‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 290 sur 342 · CXII. — Différends de Raimond avec le vicomte de Lomagne · texte numérisé non relu

CXII. — Différends de Raimond avec le vicomte de Lomagne

Arnaud-Othon , vicomte de Lomagne, vassal de Raimond, après avoir épousé Marie, nièce de ce prince Si fille de Pierre-Bermond de Sauve, Se reçu t.'^i1i,°p"453.

de lui toute sorte de bienfaits, abandonna ses intérêts. Il se joignit, en effet,

à Simon de Montfort, comte de Leycestre, gouverneur de Gascogne pour le ^" ^^^"^ roi d'Angleterre, qui avoit entrepris la guerre dans le pays contre les sujets ou alliés de Raimond, & fit prisonnier Géraud d'Armagnac, vassal de ce prince. Simon, qui étoit fils du fameux Simon de Montfort, mort en 12 18, vouloit peut-être faire revivre les prétentions de sa maison sur le comté de Toulouse; car on ne marque pas le sujet de cette guerre, 5<. on qualifie Simon comte de Leycestre, émule'' ou concurrent de Pvaimond. Quoi qu'il en soit, ce dernier, piqué de ce que le vicomte de Lomagne s'étoit uni à ses ennemis, le somma, à Agen, le 11 de juin de l'an 1249-"', de lui remettre le château d'Auvillar, Se tous les autres domaines qu'il tenoit de lui en fief dans l'Agenois, 8c de donner la liberté à Géraud d'Armagnac. Arnaud-Othon refusa d'obéir 8c fit signifier à Raimond, le i"" de juillet suivant, un appel au roi ; son principal motif étoit qu'il n'avoit rien fait qui méritât que Raimont le dépouillât de son fief. Quant à Géraud d'Armagnac, le vicomte s'excusa de le délivrer sur ce qu'il l'avoit pris les armes à la main dans les domaines qu'il tenoit du roi d'Angleterre, Se dans lesquels Géraud lui faisoit la guerre, domaines, ajoute-t-il, bien plus étendus que ceux que je possède dans votre mouvance. Nonobstant cet appel, Raimond'' fit condamner le

■ Voyez tome VII, Note XLII, p. i 18 & siiiv. ■• Guillaume de Puylaurens, c. 48.

'Guillaume de Puylaurens, c. 43. 'TomeVIII, Chartes, n. CCLXXXIV, c. 125!.

' Manuscrits de Colhert, n. 1067. — [J. 3i4, ° Ibid. ce. 1203, 12J4, & n. CCXCIII, ce. 1289,

n. 4^ ; Tsulct, t. 3, p. 70.] 1290.

V Si

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vicomte à sa cour d'Agenois, qui déclara que le château d'Auvillar 8t tous les autres domaines qu'il possédoit dans le diocèse d'Agen étoient tombés en commise, & s'en saisit au nom de R.aimond '.

CXIII, — Hérétiques hridés à Agen, — Raîmond va joindre sa fille &• son gendre à Aigues-mortes.

Le comte de Toulouse, durant le séjour qu'il fit alors ^ à Agen, y fit brûler vifs quatre-vingts croyans des hérétiques, après qu'ils eurent été convaincus de leurs erreurs en sa présence. Il partit, quelque temps après pour aller à la rencontre d'Alfonse, comte de Poitiers, son gendre, & de Jeanne, sa fille, qui avoient pris la route d'Aigues-mortes & qui dévoient s'y embarquer pour la Terre-Sainte. Alfonse S< Jeanne étoient partis de France à la fin de juin, à la tête d'un renfort considérable qu'ils amenoient au roi, Si ils firent voile le 26 d'août.

CXIV. — Testament &■ mort de Raimond VII , dernier comte de Toulouse de sa race, — Son caractère, étendue de ses domaines, i/c.

Raimond-', après avoir pris congé de sa fille & de son gendre, se rendit à Millau, en Rouergue, où il fut attaqué de la fièvre ■*. Elle ne l'empêcha pas

