‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 296 sur 342 · XXVI. — Fin des vicomtes de Minerve · texte numérisé non relu

XXVI. — Fin des vicomtes de Minerve

Le roi, quelque temps après son arrivée en France, y donna 5, par une charte datée de Pontoise, au mois d'octobre de l'an 1264, à Guillaume de Minerve, chevalier, à cause des services qu'il en avoit reçus, cinquante livres Éd.origin. de rente en fief, nu'il promit de lui assigner sur les terres qui avoient été confisquées sur lui. Guillaume est le dernier que nous connoissions de la race des anciens vicomtes de Minerve, dont le roi s'appropria les domaines, à cause que ceux de cette maison eurent le malheur d'embrasser les erreurs des albigeois. Il avoit suivi le roi à la Terre-Sainte'* & avoit épousé Blanche, sœur d'Olivier de Termes, à laquelle le roi donna en i253, en considération des services de son frère, soixante livres de rente sur les biens qui avoient été confisqués sur son mari pour avoir de quoi subsister. Guillaume de Minerve n'en eut que des filles; le roi voulut que le droit qu'elles avoient sur la dot

■ Concilia, t. ii, c. ySS. p. 3o.] — La première lettre du roi était datée

* Gallia Christiana, nov. edit. t. I, p. 19, Tnstr, du camp près Sidon, septembre Ii53; elle concé-

p. 8. Martène, Thésaurus anccdotorum, t. 1, dait à Blanche, femme de Guillem de Minerve,

£ ioSt. Archives de l'église d'Albi. dont le roi tenait la terre, une rente de soixante

^ Archives du domaine de Montpellier. — Cf. livres sur le lieu de Villegly, en considération des

lat. 999<5, p. 3i. L'acte du roi est daté, dans ce bons services du frère de Blanche, Olivier de Ter-

ttianuscrit, de Péronne & non de Pontoise; l'as- mes. Ce revenu devait être supprimé après la mort

signation qu'il stipule fut faite par le sénéchal de son mari, qui aurait permis à Blanche de récla-

Pierre des Voisins, au mois de décembre suivant; mer sn dot, hypothéquée sur les terres que le roi

la ville de Lacaune sous Minerve & quelques terres avait confisquées. Guillem de Minerve mourut

à Aiguesvives servirent à asseoir le revenu. [A. M.] avant 1266, &, par lettres du mois de septembre

■* Archives de l'abbaye de Fontfroide. — Ma- 1266, Louis IX permit à sa veuve de continuer à

nuscrits de Colbert, n. 2275. — lAuj. lat. 9996, percevoir ce revenu de soixante livres. [A. M.]

t. III, p. 482.

' Ail 1254

de leur mère fût réglé après le décès de cette dame, suivant les usages 81 les coutumes du pays.

XXVII. — Le roi publie une ordonnance pour les sénéchaussées de Beaucatre

(S- de Carcassonne.

Le roi, non content des deux ordonnances' qu'il avoir fait publier en passant dans la Province, après son retour de la Terre-Sainte, en faveur des habitans des deux sénéchaussées de Beaucaire & de Carcassonne pour corriger les abus qui s'y étoient glissés, en fit publier, au mois de décembre suivant, une nouvelle, qui contient trente-neuf articles, & dont il étendit ensuite l'usage au reste de ses domaines & à tout le général du royaume. Les premiers articles regardent le serment que les sénéchaux de Beaucaire 8t de Carcassonne, & les autres officiers de ces deux sénéchaussées étoient tenus de faire, de rendre la justice sans distinction des personnes, suivant les coutumes 6t les usages approuvés; de ne pas recevoir de présens; de n'en point envoyer aux gens du conseil du roi ; de ne pas protéger les baillis inférieurs qui malverseroient dans leurs charges, Sic. Il est défendu aux baillis supérieurs, tant qu'ils seront en charge, d'acheter des immeubles dans leurs bailliages ou sénéchaussées sans la permission du roi ; d'épouser, eux Si leurs parens, des filles du pays; d'empêcher le transport du blé, du vin Si des autres denrées du pays, sans une nécessité urgente Se sans avoir pris conseil. Sic. Au mois de février suivant le roi ajouta trois articles à cette ordonnance^, dans quelques exemplaires de laquelle on a marqué mal à propos^ le nom du sénéchal de Cahors au lieu de Carcassonne ; car le roi n'avoit pas alors de sénéchal dans le Querci; pays qui n'étoit pas de son domaine, mais de celui d'Alfonse, son frère. Il est certain '*, d'ailleurs, qu'elle fut d'abord dressée pour les deux sénéchaussées royales de Beaucaire Si de Carcassonne.

XXVIII. — Alfonse publie une ordonnance semblable pour ses domaines. Concile ou assemblée de Bé-^iers.

Le comte Alfonse se conforma à ces dispositions pour ses domaines particuliers par une ordonnance ^ qu'il fit publier, vers le même temps, touchant l'administration de la justice. Il régla aussi la manière dont ses sénéchaux dévoient donner ses baillies ou prévôtés Si les différens degrés d'appel des sentences de ses juges. Enfin il enjoignit à tous ses officiers de gouverner suivant le droit, les coutumes Si les usages du pays''.

' Latirière, OrJonnancei, t. I , p. 65 & siiiv. — enfin de soustraire les hommes des barons & des

Baliize, Concilia Galliae Narionensis, p. 68 & seq. seigneurs à l'obligation de payer des droits de

* Cf. Laurière, ut supra, p. 76. Ces articles ont guidage aux sénéchaux. [A. M.]

pour objet d'interdire aux sénéchaux l'entretien ' Laurière, Ordonnances, t. 1, p. 68.

de bétail ailleurs que dans leurs propres pâtura- ^ liid. p. 76.

ges; — de fixer les taxes à percevoir par les clercs ^ Tome VIII, Chartes, n. CCCXI.cc. t352 à |356.

des cours royales pour les expéditions d'actes, — & * Sur cens ordonnance de Louis IX, on peut

~~. r~ 842 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI.

An 1 ii>o '

L'ordonnance de saint Louis, dont nous venons de parler, fut enregistrée dans un concile ' ou assemblée générale tenue dans le palais épiscopal de Béziers, le 8 de mai de l'an I255, & composée des prélats, des barons & des chevaliers du pays, Guillaume, archevêque de Narbonne, y présida, 8c les évêques de Béziers, Toulouse, Lodève, Nimes, Agde & Uzès, les procureurs des évêques de Carcassonne 81 de Maguelonne, les abbés de Saint-Pons, Aniane, Villemagne, Cannes, Montolieu, de Saint-Aphrodise 81 de Saint- Jacques de Béziers, de Joncels, Saint-Hilaire, Quarante, Saint-Chinian, 8c enfin les procureurs des abbés d'Alet, Saint-Guillem du Désert 8c Saint-Polycarpe s'y trouvèrent, outre les archidiacres, les précenteurs 8c divers autres ecclésiastiques.

XXIX. — Siège &> prise du château de Quérihus, dans le FenouilUdes. — Les évêques de la Province prétendent s'exempter du droit de chevauchée.

