‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 292 sur 342 · VII. — Duel du seigneur de Lunel. — Saint Géri · texte numérisé non relu

VII. — Duel du seigneur de Lunel. — Saint Géri

Alfonse confirma R.aimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, qui fut présent t.'iu,°pi''i-'i. à to'-'^ c^^ hommages, dans la dignité de sénéchal du pays Venaissin, qu'il avoir exercée sous le feu comte Raimond. L'auteur d'une ancienne chronique^ prétend que ce seigneur fut condamné la même année à perdre la tête, & c[ue ses biens furent confisqués à l'occasion suivante : « Raimond-Gaucelin, « dit-il, ayant conçu une haine implacable contre un autre chevalier, nommé « Guillaume de Bouville, avec lequel il avoit un procès pour une terre « située aux environs de Beaucaire, qu'il avoit perdu par sentence d'Oudard « de Villars, sénéchal de Beaucaire & de Nimes, fit citer ce chevalier devant <i le même sénéchal pour lever le gage de duel. Bouville comparut, mais le t( sénéchal déclara qu'il n'y avoit pas lieu de lever le gage. Nonobstant ce <( jugement les deux chevaliers choisirent chacun un parrain, se battirent en a duel, 8c se blessèrent l'un l'autre; après quoi leurs parrains les sépararèrent. « Le sénéchal, pour les punir de leur désobéissance, les condamna tous les « deux à perdre la tête, confisqua leurs biens. Si condamna par contumace (i les deux parrains à la même peine. » Si ce fait est vrai, Raimond-Gaucelin obtint bientôt sa grâce; car d'un côté il est qualifié seigneur de Lunel

' Trésor des chartes; Toulouse, sac 7, n"' pc-çS. Preuves, c. 4 (édit. princeps.) Quoiqu'il ne faille

— [Auj. J. Si 5.] — Hommages de Guillem de Saint- jamais accepter sans examen les assertions de

Maurisse pour le château de Saint-Caprais (Teu- Guillaume Bardin, le fait qu'il indique ici paraît

let, t. 3, p. 109); des vicomtes de Lautrec pour être vrai, au moins en partie. Il n'a, en effet,

lîiir vicomte & le château de Bruguière (ibij. rien d'invraisemblable. Guillem de Bouville est

p. 1 10); de Jourdain de Saissac & de Jourdain de un chevalier du temps assez connu (Cf. tome VIII,

risle pour leurs terres du diocèse de Toulouse; de Index onomasticus, sui verho), & le sénéchal de

Gui de Séverac pour Séverac, la Panouse, Auzits, Beaucaire était, à cette époque, Oudard de Vil-

Panat, &c. ; de Guillem de Bouville pour ses do- liers. XSn seul point nous paraît douteux; il est

maines d'Agenais [ibid. p. 111); enfin d'Hugues, peu probable que le sénéchal ait frappé d'une

comte de Rodez, pour le comté de ce nom [ihid. peine si sévère un seigneur aussi puissant que

p. 110). Tous ces actes sont datés de Beaucaire & Raimond Gaucelin de Lunel. La peine fut peut-

du 3o octobre. Le serment de Guillem de Bouville être prononcée, mais elle ne pouvait être appli-

est dans J. Sic, n. 6. L'hommage de Bernard d'Ar- quée. — Le seigneur de Lunel était encore séné-

p.ijon, que dom Vaissete indique ensuite, est du chai du Venaissin en 12,52; il était remplacé

16 novembre suivant (J. Si^. n. 49). Il ne porte dans ces fonctions par Jean d'Arsis, sénéchal de

* point de date de lieu (al su/>raj p. 111). [A.M.| Rouergiie, en novembre 1254. (Bouta 1 ic, .(<//o«se

' Bardin, Chronicjue manuscrite, — Cf. tome X, de Poitiers^ pp. 169, 170.) [A. M.]

clans divers raonumens ', depuis le mois de mars de l'an iîSo jusque vers l'an 1269, & il exerça la charge de sénéchal du Venaissin - jusqu'à l'Ascension de l'an 1 253.

On prétend^ aussi que saint Géri, pèlerin, mort en Italie vers l'an 1270, étoit de la race de ce seigneur 8c son proche parent; mais quoiqu'il paroisse que saint Géri étoit natif de Lunel, nous n'avons cependant d'ailleurs aucune preuve qu'il fût de la maison des seigneurs de cette ville"^.

Vm. — Sicard d'Alaman, lieutenant-général d'AlJbnse dans le comté

de Toulouse.

Alfonse 81 Jeanne de Toulouse, sa femme, après avoir fait quelque séjour à Beaucaire, repassèrent le Rhône; ils étoient'» en effet à Aix, en Provence, le 20 d'octobre, & ils prirent sans doute possession en passant du marquisat de Provence. Alfonse'^ & le comte d'Anjou, son frère, allèrent ensuite trouver Innocent IV à Lyon, tant pour le solliciter d'envoyer un prompt secours au roi Louis, leur frère, dans la Terre-Sainte, que pour le prier de terminer enfin ses différends avec l'empereur Frédéric : différends qui mettoient obstacle à ce secours, au grand scandale des fidèles. Ces deux princes passèrent ensuite à la cour d'Angleterre, afin d'engager le roi Henri III à marcher lui-même pour la guerre d'outre-mer. Alfonse, après son retour en France, confirma dans le gouvernement du comté de Toulouse, Sicard d'Alaman, qui prend la qualité de vice-gérant de ce prince dans un acte du mois d'avril de l'an iiSo"^, &t celle de sénéchal général du comté de Toulouse, dans l'hommage* qu'il reçut à Montauban au nom d'Alfonse, à la fin du mois de février de l'an 1200 (i25i), de Gaillard d'Adémar, fils de Bernard d'Adémar de Lescure, pour le village de Rosières, en Albigeois. Il se qualifie vicaire général du comté de Toulouse pour le comte Aljbnse, dans un ordre qu'il donna vers le même temps pour faire des informations sur le privilège^ que les habitans de Millau prétendoient d'être exempts de péage. Enfin il donna, le 8 de mars suivant, en la même qualité, des lettres de sauvegarde '° pour l'abbaye de Bonneval, en Rouergue : preuve que Sicard étendoit également son autorité sur tous les domaines qui avoient appartenu aii feu comte Raimond en deçà du Rhône.

