‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 278 sur 342 · LX. — Raimond reprend le titre de duc de Narbonne · texte numérisé non relu

LX. — Raimond reprend le titre de duc de Narbonne

L/e 8 du mois d'août suivant^, « Raimond, par la grâce de Dieu duc de (( Narbonne, comte de Toulouse Se marquis de Provence, Si Amalric, par la <i même grâce vicomte Se seigneur de Narbonne, étant sur le pont de cette » ville, promirent solennellement, tant en leur nom qu'en celui de leurs « associés, défenseurs Si amis : 1° Une entière sûreté aux habitans de Nar- « bonne, soit ecclésiastiques, soit séculiers, même aux François qui s'y trou- « voient. 2° De conserver les droits de l'archevêque, excepté, dit Amalric, (1 ceux que j'ai sur ses immeubles, pour la poursuite desquels le comte promet i( de ne pas faire la guerre à ce prélat. 3° Enfin de ne pas permettre qu'aucun " de ceux qui sont condamnés pour hérésie demeurent dans Narbonne, Sec. » Raimond reprit donc le titre de duc de Narbonne après sa ligue avec le comte de la Marche. Il exerça en effet alors son ancienne autorité sur cette ville, comme il paroît par un mémoire que l'archevêque fit dresser^, le dimanche

' Tome VIII, Chartes, n. CCLX, ce. 1 143, 1144. 'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXLVII,

" Marca, Histoire de Bcarn, p. 763. — Régis- ce. 1091 à 1094.

tre 3i du Trésor des chartes. — Voyez tome VIII, * Baluze, Concilia Naréoncnsis, ut supra. Chartes, n. CCLVII, c. 1129.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV, XXV. yp ~^

17 du mois d'août, touchant les griefs qu'il avoit contie le vicomte Amaliic,

qu'il accusoit entre autres de s'être emparé de ses domaines, de la justice, de '^:^,:"^''^''l

la moitié de la monnaie qui lui appartenoit, &C.

LXI. — Raimond va joindre à Bordeaux le roi d'Angleterre t- se ligue

avec lui.

Le roi, informé de cette révolution, détacha le comte de la Marche, à qui il avoit déjà pardonné', l'ancien comte de Bretagne & une partie de son armée pour aller dans la Province agir contre les rebelles, se saisir du passage des Pyrénées & empêcher que le roi d'Aragon ne vînt au secours de l'Anglois. Nous ignorons les circonstances de l'expédition de ces deux généraux qui, à ce qu'on croit^, n'achevèrent pas leur voyage. D'autres^ prétendent que le vicomte de Narbonne les défit} mais nous ne trouvons nulle part la preuve de ce fait.

Raimond alla joindre ensuite à Bordeaux le roi d'Angleterre, & ils convinrent ensemble d'un traité'* dont voici les principaux articles ^ 1° Ils promettent de s'aider mutuellement, pendant toute leur vie, contre le roi de France Si ses alliés, envers tous Se contre tous. Henri excepte l'Eglise romaine à laquelle il déclare qu'il veut rendre toute sorte de respect 8c l'obéissance qui lui est due, 8c l'empereur Frédéric, son beau-frère; Raimond excepte de son côté ce dernier prince, qu'il qualifie son seigneur. Si. contre lequel il déclare qu'il n'aidera pas Henri, non plus que l'Empereur contre Henri. 2° Ils promettent de ne faire ni paix, ni trêve avec le roi de France & ses alliés, sans le consentement l'un de l'autre. 3° Henri déclare que si par hasard l'Eglise romaine (ce qu'à Dieu ne plaise, ajoute-t-il,) venoit à inquiéter Raimond, 8c «i le roi de France l'attaquoit en personne par ordre du pape, il ne laisseroit )as de marcher au secours de ce prince, nonobstant les prières que le pape pourroit lui faire pour l'en détourner, à moins qu'il ne le lui défendît sous peine d'excommunication. « Pour lors, poursuit Henri, il nous sera « permis de suspendre la guerre contre le roi de France, tant que ce roi sera « occupé en personne, 8c, par ordre de l'Eglise, dans les Etats du comte; « mais aussitôt qu'il sera sorti du pays, je recommencerai la guerre contre le « roi en faveur du comte. » 4° Henri fit jurer par son ordre, 6- sur son âme, Jean de Plessat, son vassal, d'observer toutes ces choses, 8c il fit faire le même serment à ses barons du Bordelois 8c du Bazadois, au nombre de quatorze, entre lesquels étoient Elie Rudel, seigneur de Bergerac, Arnaud de Blanquefort, Amanieu de Noaillan, Guillaume-Arnaud de Tantalon. Le comte de Bigorre avec Gaston, vicomte de Eéarn, se rendirent cautions du traité au