' Dom Vaissete n'a pas parfaitement saisi la suite des événements. Simon de Montfort, comte de Leycestre, ne cherchait pas à faire revivre les prétentions de sa famille sur le comté deToulouse; mais chargé par le roi d'Angleterre, le i''' mai 1248, du gouvernement de la Gascogne troublée par les guerres civiles, il s'efforçait de rétablir la paix dans cette province (cf. un article de M. Ch. Bémont, dans la Revue historique, t. 4, 1877, p. 244 & suiv.). Le vicomte de Lomagne fut l'auxiliaire du lieutenant du roi anglais & le secourut contre le comte d'Armagnac. Dans cette guerre l'archevêque d'Auch, partisan de ce comte, fut vivement pressé &, en novembre 1248, il était presque assiégé dans sa ville épiscopale; le pape dut l'autoriser à réclamer les droits de visite de ses églises, quoiqu'il ne pût les visiter en personne (Potthast, n. 18069 & suiv.). Inquiet de ces luttes qui portaient le trouble dans des Etats relevant de lui, Raimond VII intervint 8c, par une première lettre du 1 1 juin 1249, il somma le vicomte de lui remettre le château d'Auvillar & la terre qu'il tenait de lui en lief; le même jour, par une seconde lettre, il lui ordonna de remettre en liberté le comte d'Armagnac (cf. tome VIIl, c. izôi & suiv.). Quelques jours après, le vicomte n'ayant point obtempéré à ces ordres, Raimond porta l'affaire devant sa cour d'Agen, qui décida que le vicomte devait livrer le château d'Auvillar & la

vicomte de ce nom, pour garantie de l'exécution des promesses par lui faites à son suzerain, le condamna aux dépens & lui ordonna de délivrer Géraud d'Armagnac. L'acte est du 29 juin 1249 (cf. tome VIII, c. 1253 & suiv.). Le comte fit signifier cette sentence à Arnaud-Othon par Gaston de Gontaud & R. Bernard de Balencs. Le !'''■ juillet suivant, le vicomte répondit par un long mémniri; dans lequel, pour éluder les demandes de son suzerain, parfaitement fondées au point de vue du droit féodal, il a recours au droit romain & finit par en appeler au roi de France (cf. tome VIII. ce. i25i à 12.53). La querelle fut plus tard apaisée par Alfonse de Poitiers. [A. M.J

' Cniliaumc de Puylaurens, c. 48. — Gcstn Luioyici TX, p. 334.

' Guillaume de Puylaurens, c. 48.

* Le comte Raimond VU était à Millau dès le 22 août. A cette date, il écrivit au précepteur de Sainte-Eulalie du Larzac d'avoir à remettre les forteresses, qu'il tenait de lui au nom du Temple, â son bailli de Rouergue, R. du Puy. Dans cette lettre le comte se plaint des usurpations commises à son détriment par les chevaliers du Temple, & déclare qu'il ne veut pas laisser ces excès impunis, de peur du préjudice que sa négligence pourrait causer à lui & à ses descendants. Cf. Teulet, t. 3, p. 75- [A. M.)

de continuer son chemin ; mais étant arrivé à Pris, auprès de Rodez, il tut obligé de s'alliter, Se, vovant c[u'il y avoii du danger, il mit ordre aux affaires de sa conscience. Il se contessa à un fameux solitaire ou ermite du pays, nommé frère Guillaume Albaronier. L'évêc[ue d'Albi, qui étoit accouru sur la nouvelle de sa maladie, lui administra le saint viatique, qu'il reçut avec une piété exemplaire. Aussitôt qu'il sut que le corps de Jésus-Christ entroit dans la maison, il sortit du lit &, tout foible qu'il étoit, il alla au devant & comm.unia à genoux sur le pavé de sa chambre. Plusieiirs autres évêques de ses Etats, savoir : ceux de Toulouse, Agen, Cahors 8< Rodez se rendirent aussi à Pris avec les principaux de ses vassaux & les consuls de Toulouse : ils étoient tous d'avis qu'il se fît transporter dans cette ville; mais il voulut qu'on le reportât à Millau, & y il fit son testament le iS de septembre '.

Suivant cet acte', qui est en original au Trésor des chartes du roi, Raimond choisit sa sépulture dans le monastère de Fontevrault, où Henri, son aïeul, 8c Pvichard, son oncle, rois d'Angleterre Se la reine Jeanne, sa mère, étoient inhumés, S< il veut être placé aux pieds de cette princesse. Il ordonne la restitution de tout ce qu'il avoit mal acquis, 8c lègue dix mille marcs sterling en œuvres pies, savoir : cinq mille à l'abbaye de Fontevrault, à laquelle il lègue de plus son argenterie 8c ses bijoux, 8c cinq mille autres aux monastères de l'Espinasse, Brugairac^, Longages 8c Sainte-Croix, du même ordre dans le Toulousain, aux abbaves de Goyon , Oraison-Dieu, Grandselve, Feuiilans, Eaunes, Bonnecombe 8c Belleperche, de celui de Cîteaux; aux couvens des filles de Prouille, de l'ordre de Saint-Dominique, de Notre-Dame du Bousquet, au diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux, 8c de Saint-André, au diocèse de Vaison ; à la cathédrale de Saint-Etienne de Toulouse, 8<c. Il lègue de plus à ces églises tous ses troupeaux. Il institue Jeanne, sa fille, femme d'Alfonse, comte de Poitiers, son héritière universelle, 8c confirme tous les privilèges, coutumes 8c libertés dont jouissoient les barons, chevaliers &c autres vassaux, les églises, les monastères, les villes, les châteaux £c les Woiisin.