■ Trésor des chartes, Toulouse, sac 5, n. 5. — ' Voyez (ome VIII, Chartes, n. CCLXXXVI,

[J. 3io]. — Baluzc, M'iicelUnea, t. 7, p. 5j4. ce. 1270, 1271.

' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXCII, c. 1283. ' Manuscrits de Colhert, n. IoC)7. — [Original,

' Bollandistes, mai, t. 6, p. 139 & suiv. J. 314, n. 5o; Teulet, t. 3, p. 117. L'iicte est du

* Voyez tome VII, Uote XXXVIII, pp. 1 1 o, 1 1 1 . 22 février 1 25o (v. st.).]

'Trésor de» chartes; Toulouse, sac 4, 11. 5.'>. ' Archives de la ville de Millau. — [Cf.de Gau-

[J. 307.] jal, t. 2, pp. 111,1 12.]

' Matthieu Paris, année \iito, pp. 799 & 8o3. '° Archives de l'abbaye de Bonneval.

An 1253

An i25i

— ; : — 8i8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI.

An 12JI

IX. — Alfonse 6" Jeanne viennent dans leur marquisat de Provence. — La ville d'Avignon se soumet à ce prince 6- aiL comte de Provence, son jrère.

Le comte de Poitiers Si de Toulouse, voulant après son retour d'Angleterre visiter ses nouveaux domaines, prit la route du Rhône avec la comtesse Jeanne, son épouse. Ils arrivèrent en Provence au commencement de mai de l'an i25i, & ils y reçurent les hommages' des seigneurs du pays, entre autres d'Agout de Balmes, Raimond de Baux, Guillaume de Baux, prince d'Orange, Guillaume, P^aimond 8c Ricaut du Puy, Agout de Sault pour la terre de Sault, 8tc. Ce prince se rendit ensuite à Beaucaire^, où il avoit donné rendez-vous à Charles, comte d'Anjou & de Provence, son frère, pour concerter ensemble les moyens de réduire la ville d'Avignon, sur laquelle ils avoient un droit égal & qui leur étoit toujours rebelle. Ils se disposoient à l'aller attaquer lorsque les Avignonois leur envoyèrent des députés pour demander la paix. On convint de part Si d'autre des articles suivans : i° Alfonse 8c Charles auront la haute 8c moyenne justice dans la ville d'Avignon, sauf les privilèges 8c les coutumes des habitans. 2° Les deux princes établiront un viguier commun dans cette ville pour y rendre la justice en leur nom avec Éd.oiiain. deux juges ou assesseurs qu'ils changeront tous les ans, 8c ces officiers seront étrangers. 3° Les Avignonois seront exempts de tailles 8c de péages. 4° Les affaires seront jugées dans Avignon, 8c on ne pourra appeler que de celles où il s'agira d'une somme au-dessus de cinquante sols. 5° Les habitans d'Avignon pourront servir leurs amis à la guerre, excepté contre les deux princes, leurs seigneurs, Sec. Cet accord fut passé, le 7 de mai de l'an i25i, dans le château royal de Beaucaire, en présence des évêques d'Avignon, d'Orléans 81 de Riez, de Pvaimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, sénéchal du Venaissin pour le comte Alfonse, de Gui Fulcodi, de Pons d'Astoaud, du sénéchal de Beaucaire, Sec. Trois jours après Alfonse 8c Charles s'étant rendus à Avignon, devant les degrés de l'église de la Vierge, ratifièrent ce traité, en présence des évêques d'Orléans 8c de Vaison, des comtes de la Marche 8c de Soissons, de Gui de Chevreuse, Guillaume de Beaumont, Philippe d'Eaubonne, Géraud d'Ami, seigneur de Castelnau, Sec. Ces deux princes 8c leurs successeurs dominèrent depuis par indivis sur la ville d'Avignon, qui, quoiqu'enclavée dans le comtat Venaissin, lequel appartenoit au premier ou à Jeanne, sa femme, n'en fit pas cependant partie Se fut gouvernée par des officiers particuliers^. Le même jour 10 de mai, les deux princes promirent à Zoën, évêque

■ Trésor des cha rtes j Toulouse, sac 7, n. 52. — acte à l'exercice de la haute j iistice dans leur ville

[J. 3i4j Teiilet, t. 3, p. i32; rôle original.] & d.ins son territoire; ils rendirent en outre les

' Fantoni, Istoria A'Ayignione, 1. i , c. ô. — Tré- fiefs que le comte de Toulouse leur avait jadis con-

sor des chartes; Toulouse, sac 5, n°* 65 & 73. — cédés & qui comprenait la banlieue de la ville &

. [J. 3ii ; copie authentique; Teulet, t. 3, p. 126 les châteaux environnants. (Voyez plus haut, li-

8c suiv.] vre XX1\', p. 6c?>.) A la suite de cet abandon

' Les Avignonais renoncèrent en somme par cet explicite, les deux comtes confirmèrent leiirs li-

d'Avignon, d'apporter tous leurs soins pour extirper l'hcrcsie de cette ville t-i des environs '.

X. — Alfonse &• Jeanne font leur entrée dans Toulouse £■ y reçoivent le serment de fidélité des hahitans. — Us consultent pour j'aire casser le testament du feu comte Raimond.

Alfonse & Jeanne partirent ensuite pour Toulouse où ils firent leur entrée^ solennelle le mardi 23 de mai. Le dimanche suivant, ce prince fit assembler tous les habitans dans la maison de ville, 8c là il jura, en leur présence, de les maintenir dans l'usage de leurs libertés, privilèges 8c coutumes. Le même jour 28 mai, il assembla vingt jurisconsultes des plus fameux, tous versés dans l'un €• l'autre droit, tant ecclésiastiques que séculiers, entre lesquels étoient Pons d'Astoaud, son chancelier. Se Gui Fulcodi qui fut ensuite pape sous le nom de Clément IV. C'étoit pour les consulter sur le testament 8c le codicille du feu comte Pvaimond, son beau-père, 8c les prier d'en examiner la validité, « à cause, disoit-il, que plusieurs vouloient lui persuader que ces « deux actes ne pouvoient faire foi de la dernière volonté de ce prince, quoi- <( qu'on y vît les sceaux de plusieurs personnes. » Le conseil fut d'avis « que « quoique les deux actes fussent sains 8c entiers, le testament étoit néan- « moins invalide, parce qu'il n'étoit pas marqué qu'il eût été lu devant le K testateur 8c les témoins; qu'il n'étoit pas rédigé dans la forme prescrite, Se « qu'ainsi, à moins qu'on ne le prouvât par des témoins convenables, il ne V pouvoit avoir par lui-même la force ni de testament nuncupatif, ni de tes- (< tanient olographe} attendu, ajoutent les jurisconsultes, que le testateur ne c( déclare pas que cet acte a été lu devant les témoins 8c scellé devant lui; que « d'ailleurs leurs souscriptions n'y paroissoient pas 8c qu'il a été ouvert pence dant l'absence de l'héritier, dans le temps qu'il ignoroit la mort du testa- « teur, sans avoir été appelé à l'ouverture ou à l'insinuation, 8c sans que les « témoins, après avoir reconnu leurs sceaux, aient fait leur déclaration dans (i le temps de l'ouverture, conjbrmément au droit civil; surtout n'ayant pas « été insinué dans les tribunaux royaux, comme cela se doit faire de droit. « C'est pourquoi, continuent les docteurs, il paroît que cet écrit ne suffit pas u pour prouver la volonté du testateur, 8c que le seigneur comte, son succes-