' Matthieu Paris, p. Siji & suiv. bonne défit quelques chevaliers du roi sans donner

' Lobineau, Histoire Je Bretagne, 1. 8, cb. 12. leurs noms & renvoie à Duchesne, t. 5, p. âpS a

' La Chaise, Histoire Je saint Louis, 1. 5, n. 18. (Chronique de Guillaume de Puylaurens). Cf. fiis-

— Lenain de Tillemont, que La Chaise ne fait toire Je saint Louis, 1. 2, p. 467. [A. M.J

qu'abréger, dit seulement que le vicomte de Nar- ' Rymer, Acta publiea, t. 1, p. 410 & seq.

nom de ce prince. Raimond jura lui-même l'observation des articles avec vingt-quatre de ses vassaux, savoir : Amanieu d'Albret, Arnaud de Blanquefort, Guillaume-Raimond de Pins, seigneur de Caumont, Guillauine-Arnaud de Tantalon, Gaston de Montaut, Arnaud de Montpezat, Begon Se Nompar de Caumont, Bertrand de Cardaillac, Aymeri de Gourdon , Raimond de Caussade, Amalvin de Pestillac, &c. La communauté d'Agen fit un semblable serment par son ordre, & il donna Bernard, comte de Comminges, pour son garant. Enfin Henri & Raimond déclarèrent d'un consentement réciproque que si l'un ou l'autre venoit à enfreindre ces articles, tous les seigneurs, dont on vient de parler ne seroient plus tenus à la fidélité qu'ils dévoient à celui qui seroit infracteur, mais qu'ils se tourneroient contre lui. On expédia deux actes authentiques du traité. Celui du roi est daté de Bordeaux, le 28 d'août, 8<. celui du comte, du 3 de septembre. Durant le séjour que Raimond fit dans cette ville, le roi d'Angleterre moyenna ' la paix entre ce prince & Guillaume-Arnaud de Tantalon d'une part, 8<. le vicomte de Fronsac de l'autre. On ne marque pas quels étoient les différends qui avoient occasionné la guerre entre eux. Henri les fit convenir d'un traité, le 3o du mois d'août, 8c paya six cens marcs d'argent au comte pour le vicomte de Fronsac.

LXn. — Raimond assiège le château de Penne, en Agenois. — Le comte de Faix l'abandonne i^ fait sa paix avec le roi.

Un ancien historien anglois^ rapporte : que Raimond alla von furtivement le roi Henri à Bordeaux j qu'il fit tous ses efforts pour l'encourager à continuer la guerre contre la France; qu'entre les motifs dont il se servit pour l'y engager, il lui dit que le roi n'étoit pas si formidable qu'il le pensoi.t, puisqu'il avoit résisté autrefois lui seul à toutes ses forces, quoique ce prince fût soutenu par le pape; qu'il promit de marcher à son secours aussitôt qu'il auroit repoussé leurs ennemis communs des frontières de ses Etats; Se qu'il t.'ai°pl4'"5. se retira enfin après avoir reçu de Henri des présens considérables. Nous inférons de là que les François faisoient alors la guerre à Raimond, Se comme il assiégeoit, au commencement du mois d'octobre, le château de Penne, en Agenois, dont il étoit le maître quelque temps auparavant, c'est une preuve qu'ils s'en étoient emparés depuis sa défection, 81 qu'ils avoient pénétré en Agenois.

Tandis que Raimond étoit occupé à ce siège, le roi, qui travailloit sous main à détacher de la ligue les principaux alliés de ce comte^ g^gna enfin Roger, comte de Foix, qui, voyant que les affaires prenoient un mauvais train, fut charmé de trouver une occasion de faire sa paix. Roger écouta volontiers les propositions que le roi lui fit faire, 81 se réconcilia avec ce

' Rymer, Acta. public a. t. i, p. 412. ' Guillaume de Puylaurens, c. 45. — Marca,

* Matthieu Paris, p. 692. Histoire de Béarn, p. yôS & suiv.

prince à l'insu de Raimond, nonobstant les promesses solennelles qu'il avoit faites à ce dernier. Il s'engagea môme de servir le roi contre lui, 8^ le roi lui promit à son tour de le recevoir, lui 8c ses successeurs, au nombre des vassaux immédiats de la couronne, pour les domaines qu'ils tenoient auparavant en fief des comtes de Toulouse, de la mouvance desquels il les tira pour toujours.