1 r • !• t. III, p. ,|().|..

villages de ses domaines, avec défense de leur causer aucun préjudice touchant les tailles 8c autres impositions qu'ils lui avoient accordées, «0/2 par devoir, mais de leur propre volonté. Il laisse le gouvernement de tous ses États à Sicard d'Alaman, avec pouvoir d'en recevoir tous les revenus, d'établir les officiers qu'il jugeroit à propos. Se de délivrer tous ses legs avec les autres exécuteurs testamentaires, jusqu'à ce que sa fille Jeanne en eût pris possession. Enfin il nomme pour ses exécuteurs testamentaires les évêques de Tou-

■ D'.-iprès les dépositions faites por Sicard Ala- Cf. Boiitaiic, Alfonse Je Poitiers, p. 81 & suiv.

•man, Pons Astoaud & Jean Auriole, lors de l'en- [A. M.]

quête ouverte plus tard sur la validité du testament ' Trésor des chartes ; Toulouse, sac 5, n. 64. —

de Raimond Vil, la rédaction de ce testainent fut [J. 3] i ; Teulet, t. 3, pp. 78 à 80. — Tome VIII,

commencée lors d'une maladie du comte à Riom, ce. izyS à izâp.] — Catel, Histoire des comtes de

& la plupart des dispositions en furent dés lors Tolose, p. Syî & suiv. arrêtées. Plus tard, il fut repris & complété à ^ [Corn'gi-r Bragairac]

Pris, enfin terminé à Millau cii mourut le comte.

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louse, Agen, Albi, Cahors, Rodez, Carpentras & Cavaillon, 8c ses chers &■ féaux Bernard, comte de Comminges, Sicard d'Alaman, Se quatre bourgeois de Toulouse, au choix de ces deux derniers.

Ce testament est scellé de dix sceaux i celui de Raimond est au milieu, du côté droit, & ensuite ceux de Gui de Séverac, de Guillaume, abbé de Moissac, Jourdain de l'Isle, Hugues, comte de Rodez, 6c Durand, évêque d'Albi, 8c du côté gauche sont, après celui du comte, ceux de frère Guillaume de Brive, Raimond d'Alfaro, Richard Philagrius &c Bernard, comte de Comminges '.

Le lendemain^ Raimond fit un codicille en présence de ce dernier, de Sicard d'Alaman, de Pons d'Astoaud, son chancelier, 8ic., par lequel :

1° Il déclare que, s'il revenoit de cette maladie, il exécuteroit le vœu qu'il avoit fait d'aller en personne servir dans la Terre-Sainte, avec ordre à son héritière, s'il ne pouvoit accomplir ce vœu, d'y envoyer cinquante chevaliers armés pour y servir à ses dépens pendant un an.

2° Il ordonne de rendre au pape les sommes qu'il avoit reçues du vingtième sur les biens ecclésiastiques, des legs 8c des rachats des vœux pour le voyage d'outre-mer.

3° Enfin il veut qu'on rende au roi de France Se à la reine-mère l'argent qu'ils lui avoient donné pour ce passage.

Un historien du temps^ ajoute que Raimond, se voyant au lit de la mort, ordonna de rendre à Innocent IV les sommes que ce pape lui avoit fait donner pour faire la guerre aux ennemis de l'Eglise 8c surtout à Thomas de Savoie, qui avoit encouru l'indignation du pontife, parce qu'il avoit épousé la fille de l'empereur Frédéric, son ennemi déclaré. Ainsi, le pape, pour faire la guerre à ce prince, empêcha Raimond de passer cette année à la Terre-Sainte, comme il l'avoit projeté, 8c le retint dans le pays pour l'opposer aux partisans de Frédéric, avec lequel ce comte étoit par conséquent brouillé dans le temps de sa mort.

Raimond, ayant fait ses dernières dispositions Se reçu l'extrême-onction, mouruf* à Millau, en Rouergue, le 27 de septembre de l'an 1249, à l'âge de cinquante-deux ans.

