‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 291 sur 342 · LIVRE VINGT-SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIEME

I. — - La reine mère envoie des commissaires pour prendre possession des Etats du comte Raimond, au nom d'AlJbnse, son fils.

Ki. origin.

t. IIl.p. .|(i7.

ALFONSE, comte de Poitiers, 8c Jeanne, sa femme, fille unique 8<. héritière de Raimond VII, comte de Toulouse, étoient actuellement en mer dans le temps de la mort de ce prince. Après avoir été battus' An 1249 de la tempête, qui les obligea de relâcher à Acre, ils débarquèrent enfin k Damictte, en Egypte^, le dimanche 24 d'octobre de l'an 1:49. '^'"^i ils ne purent recueillir par eux-mêmes la succession du comte Raimond; mais la reine fîlanche, attentive aux intérêts d'Alfonse, son fils, suppléa à leur défaut. Guillaume de Pian, sénéchal du roi à Carcassonne, à qui elle-* avoit donné ses instructions, 8t qui étoit à Béziers dans le temps de cette mort, partit pour la Cour aussitôt qu'il en eut appris la nouvelle pour en informer cette princesse S< recevoir ses ordres. Comme on ignoroit dans le pays les dernières dispositions de Raimond, il y eut une espèce d'interrègne pendant le voyage du sénéchal"*. Nous trouvons, en effet, un acte du 8 d'octobre de

'Joinville, p. '\^. [KJiiion de Wailly, 1874, la cour comtale, & les consuls rendirent In justice

p. loo.J en leur propre nom. Les habitants se prêtèrent

' Gcila Luiovici IX, p. 3!>^. mutuellement serment de fidélité [fccerunt conju-

' Archives de l'église de Béziers. rationem). La maison du comte fut envahie &

* Cet interrègne ne fut pas sans donner lieu à saccagée; du blé qui lui appartenait saisi; un

des tentatives de révolte de la part de plusieurs envoyé de Sicard Alaman fut éfonduit, 8c on lui

villes de la Province. Nous citerons notamment répondit que la ville ne voulait plus des bailesdu

Najac, dont les habitants essayèrent de secouer le comte. Le sénéchal de Rouergue essaya de leur

joug. A peine eurent-ils appris que Raimond VU faire entendre raison ; il n'obtint satisfaction que

était malade à Rodez, qu'ils se firent livrer le châ- sur quelques points; les habitants maintinrent la

teau par le châtelain, s'emparèrent des archives de plupart de leurs prétentions, & le firent même

An I 249

l'an 1249', Louis étant roi de France, Raimond, êvêque, (S- Toulouse n'ayant Éd.origin. p^js de comte {Tolosae vacante comité'^ par lequel Roger, comte de Foix, ht serment à dame Honors de Beaumont, à Loup de Foix 8c aux autres seigneurs de Saverdun, de conserver les coutumes de cette ville.

Cette espèce d'interrègne ne dura pas longtemps ; dès que Guillaume de Pian eut informé la reine Blanche de la mort de Raimond elle fit expédier des lettres^ datées de Paris, au mois d'octobre de l'an 124g, & les adressa à ses chers du chapitre {de capitulo) (c'est-à-dire aux consuls ou capitouls) & aux prud'hommes de la ville & du faubourg de Toulouse. La reine, après y avoir témoigné le regret qu'elle avoit de la mort du comte Raimond, son trèscher cousin, & déclaré que ses Etats étoient échus à Alfonse, comte de Poitiers, son fils, &c k Jeanne, femme de ce prince, leur enjoint d'obéir 8t de prêter aide 8c conseil à Gui 8c Hervé de Chevreuse, chevaliers, 8c à Philippe, trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers, chapelain du mê)ne Alfonse, qu'elle envoyoit prendre possession du pays.

IL — Les commissaires reçoivent le serment de fidélité des seigneurs

&' des peuples.