bertés nnx habitanis. Les ventes faites par la com- Avignon (J. 3ii, n. 65, original scellé; Teiilet,

mune pendant l'administration de Barrai de Baux t. 3, pp. 129, i3o). [A. M.]

purent être résiliées par elle en restituant les soin- ' Ce fut une des clauses du serment imposé au

mes reçues. Le viguier des comtes remplaça les nouveau viguier des deux seigneurs; il s'engagea

magistrats municipaux & s'adjoignit tels conseil- à extirper l'hérésie de la cité & de son territoire

1ers qu'il lui plut. — La punition des rebelles & & à protéger & défendre de tout son pouvoir

le règlement des indemnités pécuniaires à payer l'évèque & l'église d'Avignon, les autres églises

aux laïques & aux ecclésiastiques qui avaient souf- du pays & leurs droits temporels. (Teulet, t. 3,

fert de la révolte, furent réservés aux comtes. — Cet p. 127 a.) [A. M.]

accord, conclu le 7 mai, à Beaucaire, par les am- ' Catel, Histoire des comtes Je Tolosc, p. 38o Si.

bassadeurs des habitants d'Avignon, fut ratifié le suiv. — Voyez tome VIII, Chroniques, n. I'>',

1 c! du même mois, par l'assemblée du peuple, à c. ?. 1 .1 [Chronique do EerJouez.l

An 1261

An i25i

« seur, Se la dame comtesse, femme de ce dernier, ne sent pas tenus, en <i aucune manière, de l'exécuter s'il n'y a d'autres preuves ou s'ils 112 s'y « croyent obligés en conscience 8t suivant le for intérieur. Quant au codi- « cille, poursuivent-ils, comme il y est fait mention de plusieurs témoins qui « étoient présens, nous croyons qu'il faut les entendre séparément, ik que, « si cinq d'entre eux s'accordent, l'acte est valide 8<. doit être exécuté en tout, « & seulement pour les legs pieux, s'il n'y a que deux à trois témoins qui « déposent. »

Telle est cette célèbre décision touchant les dernières dispositions de Raimond VII, comte de Toulouse, sur lesquelles le comte Alfonse, son gendre, ne cherchoit à s'éclaircir, que dans le dessein de s'exempter d'acquitter les legs pieux que ce prince avoit faits, & qui montoient à des sommes considérables : en quoi il semble qu'il ne fit pas assez d'honneur à la mémoire d'un beau-père qui lui avoit laissé des domaines si riches & si étendus j car il ne t.'ni°p!^<i7'3 pouvoit pas douter de la dernière volonté de ce prince; tous les témoins qui avoient assisté à son dernier testament, parmi lesquels il y en avoit de la première considération, étant encore pleins de vie',

■ Cette affnire, l'anmilation du testament de attestaient la véracité. — Rer.iarqiioiis en outre Raimond VII, n'est guère honorable pour Alfonse que ce n'était même pas l'authenticité du testade Poitiers 8c prouve que ce prince, tout pieux & ment qu'Alfonse attaquait, mais sa valeur juditout charitable qu'il se soit montré en d'autres ciaire, & que jamais on n'osa soutenir que Raicirconstances, tenait peu à faire des largesses im- mond VII n'eût pas rédigé ou fait rédiger l'acte modérées. La succession de son beau-père, grâce en question. Alfonse était si peu sûr de son bon aux restitutions ordonnées par lui & aux dettes droit qu'il dut se rendre aux réclamations ce qu'il avait contractées, était assez grevée; le tré- certains légataires qui, plus entreprenants ou sorier de Saint-Hilaire de Poitiers, dans sa lettre plus puissants que les autres, l'amenèrent à comà Alfonse, remarque que les derniers termes des position. Fontevrault ne rendit les joyaux que lui revenus étaient peu élevés, & Sicard Alaman avait légués Raimond VII qu'en 1253; en 1270 n'avait pu lui faire aucun payement, toutes les certaines abbayes réclamaient encore une indemsommes disponibles étant employées. Ce n'en était nité, & le parlement d'Alfons^ était obligé de repas moins un devoir pour Alfonse, qui recueillait connaître leur bon droit. — Sur cette affaire, que une si riche succession, d'acquitter les legs pieux dom Vaissete a jugée avec son tact ordinaire, en décidés par son beau-père, & les raisons misera- peut encore consulter Boutaric, pp. £0 à 85. Cet blés, de pure procédure, invoquées par les juris- auteur rapporte notamment la déposition de Siconsultes dont il mit la complaisance à l'épreuve, card Alaman sur la manière dont le testament prouvent bien qu'il ne jugeait pas sa conduite avait été rédigé. (J. io3i, n. 23.) Il s'associe en trop conforme aux règles de la simple équité. somme au blâme de dom Vaissete, tout en niant Annuler un testament, au treizième siècle, parce que la cupidité seule ait poussé Alfonse de Poitiers qu'il ne remplissait pas toutes les conditions mar- à cette action. La question étant uniquement une quées par les constitutions des empereurs romains, question d'argent, & les légataires étant presque était chose assez plaisante; à raisonner ainsi, tous des ecclésiastiques, nous ne voyons pourtant aucun testament de cette époque, y compris ceux pas quel autre mobile aurait pu décider le comte. d'Alfonse & de Jeanne, sa femme, n'était valable. Ce ne fut pas d'ailleurs le seul cas où Alfonse Depuis longtemps c'était une règle du droit cou- donna trop d'importance à des questions pécutumier qu'un testament était authentique, du niaires. [A. M.] moment qu'un certain nombre de témoins en

XI. — Aljbnse 6- Jeanne, sa femme, s'accommodent avec les légataires

de Raimond.