Guillaume de Puylaurens, qui nous a laissé une chronique où il décrit la plupart des actions de ce comte dont il étoit chapelain ou aumônier, marque « que la Providence permit qu'il mourût dans la partie orientale « de ses États, afin, dit-il, que le corps de ce dernier prince de la maison « de Toulouse, devant être rapporté vers l'Occident, reçût en passant les « derniers devoirs de tous ses sujets, qui témoignèrent un extrême regret de

■ \Corr\ge\ ainsi jae suit l'un des noms donnés tioi. Cet auteur est beaucoup trop sujet à caution.

;>(ir rfom Fai5«te ; Ricliard Filangier.] Il n'existe pas trace de ces guerres entre Rai-

' [Corrige^ le surlendemain 25 septembre.] mond VII & Thomas de Savoie, & dans les der-

^ Matthieu Piris, année 1249, pp. 771 &. 820. niers temps de sa vie le comte ne paraît pas être

— Le témoignage de Matthieu Paris ne suffît allé au delà du Rhône. [A. M.]

pas pour permettre de croire au fait en ques- '' Guillaume de Puylaurens, c. 48.

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« sa mort. » On embauma en effet son corps, 8c, après l'avoir renfermé avec beaucoup de soin dans un cercueil, on le transporta avec pompe par Albi, Gaillac 5<. Rabastens jusqu'à Toulouse, où on le mit sur la Garonne, dans un bateau qu'on y avoi< préparé, Si qui le conduisit par eau au monastère du Paradis, en Agenois, de l'ordre de Fontevrault, où il demeura en dépôt jusqu'au printemps de l'année suivante qu'on le transféra à l'abbaye de Fontevrault. « Ce tut un spectacle digne de compassion, ajoute cet histo- « rien, de voir les peuples aller en fouie au devant du convoi ou le suivre « en pleurant & en gémissant sur la perte de leur seigneur naturel, Si sur « ce qu'il ne laissoit aucune postérité masculine. C'est ainsi qu'il plut à « Notre-Seigneur Jésus-Christ de faire voir à toute la terre, qu'il tiroit ven- <i geance du pays, à cause de l'hérésie dont il étoit infecté, en enlevant <i aux peuples celui qui les gouvernoit. »

Raimond fut inhumé dans le chœur de l'abbaye de Fontevrault, auprès de Jeanne d'Angleterre, sa mère. On y voyoit autrefois leurs tombeaux' avec ceux de Henri II, roi d'Angleterre, d'Éléonor d'Aquitaine, sa femme, père & mère de la même Jeanne, de Richard, roi d'Angleterre, son frère, & d'Elisabeth de la Marche, femme de ce dernier. Mais Jeanne-Baptiste de Bourbon, abbesse de Fontevrault, déplaça tous ces tombeaux en i638, en faisant réparer Si accommoder le chœur : elle substitua à l'ancienne figure du comte R.ai- Éd.orisin. mond, relevée en bosse Se couchée sur son tombeau, une autre figure moderne à genoux, qu'elle plaça sur un piédestal qui est auprès des autres tombeaux, lesquels furent mis ensemble dans un avant-corps qui est au fond du chœur du côté de l'évangile.

Raimond étoit un prince qui méritoit véritablement d'être regretté de ses sujets; car quoiqu'il ne fût pas sans défauts, ses vertus étoient cependant bien supérieures. Il étoit doux, affable, libéral, magnifique. Se ne manquoit ni d'esprit, ni de jugement; il avoit donné des preuves éclatantes de sa valeur dans les diverses guerres qu'il avoit eu à soutenir dès sa jeunesse, soit pour conserver & recouvrer le patrimoine de ses ancêtres, soit pour secourir ses alliés, soit enfin pour venger ses querelles particulières, & il fut un des plus braves capitaines* de son temps. On loue aussi sa circonspection; mais bn l'accuse de légèreté Si d'imprudence-* dans sa conduite Se de variation dans la poursuite des hérétiques, qu'il ménagea trop, dit-on, dans certains temps, 81 qu'il poursuivit dans d'autres avec un zèle outré. Il est vrai que dans les commencemens de son gouvernement il ne les réprima pas assez vivement, au gré de la cour de Rome 81 des ecclésiastiques de ses Etats, qui demandoient qu'il les exterminât sans miséricorde; mais aussi les mêmes ecclésiastiques furent-ils très-contens de lui durant les dernières années de sa vie, car il tint alors une conduite uniforme à l'égard des hérétiques. Si ne négligea rien pour en purger ses Etats. Du reste, quelque conduite qu'il ait

' Montfaucon, Monuments de la monarchie fran- ' Lafaille, Abrégé, pp. i36 & 142. — La Chaise,

faijc, t. 2, p. ii3 & siiiv. Histoire de saint Louis, 1. 3, n. |3, 1, 8, n. 16.