Les trois commissaires, étant arrivés à Toulouse, se rendirent, le i" de décembre suivant, dans le château Narbonnois, qui étoit le palais des comtes, 8c là, ayant fait lire leur commission, en présence de la principale noblesse 8c des notables du pays qui s'y étoient rassemblés, ils reçurent le serment des uns 8c des autres « qui promirent fidélité à Alfonse, comte de Toulouse « 8c de Poitiers, 8c marquis de Provence, à Jeanne, sa femme, fille de feu « Raimond, comte de Toulouse, 8c à leurs enfans communs, sauf le droit du « roi 8c de ses héritiers, conformément au traité de paix conclu à Paris, entre « le roi 8c le même comte de Toulouse. » On voit par là que Blanche fit prendre possession des États de Raimond, en vertu de ce traité 8c non du testament de ce prince, dont il n'est pas dit un mot dans l'acte. Aussi verrons-nous, dans la suite, qu'AUonse tâcha de le faire casser^.

attendre longtemps à la porte de la ville avant de mais il fait remarquer à Alfonse qu'il faut se

l'y laisser entrer. Ces détails nous sont fournis hâter d'accorder le pardon aux habitants de Na-

par une enquête de l'an 1251. (J. 820, n. 74; jac, car la ville se dépeuple & s'appauvrit. On

Teulet, t. 3, pp. i33, |35.) Il semble que les an- pourra leur vendre le pardon de leur rébellion;

ciens seigneurs de Najac aient donné l'exemple de le crime d'hérésie fournira au comte plus d'une

la révolte. Une lettre, écrite probablement en occasion d'exercer son droit de confiscation. (J.

février 1203, par le sénéchal Jean d'Arsis, à 326, n. 40; original. — Teulet, t. 3, pp. 58»

Alfonse de Poitiers, nous donne encore quelques & 583.) [A. M.)

détails sur cette affaire. Le lieu de Najac était, ' Archives du château de Foix.

paraît-il, devenu un lieu de refuge pour les héré- ' Catel, Histoire Ja comtes Je Tolose, p. 878 &

tiques, & le sénéchal, de concert avec l'évéque, fit suiv. — Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXXV,

poursuivre de ce chef un grand nombre d'habi- c. 1260 & suiv.

tants. Plusieurs chevaliers & bourgeois perdirent ' La remarque de dom Vaissete est extrêmeinent

leurs biens, & le comte résolut de faire construire juste; le comte Raimond VII avait bien institué

une forteresse à Najac. Le sénéchal loue ce projet sa fille Jeanne héritière universelle, mais les offi-

& s'engage à le mettre promptement à exécution; ciers de son gendre ne tinrent aucun compte de

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV, XXVI. 8ii

Le premier qui fît ce serment fut Bernard, comte de Comminges, & ensuite plusieurs barons Se chevaliers du Toulousain, entre autres Sicard de Montaut, Jourdain de l'Isle de Saissac, Bernard Amelii de Paillés, Sicard d'Alaman, Guillaume-Arnaud de Biran, pour dame Segnis, comtesse d'Astarac, 5c sur lame de cette comtesse, Roger de Montaut, Isarn-Jourdain de l'Isle, Raimond-Jourdain de l'Isle, Bernard Fortanier & Aimeri de Comminges, Décime, dame de l'Isle & veuve de Pierre de l'Isle, Arnaud Se Guillaume de Felgar, frères de l'évêque de Toulouse; les consuls de Lavaur, Puylaurens, Laurac, Fanjaux, Verdun, Rieux, Villemur, Montferrand & Castelsarrasin, dans le Toulousain; les barons & chevaliers d'Albigeois, savoir : Pons Amelius de Cahusac, Pierre-Raimond Se Jourdain de Rabastens. Bertrand, fils du seigneur Bertrand, frère diidit feu comte de Toulouse, Bernard de Montesquieu, &C. ; les consuls S< prud'.hommes de plusieurs villes de ce pays, savoir : de Gaillac (entre lesquels étoit Bernard de Foucaud), de l'Isle, Castelnau de Montmirail, Rabastens Se Cordes. L'archevêque de Narbonne, les évêques de Toulouse, Agen Se Comminges, Amalric, vicomte de Narbonne, Pons d'Astoaud, chancelier dudit Aljbnse, comte de Toulouse, Gui Fulcodi, Guillaume de Puylaurens, Guillaume de Pian, sénéchal de Carcassonne, Hugues d'Arcis, son prédécesseur, Pierre de Voisins 8c plusieurs autres des plus qualifiés de la Province étoient présens. Les jours suivans les commissaires reçurent dans le même palais le serment de fidélité de plusieurs autres barons 8c chevaliers, 8c en particulier de Pincèle, mère de Géraud (comte) d'Armagnac, tant en son nom qu'en celui du même Géraud, son fils; de Guillaume-Aton de Villemur pour le fait de Saverdun Se le reste de ses terres; de Pierre, vicomte de Lautrec, Roger-Bernard, fils de Loup de Foix, Roger d'Aspel, Gui de Séverac, Mafré de Rabastens, Sec, des consuls Se prud'hommes de Lauzerte 8c Moiitcuq, en Querci, d'Avignonet, Caraman, Saint-Félix, Bessède, Castelnaudary 8c Saint-Paul, dans le Toulousain ; de Peyrusse, Villeneuve, Millau 8c Najac, en Pv.ouergue; 8c enfin des arbalétriers 8c sergens de feu Raimond, comte de Toulouse.

