‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 284 sur 342 · V.d, origiii · texte numérisé non relu

V.d, origiii

les remontrances' que firent là-dessus, à Innocent IV, le 14 de juin de l'an 1245, les évêques de Carcassonne, Elne, Toulouse, Uzès, Lodève & Nimes, l'évêque élu de Béziers, les abbés de Saint-.A.phrodise & de Saint- Jacques de Béziers, & celui de Quarante, le pape permit aux inquisiteurs de continuer leurs procédures. Cela fit que, s'ils ne purgèrent pas entièrement le pays d'hérétiques, les sectaires n'osèrent plus du moins se montrer publiquement, 8t que plusieurs, pour éviter de tomber entre leurs mains, se réfugièrent dans les pays étrangers & surtovit en Lombardie, où ils formèrent^ une église particulière appelée VégUse de France, composée d'environ cent cinquante personnes. Il n'en resta guères davantage dans le pays, &. les églises de Toulouse, d'Albigeois 8c de Carcassonne, avec les débris de celle d'Agenois, n'étoient plus composées que d'environ deux cents cathares en i25o, lorsque frère Reynier, qui avoit été de leur secte &: qui avoit pris ensuite l'habit religieux dans l'ordre des frères prêcheurs, écrivit contre eux sa Somme, dans laquelle il ne compte que quatre mille de ces hérétiques dispersés dans tout le monde & partagés en seize églises. Cet auteur distingue ces hérétiques des pauvres de Lyon ou vaudois, qu'il appelle Uonistes, & qu'il partage en Lombards & en Ullramontains. Il ne reproche à ces derniers que trois erreurs, savoir : 1° De dire qu'il est défendu de jurer sous peine de péché mortel, & que les puissances séculières n'ont pas le pouvoir de punir les malfaiteurs. 2° Que tout laïque peut consacrer le corps de Jésus-Christ. 3° Enfin que l'Eglise romaine n'est pas celle de Jésus-Christ.

Le pape, pour modérer encore davantage la trop grande autorité des inquisiteurs &t les empêcher d'en abuser, leur défendit^ de rendre aucune sentence £< de porter aucun jugement, sans l'avis & le consentement des ordinaires, qui procédèrent quelquefois d'eux-mêmes 81 sans le ministère des inquisiteurs contre les hérétiques de leurs diocèses. Entre plusieurs sentences portées^ par les évêques du pays, nous en avons une rendue, en iiSo'', par Guillaume de la Broue, archevêque de Narbonne, de l'avis de l'abbé de Saint-Paul Se de quelques autres ecclésiastiques de son église} Si une autre^, le i"' d'août de l'an 1201, par « Raimond Vital, officiai de Pamiers, pour l'évêque de « Toulouse, St député par lui inquisiteur de l'hérésie dans tout le comté de « Foix S<. la terre de Mirepoix, du conseil de plusieurs ecclésiastiques, juris- « consultes, religieux 81 autres. » Il paroit, d'ailleurs, que les évêques de la province n'eurent pas beaucoup d'égard dans la suite à la bulle du pape, qui permettoit au provincial des frères prêcheurs de nommer lui-même les inquisiteurs, car les évêques de Toulouse, d'Agen, d'Albi 81 de Carpentras déférèrent cette nomination, au mois de juin de l'an izSî^, à Philippe, tré-

' Voyez tome VIII, Chartes, n.CCLXIX, ce. 1 173 * Mat\<:ni, Thésaurus aneciotorum, t. i,c. 1045.

à 1176. = Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXXVII,

' iamma /ratris Kfncrii, ap. Martène, rAisaariij ce. 1272, izyS. [L'acte est de izSi (n. st.))

anecdotorum, t. 5, c. 1767 & suiv. * Château de Foix, caisse 3i.

' Baliize, Concilia Galliae Narionensis, append., ' Voyez tome VIIÏ, Chartes, n. CCXCIX, ce. i3i3

p. loj . 8t |3 14.

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sorier de Saint-Hilaiie de Poitiers, &. à Gui Fulcodi, commissaires d'Alfonse, comte de Toulouse & de Poitiers, à condition cependant que les inquisiteurs ne détermineroient rien sans leur conseil , & avec protestation de suivre en toutes choses la forme canonique de l'inquisition. Le pape Innocent IV enjoignit' d'un autre côté, le 12 de novembre de l'an 1247, aux archevêques de Bordeaux, Narbonne & Arles, à leurs suffragans, aux évêques de Cahors, le Puy, Mende, Albi S<. Rodez, 8c aux inquisiteurs de l'hérésie, t.'îii^p.'^i'V:. '•Js f'^"'^ restituer aux femmes catholiques leurs dots, qui avoient été confisquées avec les biens de leurs maris hérétiques; & il ordonna, le 14 de mai de l'an 124g, aux inquisiteurs, de supprimer une partie de leurs officiers pour empêcher leurs exactions sur ceux qui se convertissoient.