Un historien moderne prétend à la vérité qu'Alfonse, nonobstant cette décision, exécuta ponctuellement le testament du comte Raimond, son beaupère. Si qu'il en confirma toutes les restitutions ^ en disant que les princes ne perdent jamais rien à rendre ce qui ne leur appartient pas; mais il lui prête cette sentence 8c il suppose sans preuve ce qui n'est pas'. En effet, Alfonse envoya quelque temps après ^ sommer l'abbesse & les religieuses de Fontevrauit, à qui les exécuteurs testamentaires de R.aimond avoient déjà remis tous les bijoux que ce prince leur avoit légués, de les lui rendre. Elles firent d'abord beaucoup de difficultés, mais enfin elles s'accommodèrent, & raovennant la somme de quinze cens livres tournois une fois payée, & quatre cens livres tournois de rente qu'Alfonse & Jeanne leur assignèrent sur le péage de Marmande, en Agenois, elles renoncèrent au payement des cinq mille marcs d'argent que le teu comte Raimond leur avoit légués &c rendirent tous les joyaux de ce prince. Alfonse St la comtesse, sa femme, s'accommodèrent aussi avec les abbayes de Grandselve Si de Belleperche, & donnèrent-' à la première quinze livres de rente & à l'autre dix, sur le salin ou grenier à sel de Toulouse, pour les legs qui leur avoient été iaits dans le même testament.

XII. — Alfonse & Jeanne parcourent le reste de leurs domaines.

Alfonse 8t Jeanne ne firent pas un long séjour à Toulouse, 8c ils étoient déjà partis de cette ville le 3o de mai j le premier donna ce jour-là, à Verdun

' Ln Chaise, Histoire de saint Louis, 1. lo. n. 12. sac 5, n. 33. — Cf. Tenlet, t. 3, p. 221. Actes du

— Lenain de Tillemont, t. 3, pp. 427, 428. — La 6 octobre 1264, rédigés tous deux à Vincennes.

Chaise, en arrangeant le texte de Lenain, lui a L'abbé de Grandselve (J. 307, n. 14) réclamait à

fait dire tout autre chose que ce qu'il avait écrit. Alfonse les cent marcs légués par Raimond VII,

En parlant de l'équité d'Alfonse, l'historien de mille sous toulousains prêtés par son couvent à

saint Louis cite quelques mots du préambule de ce dernier prince, & mille marcs, montant de

l'un des actes de ce comte (Catel, Comtes, p. 393), l'indemnité stipulée par le traité de Paris, en 1 229.

oii il est dit que les princes ne perdent jamais à Alfonse s'en tira à bon marché avec une renie de

restituer ce qui ne leur appartient pas; phrase quinze livres de Toulouse. Les réclamations de

qui est de style, & qui ne nous apprend rien sur l'abbé de Belleperche, qui étaient un peu moins

les sentiments personnels d'Alfonse. Lenain a élevées, furent apaisées au moyen d'une rente de

d'ailleurs connu la consultation des jurisconsultes dix livres; ces deux rentes furent assises sur le

sur le testament de Raimond VII & en cite un salin de Toulouse. L'acte de Belleperche est dans

fragment. Il ajoute ^u^il paraît, par plusieurs actes, J. 3 10, n. 33. Du reste, moins de trois ans plus

ijue le testament passa pour bon, & il renvoie aux tard, l'abbé de Belleperche renonçait au bénéfice

accords avec Fontevrault. Cela prouve seulement de cet accord & rendait à Alfonse la rente qui lui

qu'il n'avait pas examiné tous les actes que nous avait été assignée. (Acte du 1 i mars 1267, J. 3i2,

connaissons aujourd'hui. [A. M.] n. 7; Teulet, t. 3, p. 3.0i.) Une autre abbaye du

' Voyez tomeVIlI, Chartes, n. CCCIV, ce. 1324, Languedoc, celle de Candeil, fut plus tenace, &

i325. — Manuscrits deColhert, n. iCCr). [hai. ()i-]Z, en décembre 1266, Pons Astoaud & Eudes de la

f" 277 a.\ Montonière durent lui accorder une somme de

' Trésor des Chartes; Toulouse, sac 4, n, 14, & cinq cens livres, payables en cinq ans, par termes

An 1 2 5 1

An I2JI

sur la Garonne, une charte en faveur de l'abbaye de Grandselve '. Ils parcoururent ensuite les autres domaines qui avoient appartenu au feu comte Raimond, & commencèrent par l'Agenois. Arnaud-Othon, vicomte de Lomagne^, vint trouver le comte Alfonse à Agen, lui fit excuse d'avoir offensé le feu comte, son beau-père, & lui demanda par grâce de lui rendre la vicomte d'Auvillar, que la cour d'Agenois avoit confisquée sur lui. Alfonse se laissa iléchir & rendit cette vicomte à Arnaud-Othon, qui lui en fit hommage lige, le 4 de juin, en présence de Gui de Chevreuse, Robert de Saint-Cler 8c plusieurs autres chevaliers de la suite de ce prince ou du pays. Le vicomte de Lomagne, s'étant réconcilié avec Alfonse, l'accompagna jusqu'à Penne, en Agenois, où ce prince ordonna, le 8 de juin 3, à son sénéchal de Rouergue, de continuer de payer à son cher 6- féal R.aimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, la pension annuelle & viagère de cinq mille sols melgoriens que le feu comte Raimond, son beau-père, de bonne mémoire, lui avoit accordée.

Le comte & la comtesse de Toulouse passèrent à Lauzerte, en Querci, le 12 de juin, & arrivèrent le lendemain à Montauban où ils demeurèrent quelques jours'*. Ils parcoururent ensuite l'Albigeois & le Rouergue. Alfonse reçut à Millau, le 5 de juillet, l'hommage de Guillaume de Barrière 5, en présence de l'évêque de Toulouse, de Pierre de Voisins, sénéchal de cette ville, Jean d'Arcis, son sénéchal de Rouergue, Sic. Pierre de Voisins, chevalier françois, posséda la dignité de sénéchal de Toulouse, jusqu'en 1254. II donna en cette qualité, au mois d'aoûf^ de l'an I25i, le bail de la nouvelle monnoie de Toulouse, sur laquelle Alfonse régla les droits que les monnoyeurs dévoient prendre.