Le jeudi 6 de décembre de la même année, les consuls' 8c tout le peuple de la ville 8c du faubourg de Toulouse s'étant assemblés, les commissaires leur déclarèrent qu'ils commettoient, par un exprès commandement de la reine, 8c pour autant de temps qu'il plairoit à cette princesse 8c à Alfonse, comte de Poitiers, son fils, pour gouverneur général de tout le pays, Sicard d'Alaman, à qui ils ordonnèrent de prêter en conséquence serment de fidé-' lité, conformément à la formule envoyée par la reine Blanche, dont ils firent

Cette clause de son testament & prirent possession disposer à sa guise; nous venons plus t id qu'elle

du pays en venu du traité de Paris. Nul doute l'essaya; mais le traité de Paris existait, qui per-

que, prévoyant le cas, qui, en effet, se présenta, mit au roi de recueillir son héritage, siiis tenir

où les deux époux mourraient sans enfants, ils compte de dispositions qu'il déclarait nulles par

n'aient réservé les droits du roi stipulés par ce avance. [A. M.]

traité. On peut croire que si le testament de Rai- * Catel, Histoire des comtes de Totose, p. 378 Se

mond Vil eût été mentionné, Jeanne, héritière & suiv. — Voyez tome VIII, Chartes, n. ÇCLXXXV,

par conséquent propriétaire de ses Etats, eût pu en ce. 1264, 1260.

An 1249

la lecture; la reine leur ordonnoit de faire prêter un pareil serment à tout autre qui seroit promu à cette charge, tant qu'ils seroient dans le pays. Ensuite Sicard promit par serment aux consuls Se aux habitans de Toulouse de les maintenir dans l'usage de leurs libertés & coutumes, & de les observer fidèlement lui-même jusqu'à l'arrivée du comte Alfonse. L'archevêque de Narbonne Si l'évêque de Toulouse, qui étoient présens, attestèrent en même temps qu'ils avoient vu la formule originale de cet acte, envoyée par la reine, avec celle du serment de fidélité que les habitans de Toulouse avoient ordre de prêter S< qu'ils prêtèrent alors à ce prince. Ces peuples y ajoutèrent, suivant l'ordre prescrit, « sauf cependant le domaine du roi de France Se la « paix de Paris, en tant que cela touche le roi Se ses héritiers. » La reine avoit marqué dans les instructions qu'elle avoit données aux commissaires, « que les habitans de Toulouse, après avoir prêté ce serment, pourroient pro- « tester s'ils vouloient, que c'étoit sans préjudice de leurs coutumes Si de leurs « libertés, n