Roger, après avoir conclu ce traité & recouvré les bonnes grâces du roi, écrivit de Pamiers,le 5 d'octobre, une lettre de défi à Raimond, qu'il qualifie cependant par la grâce de Dieu comte de Toulouse, marquis de Provence 6" duc de Narhonne ; il lui donne aussi le titre (X'altessey mais non pas celui de son seigneur comme auparavant. Cette lettre est une espèce de manifeste dans lequel le comte de Foix excuse sa démarche, sur ce qu'il ne pouvoit faire autrement, sans s'exposer à perdre son âme, son corps, ses biens & sa réputation. Il rappelle à Raimond qu'après le traité de Paris, il avoit laissé non-seulement en guerre le comte Roger-Bernard, son père, mais qu'il avoit promis même de le combattre, S< qu'il lui avoit enfin conseillé de faire la paix avec le roi Se avec l'Eglise comme il le pourroit. « Pvoger-Bernard, ajoute « Roger, fit cette paix comme il put. Se non comme il voulut; Sv. s'étant lié « ainsi lui-même &. ses héritiers, les obligations qu'il a contractées empêchent « notre bonne volonté pour vous. D'ailleurs, je crois que vous n'avez pas « oublié que vous avez donné le feu comte mon père pour votre caution « envers l'Eglise, Se que vous l'avez absous de la fidélité 8c de l'hommage « qu'il vous devoit, si vous faisiez jamais la guerre contre elle 8c contre le « roi. Vous ne devez pas vous fâcher non plus, si pour notre excuse évidente « 8c véritable, nous vous faisons ressouvenir de ce que vous avez ôté à notre c( père 8c à nous la terre de Saint-Félix Se plusieurs autres, 8c de ce que vous « avez envahi sur nous depuis peu les châteaux que le roi nous avoit donnes « dans le Carcasses, quoique vous n'y eussiez aucune juridiction, 8c qu'ils (( nous eussent été baillés pour nous récompenser des domaines que notre « père avoit perdus pour vous soutenir dans la guerre. C'est pourquoi, « attendu que le seigneur roi de France, auquel nous avons fait hommage « 8c prêté serment de fidélité avec votre consentement, 8c qui nous a honoré « de plusieurs bienfaits, nous presse instamment 8c nous somme de le secourir K au plus tôt contre vous, 8c que nous ne saurions lui désobéir sans être « coupables de parjure 8c sans risquer d'être dépouillés de nos domaines, 8cc., « nous signifions par la présente à votre altesse, que nous sommes résolus de « nous attacher fidèlement au roi 8c à l'Eglise, 8c de leur donner aide 8c « conseil du mieux qu'il nous sera possible; persuadés que nous sommes en « cet endroit entièrement absous de la fidélité 8c de l'hommage envers vous, « Au reste, ne soyez pas surpris si pour ces raisons nous vous faisons la guerre « dans la suite; vous signifiant que nous ne vous devons ni fidélité ni H hommage, dans la guerre que nous allons vous déclarer en faveur du roi « 8c de l'Eglise. » Les abbés de Pamiers, de Foix 8c de Lézat, &c quelques autres ecclésiastiques, certifièrent au bas de cette lettre, que Roger l'avoit fait

An 12^2

Kd. origin.

An lî^î ' ■

écfiic de leur avis, pour la notifier au comte de Toulouse, !k qu'ils éloient prêts d'en rendre témoignage devant le roi £<. l'Eglise.

LXIII. — Concile de Montpellier. — Réponse de Raimond au comte de Foix.

L'abbé de Pamiers, qui donna ce certificat, se nommoit Maurin. 11 prenoit la qualité' de délégué du Saint-Siège ; tn sorte qu'il paroîtque les cardinaux, l'avoient nommé, pendant la vacance du siège de Rome, pour exercer les fonctions de légat dans la Province : il présida, en effet, en qualité de délégué du Saint-Siège, à un concile qui fut tenu à Montpellier vers le mois de septembre de cette année, Si dont nous ignorons le sujet.