Pierre d'Auteuil, sénéchal de Carcassonne, avoit écrit trois jours avant cette assemblée à l'archevêque de Narbonne 8c à ses suffragans pour leur déclarer qu'ayant reçu ordre du roi d'assiéger le château de Quéribus, situé dans le fief du roi, à cause que ce château étoit le réceptacle des hérétiques Se des malfaiteurs, 8c, qu'ayant déjà commencé de l'attaquer, ils eussent à lui donner du secours pour le soumettre, sans préjudice de leurs droits. Ces prélats ayant délibéré là-dessus prétendirent qu'ils n'étoient pas tenus de suivre à l'armée le roi ou son sénéchal, 8c que toutes les fois qu'ils l'avoient fait dans les temps passés, ce n'avoit pas été par leur ordre, mais bien par celui des légats du pape ou de l'archevêque de Narbonne. Ils consentirent cependant de donner en cette occasion quelque secours au sénéchal, soit par t. iii',°p! 483. eux-mêmes, soit par leurs vassaux; non parce qu'il l'exigeoit, mais par amour pour le roi; à cause que cette expédition regardoit le bien public 8c les intérêts de l'Eglise; mais ils se réservèrent leurs droits 8c leurs immunités.

Cette réserve déplut sans doute au sénéchal. On trouve*, en effet, une lettre écrite au roi, le i5 de juin de la même année, par Gui de Lévis, seigneur de Mirepoix, Pierre Se Arnaud de Grave, Philippe Goloyn 8c Frotard de Penne, chevaliers, qui attestent avoir vu 8c entendu dire que les prélats de la Province de Narbonne, de la sénéchaussée de Carcassonne 8c de Béziers, 8c leurs gens, avoient servi plusieurs fois dans ses armées commandées par ses sénéchaux Se qu'ils avoient servi, entre autres, dans celle du comte de Montfort^.

consulter au tome VII notre 'Note sur l'adminis- nistration. L'ordonnance d'Alfonse , imitée de

tration royale au temps de saint Louis. Cet acte celle de son frère, eut le même but & les mêmes

fut rédigé d'après les plaintes portées devant les résultats. [A M.]

enquêteurs royaux, en 1247 & 1148, & il eut une ' Concilia, t. 1 1, c. ySS & seq.

importance extrême. Il contribua à faire accepter * Archives du domaine de Montpellier; actes

par les populations méridionales la domination ramassés, liasse 8, n. 6, acte 11.

des rois de France, & à réparer les maux causes ' Ce n'était pas la seule cause de discussion qui

par quarante ans de guerre & de mauvaise admi- existât à cette époque entre le sénéchal de Car-

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI. SaS ~ 77

T An 1255

Le château de Quéribus, que Pierre d'Auteuil assiégea, étoit situé dans le pays de Fenouillèdes ; il l'avoit déjà soumis au mois d'août de cette année',

cassonne & les prélats de la Province. Non-seulement ceux-ci refusaient à cet officier le service militaire, mais encore ils voulaient l'obliger à promettre par serment d'observer certains articles de l'ordonnance de 1228, dite Cupientes, qui lui semblaient dangereux pour l'autorité royale. En effet, cette ordonjiance portait entre autres dispositions que chaque sénéchal devait jurer de procéder contre les excommuniés qui ne demanderaient pas leur grâce dans l'année, en saisissant leurs biens. Louis IX, en i255, ordonna à Pierre d'Auteuil de prêter serment comme tous ses prédécesseurs. (Cf. tome VIII, c. i36o.) Pour expliquer son refus, cet officier adressa au roi un long mémoire justificatif que l'on peut voir au même volume, c. 1419 & suiv., & que nous allons analyser en partie. C'est une réponse à un mémoire envoyé au roi par l'évéque d'Agde, l'abbé de Saint-Polycarpe & l'archidiacre de Fenouillèdes, mémoire que nous n'avons pas, mais qu'elle nous fait connaître en partie. — Le sénéchal commence par expliquer pourquoi il refuse de jurer d'exécuter l'ordonnance Cupientes. A l'en croire, & de nombreux actes du temps prouvent que de pareils abus se produisaient souvent, les prélats emploient l'excommunication pour forcer les vassaux du roi à faire leur volonté; ils les excommunient pour uue cause futile, ne leur accordent l'absolution qu'après soumission, &, s'ils persistent dans leur résistance, demandent au bout de l'année la confiscation de leurs biens. Pierre d'Auteuil cite notamment l'exemple des hommes de Siran, hommes du roi, que l'archevêque de Narbonne a excommuniés, parce qu'ils voulaient faire payer la taille à la femme d'un clerc mineur. [Ibid. c. 1420). — Il les accuse ensuite de ne pas prononcer la confiscation en faveur du roi dans tous les cas prévus par l'ordonnance. — Les mêmes prétendent qu'à eux seuls appartient la connaissance des cas de violation de la paix publique, &, au moyen de l'excommunication, ils se sont fait céder des terres importantes par divers seigneurs. — 11 serait injuste de frapper de confiscation les bailes & les sergents du roi, excommuniés pour avoir réclamé ses biens 8t ses droits usurpés par les gens d'égiise. — Le juge qui revendique les prérogatives de la justice royale est excommunié par les prélats pour avoir rempli son devoir. — Les mêmes réclament la dîme des fours, des moulins, des tuiles, des menus fruits, &c., & les prémices des vignes, des olives, ce qui est contraire aux usages du pays ; ceux qui résistent sont excommuniés. En outre, au cas même oii le sénéchal prêterait le serment •n question, ils ne laisseraient pas confisquer les

biens d'un clerc ou d'un chanoine qtii refuserait de se soumettre. — Les prélats prétendent que c'est au sénéchal à aller les trouver, & qu'ils n'ont point à obéir à ses convocations, ce qui est attentatoire à la majesté royale. — Le sénéchal arrive ensuite à cette question du service militaire; il a fait la semonce, sur l'ordre du roi, dans les formes accoutumées , & les abbés étaient disposés à obéir quand un ordre de l'archevêque les décida à résister, sauf deux. Leur exemple entraîne les habitants d'Albi, d'Agde & de Narbonne, & certains seigneurs terriers se montrent prêts à le suivre. L'archevêque a écrit au sénéchal que ni lui, ni les autres ecclésiastiques ne sont tenus de faire l'ost 8c la chevauchée pour le roi; si la résistance continue, il faudra que le roi envoie des troupes de France, car les seigneurs terriers & les prélats sont les maîtres de presque tout le pays. Du temps du vicomte les hommes d'église s'acquittaient de l'ost & de la chevauchée. — L'archevêque prétend que la punition des brigands & autres perturbateurs de la paix publique ne peut être faite qu'après en avoir délibéré avec lui & l'avoir laissé sommer par trois fois le délinquant d'avoir à se soumettre. Ce serait, dit le sénéchal, rendre la répression impossible, en laissant aux ennemis le temps de se fortifier & de se munir d'armes 8t de vivres. — Ce n'était pas ainsi que les hommes d'église servaient le comte de Montfort; tous obéissaient à ses convocations & la désobéissance était punie d'une amende. — Quant à l'évéque d'Agde, il a refusé de se rendre au siège de Quéribus; il a défendu à ses hommes de donner asile aux sergents du roi, de leur fournir des vivres; il protège les marchands qui fraudent les péages royaux. — Enfin le sénéchal termine, en énumérant les textes des constitutions impériales qui obligent les églises à s'acquitter du service militaire. — Sans accorder à ce document une confiance exagérée, il faut remarquer qu'il paraît véridique, & que tous les faits qu'il cite sont vrais ou vraisemblables. Ce n'est du reste qu'un épisode, assez important à la vérité, de la grande lutte entre les officiers royaux & les juges ecclésiastiques, lutte dans laquelle le roi Louis IX soutint plus d'une, fois les droits du pouvoir laïque avec fermeté & indépendance. [A. M.]