Le lendemain 7 de décembre, les mêmes commissaires reçurent, à Toulouse, le serment de fidélité d'Hugues, comte de Rodez; 6<. s'étant ensuite transportés à Verdun sur la Garonne, Bernard d'Arpajon & Bérenger de Combret, seigneurs dans le Rouergue, en firent autant. Ils passèrent de là à Moissac sur le Tarn, où Déodat de Barasc, Fortanier de Gourdon, Bertrand de Cardaillac, le vicomte de Calvignac & quelques autres barons Si chevaliers du Querci, avec les consuls de Moissac & de Montauban, firent une pareille cérémonie, sans faire mention cependant du traité de Paris. Elle se passa dans le palais abbatial de Moissac, en présence de l'évêque de Toulouse, des abbés de Moissac S< de Montauban, de Pons d'Astoaud, chancelier du comte Alfonse, &c. Les deux frères Gui Si Hervé de Chevreuse Si Philippe, trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers, firent ainsi reconnoître le comte Alfonse par les seigneurs 8c les peuples du Toulousain, du Querci, du Rouergue 8< de l'Albigeois'.

' L'un des commissaires envoyés par la reine Blanche, Philippe, trésorier de Saint-Hîlaire de Poitiers, raconte tous les événements de ce voyage dans une lettre au comte Alfonse, datée de Corbeil (20 avril izSo). Cette lettre a été publiée, il y a déjà longtemps, dans la BihUoth'eque de l'Ecole lies Chartes (t. i, p. ISp), & Boutaric l'a reproduite in extenso dans son ouvrage sur Alfonse de Poitiers (p. 69 & suiv.). Nous allons en donner l'analyse sommaire, en datant aussi exactement que possible les actes des trois commissaires. — La reine Blanche avait été chargée expressément par son fils de veiller à ses intérêts, l'état de santé de Raimond VII faisant sans doute prévoir un prochain dénouement. Aussi à peine eut-elle appris la mort de son parent, dont la nouvelle lui avait été apportée par un certain Aimeri Portier, qui paraît avoir fait partie de la maison du feu comte.

elle fit appeler à Corbeil le trésorier de Poitiers, & lui demanda conseil ^ après mûre délibération, il fut décidé que Gui & Hervé de Chevreuse iraient avec le trésorier lui-même recevoir le serment de fidélité des villes & des vassaux. Cette décision fut prise dans le courant d'octobre, & le dimanche qui suivit la Saint-Martin d'hiver (14 novembre), les commissaires étaient déjà près de Toulouse. — Reçus par Sicard .41aman, qui avait administré le pays dans l'intervalle, ils entrèrent dans la ville & demandèrent aux bourgeois de leur prêter serinent de fidélité. Ceux-ci refusèrent, prétendant qu'il leur fallait attendre le retour de leurs collègues, qui étaient allés s'entendre avec la reine & lui demander la confirmation de leurs coutumes. Les commissaires leur accordèrent quinze jours de délai, & c'est ce qui explique pourquoi la prestation du serment de fidélité n'eut lieu que le

iio

III. — Le roi d'Angleterre demande en vain la restitution de l'Agenois.

Quant à l'Agenois, Henri, roi d'Angleterre, prétendit que ce pays devoit lui appartenir par droit de reversion, & écrivit', le i3 de décembre de l'an 1349, à Simon de Montfort, comte de L,eicester, son lieutenant en Gascogne, pour le charger d'en demander la restitution en son nom, aux exécuteurs testamentaires du comte R.aimond, auxquels il écrivit aussi 5 mais toutes ses sollicitations furent inutiles. Les consuls & habitans d'Agen^ députèrent en cour, au mois de février suivant, 8c la reine mère leur ayant donné, à leurs instances, la formule du serment de fidélité qu'ils dévoient prêter à Alfonse, comte de Poitiers 8< de Toulouse, 8< à Jeanne, sa temme, absens pour le service de Jésus-Christ, ils se soumirent à leur autorité.