Raimond reçut, durant le siège de Penne en Agenois, le défi du comte de Foix. Il en fut si irrité, qu'il engagea les vassaux immédiats de ce comte, qui étoient dans son camp, à lui faire hommage-lige. C'est ainsi qu'Arnaud de Marquefave^, fils de feu Bernard, lui rendit hommage le g d'octobre pour tout ce qu'il possédolt depuis Foix jusqu'à Toulouse, & principalement pour le château de Marquefave. Le lendemain, Raimond répondit à Roger & lui marqua^ qu'il étoit extrêmement surpris de ce qu'après tous les services que lui & ses ancêtres lui avoient rendus & aux siens, il vouloit l'abondonner sans raison pour se joindre à ses ennemis. « Souvenez-vous, ajoute-t-il, de ce « que vous m'avez dit plusieurs fois, que si je venois à perdre mes domaines, « vous ne vouliez pas conserver les vôtres, &c. « Enfin il le somme, en vertu de son serment de fidélité & de son hommage, de remettre incontinent entre les mains du viguier de Toulouse, qu'il avoit commis, le château de Saverdun, comme il y étoit obligé, pour s'en servir ensuite contre ses ennemis, jusqu'à ce qu'il fût rentré dans le devoir, avec ordre aux seigneurs particuliers de ce château d'obéir à cet officier & de lui rendre hommage comme de fidèles vassaux.

LXIV. — Raimond fait au roi des propositions de paix qui sont rejetées. H se soumet sans réserve à la volonté de ce prince.

Pvaimond, évêque de Toulouse, ([ui étoit lié d'une amitié très-étroite avec le comte Raimond, persuadé'^ que la ligue dans laquelle ce prince étoit entré le perdroit infailliblement, fit cependant tout son possible pour le portera se réconcilier avec le roi ; & il agit si efficacement, que le comte résolut de demander la paix Se chargea ce prélat de la négocier, de l'aveu des comtes de Comminges & d'Armagnac, du vicomte de Lomagne, de Jourdain de l'Isle, & de plusieurs autres seigneurs qui s'étoient liés de bonne foi avec lui.

'Voyez tome VIII , Chartes, n. CCXLIX, ^ Guillaume de Puylaurens, c. 4Ô. — Matthieu

ce. 1095, 1096. Paris, p. 393 & suiY. — Voyez tome VIII, Char-

" Manuscrits de Colhert , n. 10Û7. — [J. 814, tes, n. CCLI, c. 1097 & suiv. — Tome VII,

n. 20, original j cf. Teulet, t. 2, p. 481.] 'Note XXXIV, pp. 97, 98.

^ Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXLVIII, ce. 1094, 1095.

L'évêque de Toulouse profita des conjonctures, qui paroissoient favorables. En effet, le roi, après avoir soumis tout le pays entre Saintes 8c Blaye, s'étoit avancé, à la vérité, jusques à quatre lieues de cette dernière ville, dans le dessein d'aller chercher le roi d'Angleterre jusqu'à Bordeaux; mais la maladie s'étant mise parmi ses troupes, St étant malade lui-même, il avoit été obligé de s'arrêter 8<. de reprendre ensuite la route de France au mois de septembre, après avoir conclu, à ce qu'on assure, une trêve de cinq ans avec le roi d'Angleterre'. Le roi étoit occupé, en chemin faisant, à mettre des garnisons dans les places que le comte de la Marche lui avoit cédées, lorsque l'évêque de Toulouse vint lui faire des propositions de la part du comte Raimond. Il les reçut avec bonté; mais les ayant tait examiner dans son conseil, on ne fut pas d'avis de les accepter, parce qu'il sembloit que le comte vouloit imposer lui-même la loi. Le roi répondit donc que R.aimond n'avoit qu'à se soumettre sans condition 8c sans restriction; Se pour le forcer en quelque manière d'en venir à ce point, il fit partir un corps d'armée sous les ordres d'Hugues, évêque de Clermont, & d'Imbert de Beaujeu, pour agir contre lui sur les frontières du Querci £<. attaquer ses autres domaines.