' Le siège durait probablement encore en juillet 125.); en effet, à cette époque, Louis IX annonça à Pierre d'Auteuil qu'il avait mandé au sénéchal de Beaucaire de proclamer la chevauchée & d'obéir à ses ordres. C'était sans doute pour porter secours au sénéchal de Carcassonne & remplacer Us hommes d'église que les prélats

An i25j

car le roi lui manda ' en ce temps-là, « de retirer la garnison du château « neuf de Carcassonne, excepté deux sergens &- une guette, qu'il retiendroit « aux gages ordinaires & d'y habiter lui-même avec sa famille pour le garder^ « de détruire entièrement le château d'Aniort ; de ne laisser que quinze ser- « gens en garnison dans celui de Termes & vingt dans celui de Çuéribus} « de retirer la garnison du château de Minerve dont il confieroit la garde au « viguier, qui n'auroit pas pour cela des gages plus forts j de fortifier le châ- « teau de Puylaurens & de réduire à quatre sols tournois tous les stîpen- « diaires i^soldadar'ws) qui en avoient cinq. »

XXX. — Différends d'Alfonse, comte de Toulouse, avec les habitans

de cette ville.

L'absence d'Alfonse, comte de Toulouse, causa quelques troubles dans cette ville dont les habitans prétendoient^ que le sénéchal 81 le viguier donnoient tous les jours quelque nouvelle atteinte à leurs privilèges 8<. à leurs coutumes; ils en portèrent des plaintes à ce prince, au commencement de l'an 1255, & . Alfonse écrivit aussitôt au sénéchal, Si lui manda de laisser jouir par provision les Toulousains de certains articles de leurs coutumes qu'il lui marquoit. Il ordonna d'un autre côté au viguier de ne rien innover sans sa permission touchant l'administration de la justice pour laquelle il étoit en différend avec les consuls, avec promesse de nommer incessamment des commissaires pour régler toutes choses. Ce prince envoya bientôt après, en effet, Guillaume de Rolland, chanoine de Paris, son clerc, & Philippe d'Eaubonne, chevalier, qui sont qualifiés en quelques monumens, vice-gérens (ou lieutenans) du comte de Toulouse^.

Ces deux commissaires, étant arrivés à Toulouse'*, assemblèrent les consuls (ou capitouls) dans la maison commune, & là ils leur représentèrent de la part du comte, que la plupart des articles des privilèges & des coutumes de la ville de Toulouse étoient contraires ou à la justice 81 à l'équité ou aux intérêts de ce prince; qu'ainsi ils les prioient instamment d'y renoncer, à moins qu'ils n'eussent des remontrances raisonnables à faire pour en obtenir

n'avaient pas voulu convoquer. (Cf. tome VIII, Guillaume de Bagneux, avait dû déclarer la guerre

c. i36i.) [A. M.] aux barons & chevaliers de Gascogne qui moles-

• Archives du domaine de Montpellier; séné- taient & attaquaient les bourgeois du comte,

chaussée de Carcassonne, titres particuliers, 8' con- L'expédition fut heureuse, & dans les premiers

tinuation, n. 2. — Cf. tome VIII, c. i 362. L'ana- jours de septembre i 255, les coupables durent se

lyse de cet acte, donnée par dom Vaissete, est soumettre au jugement de la cour comtale d'Agen,

exacte. La prise du château de Quéribus rendit & fournir des cautions. La plupart de ces sei-

sans doute définitive la soumission du pays, & le gneurs étaient de la vicomte de Lomagne & de la

roi crut pouvoir réduire les dépenses pour la garde Gascogne toulousaine; c'est ce qui explique pour-

des forteresses du pays. [A. M.] quoi ils étaient vassaux d'Alfonse. (Cf. J. 192,

' Catel, Histoire des comtes de Tolose , p. 38i n. 7; Teulet, t. 3, pp. 260, 261.) [A. M.] & siiiv. — Mss. de feu M. Foucault, conseiller ■* Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXII, ce. iSjo

d'Etat, n. 1 i5. à 1374.

' Vers la même époque le sénéchal d'Agenais,

An 1255

la conservation. Ils se retirèrent ensuite pour laisser une liberté entière d'opiner. Les consuls convoquèrent une assemblée générale des habitans, le 3 de juin de l'an 1^55. Les évêques de Toulouse Si de Conserans, les abbés de Saint-Sernin & de Sorèze, le prévôt de la cathédrale, les deux nouveaux inquisiteurs, plusieurs autres religieux, le sénéchal de Toulouse, Sicard d'Alaman 81 Pons d'Astoaud s'y trouvèrent à leur prière. Après qu'on eut examiné la matière, l'assemblée pria les évêques de Toulouse 81 de Conserans, 81 tous ceux qu'on vient de nommer, d'aller représenter aux commissaires, « que la ville de Toulouse ayant reçu de bonnes coutumes de ses 0 comtes, ils étoient résolus de les observer sans aucun changement jusqu'à « l'arrivée d'Alfonse, à qui ils exposeroient leurs raisons, & qui, à ce qu'ils « espéroient, voudroit bien les confirmer, sans consentir à les mettre en com- « promis, comme les deux envoyés l'avoient proposé. « Pons d'Astoaud fut choisi pour porter la parole. Si il signifia cette réponse aux commissaires. Les Toulousains députèrent' en même temps à Alfonse poar le supplier de les maintenir dans leurs usages. Ce prince répondit que ton intention n'avoit jamais été d'abroger leurs privilèges ou leurs bonnes coutumes, mais plutôt de les conserver, 81, comme ils se plaignoient des commissaires, il les chargea de lui envoyer les articles de leurs anciens usages que ces derniers vouloient abolir, avec promesse d'y mettre ordre.

I^es Toulousains envoyèrent bientôt après ces articles; mais toutes leurs t sollicitations furent inutiles. Alfonse, instruit sans doute par ses deux commissaires, donna une ordonnance^ à Vincennes, le dimanche après la Saint-

Éd.origîn.

' Catel, Histoire des comtes Je Tolose, p. 38o 8c tuiv.

' Trésor des chartes; Toulouse, sac 9, n. 83. — Archives de l'abbaye de Moissac. — Nous publions au tome VIII plusieurs pièces relatives à cette affaire. En premier lieu (c. iSyô & suiv.) le mémoire rédigé par les conseillers d'Alfonse contre les prétentions des consuls de Toulouse. Il est antérieur au 12 décembre I255. Les principaux griefs formulés contre les consuls sont les suivants : extension exagérée de leur droit de juridiction ; ils citent devant eux les baillis du comte & exigent des gages de ses hommes, tant du diocèse de Toulouse que des diocèses voisins; de même pour les hommes de ses vassaux; ils citent les nobles du comte, & font la guerre à ceux qui n'obéissent point; ils ont notamment détruit un château tenu du comte par Bernard de Comminges. — Us prétendent juger les contestations existant entre un habitant de Toulouse & tout autre homme du comte, & empêchent les sénéchaux ou leur lieutenant de juger ces causes. — Les parties prétendent pouvoir opter entre la cour municipale de Toulouse & celle du viguier du comte, & les consuls ont défendu aux avocats de plaider devant celle-ci. — Les consuls empê-

chent le viguier de punir les marchands qui fraudent les péages du comte & défendent à cet officier de prendre des gages sur eux. — De même ils s'opposent à la punition de l'adultère, même en cas de flagrant délit. — En outre ils empêchent le viguier de forcer les témoins k déposer, n'admettent pas pour valables les aveux & les dépositions reçues par lui, ne le laissent pas (aire enquête sur les crimes commis à Toulouse & hors de Toulouse. — Ils condamnent deux fois pour le même crime, percevant l'amende pour le comte 8c pour eux-mêmes. — Ils ne laissent pas les parties se pourvoir en appel devant le comte. — Ils réclament les amendes pour crime de fausse monnaie. — Enfin ils déclarent que tout acte, intéressant un bourgeois de Toulouse, passé devant un notaire étranger à la ville, est nul de plein droit. — Cette consultation fut approuvée par Gui Foucois. — Une autre pièce donne de ces plaintes une sorte de table que l'on peut voir au même volume, ce. 1882, 1384. — Nous n'avons pas la lettre même écrite par Alfonse à la suite de cette consultation, mais une minute, corrigée & abrégée par un de ses conseillers. (Cf. tome VIII, ce. 1384 à 1389.) Elle est la reproduction presque exacte, quoiqu'on termes un peu différents, du