An 1;

IV. — Rostaing de Sahran donne des sûretés. — Barrai de Baux s'engage à soumettre la ville d'Avignon à Alfonse.

On ne voit pas que personne ait pris possession du marquisat de Provence pour Alfonse £<. Jeanne pendant leur absence-*. On sait seulement qu'Oudard de Villars, sénéchal de Beaucaire, s'appliqua après la mort du comte Raimond, à contenir dans le devoir le long du Rhône les anciens partisans de ce prince. Rostaing de Sabran, l'un des principaux, pour ôter tout soupçon sur sa conduite, déclara'*, le 21 d'octobre de l'an 1249, à Saint-Saturnin sur

6 décembre suivant. (Boutaric, pp. 71, 72.) De Toulouse, les commissaires se rendirent dans les différentes villes du comté, recevant les serments des habitants & mettant des garnisons & des châtelains dans les forteresses. A Agen, les bourgeois & les nobles refusèrent le serment, disant que le comte devait promettre d'abord d'observer leurs coutumes. — D'.Agen le trésorier se rendit à la Réole pour s'aboucher avec Simon de Montfort, comte de Leicester, qui venait de pacifier la Gascogne & de punir rudement les rebelles (Cf. à ce sujet un travail de M. Ch. Bémont, Revue historiijue, t. 4, pp. 2483 2:)3); il n'y resta qu'une nuit, & rappela au comte sa promesse de partir pour l'Orient; Simon s'engagea à partir à la Saint- Jean, mais jamais il n'exécuta sa promesse. — De la Réole, les commissaires retournèrent à Penne d'Agenais, puis à Rodez, recevant partout les serments de fidélité & les hommages. — Ils étaient de retour à la Cour, àRoyaumont, un peu avant la Chandeleur (fin janvier 1 2Ô0). — Ils y trouvèrent Sicard Alaman, le sire de Lunel, qui revenait du Venaissin (Voyez plus bas), & les consuls d'Agen, qui finirent par se soumettre (Voyez plus bas). Barrai de Baux vint aussi y promettre fidélité & s'engagea à faire rentrer la ville d'Avignon dans

le devoir. — On voit par ce résumé que cette lettre ne laisse pas que de fournir quelques détails intéressants & de fixer la chronologie de ces deux mois si remplis d'événements. [A. M,]

' Rymer, Acta publica, t. 1, p. 430 & suiv.

° Trésor des chartes, Toulouse, sac 4, n. 10. — Auj. J. 307, original scellé; Teulet, t. 3, pp. 94, 9."j. Lettre des habitants de Condom 8c d'Agen à la reine Blanche. Ils lui exposent qu'ils n'ont voulu prêter serment à ses commissaires que sous certaines conditions, de crainte de porter préjudice» leurs coutumes. N'ayant pu s'accorder avec eux, ils envoient à la reine quelques-uns de leurs bourgeois, qui lui exposeront les demandes des deux villes & les condiiions qu'elles mettent à leur soumission. [A. M.]

' Les commissaires d'Alfonse n'allèrent pas, en effet, dans le "Venaissin, & le trtsorier de Poitiers en donne la raison. Le cardinal d'Albano s'y était rendu pour prendre possession du pays au nom de l'Kglise; pour éviter de se compromettre avec lui, ils y envoyèrent le sire de Lunel, qui se chargea d'y recevoir lès serments de fidélité & d'y faire reconnaître le pouvoir du comte. [.A. M.]

< Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXWI, c. 1268. — L'acte est du 21 octobre 1249. L'imer-