LXXXIII. — Siège & prise du château de Montségur sur les hérétiques.

La prise du château de Montségur, qui étoit presque le seul asile qui restoit à l'hérésie dans la Province, acheva de l'abattre. Ce château, situé dans le voisinage des Pyrénées, à l'extrémité du Toulousain, &<. aujourd'hui dans le diocèse de Mirepoix, vers les frontières du pays de Sault, est bâti sur un rocher escarpé & bordé de précipices affreux. 11 appartenoi"t anciennement à des seigneurs particuliers qui le possédoient sous la mouvance des vicomtes de Béziers 8c de Carcassonne. Il avoit été pris au commencement de la croisade par Simon de Montfort, qui en avoit disposé en faveur de Gui de Lévis, maréchal de son armée, de même que de celui de Mirepoix, dont il est éloigné de trois lieues vers le midi ; mais il avoit été repris par Pierre-Roger de Mirepoix 8t Raimond de Pérèle, ses anciens seigneurs, partisans du vicomte Trencavel, qui en avoit fait sa principale place d'armes 81 le refuge des proscrits Se des hérétiques. La situation de cette place ^, qui passoit pour imprenable, en rendoit la conquête très-difficile j mais comme la tranquillité du pays 8t l'entière expulsion des hérétiques dépendoient de sa soumission, Pierre Amelii, archevêque de Narbonne, Durand, évêque d'Albi, Hugues d'Arcis, sénéchal de Carcassonne, Raimond de Campendu 6c divers autres seigneurs résolurent d'en entreprendre le siège. Ils mirent un corps de troupes sur pied Se, s'étant joints au mois de mars de l'an 1244, ils l'attaquèrent; mais ils ne purent rien avancer pendant longtemps, tant par la vigoureuse défense de la garnison que par la nature du lieu. En effet, plusieurs chevavaliers de mérite qui s'y étoient retirés avec leurs familles, voyant qu'il falloit se résoudre à vaincre ou à périr, se battirent en désespérés, secondés par leurs femmes qui, malgré la toiblesse de leur sexe, partagèrent avec eux toutes les fatigues du siège. Enfin les généraux catholiques ayant rassemblé une troupe de gens du pays accoutumés à grimper sur les rochers, 8c les ayant fait soutenir par un gros détachement de l'armée, ces troupes escaladèrent heureuse-

' Registre de l'Inquisition de Toulouse. — [Pot- Histoire des comtes Je Tolose, Preuves, p. 162. — thast, n. 12743.] Registre de l'Inquisition de Carcassonne. — Voyez

'Guillaume de Puylaurens, c. 46. — Catel, tome VIII, n. CCCXLIII, c. i5o6&suiv.

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ment, pendant une nuit, le rocher sur lequel ce château est situé, S< ayant surpris 5<, égorgé ceux qui gardoient un ouvrage avancé, posté dans le coin du rocher, elles s'en emparèrent. Le lendemain les assiégeans frémirent d'horreur à la vue des dangers qu'ils avoient courus pendant la nuit, au travers des précipices qu'ils avoient été obligés de franchir pour venir à bout d'une entreprise qu'ils n'auroient osé tenter pendant le jour, 8c, profitant de leur avantage, ils frayèrent le chemin de cet ouvrage au reste de l'armée. Puis, étant plus à portée du château, ils le pressèrent si vivement que les assiégés, ne pouvant plus résister, demandèrent à capituler. On leur accorda la vie sauve, à condition qu'ils livreroient à la discrétion des vainqueurs environ deux cens hérétiques revêtus (ou parfaits), tant hommes que femmes, qui s'étoient réfugiés dans la place, entre lesquels étoit Bertrand-Martin, leur évêque. On exhorta d'abord les sectaires à se convertir; mais comme ils persistèrent dans leurs erreurs, on traça une enceinte au pied de la montagne, on l'entoura de pieux & ayant dressé un grand bûcher au milieu, on les y fit périr par les fiammes, à la réserve de quelques-uns qui trouvèrent moyen de s'évader; plusieurs personnes de condition furent du nombre de ceux qu'on brûla vifs, entre autres Esclarmonde, fille de Raimond de Pérèle, l'un des seigneurs de Montségur. Ce château se soumit vers la mi-carême de l'an 1244, 8t fut rendu à Gui, maréchal de Mirepoïx, qui en fit hominage ' au roi, au mois de juillet de l'année suivante.

LXXXIV. — Le comte Raimond, principal plèmpotentïalre de l'empereur Frédéric, négocie la paix de ce prince avec le pape.

Le comte de Toulouse, après avoir reçu son absolution du pape & terminé à la cour romaine toutes les affaires qui l'intéressoient personnellement, employa sa médiation^, comme principal plénipotentiaire de l'empereur Frédéric, conjointement avec Pierre des Vignes 5(. Thadée de Suesse, grands juges de la cour impériale, pour réconcilier ce prince avec le Saint-Siège, lis mirent la négociation en bon train, Se Frédéric écrivit à divers princes de l'Europe pour les prier d'envoyer leurs ambassadeurs à Rome, afin d'y être présens à la conclusion de la paix, que son très-cher iy féal allié le comte Kd.oiigin. Raimond avoit négociée. Baudouin, empereur de Constantinople, qui se trouvoit alors à Rome, se joignit au comte pour faire réussir l'accommodement. Enfin les ambassadeurs de Frédéric étant convenus des articles du traité, ils en firent la lecture, le jeudi saint de l'an 1244, en présence du même Baudouin, de tout le sacré collège, d'un grand nombre de prélats, des sénateurs St du peuple romain ; mais quelques jours après Frédéric refusa de les ratifier, malgré ses promesses; ainsi le pape & l'empereur demeurèrent

' Reg':strum curiae franciae. — Voyez tome VIII, biens héréditaires. Le roi le lui concéda en aiig-

c. 1 1 ^T) & suiv. cet hommage que nous republions ment de fief. [A. M.]

d'après l'original, J. 622, n. 22. Le sire de Lévis ' Matthieu Paris, année 1244, p. 629 & suiv,

réclamait le château comme faisant partie de ses — Raynaldi, année 1244, n'" 16, 20 & suiv.

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