An I2Ô5

Nicolas d'hiver de l'an i255 (& non pas de l'an 1204, comme il est marqué dans l'édition qvie Catel ' en a donnée). Il s'y élève avec force contre les entreprises qu'il prétendoit que les consuls 8c le commun conseil de la ville & du faubourg de Toulouse avoient faites sur son autorité & sa juridiction, 8t fait divers règlemens contraires aux anciens usages. Il fît notifier cette ordonnance aux habitans de Toulouse par maître Etienne de Bagnols, chanoine de Reims, Philippe d'Eaubonne, chevalier, & Pierre-Bernardi, son sergent, qu'il envoya dans le pays. Il manda de plus^ aux consuls & aux habitans de Toulouse qu'il vouloit rentrer dans le droit où avoit été le comte Raimond, son prédécesseur, de nommer les consuls de cette ville; droit dont il prétendoit avoir été dépouillé depuis la mort de ce prince; il leur avoit écrit ^ la même chose au mois de septembre précédent. Nous ignorons l'effet de ces deux lettres; mais il est certain "^ que Raimond VII, peu de temps avant sa mort, avoit laissé aux habitans de Toulouse une entière liberté d'élire eux-mêmes leurs magistrats municipaux. Les nouveaux commissaires d'Alfonse, après avoir notifié^ l'ordonnance de ce prince, firent divers règlemens pour la justice de la cour du viguier, touchant les avocats, les huissiers, les notaires ou greffiers, &C. Maître Etienne (de Bagnols), l'un de ces commissaires, est qualifié lieutenant du seigneur comte dans le Toulousain, dans quelques actes de l'année suivante''.

mémoire que nous venons d'analyser; seulement elle revendique de plus le droit, pour le comte, de nommer les consuls (Voyez plus bas), & elle insiste pour que tous ses mandements soient communiqués par les consuls au peuple assemblé en cons'dium générale, ou même, si l'affaire est d'importance, en parlement. Ce fut, en effet, la politique constante des rois de France de prendre le parti du menu peuple contre l'oligarchie bourgeoise qui gouvernait les communes du moyen âge, application habile du précepte : diviser pour régner. Le ton de cette lettre est assez dur & les formules employées ont un caractère comminatoire. — Le rédacteur de la lettre a expliqué dans la minute qu'il n'a pas transcrit tous les articles contenus par le mémoire précédent, car quelquesuns peuvent paraître contraires aux usages de la Province & même aux règles du droit écrit, notamment en ce qui touche la procédure. (Jhid. ce. |388, 1389,) ^ Au fond, dans l'espèce, les deux adversaires avaient tort & raison à la fois, les consiils défendaient non-seulement leurs privilèges légitimes, mais ceux que les derniers Raimond n'avaient pu les empêcher d'usurper au milieu des difficultés qu'ils avaient traversées; beaucoup d'ailleurs de ces droits, usurpés suivant Alfonse, iivaient été concédés aux Toulousains en récompense de leur fidélité & de leur conduite héroïque pendant la guerre des albigeois, & cette conduite, cette fidélité étaient fort suspects au pieux fils de

Louis VIII, du vaincu de 121p. D'autre part, Alfonse, qui cherchait à restaurer l'autorité comtale affaiblie sous ses prédécesseurs, ne pouvait souffrir au milieu de ses domaines une république indépendante, régentant ses officiers, faisant la guerre à ses vassaux, citant devant son tribunal les habitants de tout le comté. Les Toulousains durent céder cette fois; mais ils prirent leur revanche, en 1265, quand le comte vint leur demander une aide pour la croisade. [A. M.]

■ Catcl, Histoire des comtes de Tolose, p. 387 & suiv.

' liid. — Cartulaire du comte Alfonse.

' Catel, Histoire des comtes de Tolose, p. 3j5.

' Catel, Histoire des comtes de Tolose, p. 335 & suiv. — Cf. à ce sujet tome VII, p. 241, note de M. E. Roschach sur les institutions municipales de Toulouse. La concession du comte Raimond VII est du 25 janvier 1247 (v. st.); par cet acte, le comte reconnaît, que la communauté de Toulouse a le droit d'élire elle-même les consuls, dont six des meilleures familles, six des familles de la classe moyenne; les élections ont lieu sans que le comte ou ses agents puissent intervenir. [A. M.]

5 Tome VIII, Chartes, n. CCCXXV, ce. iSgp,

^ Le juge d'Alfonse à Toulouse, Aimer: Palher (Pallierii), fut pris, dans le courant de cette année i2J5, pour arbitre par Sicard de Montaut, seigneur d'Auterive, & par les habitants de Pamiers.

An 1255

XXXI. — Les hahitans de Montpellier tâchent de se rendre indépendans, lis font la guerre aux Marseïllois.

Les habitans de Montpellier, sujets du roi d'Aragon, renouveloient alors leurs efforts pour se soustraire à l'autorité de ce prince & s'ériger en république. Dans cette vue ils formèrent' une ligue, le 26 d'octobre de l'an 1254, avec Amalric, vicomte de Narbonne, qui s'engagea de les secourir avec deux cens arbalétriers, de prendre leur défonse & de les protéger contre tous ceux qui violeroient leurs droits, excepté contre le roi de France 81 ses frères, & contre le roi de Castille. L'évêque de Maguelonne entra dans cette ligue. Ces peuples cberchèrent ^, vers le même temps, à faire la paix avec ceux de Marseille avec lesquels ils étoient en guerre, afin d'avoir moins d'ennemis sur les bras. Le sujet de cette guerre venoit de ce que les marchands marseillois vouloient dominer sur ceux de Montpellier & les réduire sous leur consulat. Leur querelle commença au port d'Acre, dans la Palestine, Se elle fut poussée si vivement qu'enfin les deux peuples en vinrent à une guerre ouverte, Si que les vaisseaux marchands des deux villes, qui faisoient alors presque tout le commerce du royaume dans le Levant & la Méditerranée, exercèrent depuis diverses hostilités les uns contre les autres. Charles, comte de Provence, tenta, après avoir soumis la ville de Marseille à sa domination, d'accommoder ce différend & fit convenir les deux villes de quelques articles; mais il ne put réussir à les mettre d'accord par la faute des Marseillois. Ces peuples & ceux de Montpellier convinrent ensuite de prendre pour arbitre Barrai de Baux, qui s'engagea de faire exécuter les conventions que ces derniers avoient faites avec le comte de Provence, sans préjudice des droits que ce comte, celui de Toulouse & lui-môme avoient sur Montpellier; mais tous ses soins