An i2io

le Rliône, aujourd'hui le Pont-Saint-Esprit, devant le cardinal Pierre, cvêquc d'Albano, vice-gérant du pape dans les pays de Provence 8t les provinces voisines, 81 devant les évêques de Carpentras & de Vaison, cju'il étoit résolu de demeurer toujours dans la fidélité du roi. Si, pour en donner des preuves, il remit au même sénéchal son château de Saint-Victor, dans le diocèse d'Uzès, chef-lieu de ses domaines, & le pria d'en faire abattre les fortifications. Il paroît cependant cjue les peuples du marquisat de Provence se soumirent à Alfonse aussitôt après la mort de Raimond, excepté ceux d'Avignon qui, s'étant érigés en république, refusèrent de le reconnoître Si se maintinrent dans l'indépendance sous la protection de Barrai de Baux, leur podestat. Barrai, craignant enfin d'encourir l'indignation de ce prince, se rendit à la Cour', au mois de mars de l'an 1260, St promit à la reine de t.'in,°p'.°4-o. travailler de toutes ses forces pour engager les habitans d'Avignon à se soumettre à Alfonse, de même que ceux d'Arles qui, s'étant érigés aussi en république, refusoient l'obéissance à Charles, son frère ; sinon de leur déclarer la guerre dans un mois; mais il s'acquitta mal de sa promesse, Se les Avignonois demeurèrent toujours rebelles à Alfonse.

V. — Alfonse est fait prisonnier en Egypte 6» délivré avec le roi, son frère. Divers seigneurs de la Province se distinguent dans cette expédition.

Ce prince ayant appris à la Terre-Sainte la mort du comte Raimond, son beau-père, résolut de repasser incessamment la mer avec la comtesse Jeanne, sa femme, & de venir prendre possession du pays; mais divers obstacles qui survinrent, ne lui permirent pas d'exécuter si tôt son dessein. Après avoir amené au roi, son frère, un renfort considérable, que les historiens du temps* appellent l'arrière-ban de France, l'armée marcha vers le Caire, en Egypte, 8<. arriva, le 20 de décembre, à la Massoure, où le roi fut arrêté plus longtemps qu'il ne l'avoit cru au passage du Thanis, à cause de l'opposition des Sarasins, qui s'étoient rassemblés de l'autre côté du fleuve. Alfonse donna des preuves de sa valeur en différentes petites attaques qu'il soutint de la part des infidèles, mais il eut le malheur de tomber entre leurs mains Si d'être fait prisonnier, le 5 d'avril de l'an 1260, avec le roi 8< le comte d'Anjou, ses frères^. Ils demeurèrent au pouvoir des Sarrasins jusqu'au 6 de mai, qu'étant

vention dii cardinal légat d'Albano en Venaissin démêlés assez vifs avec les officiers du roi, démè-

est mentionnée aussi par la lettre du trésorier de lés qui avaient du entraîner une lutte à main

Saint-Hilaire à Alfonse. Il semble que l'Eglise ro- armée. [A. M.]

inaine ait essayé de faire revivre à ce moment ses ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXXVIII,

anciennes prétentions sur les pays de la rive gauche ce. 1274, 1273. — Fantoni, Istoria délia citta

du Rhône, & le cardinal se dit lieutenant, vices d'Avignione, 1. 1, ch. 5.

perens, du pape dans les pays des bords du Rhône. ' Joinville, p. 35. [Edit. de Wailly, p. p8.] —

— Rostaing de Sabran obtint pour la destruction Matthieu Paris, an. i25o. — La Chaise, Histoire

de son château, une indemnité pécuniaire, qu'un de saint Louts.

accord du 29 janvier 1260 fixa à deux cent cin- * Il fut fait prisonnier le 6 & non le 5 avril.

quante livres tournois (tome VIII, ce. 1269, 1270). Les Français avaient quitté les bords du Nil la

Le seigneur de Sabran avait sans doute eu des veille au soir, y, Si ce fut au milieu de la journée

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI. 8i5

enfin convenus de leur rançon, ils furent délivrés &. conduits à Damiette, où ils rejoignirent la reine & les autres princesses, leurs épouses, qu'ils y avoient laissées. Jeanne de Toulouse témoigna surtout une joie extrême de revoir le comte Alfonse, son mari, & elle l'accompagna à Acre, oii le roi se rendit avec le débris de ses troupes, après avoir remis Damiette aux infidèles.