Le comte Raimond, se voyant d'un côté pressé de toutes parts. Si l'évêque de Toulouse, en lui rendant compte de sa négociation, l'ayant assuré, de l'autre, que s'il ne se soumettoit entièrement à la volonté du roi, il n'avoit aucune paix à attendre, écrivit^ enfin à ce prince, le 20 d'octobre, de Penne en Agenois, soit qu'il eût alors soumis cette place, comme il est assez vraisemblable, soit qu'il en continuât le siège. 11 se soumet, dans cette lettre, sans restriction aux ordres du roi, 8c lui demande grâce, tant pour lui-même que pour SCS associés, du nombre desquels il exclut les hérétiques, 8c ceux qui étoient condamnés pour hérésie, avec offre de l'aller joindre incessamment s'il vouloit lui envoyer un sauf-conduit à Cahors. « Je vous promets fermement, M ajoute ce comte, rempli de confusion 8c de douleur de ce qui s'est passé, u non par un motif de crainte, mais pour plusieurs raisons que vous saurez « en temps Se lieu, de vous être inviolablement attaché tout le reste de mes « jours, de vous servir fidèlement envers tous 8c contre tous, de défendre 8c « d'honorer l'Eglise suivant vos désirs, de protéger la foi catholique, de purger n le pays d'hérétiques. Se de faire une justice sévère de ceux qui, à notre « honte, ont tué les inquisiteurs. Que si, ce qu'à Dieu ne plaise, vous ne « jugez pas à propos de recevoir notre soumission, Se si vous refusez de nous « donner la paix, que Dieu juge entre vous Se nous, si étant obligés de nous M défendre, il arrive malgré nous, qu'il y ait du sang répandu. Se si tous les « autres malheurs inséparables de la guerre s'ensuivent. » Raimond écrivit en^ même temps à la reine-mère, sa cousine, pour lui marquer le repentir qu'il avoit de ses démarches, 8c le désir sincère où il étoit de se réconcilier avec le roi. Il la prie de se rendre sa médiatrice, Se pour lui-même Se pour ses alliés.

■ Voyez tome vu, Note XXXIV, p. 99. ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLI, ce. 1097

' Tome VllI, Chartes, 11. CCLI, ce. 1 ico, 1 101 . à IC99.

An 1241

KJ.oii.^'n.

"; 75o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV.

An iZijz '

II dit enfin qu'il ne propose aucune condition, qu'il se remet à la miséricorde du roi, & qu'il se désiste des propositions que l'évêque de Toulouse avoit faites depuis peu à ce prince^ avec promesse de lui garder une fidélité inviolable'.

LXV. — Le roi donne la paix au comte de Toulouse i- envoie des commissaires sur les lieux pour recevoir sa soumission 6" celle de ses alliés.

Le comte donna ^ ces lettres à Raimond, prévôt de la cathédrale de Toulouse, qu'il envoya à la Cour pour y négocier sa paix, 8c que l'évêque de cette ville chargea de son côté d'y travailler de toutes ses forces. Lorscjue cet ecclésiastique arriva à la Cour, le roi se disposoit sérieusement à porter la guerre dans la Province, & à attaquer vivement Raimond. Dans cette vue, il avoit obtenu du clergé le vingtième des revenus ecclésiastiques, sous prétexte de faire la guerre aux hérétiques. Le prévôt de Toulouse trouva que plusieurs des principaux du parti de Raimond avoient déjà envoyé leurs députés pour faire leur paix particulière 8<. se déclarer contre ce comte, s'il ne faisoit pas lui-même la sienne. Ces circonstances l'obligèrent à presser sa négociation. Se la reine Blanche l'ayant secondé avec beaucoup de zèle Stde vivacité, le roi Louis se porta d'autant plus volontiers à la clémence, qu'en désarmant ce prince, toutes les semences de révolte étoient entièrement étouffées, & qu'il faisoit plaisir à la reine sa mère, qui prenoit fort à cœur les intérêts de R.aimond, son cousin germain. Quelques-uns, dit un auteur du temps^, blâmèrent la reine d'avoir eu trop d'indulgence pour ce comte; mais elle n'agit, ajoute-t-il, que par zèle pour l'Etat, & dans le dessein d'y rétablir la paix.