(Cf. tome VIII, ce. iStjy, IJ7C.) Ce seigneur prétendait avoir le droit d'augmenter, suivant son bon plaisir, la leude qu'il prenait à son barrage d'Auterive sur l'Ariége. Les consuls de Pamiers 8c leurs procureurs fondés soutenaient qu'il ne pouvait percevoir qu'une taxe de six deniers de Morlas par mesure [cuheîoîum') de vin. L'arbitre dérer.ciit à Sicard d'augmenter tes tarifs j seulement, considérant que plusieurs moulins situés près dudit barrage étaient en mauvais éiat, il condamna les habitants de Pamiers à lui payer soixante livres tournois en deux termes. C'était une manière détournée d'acheter son consentement tout en évitant une augmentation de péage & les tracasseries perpétuelles, qui en étaient la suite Du reste les habitants de Pamiers n'étaient pas seuls à se plaindre de ce seigneur; en 1268, exaspérés sans doute par quelques nouvelles exactions, les Toulousains détruisirent son barrage, qu'il dut refaire à ses frais. Alfonse ordonna à Sicard

Alaman de lui faire justice. (Cf. tome 'VIII, c. i6i5.) [A. M.]

' Tome VIII, Chartes, n. CCCXII, ce. 1341 à

'Ruffi, Comtes de Marseille, p. yd. — Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXXV, ce. 1413 à 1419. — Cette guerre avait été assez vive pour nécessiter l'intervention du pape Alexandre IV, qui en écrivit au sacristain de Nimes, le 4 janvier 1267. (Germain, Histoire du commerce de Montpellier, t. I, p. 222.) Les habitants de Montpellier, qui furent en somme condamnés par Charles d'Anjou, avaient pris les devants & accusé les Marseillais auprès du pape de violation de la foi jurée. Ils s'étaient aussi plaints au roi Louis IX qui chargea, vers le même temps, le sénéchal de Carcassonne & l'archidiacre d'Aix de faire enquête sur des actes de violence, que les Marseillais auraient commis à à leur préjudice dans le port d'Aigues-mortes. {Uid. p. 223.J [A. M.]

An 12,65

pour rétablir la paix entre ces deux villes furent inutiles, & la guerre continua entre elles comme auparavant. Enfin Charles, comte d'Anjou 81 de Provence, ayant interposé de nouveau sa médiation, elles envoyèrent des députés à Brignoles, où il les fit convenir de la paix le g de juin de l'an 1 257. Par l'un des articles du traité, les habitans de Montpellier furent condamnés à payer soixante mille sols royaux à ceux de Marseille pour les dédommager des pertes qu'ils leur avoient causées; preuve que les premiers avoient été supérieurs durant cette guerre.

Cela n'empêcha pas que les peuples de Montpellier ne travaillassent toujours à se soustraire à l'autorité du roi d'Aragon, de concert avec Pierre, évêque de Maguelonne, qui, pour s'appuyer de la protection du roi de France', déclara, le i5 d'avril de l'an i255, à Sommières, dans la chapelle du château, devant Guillaume d'Auton, sénéchal de Beaucaire, & Gui Fulcodi, commissaire de ce prince : « Que la ville de Montpellier Si ses dépent.^m°p^'85. " dances avoient été de tout temps un fief de la couronne de France, &. que « les évêques, ses prédécesseurs, avoient toujours tenu en fief des rois de « France, leurs seigneurs, tant la partie appelée Montpelliéret que le reste « de la ville de Montpellier avec le château de la Falu, vulgairement nommé u Lates, tenu de lui, évêque, en fief par le roi d'Aragon; non pas comme « roi, mais comme seigneur de Montpellier. » Ce prélat reconnut en même temps qu'il avoit fait hommage au roi de toutes ces choses, ou à la seine Blanche, laquelle l'avoit reçu pour ce prince. Enfin il déclara qu'il devoit tenir en fief du roi de France tout ce qui étoit contenu dans la charte du feu roi Philippe-Auguste.

XXXIl. — Les rois de France &« d'Aragon compromettent de leurs dijjérends. Le dernier tente de soumettre la ville de Montpellier.

Le sénéchal de Beaucaire & Gui Fulcodi ne reçurent vraisemblablement cette déclaration que pour contrecarrer Jacques, roi d'Aragon, 81 l'obliger d'en venir à un accord avec le roi, touchant les prétentions qu'il avoit entrepris alors de faire valoir sur divers domaines situés dans la Province & dans les pays voisins. Aussi ces deux rois passèrent un compromis^ au mois de mars suivant, & promirent de s'en rapporter, à peine de trente mille marcs d'argent, à la décision du doyen de Bayeux & du sacristain de Girone, qu'ils choisirent pour arbitres de ces différends & qui dévoient porter leur jugement dans le terme d'un an.

Le roi d'Aragon 3, résolu ensuite d'aller soumettre les habitans de Mont-

' GàtieX, Séries pmesulum Magalonensium, ■ç.^-jG lome VIII, c. iSôz), par lequel le roi défend au

& suiv. — Gaîlia Christiana, nov. éd. t. 6, Imtr. sénéchal de prendre part à la guerre qui pou-

c. 370 & suiv. vait s'ouvrir d'un moment à l'autre entre le roi

' Marca Hispanica, c. 1440 & suiv. d'Aragon & les habitants de Montpellier. —

'Voyez lome VIII, Chartes, n. CCCXVII, Louis IX observa la même neutralité dans la

ce. i3gi, 1394. — Aces mandements on peut en guerre entre le vicomte de Béarn & Esquivât de

ajouter un autre du mois d'août suivant (Cf. Chabanais & défendit au sénéchal de secourir

pellier, demanda au roi le passage sur ses terres avec la permission de s'y pourvoir de vivres £<. d'employer à cette expédition les François qui voudroient le suivre. Le roi l'écouta favorablement & manda au sénéchal ^e Carcassonne de permettre le passage, à condition, néanmoins, que ce prince donneroit des assurances que lui & ses troupes ne causeroient aucun dommage dans le pays. II lui permit aussi de s'y pourvoir de vivres 5 mais quant aux peuples il leur défendit de marcher à son secours, à moins qu'ils n'y fussent obligés en vertu de leurs fiefs. Le roi donna les mêmes ordres au sénéchal de Beaucaire, 81 enjoignit, peu de temps après, à celui de Carcassonne, d'assembler les prélats &. les barons de sa sénéchaussée, entre autres le maréchal de Mirepoix 8c Pierre de Voisins, pour examiner les sûretés que le roi d'Aragon devoit donner en cette occasion. Il fut conclu que le sénéchal, qui devoit partir pour la Cour, demeureroit sur les lieux; mais nous ignorons les autres résolutions de l'assemblée. Il paroît seulement que le roi d'Aragon ne passa pas les Pyrénées, 8c que la ville de Montpellier se maintint toujours dans l'indépendance de ce prince'.

Ao \i'ji

XXXIII. — Procédures des commissaires du roi pour les restitutions.

L'archevêque d'Aix, Gui Fulcodi, 8c les autres commissaires que le roi avoit envoyés dans les sénéchaussées de Beaucaire &c de Carcassonne pour !a restitution des biens mal ac([uis au domaine, continuèrent cependant leurs fonctions. Ils se rendirent à Nimes, au mois de septembre de l'an i255, 8c v portèrent* divers jugemens, entre autres en faveur de Bérenger de Sauve, chevalier, de Decan, seigneur d'Uzès, 8cc. Us retournèrent dans cette ville.