XIII. — Le comte &• la comtesse de Toulouse retournent en France ^ y font leur séjour ordinaire. — Administration de leurs domaines.

Alfonse & Jeanne prirent bientôt après la route de l'Auvergne, & étant arrivés à Glosille, le 7 de juillet, ils y confirmèrent'' les habitans de Gaillac,

égaux. Elle réclamnit deux cents livres de Cahors, ' Cutulaire d'Alfonse, aux archives du collège

prêtées par elle à Raimond VII, & deux cents des Jésuites de Toulouse. [JJ. 24", f" 1 1 1 a]. —

marcs que ce prince lui devait en exécution de la Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXCIII, c. 1291.

paix de Paris. (Original, J. 3o3, n, 21.) [A. M.] ■• Le comte & la comtesse étaient à Montauban,

' Archives de l'abbaye de Grandselve. le i5 juin i25i) à cette date, ils accordèrent à

' Voyez tomeVIII, Chartes, n. CCXCIII, ce. 1289 Olivier & Bernard de Penne, qui venaient de leur

à 1291. — Le lendemain 5 juin, Alfonse rendit céder le château de Penne d'Albigeois, une rente de

expressément au vicomte le château d'Auvillar, cent livres, prix des fortifications dudit château,

dont la cour d'Agen, à la requête de son beau- & réduisirent à quatre chevaliers l'albergue de

père, avait prononcé la confiscation, reconnais- vingt chevaliers qui leur était imposée. (Original,

sant ainsi implicitement la justice de cette sen- J. 3|2, n. 53; Teulet, t. 3, pp. i32, |33.) [A. M.]

tence. (Tome VIII, ce, 1291, 1292, d'après JJ. 24", 5 Manuscrits de Colhert, n. 10Û7. [Original, J.

f» 58 h.) Le 8 juin suivant, étant à Penne d'Age- 3i5, n. <)'j; Teulet, t. 3, p. i3(j.]

nais, Arnaud Ot se reconnut redevable envers * Tome VIII, Chartes, n. CCXCV, ce. 1297 à

Alfonse d'une somme de cinq mille sous de Mo ri a s t 299. — Catel, //(5îorrc ées comtes iîe 7'o/o5e,p. 389.

que le feu comte lui avait prêtée. [Ih'id. c. 1291.) ' Archives de l'hôtel de ville de Gaillac [Doat,

[A. M.] vol. 116, f" 26.] & de Montauban.

en Albigeois, dans leurs coutumes 8<. privilèges. Ils confirmèrent, le lendemain, à la Roque de Valsergue, les coutumes de la ville de Montauban. Ils se rendirent de là' à Riora, 8c étant à l'abbaye de Cîteaux, au mois de novembre suivant, ils assignèrent^ à ce monastère la somme de seize cents marcs d'argent sur le péage de Marmande, en déduction de celle de deux mille marcs que le comte Raimond s'étoit engagé de leur payer par le traité de Paris. Le comte Si la comtesse de Toulouse firent depuis leur séjour en France, particulièrement au château de Vincennes, 8c ne revinrent dans la Province que sur la fin de leurs jours. Ils partagèrent^ l'administration Se le gouvernement des domaines qui avoient appartenu au feu comte Raimond entre quatre sénéchaux indépendans les uns des autres. Le premier fut celui de Toulouse, qui avoit sous son autorité tout l'ancien diocèse de cette ville. Le second étendoit la sienne sur l'Agenois 8c le Querci. Le troisième sur le j"^,"! Rouergiie 8c sur la partie de l'Albigeois située à la droite du Tarn; 8c enfin le quatrième exerçoit sa juridiction sur le marquisat de Provence ou le comté Venaissin. Outre ces domaines, Alfonse fit gouverner ceux qui lui appartenoient en propre, savoir : l'Auvergne, par un officier qui se qualifioit connétable, 8c le Poitou Se la Saintonge, par deux sénéchaux différens'*. Au reste, la comtesse Jeanne ^ conrirmoit ordinairement, à la fin de chaque charte) celles que le comte Alfonse, son mari, donna en différens temps, pour les pays qui avoient appartenu à Pv.aimond ; elle se qualifioit dans ces actes comtesse de Toulouse 0 de Poitou, au lieu qu'Alfonse prenoit le titre de comte de Poitou o* de Toulouse,

' C.itel, Histoire Jcs comtes Je Tolose, p. 38^. par erreur que doin Vaissete dit que ce prince alla

* Trésor des chartes; Toulouse, sac 5, n. 68. — à Cîteaux; tout semble prouver qu'il se rendit

— Au). J. ?toy, n. 68; Teulet, t. 3, pp. 146, 147. directement à Paris. [A. M.]

Le trésor des chartes contient trois actes relatifs ' Voyez tome VIII, Chnrtes, n. CCXCII, c. 1284

à cette affaire : 1° Une lettre de l'abbé de Cîteaux, & suiv.

Boniface, à Alfonse de Poitiers, sans date, mais * Voici sur ces sénéchaussées quelques détails antérieure au 24 novembre. Dans cette lettre il que nous empruntons à Boutaric, Alfonse Je Potest dit que la cause doit être jugée à Paris dans la tiers, p. i63 & suiv. — Jusqu'en 1205, la Sainquinzaine de Toussaint. L'abbé y rappelle les tonge & le Poitou ne formèrent qu'une sénéchausaccords passés entre son couvent & Raimond VIT; sée. — L'Auvergne fut administrée tantôt par un celui-ci, après leur avoir assigné un revenu de bailli, tantôt par des connétables. L'un de ceux-ci deux cents marcs à percevoir sur les revenus de notamment, Geoffroi Thomas (1255-1261), com- Marmandc, le leur avait enlevé violemment, après mit de nombreux abus, & les enquêteurs d'Alfonse quatre ans de jouissance, & avait repris la qua- reçurent dans leurs tournées nombre de plaintes trième annuité déjà perçue. Il restait leur devoir contre lui. — L'Agenais & le Querci formaient, à sa mort mille quatre cents marcs dont l'abbé comme sous Raimond VII, une seule sénéchausréclame le payement à Alfonse, héritier de ses sée. — Le Rouergue de même; de izSô à 1262, Etats. L'affaire fut réglée le 24 novembre suivant; l'Albigeois lui fut uni. — Le Toulousain 8c l'Alon promit à l'abbé de lui faire payer chaque an- bigeois formèrent une seule sénéchaussée de r249 née, à Marmande, cent marcs jusqu'à concurrence à i256& à partir de 1262. — Le comtat Venaisdu montant de la créance. La lettre d'acceptation sin formait une sénéchaussée particulière. de Boniface est datée de Saint- Port - sur- Seine [A. M.] (Seine-&-Marne, arr. de Melun), &. celle d'Al- ' Catel, Histoire des comtes de Tolose, p. 384 Se fonse, de Paris, du mois de novembre. C'est donc suiv.