' Matthieu Paris, année 1249, p. 771. [Lenain de Tiltemont, t. 3, p. 274.]

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tenue envers eux, sa foi personnelle ne fut jamais suspecte, & il fit toujours une profession ouverte de catholicité. Il eut, d'un autre côté, beaucoup à souffrir des ecclésiastiques, qui le chargèrent à l'envi de censures dans les fréquens différends qu'ils eurent avec lui pour des intérêts temporels; en sorte que les papes furent obligés de mettre des bornes à l'abus manifeste que firent quelques prélats du pouvoir des clefs contre Pvaimond. Ils furent bien plus réservés envers ce prince lorsqu'il eut gagné les bontjes grâces des papes, à quoi il s'appliqua sur la fin de ses jours. Il y réussit enf^n, Se il étoit très-lié avec Grégoire IX lorsque ce pape vint à décéder. Il n'eut pas moins de part à l'amitié d'Innocent IV, qui avoit une entière' confiance en lui^.

Outre les sommes immenses qu'il s'engagea de payer à plusiexu's églises par le traité de paix qu'il conclut avec le roi, en 1229, &. les grandes libéralités qu'il exerça envers elles par son testament, nous avons divers autres monumens de sa piété, 8<. il y a peu d'églises & de monastères situés dans l'étendue de ses domaines qui ne conservent quelques chartes dans lesquelles il donne en leur faveur, ou des marques de sa protection ou des preuves de sa magnificence. Il fonda entre autres, en 1246, l'entretien d'un prêtre dans l'hôpital ou dommerie d'Aubrac^ pour y célébrer la messe, tant pour lui-même que pour les comtes, ses prédécesseurs & successeurs.

Raimond fut extrêmement jaloux de son autorité 8c attentif à l'administration de ses domaines, & il ne négligea rien pour les conserver ou pour les étendre; c'est ce qui l'engagea sans doute à commettre une action qui, si elle est vraie, n'est pas honorable pour sa mémoire 8c prouve qu'il étoit vindicatif.

On l'accuse'* d'avoir fait fabriquer de fausses lettres pour dépouiller le comte.de Foix d'une partie de son comté Se le punir de s'être soustrait à son vasselage. On se fonde sur une déclaration que fit après sa mort frère Guillaume de Brive, cordelier, que le pape lui avoit donné pour son confesseur ordinaire, avec pouvoir à ce religieux Se à son compagnon de résider à sa cour, d'user de souliers, d'aller à cheval, 8cc. Mais quelque forte que soit cette preuve elle ne nous paroît^ pas suffisante pour croire Raimond coupable d'un si noir procédé.

Ce prince, lorsqu'il mourut, possédoit actuellement*^ :

' Matthieu Paris, ut supra. naissons mal; mais elle paraît avoir été plus érjui-

' Il serait peu équitable de juger le caractère de fable & plus douce que celle de ses prédécesseurs,

Raimond VII sans tenir compte des circonstances 8c les témoignages de regret que ses sujets lui ac-

difficiles qu'il eut à traverser. On a pu l'accuser cordèrent sont là pour témoigner de ses hautes

de faiblesse & de versatilité, mais la position dif- qualités. [A. M.]

ficile où l'ava ient placé les fautes de son père Rai- ^Archives d'Aubrac. [Sur les autres donation»

mond VI & l'animosité des légats apostoliques de ce comte à cette maison religieuse, voyci

l'obligeait à une politique parfois un peu double. tome IV, p. 894.]

En somme le traité de 1229 fut une œuvre inique, ■* Voyez tome VIT, Note XXXIV, n. 4, pp. 10 r,

8c on ne peut blâmer Raimond d'avoir essayé, en ° liid.