Ail 1 2Ô6

celui-ci. (Mandement du 17 mars 12 05, tome VIII, c. i3i6.) [A. M.]

' Pendant cette année ii.'jd, le roi régla encore quelques affaires importantes intéressant la tranquillité du pays. Il fit rendre au comte de Foix plusieurs droits de justice dont l'avaient dépouillé ses officiers. (Voyez tome VIII, ce. iSSy, i3io.) Il fit aussi rendre à Tabbaye de Fontfroide la grange de Paraone, qui, ayant été abandonnée par les moines pendant la guerre, avait été occupée par Pierre de Voisins. (Cf. tome VIÎI, c. iSii). Celui-ci répondit qu'elle était comprise dans son assise. Le roi ordonna au sénéchal de rendre la grange aux religieux, en indemnisant le possesseur laïque. (liiJ. c. i363.) Enfin il eut à apaiser une guerre que se faisaient Philippe de Mcntfort, seigneur de Castres, &. le vicomte de Lautrec ; il ('agissait des hérésies de la terre de ce dernier que réclamait son compétiteur. Le roi ordonna d'abord au sénéchal de s'informer s'il a jamais usé de ses droits sur les hérésies de ces domaines avant d'inféoder la seigneurie de Castres aux Montfort. (Cf. tome VIII, c. i36i.) Au mois d'août, il lui manda de s'entremettre entre les deux parties &, au cas

où elles refuseraient de s'accorder, de les citer devant le parlement, {lii^i.) Au mois de décembre suivant il lui ordonna de saisir ces droits d'hérésie & de frapper le vicomte d'une amende pour en avoir perçu les revenus, malgré ses engagements. (Cf. t. VIII, c. 1364.) [A. M.]

* Trésor des chartes; Quittances, sac 2, n. 1 3 St suiv. — Manuscrits d'Auhays, n. 2j-2. — Il ne semble pas que les plaintes reçues par les commissaires du roi lors de celte grande enquête aient jamais été réunies, ou du moins le registre, s'il a existé, en a disparu. Nous avons rassemblé au tome VII, en les empruntant au trésor des chartes, tous les actes émanés de l'archevêque d'Aix que nous avons pu retrouver. Ces pièces vont de novembre 1254 à octobre 12^7. On y leir.arque surtout, sous le numéro II, une série de restitutions St. d'indemnités, décidées par les commissaires dans leurs assises à Nimes, & plusieurs pièces en faveur de Sibille, dame d'Alais. Quant aux autres actes indiqués par dom Vaissete d'iiprès les archives du domaine de Montpellier, nçiu n'avons pu les retrouver s Paris. [A. M.]

~~ T7' 85o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI.

au mois de juillet de l'année suivante, 5<. entre diverses sentences qu.'ils rendirent en présence du sénéchal de Beaucaire, ils restituèrent le château de Qurfort à Jean & à Bernard de Sauve 8i à Gaucelin de Durfort, qui s'étoient ligués autrefois contre le roi avec Pierre Beritiond, & auxquels les sénéchaux de Beaucaire & de Carcassonne avoient pardonné, confonnément au traité de paix moyenne par l'archevêque de Vienne, alors légat du Saint-Siège dans le pavs. Ils accordèrent par grâce deux cens cinquante livres tournois, au mois de janvier suivant, à Sibylle d'Alais, veuve de Raimond Pelet, qui n'avoit pu rien obtenir des biens de Bernard d'Anduze, son père. Entre les nobles de la sénéchaussée de Carcassonne, qui demandèrent aux commissaires la restitution des biens qui avoient été confisqués sur leurs parens, furent' Adélaïde St Brunissende de Minerve, filles de feu Pierre de Minerve Si de Condors, fille d'Esquieu de Minerve 8i d'Agnès; Marquise, fille de feu Aymeri de Clermont Si femme de Pierre de Lauran, fils de Pierre-Roger de Cabaret; Guillaume-Pierre de Vintron, qui demandoit la restitution du château de Cessenon, comme curateur d'Aude, fille de Saure, fille de feu Hugues de Cessenon. Gui Fulcodi, l'un des commissaires, fit des apostilles sur toutes ces requêtes &. observa, entre autres, que Bérengère de Roquebrune, mère du

F5d. origin. même Guillaume-Pierre de Vitron, Si Guillaume de Minerve, son aïeul t. "I. p- 4S0. . , . . .

maternel, etoient morts hérétiques.

XXXIV. — Alfonse se dispose à passer dans la Terre-Sainte, Monnaie de Toulouse.

Alfonse, comte de Toulouse, se disposoit toujovirs à retourner dans la Terre- Sainte, Si ce fut pour l'aider à fournir aux dépenses de cette expédition que le pape Alexandre IV fit ordonner^ à tous ceux qui avoient pris la croix dans les royaumes de France Si de Navarre, dans les comtés de Toulouse, de Provence Si de Poitiers, Si qui n'étoient pas en état de faire le voyage avec ce prince, de lui en payer le rachat. Le pape assigna aussi à Alfonse le produit des restitutions des biens mal acquis 81 des usures, 5i les legs faits pour la Terre-Sainte dans tous ces pays, jusqu'à la somme de trois mille marcs d'argent. Ce prince, dans le dessein de mettre ordre à ses affaires avant son départ, fit présenter^ au roi, son frère, un mémoire qui contenoit divers articles. 11 demandoit entre autres : 1° Que le roi, son frère, le garantît de la demande que le roi d'Aragon lui faisoit de la vicomte de Millau, située dans le P\.ouerguej attendu que ce pays avoit été cédé au feu comte Raimond, son beau-père, par le traité de Paris. 2° Qu'il lui cédât l'hommage du seigneur de Mirepoix, que le roi s'étoit réservé par le même traité, Si qu'il lui rendît aussi les fiefs du comté de Foix, avec la jouissance depuis la mort du même

' Domaine de Montpellier, sénéchaussée de Car- ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXX, ce. 1400

cassbnne, actes j-amassés, sac 1, n. 4, à 1403.

' Trésor des chartes; Toulouse, sac 6, n. 34. — (Voyez plus haut, pp. 83 j & 832.]

A« I2ji

comte Raimond, qui avoit été maintenu dans la possession de tout Vévêché de Toulouse. 3° Qu'il entretînt cinquante chevaliers £<. dix arbalétriers pour le secours de la Terre-Sainte, ou qu'il le remboursât des dépenses qu'il avoit faites pour y envoyer un pareil secours, en conséquence du testament du même comte Raimond; parce que le roi s'étoit engagé envers ce dernier à lui restituer le duché de Narbonne & à lui donner une somme considérable lorsqu'il s'étoit croisé. 4° Qu'il lui permît de lever dans le comré de Toulouse & ses autres domaines les legs faits pour la Terre-Sainte 8c le rachat des vœux pour le passage d'outre-mer'.