An I 231

ongni.

t. Hl, p. 4.74.

An i2Ji

XIV. — Brouïllerles entre l'archevêque &■ le vicomte de Narhonne.

Le diocèse de Naiboniie étoit depuis longtemps dans le trouble par la division qui régnoit entre l'archevêque 81 le vicomte : division qui fut poussée jusqu'aux dernières extrémités. Guillaume de la Brouë, après avoir été promu à l'archevêché de Narbonne', se plaignit au pape Innocent IV, en 1248, de ce qu'Amalric, vicomte de cette ville, nonobstant le serment de fidélité qu'il lui avoit prêté Si l'hommage qu'il lui avoit rendu, le dépouilloit de ses droits & empiétoit sur l'autorité &. la juridiction de son église Se des autres de son diocèse. Sur ces plaintes Innocent écrivit au roi pour le prier d'accorder sa protection à ce prélat; mais le vicomte continua ses entreprises, défendit aux habitans de Narbonne de reconnoître l'archevêque pour leur seigneur, fit pendre un des vassaux de ce prélat 8c emprisonner plusieurs autres, & mit des gardes aux portes du palais épiscopal dans le dessein de se saisir de la personne des écuyers & des autres domestiques de l'archevêque. Ce prélat, pour se venger, excommunia publiquement Amalric avec tous ses partisans, 8<. jeta l'interdit, tant sur la chapelle vicomtale que sur la cité 8c le bourg de Narbonne^. Le vicomte appela au pape de ses censures; mais, malgré son appel, le pape nomma des commissaires, le 8 de novembre de l'an 1248, 8c leur ordonna d'exécuter la sentence de l'archevêque.

Gui & Hervé de Chevreuve 8c Philippe, trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers, étant arrivés pour prendre possession du comté de Toulouse, par ordre de la reine Blanche, s'entremirent pour accommoder ce prélat avec le vicomte, 8c leur firent passer un compromis, le 4 de décembre de l'an 1249, par lequel ils convinrent de s'en rapporter à la décision de Raimond, évêque de Toulouse. L'archevêque, en attendant l'arrivée de ce prélat, envoya sornmer le vicomte par l'abbé de Caunes^, le 16 de février suivant, de réparer les griefs qu'il avoit contre lui ; il se plaignoit entre autres de ce qu'Amalric s'étoit approprié les fiefs qui relevoient de l'église de Narbonne, 8c en particulier du Capitole; de ce qu'il se qualifioit seigneur de cette ville, tandis que le haut domaine appartenoit à sa personne; de ce qu'il avoit retiré cinq mille sols de deux camps qu'il avoit fait tenir à Narbonne pour la vente des Sarrasins, quoique le profit de ces camps dût être commun entre eux; de ce que le même vicomte, irrité de se voir excommunié, avoit empêché les peuples de porter leurs offrandes dans les églises; de ce qu'il avoit chassé 8c dépouillé son propre aumônier, parce qu'il gardoit l'interdit qui avoit été jeté sur sa chapelle; & enfin de ce qu'il y avoit néanmoins fait célébrer les offices divins, 8cc. L'abbé de Caunes alla le lendemain, à Coursan, signifier cette plainte au vicomte.

La reine Blanche, régente du royaume, informée de cette affaire, qui fai-

' Baluze, Concilia Galliae Narhonemis, Appen- ' Bnhize, Conàlia Galliae Karioncr.sis, Appcn-

dix, p. 99 & seq. dix, p. ic8 8; se<;.

' liitt. p. 127.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI. 8a5

An I2ÔI

soit beaucoup de bruit clans le royaume, interposa ' son autorité 8< manda au sénéchal de Beaucaire & à l'évêque de Toulouse de la terminer. L'archevêque demanda qu'avant toutes choses le vicomte réparât les griefs qu'il avoit contre lui. Ce dernier vouloir à son tour que l'archevêque levât l'excommunication. Enfin ils convinrent, le 25 de juillet de l'an i25o, de s'en rapporter au jugement de quatre citoyens de Narbonne, & ils choisirent pour surarbitres Raimond, évêque de Toulouse, & Guillaume de Pian, sénéchal de Carcassonne. Les uns & les autres s'étant assemblés, le 5 d'août, s'ajournèrent à Narbonne pour y porter un jugement définitif, le 6 d'octobre suivant; mais divers obstacles ne leur ayant pas permis de se rassembler, 8<. le vicomte continuant toujours ses entreprises, l'archevêque eut recours à l'autorité du pape qu'il alla trouver à Lyon, 6< qui révoqua^, le 29 de novembre lidoiigi... de l'an i25o, le privilège qu'il avoit accordé auparavant à Philippe d'Anduze, femme du vicomte Amalric, d'entendre l'office divin dans la chapelle de son mari & dans les autres lieux interdits, avec ordre à l'évêque de Carcassonne de taire observer celui que l'archevêque avoit jeté sur cette chapelle. Le pape pria ensuite la reine Blanche d'obliger le vicomte de Narbonne à exécuter l'ordonnance de l'an 1229, suivant laquelle il étoit enjoint aux officiers du roi de saisir les biens de ceux qui demeureroient plus d'un an dans l'excommunication, attendu que le vicomte étoit dans le cas.