Le roi, étant arrivé à Acre, y fixa son séjour dans le dessein de continuer son expédition; il fit expédier', au mois de juillet suivant, trois chartes qui nous font connoître les services qu'il avoit reçus de quelques chevaliers de la Province qui l'avoient suivi. Par la première il ordonne au sénéchal de Carcassonne d'assigner vingt-huit livres tournois de rente à ses chers & féaux Raimond S<. Guillaume d'Aban , 8i de conserver au dernier le poste qu'il occupoit dans la citadelle de Carcassonne avant leur départ pour la Terre- Sainte. Par les deux autres, il veut que ce sénéchal rende le château d'Aguilar à Olivier de Termes, Se tant à lui qu'aux autres chevaliers de sa suite, les terres du Termenois jusqu'à concurrence de deux cens cinquante livres de rente, excepté le château de Termes. Le roi tenoit ces terres en sa main, &<. il les avoit fait saisir sur ces seigneurs à cause de leur rébellion. Il accorda dans la suite plusieurs autres grâces à Olivier de Termes, dont tous les historiens du temps* font de grands éloges : Olivier commandoit les arbalétriers 8c les routiers durant cette expédition, 8c il trouva moyen de se sauver à Damiette, dans le temps que l'armée du roi fut défaite par les infidèles. Un de ces historiens^ le fait mourir peu de temps après dans cette ville avec ses routiers par les mains des Sarrasins; il se trompe, on vient de voir qu'Olivier suivit le roi à Acre, 8c il est certain qu'il vécut encore longtemps après.

VL — Alfonse 6- Jeanne reviennent en France, ô- reçoivent à Beaucaire les hommages de leurs vassaux.

Le roi ayant permis aux princes Alfonse 8c Charles, ses frères, de repasser la mer, ils s'embarquèrent à Acre, vers la fin de juin.'*, avec les princesses, leurs épouses, 8c abordèrent enfin vers les côtes de France^; il paroît que ce fut au port d'Aigues-mortes. Alfonse se rendit ensuite à Beaucaire où il reçut 6, à la mi-octobre, avec la comtesse Jeanne, sa femme, l'hommage de Bernard, comte de Comminges, pour tout le comté de ce nom 8c pour les terres qu'il possédoit dans le Toulousain, en présence de Raimond, évêque de Toulouse, des sénéchaux de Carcassonne 8c de Beaucaire, de Pvaimond-Gaucelin, sei-

dii lendemain, vers trois heures, que, rejoints par 1277. — Archives du Domaine de Montpellier,

les Sarrasins & accablés sous le nombre, ils furent [Latin 9778, i" 282 A.]

tous pris ou tués. (Cf. Lenain de TiUemont, t. 3, ' Joinville, p. 108, [Edit. de Wailly, p. 344.] —

pp. 325 à 328.) Alfonse ne recouvra la liberté que Matthieu Paris, an. i25o, p. 793.

le 8 ou 9 mai; il était resté en otage entre les ' Matthieu Paris, p. 796.

mains des Sarrasins jiifqu'au payement de la ran- '' Joinville, p. 83. [Edit. de Wailly, p. 100. 1

,çon des autres seigneurs français. (Ibid. pp. 378 ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXCII, c. 1279.

à 38o.) [A. M.[ « IbU. n. CCXCI, ce. 1277 & 1278. ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXC, ce. 1276,

An

— : — 8i6 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV, XXVI.

An I2J0

gneurde Lunel, & de divers autres seigneurs qui étoient allés à sa rencontre. Alfonse & Jeanne reçurent aussi à Beaucaire, vers le même temps, l'hommage de Bertrand & de Pierre, vicomtes de Lautrec, jjour tous les fiefs qu'ils possédoient dans le Toulousain ; ceux de Jourdain de Saissac & de Jourdain de risle, d'Hugues, comte de Rodez, pour le comté de ce nom 8i pour tous les autres fiefs qu'il possédoit en Pvouergue ; de Guillaume de Saint-Maurice pour Saint-Chevrier & la 7'our, & enfin, au mois de novembre suivant, celui de Bernard d'Arpajon pour le château de Caumont & ses domaines du Rouergue'.

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