XXXVI. — Vicomtes de Laiitrec. — Seigneurs de Castres
Amalric, vicomte de Narbonne^, marcha au secours de Bertrand dit l'ancien, vicomte de Lautrec, dans la guerre que ce vicomte avoit à soutenir contre Philippe II de Montfort, seigneur de Castres. Bertrand & ses neveux
& elle regarde l'attaqvie des infants comme une véritable violation de la foi jurée. De plus le jugement des Olim, auquel renvoie doin Vaissete, ne fut rendu qu'au parlement de la Pentecôte 1268. C'est un arrêt confirmant une sentence de Thomas de Montcéliart, sénéchal de Carcassonne, par laquelle les habitants d'AIbi avaient été condamnés à deux mille cent livres tournois d'amende pour ne s'être pas rendus à une convocation pour l'ost, faite par Pierre d'Auteuil, sénéchal; il s'agissait de repousser les infants d'Aragon, qui venaient d'envahir le royaume. (Boutaric, Actes du parlement, t. I, p. 114, n. 12(55.) Il n'est pas probable qu'on ait attendu onze ans pour juger en appel une cause aussi simple. Aussi pensons-nous que l'on peut rapprocher cette tentative des infants d'Aragon d'uneautre expédition des mêmes personnages, qui eut lieu en i263. (Voyez plus bas.) C'est sans doute à cette occasion que fut faite une enquête fort curieuse & pleine de renseignements historiques sur le droit du roi de réclamer le service d'ost aux habitants d'AIbi, enquête dont le savant
bénédictin a publié une partie. (Cf. tome VIII, ce. i5o6à locç.) [A. M.]
' Trésor des chartes, Maguelonne, sac 2, n°» 22 & 26. — [J. 340.] — Galî'ta Christlana, t. 3, p. 079. — Voyez plus haut, année I2i3, p. 412. — Gariel, Séries praesulum Magalonens'ium , p. 871 & sviiv.
' Teulet, t. 3, p. 343, d'après J. 340, n. 25; copie authentique; l'acte est du mardi après l'octave de la Noël 1256 (v, st.) & non du lundi. Cette date répond au 2 janvier 1257 (n. st.).
' Domaine de Montpellier, sénéchaussée de Carcassonne, titres particuliers, 8* continuation, n. 2, & actes ramassés des trois sénéchaussées, liasse 8, n. 12. — On peut voir plus haut, p. 84c, l'analyse d'une partie de ces pièces. La guerre commença dès 1255; du moins les premiers mandements de Louis IX pour cette affaire sont de cette année. Elle se prolongea & traîna pendant toute l'année i256 & finit en I258 par l'accord que dom Vaissete analyse plus bas. [A. M.]
lin ii3j
Pierre, Isarn, Bertrand 8i Amalric, fils de Sicard, son frère, aussi vicomtes de Lautrec, prétendoient que les biens confisqués pour hérésie dans l'étendue de cette vicomte dévoient être réunis à leur domaine, & Philippe soutenoit qu'ils lui appartenoient en qualité de suzerain. Le roi, informé de cette guerre, ordonna à Pierre d'Auteuil, sénéchal de Carcassonne, d'interposer son autorité & d'informer s'il étoit en possession de ces biens avant qu'il eût donné la terre d'Albigeois à Philippe de Montfort. Le sénéchal s'en saisit j mais il rendit ensuite à Bertrand l'ancien, par ordre du roi, ceux dont ce vicomte étoit nanti avant la paix de l'an 1229. Le fils de feu Guillaume de Paulin, sur qui ces biens avoient été confisqués, en demanda la restitution à Bertrand; mais ce vicomte refusa de les rendre, &, l'ayant rencontré, il le tua. Le roi, voulant punir cet attentat, ordonna au sénéchal d'arrêter le vicomte prisonnier; ce prince lui ordonna de le délivrer le dimanche après la Saint-Nicolas de l'an 1257, à condition qu'il payeroit dçux cens livres aux parens & amis du mort; qu'il leur abandonneroit les domaines dont il étoit question, & qu'il iroit servir outre-mer à ses dépens pendant deux ans. Bertrand se soumit à toutes ces conditions, le i3 de février suivant, en présence de Philippe de Montfort, d'Olivier de Termes & de plusieurs autres seigneurs qualifiés. Il mourut sans doute dans la Terre-Sainte, car il ne nous reste plus, depuis, aucun monument de lui. Sicard VII, son fils, lui succéda dans la moitié de la vicomte de Lautrec.
Philippe II de Montfort, seigneur de Castres, eut un autre démêlé avec Pierre, vicomte de Lautrec, Si Vacquerie, sa femme, au sujet du château de Fiac Si de quelques autres domaines qu'il prétendoit être de sa mouvance. lis le terminèrent' au mois de mai de l'an i258, par l'entremise de Pierre de Voisins, Pierre de Grave Si Boson de Monestier. Raimond, abbé de Candeil, appela* en pariage, en 1262, pour diverses terres dépendantes de son abbaye, le même Philippe de Montfort, qui se qualifioit « successeur en « Albigeois, au-delà du Tarn, des comtes de Toulouse Si de Montfort, des « vicomtes de Béziers 81 autres seigneurs. « Cet abbé avoit succédé à Ancelin, qui donna ^, en I258, des coutumes à la ville de la Bessière, en Albigeois, t.^fi°p'.4"s. qu'il avoit fondée. Philippe II de Montfort confirma"*, au mois de janvier de l'an 1260, celles de la ville de Castres, du conseil 6- de la volonté de Guillaume de Pelut & des autres chevaliers terriers de son père. Il se dit dans cet acte i> vice-gérant de Philippe de Montfort, seigneur de Tyr Si de « Thoron, son père, à Castres, dans le Narbonnois, en Albigeois, Si dans « toutes les terres qu'il possédoit en Albigeois, avec pouvoir de les gouverner « Si d'en réformer l'état, à cause du droit qu'il devoit avoir un jour sur ces « terres. »
■Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXXVIII, ^ Archives de l'abbaye de Cinaeil.
ce. 1434, 1435. * Manuscrits Je Brlcnnc, n. 3iâ.