Nonobstant tous ces préparatifs, Alfonse n'entreprit pas alors ce voyage & continua son séjour dans le château de Vincennes, où il donna cette année diverses chartes : 1° Il y affranchit les habitans de la ville de Gaillac, en Albigeois^, du droit de pesade, moyennant trois cens marcs d''argent qu'ils lui pa)'èrent. 2° Il reçut l'hommage de Nicolas, évêque de Conserans^, qui reconnut, en son nom & en celui de son chapitre, tenir en fief honoré de ce prince comme comte de Toulouse, tant la partie de la ville de Conserans, qu'ils possédoient immédiatement, que celle que le comte de Comminpes tenoit d'eux en fief, & tout le reste des domaines de leur église, qu'ils ne tenoient auparavant d'aucun seigneur. 3° Il donna des coutumes'* aux habitans de Villefranche, en Rouergue, de Sainte-Foy & de Montclar, en Agenois. 4° Il

' Les demandes d'Alfonse n'étaient pas toutes également fondées. En ce qui concerne Millau, elles étaient manifestement inadmissibles. Le rédacteur de ce mémoire suppose que cette vilie a été donnée en dot à la sœur du roi d'Aragon, épouse du comte Raimond VII. Au contraire elle avait été engagée par Pierre d'Aragon, en 1204, à Raimond V'I. En outre, il dit que le roi Pierre avait perdu ses droits sur cette vicomte en combattant contre l'Eglise & le roi; autant d'erreurs; ce prince ne fut jamais déclaré hérétique par 1 Kglise, & son fils hérita de tous ses domaines & de tous ses droits. Le s«ul argument qu'on put employer contre lui était le non paiement de la somme à lui avancée par Raimond VI en 1204. Mais ce sont là des considérations historiques auxquelles ne pouvaient se livrer les gens du treizième siècle, & les deux parties, le roi Jacme en essayant de reprendre Millau les armes à la main, en 1237, Alfonse en en réclamant la propriété, en 1206, étaient également dans leur tort. — Pour ce qui est de la terre de Mirepoix, le juriste d Alfonse use d'une équivoque assez subtile. Le traité de 1229 (Cf. tome VIII, c. 887) porte que le roi restitue à Raimond VII l'évêché de Toulouse, sauf la terre du maréchal qui reste dans la mouvance directe de la couronne; un peu plus bas, il est dit que Toulouse & ion diocèse reviendront, après la mort de Raiir.^nd, à celui des frères du roi qui aura épousé Jeanne deToulouse;

mais ici il n'est plus parlé de la terre de Mirepoix, & Alfonse en conclut que cette fois on entend le comté de Toulouse tout entier. — Alfonse était beaucoup plus dans son droit en réclamant l'hommage du comte de Foix, qui ne fut enlevé i Raimond VII que par le traité de IÏ42, postérieurement au traité de Paris, en vertu duquel Alfonse possédait le comté de Toulouse. Sa réclamation resta d'ailleurs sans effet. — La promesse du roi à Raimond VII de lui restituer le duché de Nirbonne, s'il allait ii la croisade, n'est mentionnée que par cet acte ; il suffit de connaître Louis IX pour croire sans peine qu'elle a pu être faite. — Quant à l'argent promis en même temps, la réclamation d'Alfonse ne pouvait être admise, la promesse ayant été faite à la personne de son beaupère & non à lui. [4. M.]

• Hôtel de ville de Gaillac. — [Cf. tome VIII, c. I J93, d'après JJ. 24", f" 83 ; charte de mai 1 255.]

^Trésor des chartes; Toulouse, sac 6, n. 4. [J. 3r2.] — Lafaille, Annales, t. 1, pr. p. 10. — Gallia Chrhtiana, nov. edit. t. i, Instrum. p. 186.

* Trésor de» chartes; Toulouse, sac 11, n. 61. [J. 32o; Teulet, t. 3, pp. 297 i 299; charte pour Villefranche.] — Domaine de Montpellier, sénéchaussée de Carcassonne; actes ramassés. — Cartulaire du comte Alfonse. [JJ. 24 b, f"> 54 o & 55 a.] — Catel, Histoire des comtes de Tolose, p. 389 & suiv.

An i:5â

ratifia un échange passé en son nom, au mois de mars de la même année, par Etienne de Bagnols & Pierre-Bernard de Chartres, ses clercs, 6c Philippe d'Eaubonne, chevalier, avec Pierre de Montbrun, chevalier, à qui ilsavoient donné en échange, contre la ville de Baziége, le château & la ville de Montesquieu, & les biens confisqués sur Bernard de Montesquieu, chevalier, actuellement emmuré pour crime d'hérésie. 5° Enfin il fit le bail de la monnoie de Toulouse pour trois ans, sous certaines conditions, avec promesse de n'en pas faire fabriquer ailleurs de semblable durant ce temps-là. Il écrivit vers le même temps au sénéchal de Carcassonne pour le prier de donner cours à cette monnoie dans les Etats du roi son frère, comme il permettait que celle de ce prince eût cours dans les siens ' .

'Dans le courant de cette même année 1266, l'abbaye de Boiilbonne eut avec Alfonse de graves démêlés. Placé sur les limites de quatre Etats différents (comtés de Toulouse ScdeFoix, domaine royal & seigneurie de Mirepoix), ce monastère était perpétuellement en lutte avec ses puissants voisins, dont un seul, le roi de France, était disposé à le protéger efficacement. Avec les comtes de Poix, protecteurs du monastère, les abbés finirent par s'entendre, & en concluant avec eux un paréage pour la ville de Mazères, ils purent être tranquilles de ce côté. (Cf. tome VIII, Catalogue, n. i35.)Mais il ne leur fut pas aussi facile de s'accorder avec quelques-uns de leurs voisins. L'un de leurs plus grands ennemis était l'abbé de Saint-Antonin de Pamiers ; l'inimitié entre les deux couvents devint si grande en 1249, qu'elle nécessita l'intervention des puissances ecclésiastiques & séculières. En novembre 1248, l'accord avait pu se faire entre les deux couvents, touchant un legs fait à Boulbonne par le dernier comte de Poix, legs dont Pamiers réclamait une partie [ut iupra, n. 127). Mais ce bon accord ne dura pas. En juin 1249, s familiers de Pamiers s'emparèrent de la grange de Bonrepaux à m.ain armée, en détruisant quantité de blé & d'autres denrées, blessèrent & maltraitèrent les religieux. {Ihid. n. I 28.) Le pape fut informé de cette aggression par l'abbé de Saint-Paul de Narbonne, qu'il avait commis pour cette affaire. [Ihid. n. 129.) L'abbé de Pamiers & celui de Boulbonne élurent, en janvier 1260, des arbitres dont le comte de Foix & l'abbé de Saint-Sernin de Toulouse [Ih'iA. n. i3i); mais les efToris de ces arbitres n'eurent aucun résultat, 8c, en octobre 1261, Innocent IV chargeait les abbés de Fontfroide &. de La Grasse & l'archevêque de Narbonne de frapper d'excommunication l'abbé &. les chanoines de Pamiers. (Ihid. n. 132.) L'affaire fut arrangée en juillet 1256. [Ihid. n. 145.) — Avec le maréchal de Mirepoix, l'abbé de Boulbonne eut aussi de longs démêlés. Louis IX en écri^it au sénéchal de Car-