Le roi nomma Ferri Pâté, maréchal de France ; Jean de Gay ou le Jày, chevalier de mérite, &i Guillaume de Limoges, son clerc, pour aller recevoir dans la Province les sûretés que P^aimond promettoit de donner dans ses lettres. Le comte, informé du départ de ces trois commissaires, s'approcha de sa

' Le clerc qui a classé au treizième siècle cette ritage de son frère Alfonse. Dans la lettre à la

partie du Trésor des chartes a rais au dos de la reine Blanche, il y a un passage que nous com-

lettre de Raimond VII la note suivante : Hum'i- prenons mal aujourd'hui. C'est celui (toine VIII,

liacio R. quondam comitis Tholosani post ii!l':mam c. 1098} oii Raimond dit que par sa conduite à

guerram. C'est bien, en effet, une véritable hunii- l'avenir il fera taire ceux qui médisent de lui &

liation à laquelle se résignait Raimond VII, & on qui calomnient la reine à son occasion. Blanche

ne peut lire les deux lettres écrites par lui au roi avait pris à la Cour la défense du comte, ce qui

& à la reine Blanche sans une certaine pitié. Il n'était qu'honorable pour elle, & avait ainsi excité

fallait que la situation de ce malheureux prince l'animosiié des ennemis personnels de celui-ci.

fut bien précaire pour le forcer à une telle démar- C'est du moins ce que laisse entendre Guillaume

che; &, étant données les circonstances, il faut de Puylaurens. Voyez plus bas. [A. M.] avouer que Louis IX se montra relativement mo- ' Guillaume de Pi:ylaurens, c, ^5. — Matthieu

déré dans ses exigences. 11 est vrai qu'en se met- Paris, p. Hq!). — Tome VIII, Ch.irtes, n. CCLI

tant ainsi à la disposition du roi & de sa Cour, c. 1 102.

le comte s'ôtait tout moyen de tenter une nouvelle 'Guillaume de Puylaurens, c. iâ. Vcyez

prise d'armes, & que Louis IX n'aurait pu dimi- tome VIII, Chartes, c. iop8, iiuer ses domaines sans amoindrir d'autant l'hé-

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV, vSi "^

' An izi^%

capitale, 8c après avoir reçu', au mois de novembre, le serment de fidélité des chevaliers S< des consuls de Saverdun, il les joignit^ auprès d'Alfonse dans le diocèse de Carcassonne. L'évêque de Clermont s'y étant rendu de son côté avec Imbert de Reaujeu, on convint d'une trêve, & on fixa un jour auquel Raimond se présenieroit devant le roi à Lorris dans le Gâtinois, pour y ter^ miner sa réconciliation.

Raimond s'étant rendu^ ensuite à Saint-Rome, dans le Lauragais, il y promit solennellement, le 22 de décembre, aux trois commissaires, à l'évêque de Clermont & à Imbert de Beaujeu, d'exécuter fidèlement les promesses qu'il avoit faites au roi, de donner à ce prince toutes les sûretés nécessaires lorsqu'il seroit arrivé à la Cour, de lui restituer avant son départ toutes les places &. tous les domaines dont il s'étoit emparés depuis la guerre, soit par lui-même, soit par ses alliés; de rétablir toutes choses dans le même état qu'elles étoient auparavant, 5t d'observer en son entier le traité de Paris, soit par rapport à l'Eglise, soit par rapport au roi. En conséquence, il remit entre les mains'* d'Hugues, évêque de Clermont, 8<. d'Imbertde Beaujeu, le château de Saverdun Se celui de Brom ou Bram, par un acte daté près de Villepinte, dans le Lauragais, avec permission au roi d'en disposer comme il le jugeroit à propos. 11 quitta en même temps les habitansd'Albi 81 Amalric, vicomte de Narbonnc, du serment de fidélité qu'ils lui avoient prêté- Ce vicomte promit alors^ de son côté, qu'aussitôt qu'il seroit arrivé en la présence du roi, il s'engageroit d'obliger tous les habitans de la cité Se du bourg de Narbonne à prêter à ce prince le même serment de fidélité qu'ils avoient prêté au feu roi son père, de se rendre à Narbonne avant son départ pour la Cour; d'y déclarer publiquement que le comte Raimond l'avoit absous de son serment 8t de toutes leurs conventions, £t de remettre cette ville aux commissaires du roi, qui en prendroient possession au nom de ce prince. t'^ni°p'*''"3 Amalric se rendit, en effet, bientôt après à Narbonne, où il fit cette déclaration devant le peuple, entre les mains de l'évêque de Clermont, qu'il remit en possession de tout ce que le roi y possédoit avant la guerre, par un acte daté du mois de janvier suivant.