• Archives du domaine de Montpellier. — [Cf. Rossignol, Monographies communales, 1. i , p. 3jo & suiv.j
An i;J7
XXXVII. — Olivier de Termes revient de la Terre-Sainte, — Suite de sa vie,
Olivier de Termes étoit de retour de !a Terre-Sainte depuis la fin de l'an 1255. Pendant son absence' Guillaume de Niort & quelques autres gentilshommes avoient fait la guerre à Guillaume de Canet, son neveu, & ravagé ses terres 5 mais le roi avoit ordonné au sénéchal de Carcassonne de faire réparer les dommages. Après son retour il soutint lui-même une autre guerre contre quelques seigneurs de son voisinage sur lesquels il fit divers prisonniers; le roi, qui le considéroit beaucoup pour les services importans qu'il en avoit reçus & pour sa grande expérience dans l'art militaire, lui donna dans cette occasion 8t dans plusieurs autres des marques particulières de sa bienveillance. Ce seigneur, après avoir vaincu ses ennemis, songea à mettre quelque ordre à ses affaires, qui étoient fort délabrées, à cause des dettes immenses qu'il avoit contractées pour la guerre d'outre-mer. Dans cette vue il fit son testament^ au mois de novembre de l'an laSy. Il choisit sa sépulture dans le monastère de Fontfroide, supposé qu'il décédât en deçà de la mer. Il assigna pour le payement de ses dettes tous les revenus de ses terres pendant vingt ans, à compter depuis le jour de sa mort, excepté du château de Talairan Si des domaines du Val-de-Daigne, qu'il réserva pendant ce temps-là pour la subsistance de son fils Raimond, qu'il fit son héritier universel. Il légua son château d'Aguilar au roi de France, & pria ce prince de faire délivrer, en considération de ce legs, vingt à trente mille sols tournois à ses exécuteurs testamentaires pour l'acquit de ses dettes. Il ordonna de restituer à Thérèse, sa femme, les six mille sols melgoriens de dot qu'il ei] avoit reçus, & nomma pour ses exécuteurs testamentaires l'archevêque de Narbonne, le sénéchal de Carcassonne St Raimond de Sierra-Longa, son frère, pour agir du conseil de l'abbé de Fontfroide & du prieur des jacobins de Narbonne.
Olivier vécut encore plusieurs années après ce testament, & acquitta pendant sa vie la plupart de ses dettes ou des restitutions auxquelles il se croyoit obligé. Il avoit déjà vendu 3, en 125^, étant dans la Terre-Sainte, le village de Marcorignan à l'abbaye de Fontfroide; & il lui vendit, en iiSy, les châteaux de Saint-Nazaire & de Sainte-Valère, au diocèse de Narbonne, pour quatre-vingt mille sols melgoriens. Il se qualifie dans cet acte fils de Jeu noble homme le seigneur Raimond de Termes, 6- de dame Ermessinde de Coursavine. Le roi lui ayant permis ensuite de vendre le reste de ses domaines, ce prince lui acheta, en 1260, le château d'Aguilar, la ville ou village de Termes, &c., pour trois mille trois cent vingt livres tournois. Enfin Olivier vendit cette année 8t les suivantes pour cinquante mille sols tournois d'un
' Archives du domaine de Montpellier. — [Cf. » Archives de IVbbaye de Fontfroide. — Manus-
lome VIII, c. iSjy; mandement de novembre crits de Colhert, n. 2275. — Voyez tome VIII,
• 254.] Chartes, n. CCCXXXVIII, ce. 1473, 1474. —
* Archives de l'abbaye de Fontfroide. Besse, Histoire de Carcassonne, p. 168 & suiv.
côté, & près de deux cent mille sols melgoiiens de l'autre, les châteaux de Tuchan, Siguiran, Roquedefa, Sérignan, Taurisan, Arques &. Caunettes, dans le Tennenois ou le diocèse de Narbonne; ceux de Brenac, dans le Razès, 8c de Pech-Sieuran, dans le Lauragais', 8c plusieurs autres domaines aux abbayes de la Grasse 8c de Fontfroide, à la cathédrale de Carcassonne, à la commanderie de Peyriès*, Sec. Il retourna^ à la Terre-Sainte pour y cueillir de nouveaux lauriers, 8c débarqua à Acre au mois de septembre de l'an 1264. Il y fit un troisième voyage, après l'an 1267, 8c y séjourna jusqu'au mois de juillet de l'an 1270, qu'il alla joindre'* le roi saint Louis devant Tunis. Il suivit le roi dans cette expédition, 8c, étant revenu en France après la mort de ce prince, le roi Philippe le Hardi -^ le renvoya encore à la Terre-Sainte, au mois d'avril de l'an 1278, à la tête de vingt-cinq chevaliers 8c de cent arbalétriers, 8c il y mourut enfin le i 2 d'août de l'an 1276. Nous avons cru devoir ce petit détail à la mémoire d'un des plus braves 8c des plus magnifiques chevaliers de son siècle, qui, après avoir recouvré une partie des domaines de SCS ancêtres, qu'il avoit eu le malheur de perdre pour avoir embrassé le parti du vicomte de Béziers, son seigneur suzerain, les employa avec profusion au service de la religion 8v de son prince.
An 1107
Éd orîfîîn.