cassonne, en février I255, & le ch.nrgea de les régler sans permettre au sire de Mirepoix d'attaquer l'abbaye. (Cf. tome VIII, c. i358.) L'affaire fut terminée en juin i256; sur les conseils de Raimond-Arnaud, abbé de Bonnefont, l'abbé de Boulbonne, Adémar, abandonna à Gui de Lévis ses droits sur les villages de Belvezer, Belène & Prndes, moyennant une redevance annuelle de dix mi.itîs de blé. (Catalogue, n. 143.) — Avec le comte de Toulouse les querelles furent beaucoup plus vives. Nous avons vu plus haut qu'en 1247 (Cf. p. 778) le roi Louis IX avait ordonné au sénéchal de Carcassonne d'intervenir entre Raimond Vil g[. l'abbaye de Boulbonne. Cette intervention resta inutile, 8c, vers 1248, peu avant la mort de ce comte, l'abbé Adémar se plaignit de ce dernier & son officier, Boniface deThueys, qui lui avaient enlevé les granges deTramesaigues 8c d'Ampoulhac, avec sept cent soixante-quinze setiers de blé qu'elles contenaient) la seconde de ces granges avait été incendiée, 8c il estimait à trois cents livres le dommage causé au monastère. Malgré les ordres du roi, Raimond VII n'avait encore rien rendu. [Ihid. n. i3o.) Quand Alfonse eut pris possession du comté de Toulouse, l'.abbé s'adressa à lui, 8c, en août I25>, le sénéchal Pierre de Voisins restitua la grange d'Ampoulhac. [Ihid. n. i38.) Mais les agents d'Alfonse se montrèrent peu respectueux de cette décision. En octobre i255, ses enquêteurs réclamaient l'annullation de cette restitution, 8t le sénéchal de Carcassonne, chargé p.ir le roi Louis IX du règlement de cette affaire, assignait un jour aux deux parties pour lui exposer leurs réclamations. [Ihid. n. 140.) Les officiers du comte n'y mettaient pas de grands ménagements; en octobre iiiô, Alexandre IV dut excommunier ceux qui troublaient l'abbaye de Boulbonne dans la possession de ses biens, 8c cette bulle fut fulminée par l'évéque de Carcassonne, Guillaume, le lô février I25j ; le sénéchal 8c les autres officiels d'Alfonse, qui s'étaient emparés à main armée des granges d'Ampoulhac 8c d'Artenac, furent publique-

An 12.06

XXXV. — Le v'iromte de Narhonne défie le roi d'Aragon. — Évéqiies

de Maaiielonne.

Le roi défendit' au sénéchal de Carcassonne, en cas que la guerre s'élevât entre le roi d'Aragon & les habitans de Montpellier, d'y prendre aucune part, non plus que ses sujets, 8<. lui ordonna de permettre aux vassaux que le roi de Castille avoit dans la sénéchaussée d'aller servir ce prince en personne contre ses ennemis, sauf la fidélité qu'ils lui dévoient 8c ses droits. Cette permission regardoit principalement Amalric, vicomte de Narbonne, qui, s'étant ligué avec Alfonse, roi de Castille, contre Jacques, roi d'Aragon, défia ^ ce dernier, de la part de l'autre, par un acte public daté du lo de mars de l'an 1256, preuve que le roi saint Louis favorisa le roi de Castille contre celui d'Aragon. Aussi les arbitres dont il étoit convenu avec le roi Jacques en 1255, pour terminer dans un an leurs différends, n'ayant rien conclu, les infans d'Aragon^ eurent recours aux armes 8c commirent divers actes d'hostilités dans la sénéchaussée de Carcassonne. Le roi, qui ne désiroit que la paix, informé de ces hostilités, envoya Thomas de Montléard, chevalier. Si frère Jean de la Trinité, son chapelain, au roi d'Aragon, pour s'en plaindre. Ces deux ambassadeurs, après s'être acquittés de leur commission, mandèrent au sénéchal de Carcassonne d'assembler Olivier de Termes 8t quelques autres des principaux vassaux de la sénéchaussée pour délibérer avec eux sur ce qu'il y avoit à faire dans ces conjonctures. Le sénéchal assembla en conséquence les milices du pays'* pour résister aux infans d'Aragon, 8c somma les

Cj.origîn.

ment excommuniés. (/A. n. 141.) Un autre acte, du 14 février iî56, nous montre les agents d'AIfonse, à Cintegabelle, envahissant les granges, maltraitant les moines, incendiant le clocher de l'église de Tramesaigues, pillant les paroissiens. [Ih'td. n. 147.) En mai 1255, un mandement de Louis IX nous apprend que ce prince avait confié à l'évéque de Béziers le soin de rechercher qui, du comte de Foix ou d'Alfonse, avait le droit de garde sur les domaines en question, dans quel territoire ce» granges étaient situées. (Cf. tome VIII, c. iSi'iô.) Nous ne connaissons pas le résultat de l'enquête) nous voyons seulement, par quelques actes postérieurs, que le roi prit l'abbaye sous sa protection spéciale. En octobre 1253, Pierre de Provins, sergent du roi, défendit à Guillem de Touges, baile de Cintegabelle & de Caumont, l'entrée de Mazères & du pays de Foix, défense qu'il méprisa & qui ne l'empêcha pas d'y commettre de nombreux excès. (Catalogue, n. i52.) En décembre 1261, ce même personnage recommença ses attaques à main armée 81 s'empara de la ville de Mazères; les dommages causés par lui dans cette attaque furent estimés par l'abbé & le comte de Foix a trois mille livres. Le sénéchal de Carcassonne intervint de nouveau.

(ItU. n. 154.) On volt par là qu'au fond il nt s'agissait pas tant des gr.inges de l'abbaye de , Boulbonne que des limites des comtés de Foix & de Toulouse. C'était le résultat de cette clause malencontreuse du traité de Lorris, qui avait affranchi le comte de Foix de l'hommage à Raiinond VII, clause qu'Alfonse ne put faire rappojter & qui donna lieu à tant de différends entre lui & son puissant voisin. Ces différends n'étaient jamais bien graves, mais ils maintenaient le pays dans un état de guerre perpétuel, & l'abbaye de Boulbonne, entre autres, put souvent s'appliquer le vers du poète :

Quidquid dulirant rcgcs, plcctuntur Achivi.

' Domaine de Montpellier, 8' continuation.— [Voyez plus haut, p. 848.]

'Tome VIII, Chartes, n. CCCXXII, ce. 1410, 141 I.

' ItiJ. n. CCCXXIII, ce. 1411, 1412.

^ Registre Oîim, — La pièce que dom Vaissete a publiée n'est pas datée; mais nous croyons qu'elle est postérieure à 1237. En effet, elle suppose la p lix conclue entre les rois de France & d'Aragon,

An i2Jû

Au 12J7

liabitans d'AIbi de se mettre en armes, de le suivre dans cette expédition Si de se rendre à La Grasse; mais ils refusèrent d'obéir; c'est tout ce que nous savons de la suite de cette affaire. Nous voyons cependant que le roi d'Aragon n'avoit pas encore soumis la ville de Montpellier le 7 de février de l'année suivante', car Guillaume-Christophe, évêque de Maguelonne, fit taire alors une copie authentique de l'accord passé, en 1210, entre Guillaume d'Autignac, son prédécesseur, & les consuls de Montpellier, « pour l'envoyer au u roi, ensemble avec les griefs & querelles qu'ils avoient résolu de poursuivre « contre le roi d'Aragon. »

Ce prélat, qui étoit auparavant chanoine & archidiacre de Maguelonne, avoit succédé à Pierre de Conques, mort le 8 de février de l'an i256. Ce dernier avoit protégé singulièrement le monastère de Notre-Dame du Paradis fondé dans les faubourgs de Montpellier, sous la règle de Saint-Benoît, & l'institut des moinesses de Saint-Damien, lequel a passé aujourd'hui aux religieuses de la Visitation. Guillaume-Christophe prêta au roi, à Nimes, le lundi après l'octave de la nativité de Notre-Seigneur de l'an 1206 (1257), entre les mains de Guillaume d'Auton, sénéchal de Beaucaire, en présence de Gui Fulcodi, de Guillaume de Laudun, Rostaingde MontautSc Amalric de la Roche, chevaliers, le même serment de fidélité que son prédécesseur avoit prêté deux, ans auparavant^.

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