LXVI. — Le comte Raimond, le vicomte de Narbonne g- divers seigneurs se rendent à la Cour^ ^y terminent leur paix.

Le comte R.aimond partit avec les trois commissaires du roi pour se rendre à la Cour. En passant à Montauban, il éîablif^, le 28 de décembre, Sicard d'Alaman pour son lieutenant dans le Toulousain, l'Albigeois, le Rouergue^ le Querci & l'Agenois, c'est-à-dire dans toute la partie de ses Etats située en

' Trésor des chartes; Toulouse, sac 7, n. 21. — ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLI, ce. 1099,

[I. 3 14; Teulet, t, 2, p. 483, acte du 1'^' nor.] 1 ico,

' Guillaume de Puylaurens, c. 45. '■' liiJ. n. CCLII, ce. 1 1 o4 à 1 108.

' Tome VIII, Chartes, n. CCLI, c. 1102.— [Cor- ' IkU. n. CCXhV , c. 1137. ^'ge^ le jo novembre ciu lien du 22 décembre.]

An I2^i I

deçà du Rhône. Enfin le comte étant arrivé à Lorris au mois de janvier de l'an 1242 (1243), 1° Il y déclara devant le roi, par des lettres' scellées de son sceau, qu'il se soumettoit, lui, ses Etats & ses alliés à la miséricorde de ce prince. 2° Il jura de faire prêter serment de fidélité au roi devant les commissaires que ce prince enverroit sur les lieux, par tous les barons, châtelains, chevaliers 8c vassaux, 8c par tous les habitans des bonnes villes de son obéissance, depuis l'âge de quinze ans 8c au-dessus, suivant la formule exprimée dans le traité de Paris, &c d'en faire délivrer des actes authentiques. 3° Il promit de remettre, entre les mains du roi Se de ses commissaires, les châteaux de Puycelsi en Albigeois, Najac en Rouergue,Si Laurac dans le Toulousain, outre celui de Penne en Agenois, pour les garder pendant cinq ans à compter du \" de mars suivant. 4° De faire son possible pour livrer le château de Penne en Albigeois entre les mains de ce prince. 5° Enfin d'accomplir entièrement toutes les promesses qu'il avoit faites par le même traité de Paris, 8c de raser, quand le roi le jugeroità propos, toutes les fortifications qui avoient été faites à ses places durant la guerre 8c auparavant. Il déclara de plus, par un acte particulier, qu'ayant fait sa paix avec le roi, que lui ajant fait hommage (quoique, ajoute-t-il, nous ne croyons pas y avoir jamais contrevenu dans toute notre conduite), 8c qu'étant tenu de lui remettre ou à ses commissaires les châteaux de Puycelsi, de Najac 8c de Laurac, ce prince auroit le pouvoir de les confisquer, supposé qu'il ne les lui eût pas remis après la mimars prochaine. Un ancien historien- assure que Raimond remit alors au roi des lettres qu'il avoit reçues de l'Empereur, par lesquelles ce prince l'exhortoità continuer la guerre-'. Il promit"* enfin à la reine Blanche, le 19 de janvier, de purger son pays d'hérétiques 8c de faire une justice sévère 8c une recherche exacte de ces sectaires.

Amalric, vicomte de Narbonne, arriva à Lorris quelques jours après, suivi de treize des principaux habitans de cette ville, qui prêtèrent serment de fidélité au roi, le 23 de ce mois, envers tous 8c contre tous, avec promesse de conserver fidèlement les domaines de ce prince 8c de s'élever contre ce vicomte 8c ses héritiers, s'ils entreprenoient quelque chose de contraire à cette fidélité. Amalric promit de son côté, par serment, de détruire toutes les fortifications qu'il avoit faites dans ses châteaux depuis la dernière guerre. Raimond Gaucelin, seigneur de Lunel, 8c Bérenger, seigneur de Puyserguier, prêtèrent ce jour-là un semblable serment^; 8c le lendemain samedi, 2i^ de janvier, Pierre

' Voyez tome VIII, chartes, n. CCLI, ce. 1104, ses calomnies dont l'Empereur fut l'objet, d'autant

I io5. plus que, dans le même passage, Philippe Mouskes

' Philippe Mouskes, p. 204. [Êdit. Reiffenberg, accuse Frédéric d'avoir appelé les Tartares en Eu-

t. 2, pp. 681-682.] rope. Louis IX eut toujours avec Frédéric des rap-

' Ce n'est pas tout à fait le sens du passage de ports amicaux qui n'auraient pu persister après

Philippe Mouskes, auquel renvoie dom Vaissete. une trahison aussi insigne. |A. M.]