Cependant le sénéchal de Carcassonne ^ 8c quelques autres seigneurs de considération, s'étant entremis de nouveau pour apaiser ces troubles, firent convenir, le 10 de janvier de l'année suivante, l'archevêque & le vicomte de Narbonne, de subroger l'évêque de Béziers à celui de Toulouse 8c de s'en tenir à sa décision. L'archevêque 8c le vicomte s'étant rendus bientôt après à la Cour, ils convinrent, le 11 de février, devant la reine Blanche, qui autorisa le compromis, de prendre pour adjoint à ce prélat Gui Fulcodi, fameux jurisconsulte Se clerc du. roi'*. Ces deux arbitres s'étant rendus ^ ensuite à Narbonne, y prononcèrent leur sentence, le 7 de juillet de l'an I25i, en présence de l'évêque d'Agde, de l'abbé de Quarante, 8cc. : 1° Ils ordonnèrent que les préconisations ou publications se feroient à l'avenir à Narbonne, comme elles se faisoient anciennement, c'est-à-dire tant au nom de l'archevêque qu'en celui du vicomte, 8c que ce dernier rétabliroit l'autre dans ses domaines 8c dans sa juridiction, sauf ses droits au pétitoire. 2° L'exécution des peines corporelles contre les malfaiteurs est réservée au vicomte. 3" Celui-ci est condamné : à restituer les tailles qu'il avoit exigées des habitans de Cuxac, vassaux de l'archevêque, sous prétexte qu'il s' étoit croisé; à renoncer à l'hommage qu'il avoit reçu de Bertrand du Capitole, pour le Capitole de Narbonne, 8c à permettre que l'archevêque eût son notaire, qui pourroit recevoir tvjus les actes publics. 4" On permit au vicomte de se dire

' Baluze, Concilia Galliae Narionensis, Appen- * Baluze, Concilia Galliae Narbonemis, Appen-

Hix, p. 104 & seq. dix, p. i3i .

' liid. p. 101 & seq. = Ihii. p. i5i.

' Ihid. p. I 22 & seq.

An i; ji

seigneur de Narbonne. 5° L'archevêque fut condamné à lever l'interdit qu'il avoit jeté sur la chapelle du vicomte 8c sur la cité & le bourg de Narbonne, Si la sentence d'excommunication qu'il avoit lancée contre Amalric St contre ses officiers; à condition qu'ils promettroient d'obéir aux ordres de l'Eglise. Quant à la peine canonique dont ils étoient liés, il leur est enjoint de se faire absoudre, & on leur donna un délai jusqu'à la Nativité de la Vierge. L'archevêcjue révoqua alors la sentence d'interdit dont il avoit frappé la cité Se le bourg de Narbonne, & l'abbé de Saint-Aphrodise de Béziers leva l'excommunication par son ordre, après qu'Amalric eut promis d'obéir à ceux de l'Eglise & d'exécuter la sentence en tous ses points : ce vicomte donna pour ses cautions Raimond de Durban & Bernard de Saint-Etienne, chevaliers. Il restitua ensuite tout ce à quoi il avoit été condamné, & pour marque de cette restitution il remit un éventail (^Jlabellum) entre les mains de cet abbé qui, de son côté, leva l'interdit jeté sur la chapelle vicomtale & sur toutes les autres églises où Amalric se trouveroit. L'archevêque se plaignit cependant peu de temps après aux arbitres de ce qiie le vicomte n'exécutoit pas la sentence dans tous ses points, 8c qu'il empêchoit, entre autres, son notaire de recevoir les actes publics. Sur ces plaintes' l'évêque de Béziers Se Gui Fulcodi condamnèrent le vicomte, au mois de septembre suivant, à permettre que ce notaire retînt les contrats de mariage, les testamens, 8cc, Ils rendirent cette nouvelle sentence en présence de l'évêque d'Agde 8c de divers ecclésiastiques, entre lesquels étoit Guillaume Duranti, chanoine de Maguelonne, qui fut ensuite évêque de Mende.

Ces divers jugemens ne rendirent pas la paix au diocèse de Narbonne : l'archevêque, toujours mécontent du vicomte Amalric, qui n'exécutoit pas à son gré la sentence arbitrale, lui fit signifier^, le 4 de décembre, suivant par cleux clercs de son église, un acte pour le sommer de réparer incessamment divers griefs dont il se plaignoit, &i dont l'un étoit qu'il ne vouloit pas permettre aux clercs d'acheter des alleux dans ses domaines, sans payer un certain droit; ce qui, ajoutoit-il, a toujoiirs été permis à un chacun, même x.^\\\°'v^a]'(,. <^ux )uifs, suivant les usages 8c les coutumes du pays, 8cc. Ce vicomte^ 8c ses

,. officiers, ne faisant aucun cas de cette sommation, l'archevêque les excom-

An 1202 munia publiquement de nouveau dans l'église de Saint-Just, le 12 de janvier de l'an I252. Amalric demeura pendant quelque temps frappé d'anathême ; mais las de vivre excommunié, il alla trouver l'archevêque, lui demanda pardon 8c promit de lui faire une entière satisfaction. Ce prélat reçut en même temps le serment du vicomte, qui jura d'obéir aux ordres de l'Église 8c aux siens, 8c, lui ayant prescrit les réparations qu'il devoit faire, il lui donna l'absolution, dans le palais archiépiscopal, le 18 de mai suivant. Enfin Amalric s'étant présenté'* devant Raimond, évêque de Béziers, le 11 de décembre de la même année, promit d'accomplir la pénitence que ce prélat

' Baluze, Concilia. Galliae Narèonensis, Appen- ' Archives de l'abbaye de Fontfroide.

dix, p. 148. ^ Baluze, Concilia Galliae 'Narhonensis, p. i ai

' Ibid. p. ',14 & SBq. & suiv. — Catel, Mémoires, ut supra.

lui imposeioit, pour avoir tenu en prison Se laissé mourir clans les fers un clerc marié, notaire de l'archevêque, & lui demanda l'absolution, conformément au pouvoir que le pape lui en avoit donné. L'évêque de Béziers, en donnant cette absolution au vicomte, se réserva de lui imposer dans la suite une pénitence proportionnée; ce qu'il ne fit qu'au mois d'octobre de l'an 1264. Il lui défendit de faire emprisonner à l'avenir aucun clerc sans la permission du juge ecclésiastique, Si lui ordonna de faire exhumer à ses dépens le corps de ce notaire, de le faire inhumer avec cérémonie dans l'église de Saint- Félix, sa paroisse, d'y fonder un anniversaire pour lui, d'entretenir une lampe qui brùleroit continuellement dans la cathédrale, de donner dix livres tournois en aumône, &c. Ce dernier acte est daté de Béziers, dans les écoles de théologie des frères mineurs, en présence de Jacques, abbé de Saint-Aphrodise de Béziers, Guillaume Duranti, chanoine de Maguelonne, Pons de la Redorte, Raimond du Lac, chevaliers, &c.

