S<. conseil aux assassins. 2° Il dénonce Ilaimond, comte de Toulouse, excommunié par trère Ferrier £<, les autres inquisiteurs, comme fauteur & défenseur des hérétiques, parce qu'il retusoit d'exécuter les sentences de l'inquisition. 3° Il excommunie de nouveau ce prince comme routier, violateur de la paix, usurpateur des biens de l'Eglise, Se parjure envers l'Eglise Si le roi de France, avec tous ses alliés 61 complices, nommément les comtes de Comminges 61 de Rodez, celui qui se dit vicomte de Bé-^iers (c'est-à-dire Trencavel), Olivier de Termes, Aymeri de Clermont S< ses frères, Pons de Villeneuve, Pons d'Olargues, B. Hugues de Serrelongue 8< ses cnfans, 8c généralement tous les associés de Raimond. 4° Il excommunie tous ceux du Razès, du Minervois, du Narbonnois Se du Termeiiois, ses diocésains, qui les avoient reçus.

On peut remarquer, à l'occasion de cet acte, que les inquisiteurs avoient déjà alors excommunié le comte Raimond; aussi trouve-t-on ' une sentence d'excommunication lancée contre ce prince par frère Ferrier Se frère Guillaume-Raimond, de l'ordre des frères prêcheurs, inquisiteurs dans les diocèses de Narbonne, Béziers, Carcassonne, Rodez, AIbi & Elne, du conseil de l'archevêque de Narbonne, de l'évêque d'Albi S< de divers autres prélats, pour n'avoir pas voulu exécuter leurs jugemens. Au reste, le comte Raimond & ses alliés étendirent alors plus loin leurs conquêtes dans les domaines du roi, Si on sait que les diocèses^ d'Albi 81 de Carcassonne se soumirent pres- ((u'entièrement à leur autorité.

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