Cet auteur dit seulement que c'est l'Empereur qui ■* Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLI, ce. 1 104,

décida les comtes de Toulouse & de la Marche & ito5.

le roi d'Angleterre à entreprendre la guerre. On '' Trésor des chartes; Toulouse, sac 5, n°" 18 &

peut voir dans cette assertion une des nombreu- 1;. — [J. Sic ; Teulet, t. 2, p. 48^,]

' An I :.;j

de Grave', Pierre de Miramont Se Vagier de Montolieu chevaliers, de la bailUe de Carcassonne , en firent autant.

LXVII. — Le comte de Fo'ix se rend aussi à la Cour, 0 le roi le reçoit à l'hommage comme son vassal immédiat.

Roger, comte de Foix, alla de son côté trouver le roi à Montargis, au mois de janvier de l'an 1243, & il y rendit hommage lige^ à ce prince pour tous les domaines qu'il tenoit du comte de Toulouse durant la dernière guerre. Le roi lui promit de ne plus le remettre, lui & ses héritiers, sans leur consentement, sous l'hommage de ce comte. Depuis ce temps-là les comtes de Foix, qui, dès leur origine, avoient été hommagers de ceux de Toulouse, d'ahord pour tout le comté de Foix, 8<. ensuite seulement pour la partie de ce comté située en deçà du Pas de la Barre, devinrent vassaux immédiats de la couronne, changement qui causa un chagrin extrême au comte Raimond. Il est vrai qu'un moderne^ assure que le roi ne retint l'hommage des terres que le comte de Foix avoit dans la mouvance des comtes de Toulouse que pour la vie de Raimond seulement, parce qu'il ne vouloit pas que le comte Alfonse soutïrît des fautes de son beau-père; mais, outre qu'on vient de voir que le roi promit à Roger de ne pas le remettre lui 6* ses héritiers sous la foi Se l'hommage Éd.oriKin. des comtes de 1 oulouse, on ne trouve pas que les comtes ae b oix aient jamais rendu hommage à Alfonse, lorsque ce prince fut parvenu au comté de Toulouse après la mort du comte Raimond. Si nous en croyons un autre historien'* moderne, Raimond 8< Roger se virent alors en présence du roi, qui scella par son autorité l'accord qu'ils firent ensemble, & défendit réciproquement à leurs vassaux de rien entreprendre les uns contre les autres : autre circonstance dont nous ignorons la preuve. Ce qu'il y a de vrai, est que Roger'' promit au roi de délivrer les prisonniers qu'il avoit faits sur le comte de Toulouse, à condition que lorsqu'il seroit de retour dans le pays, ils lui donneroient toutes les sûretés nécessaires qu'ils ne lui feroient pas la guerre, qu'ils ne lui causeroient aucun préjudice, qu'ils reviendroient sous son hommage, Se que le comte Raimond délivreroit de son côté Sicard Si Hugues de Durfort, Si les autres prisonniers de Fanjaux Si de Laurac, Si leur restitueroit leurs biens. Nous comprenons par là que Raimond Si Roger se firent la guerre après que le dernier eut abandonné l'autre. En effet"^, Arnaud de Marquefave, Giitllaume-Aton son frère, Pons de Villeneuve, Si plusieurs autres, se déclarèrent alors en faveur du comte de Toulouse contre celui de Foix, leur seigneur

• Manuscrits Je Colhert, n. zC6<). dom Vaisseie va faire tout à l'hture n'en est pnj

'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLIII, ce. i io3 moins fondée. Jamais le comte de Foix ne recon-

& 1109, nut la suzeraineté d'Alfonse de Poitiers. [A. M.]

' La Chaise, Histoire ie saint louis, l. .ï, n. ï.3. * Marca, Histoire Je Béarn, p. 767.

— Cf. Lenain de Tillemont, t. 2, p. 481. Cet ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLIII, ce. 1 107

historien se fonde, pour interpréter ainsi l'acte à 1110.

du roi (JJ. XXX*, n. 206), sur les mots suivants : ' Château de Foix, caisse 3.^.

istius Raimunji, nunc comitis, La remarque (jue

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