1242, de reconquérir les Etats qu'il avait perdus, 102. [Voyez plus haut, pp. 77^, 774.]

bien qu'en renouvelant la guerre, il violât la foi * Comme le fait remarquer Boutaric dans sort

jurée. Quant à son administration, nous la con- ouvrage d'Alfoiise de Poitiers (p. 67 81 suiv.), dom

' Am 1:49

1° Le comté de Toulouse, qu'il tenoit de ses ancêtres Si qui comprer.oit tout l'ancien diocèse de cette ville, lequel compose aujourd'hui une province ecclésiastique entière. Il dominoit sur tout ce pays, à la réserve du comté de Foix 8t des domaines de la maison de Mirepoix cjul avoieni été soustraits à son autorité 5 mais il prélendoit dans le temps de sa mort rentrer dans la suzeraineté' dont ses prédécesseurs avoient toujours joui sur ce comté, Se r.'iii,°p!*!l6ij. l'unir pour la plus grande partie à son domaine.

2° La partie de l'Albigeois située à la droite du Tarn, tout le Rouergue Se tout le Querci -, qu'il tenoit aussi de ses ancêtres.

3° L'Agenois, qui comprenoit les diocèses d'Agen St de Condom 8t qui avoit été donné en dot à Jeanne d'Angleterre, sa mère.

4° Le marquisat de Provence, qui, à ce qu'il paroît, étoit alors moins étendu qu'il ne l'avoit été anciennement, mais qui comprenoit du moins, outre tout le conitat Venaissin, les diocèses de Saint-Paul-T rois-Châteaux St d'Orange.

5° L,a seigneurie de la ville basse ou la vicomte de Marseille que Pvaimond ne possédoit qu'à vie & qui lui étoit échue par la soumission volontaire des peuples de cette ville.

6° La suzeraineté sur les comtés de Comminges, d'Astarac Se de Fezensac, sur le comté de Diois, Si. les terres que le comte de Valentinois possédoit dans le Vivarais, Sec, outre celle qu'il exerçoit sur les seigneurs particuliers qui possédoient des terres dans ses autres domaines, entre lesquels étoient les comtes de Rodez Si divers vicomtes.

7" Enfin il paroît que Raimond avoit des prétentions sur la seigneurie de Tripoli, en Syrie, possédée anciennement par ses ancêtres, car Guillaume d'Anduze 64 Philippe, vicomtesse de Narbonne, sa sœur, qui prétendoient^ en avoir hérité de ce prince, leur oncle, en firent donation entre vifs, en i25g, en faveur d'Aymeri, fils d'Amalric, vicomte de Narbonne, Se de la même Philippe.

Raimond transmit tous ces domaines, qui lui étoient restés d'une domi-

Vaissete n'a pas indiqué un des caractères les plus vient d'attribuer à Raimond VII la ville d'Albi,

curieux de l'administration de Raimond VII. Sans qui formait une seigneurie particulièie possédée

doute pour compenser les pertes que lui avait fait par l'évêque; le comté particulier de Rodez, qui

subir le désastreux traité de 1229, il s'attacha à mouvait du comte, mais ne lui appartenait pas en

augmenter ses domaines directs en faisant dans propre) enfin la ville de Saint-Antonin qui, cédée

l'intérieur des diocèses qui lui étaient restés toutes au roi en 1229, faisait partie de la sénéchaussée

sortes d'acquisitions. Boutaric en donne la liste de Carcassonne. Quant au Querci, M. Boutaric,

{1,1.); nous indiquons tous les actes de cette espèce au moyen des noms des bailies fournis par les

au tome VIII de la présente édition à la suite des comptes d'Alfonse, a prouvé {Alfonse de Poitiers,

Chartes & Diplômes. Non content d'acheter des p. 65 & suiv.) que Raimond VII ne possédait

domaine», Raimond attira encore dans son vas- guères que la moitié de ce pays; une seule de ses

selage nombre de particuliers, qu'il prit sous son douze bailies était située au nord du Lot. Le reste

captennium & qui, en devenant ses hommes, ac- du Querci relevait directement du roi (Figeac,

crurent d'autant son influence dans les fiefs tenus Gourdon, Turenne) & faisait partie de la séné-

de lui. [A. M.] chaussée de Périgord. [A. M.]

' Marca, Histoire Ae Bèarn, 1. 8, c. 24, p. 770. ' Voyez tome VIII, Chartes, n, CCCXXXI,

' Il faut excepter des États que dom Vaissete ce. I4^.'>, 1446.

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nation bien plus étendue possédée par ses prédécesseurs, à Jeanne, sa fille unique, femme d'Alfonse, comte de Poitiers & frère du roi. Ainsi finit la postérité masculine des comtes de Toulouse, après avoir duré £<. joui de ce comté pendant quatre siècles complets, depuis Frédelon, créé comte de Toulouse, en 849, par le roi Charles le Chauve.

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