XV. — Démêlés des ecclésiastiques de la Province avec les officiers du roi,

Guillaume de la Broue, archevêque de Narbonne, eut un autre démêlé' avec le sénéchal de Carcassonne qui s'étoit saisi des châteaux & des fiefs que le roi avoit cédés à Pierre, son prédécesseur, pour le dédommager des domaines qui avoient été confisqués sur les hérétiques dans la mouvance de l'église de Narbonne. Il porta des plaintes de cette saisie à Innocent IV, qui écrivit de Lyon, le i3 de février de l'an iiSi, au comte d'Anjou, pour le prier de faire cesser ces vexations, qu'il croyoit que le sénéchal avoit commises par son ordre. Le pape écrivit^ de Pérouse, le 22 de juillet de l'année suivante, à l'archevêque de Narbonne & à l'évêque d'Elne pour les engager, sur les plaintes du clergé de France, à employer leurs bons offices auprès des officiers royaux, soit dans la Province, soit dans le reste du royaume, pour qu'ils ménageassent davantage les intérêts des églises, dont ils saisissoient les biens Se qu'ils maltraitoient de diftérentes manières, sous prétexte que les princes dont ils tenoient leurs pouvoirs en étoient les protecteurs ou les avoués. Durand, évêque d'Albi, fut un de ceux qui se plaignirent le plus des entreprises des offi.ciers séculiers. Ce prélat, son chapitre, les abbés, les prieurs 81 les autres ecclésiastiques de son diocèse écrivirent là-dessus au pape, qui enjoignit, le 18 de mai de l'an i252, à l'archevêque d'Auch, d'employer les censures ecclésiastiques pour mettre ces officiers à la raison.

XVI. — Alfonse envoie des commissaires réformateurs dans ses Etats.

Outre les sénéchaux à qui Alfonse avoit confié l'administration St le gouvernement ordinaire de ses domaines S; de la comtesse Jeanne, sa femme, ce

■ Bibliothèque du roi, Baluze, Bulles, n. Cz. — • ' Marca, Concordantia sacerjotii & impcrii, nov.

[Armoires, v. 33 i, n. 62j bulle du ii février S( éd. p. 1277. non du i3.J

An I2J2

A II I î j :

prince, à l'exemple du roi saint Louis, son frère, envoyoit fré([i!emmcnt des commissaires {missi) dans ses États pour y réformer les abus c[ui pouvoient s'y glisser. Il choisit' pour cette fonction, en I252, Jean de Maisons (de Domibus), chevalier, maître Gui Fulcodi, Pierre Bernardi, frère Jean de Castelnau & frère Philippe de l'ordre des frères Mineurs. Ces envoyés s'étant rendus dans l'Agenois, dressèrent des articles de réformation & les publièrent à Agen, dans le palais épiscopal & dans les autres domaines qui avoient appartenu au feu comte Raimond, qu'ils parcoururent. Enfin ils firent^ à Toulouse, le mercredi après le dimanche des Rameaux de l'an I253 (1254), la publication de ces règlemens, dont ils ordonnèrent l'exécution, sauf en toutes choses la volonté du comte Aljbnse , & dont voici les principaux articles : 1° Les sénéchaux obligeront par la saisie des biens ou par l'emprisonnement à l'égard des pauvres, tous ceux qui, au mépris des censures ecclésiastiques, seront demeurés plus d'un an excommuniés, à rentrer dans Kj.oiigin. le sein de l'Église; à mcins cru'ils n'aient appelé de la sentence qui les

t. Ul, p. 177. . . . ' . . .

excommunie ou qu'ils n'aient été excommuniés /'oz/r Z^j dîmes {pro decimis). 2° Il est défendu aux juifs de construire de nouvelles synagogues Si de sortir de leurs maisons le vendredi saint. 3° Les sénéchaux ne donneront pas les bailUes (ou bailliages) à des clercs, 8c révoqueront ceux à qui ils en ont donné, afin de les empêcher de se dissiper. Ils ne mettront pas non plus dans ces charges ceux c[ui sont suspects d'hérésie. 5'' Il est détendu aux sénéchaux, sur les plaintes des barons & des chevaliers du pays, de construire de nouvelles bastides, sans l'exprès commandement du comte. 6° On règle la juridiction des baillis, 8t. il leur est ordonné de se tenir dans les bornes qui leur avoient été prescrites par ce prince lorsqu'il avoit été dans le pays. 7° Enfin on marque de quelle manière les officiers du comte dévoient agir dans la confiscation des biens des hérétiques, & pour la restitution des dots des femmes catholiques dont les maris avoient été condamnés pour crime d'hérésie.

XVII. — Le comte de Toulouse tombe dangereusement malade, prend de nouveau la croix &• envoie divers chevaliers à la Terre-Sainte.

Alfonse eut une attaque de paralysie vers la fin de l'an 125:. Se voyant dans un danger évident il fit vœu de retourner à la Terre-Sainte 8< reprit la croix. C'est ce que nous apprenons^ d'une lettre que Philippe, trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers 81 chapelain de ce prince, écrivit au roi. Cette lettre n'est point datée ; mais elle est antérieure au i" de décembre de

' Bibliothèque du roi; Bahize, Rouleaux, n. z. Note du tome VII sur l'administration royale en

— [Armoires, v. Sp^, n. 694. C'est le journal de Languedoc, où nous en donnons une longue

voyage des enquêteurs royaux d'Agen à Montau- analyse. On peut voir aussi ce que nous y disons

ban. On peut le voir au tome VII à la suite des des enquêteurs d'AIfonse & du pouvoir qui leur

Enquêteurs d'Alfonse.] était accordé par ce prince. [A. M.]

' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCV, ce. iSii ^ Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCI, ce. i3i(5,

à 1329. — On peut voir sur ce règlement notre i3i7.

Fan 1252, jour de la mort de la reine Blanclie. Ce fut peut-être par une suite de sa maladie qu'Alfonse, étant extrêmement incommodé des veux, eut' recours, par le moyen de Raimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, Se de deux juifs de cette ville, à un fameux juif qui demeuroit en Aragon & qui passoit pour un excellent oculiste. Ce prince, ne pouvant exécuter si tôt son vœu, envoya en attendant à la Terre-Sainte un grand nombre de chevaliers de tous ses domaines; on trouve leurs noms dans une charte^ que le roi saint Louis donna au camp de Joppé, au mois de décembre de l'an i252, pour confirmer une sentence arbitrale qu'Olivier de Termes avoit rendue au sujet d'un différend qui s'étoit élevé entre ces chevaliers 8<. les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Alfonse leva à cette occasion un subside dans ses domaines^.

Page 1