LIX. — Construction du pont Saint-Esprit
Alfonse favorisa, à ce qu'il parolt, la construction du fameux pont Saint- Esprit sur le Rhône, qui fut commencé en 1205. On prétend que les fréquents naufrages qui arrivoient au passage du fleuve par l'extrême rapidité des eaux, faisant souhaiter avec ardeur aux peuples du pays qu'on pût bâtir
l'ost 81 la chevauchée, comme les gens du domaine * Le i'" août de la même année, Jacme d'Aragon
royal, in coniiuestti Alèigssii Sr per totum comi- avait pris sons sa protection les hommes de Foix
tatam Tholosanum. (^Ihid. n. 7.) Cet acte habile qui viendraient commercer dans ses Etats, & leur
rendait le roi tout puissant à Pamiers. En le con- avait accordé divers privilèges judiciaires, comme
cluant, Louis IX crut peut-être protéger l'église de ne point être poursuivis pour dettes, à moins
de Saint-Antonin; en réalité, & malgré les torts d'être principaux débiteurs ou répondants; c'était
possibles du comte de Foix, il prêta son appui à les exempter du droit de m.arque. Cf. tome VIII,
une usurpation. [A. M.] ce. 1J49 & i.J5o. [A. M.]
' Voyez tome VII, Note XXIII, p. 70. ' Marca, Histoire de Béarn, 1. 8, ch. z6.
' Château de Fo;x, caisse 2. " Château de Foix, caisse 14.
' liij. caisse 10. ' UiJ. caisse 7.
'~ ~" Sno HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI,
An liOa '
un pont en cet endroit, un ange apparut à un berger qui gardoit son troupeau dans le voisinage & lui ordonna d'entreprendre ce travail Si d'y bâtir une chapelle avec un hôpital ; que le berger inspiré de Dieu & aidé des aumônes des fidèles mit aussitôt la main à l'œuvre, &c. Le plus ancien monument qui rapporte ce fait est une bulle du pape Nicolas V, de l'an 1448. 11 est évident qu'on ' y a confondu le prétendu auteur du pont Saint-Esprit avec saint Bénézet, berger, architecte de celui d'Avignon. Ce qu'il y a de vrai, c'est que les habitans^ de la ville de Saint-Saturnin-du-Port, ainsi appelée à cause du passage qu'il y avoit en ce lieu sur le Rhône, s'étant associés, résolurent de construire un pont sous le nom du Saint-Esprit, parce qu'ils attribuèrent leur résolution à l'esprit divin.
Leur ressource étoit moins dans leurs richesses que dans l'espérance d'obtenir des contributions abondantes 81 des aumônes volontaires de tous les peuples des environs intéressés à la réussite d'un ouvrage si utile. Ils firent donc quêter de part & d'autre pendant quelques années, &. ayant ramassé une somme assez considérable ils l'employèrent en matériaux, disposèrent toutes choses pour jeter les fondemens Se commencèrent par construire une maison sur la rive droite du Rhône pour la retraite des ouvriers. Dom Jean de Tyanges, prieur du monastère de Saint-Saturnin-du-Port, de l'ordre de Cluny, & seigneur de la ville en pariage avec le roi, s'opposa à cette construction, sous prétexte qu'elle étoit préjudiciable aux droits du monastère. Il porta l'affaire devant le sénéchal de Beaucaire, qui ajourna les parties &. ordonna qu'en attendant les choses demeureroient au même état. Cependant les ouvriers ou les entrepreneurs 81 leurs conseillers, qui étoient des principaux habitans de Saint-Saturnin, sommèrent le prieur, le 16 d'août de l'an 1265, de consentir à la construction du pont ; attendu que tout étoit prêt pour commencer. Sa. que le temps étoit favorable, parce que les eaux du Rhône étoient alors fort basses. Le prieur répondit qu'il avoit fait son opposition & qu'il attendoit la décision du sénéchal de Beaucaire. Il se rendit toutefois Éd.oiigm^ bientôt après, 81 posa solennellement la première pierre, le 12 de septembre suivant^, à la première arche du côté opposé ou à la rive gauche du fleuve. Depuis ce jour, on continua le travail sans interruption avec des peines Se des dépenses immenses, qui durèrent pendant près de quarante-cinq ans; car le pont ne fut achevé que vers la fin de l'an 1809. Les habitans de Saint- Saturnin eurent la principale direction de ce grand ouvrage, sous l'autorité du prieur 8c de ses religieux. Ils élisoient tous les ans trois d'entre eux, qui, sous le nom de recteurs, avoient l'intendance sur tout le bâtiment S; rendoient compte à la fin de l'année de leur administration 8t de l'emploi des quêtes qu'ils faisoient faire de toutes parts, lesquelles furent autorisées par les bulles des papes &(. les chartes de nos rois. Ces recteurs achetèrent une carrière sur les bords du Rhône, au bourg Saint-Andéol, à deux lieues au-dessus de Saint-
■ Voyez plus haut, livre XIX, ch. lxxi, pp. 76, ' Archives du monastère & de l'hôpital du Pont-
77- — Héliot, Histoire des ordres religieux, t. 2, Saint-Esprit. P' 287. 3 Gallia Christiana, nov. éd. t. 6, instr. c. 3o8.
Saturnin ou du Saint-Esprit, où on les voituroit commodément par eau. Ils établirent en même temps une société ou confrérie de frères donnés Se de sœurs données, auxquels ils donnèrent, en 1281, des règlemens Se un liabit particulier. Les premiers étoient employés ou à la construction du pont ou à quêter dans toute la chrétienté, Se les autres à avoir soin des ouvriers Se des malades.
Le pont étant fort avancé on bâtit auprès une chapelle, sous l'invocation de la sainte Vierge Se de saint Louis, avec un hôpital dont le roi Philippe le Bel ' approuva la construction par des lettres patentes du 25 de février de l'an i3og (i3io). Ce prince exempta en même temps ces lieux avec la permission du pape, de la juridiction de la principale église de Saint-Saturnin, Se ordonna que les aumônes des fidèles seroient employées à l'entretien du pont, après qu'on l'auroit entièrement fini. Se au service de la chapelle Se de l'hôpital, sous l'administration des habitans de la ville. Philippe, pour contribuer lui-même à cet entretien, accorda aux recteurs du pont un droit appelé le petit-blanc, qui consiste dans la levée de cinq deniers tournois pour chaque minot de sel qui remonte le Rhône j ce qui produit environ huit à dix mille livres tous les ans.
On appela d'Avignon, pour desservir la chapelle Se l'hôpital Se continuer les quêtes, les frères de l'ordre des Pontifes ou Hospitaliers de Saint-Bénézet^, à qui le pape Nicolas V ordonna, en 1448, de porter l'habit blanc avec un morceau d'étoffe rouge sur la poitrine, qui représentoit deux arches d'un pont surmonté d'une croix, pour les distinguer des hospitaliers du Saint- Esprit de Montpellier Se du Saint-Esprit in Saxia, à Rome. Ces religieux du Pont-Saint-Esprit, les seuls qui restoient de l'ordre des Pontifes, tentèrent dans la suite de se séculariser, sans quitter cependant la vie commune Se l'habit blanc, qu'ils portoient encore en 1622, "c'est pourquoi on les appeloit les prêtres blancs. Ils cessèrent de vivre en commun en i633; mais le parlement de Toulouse leur enjoignit, en i66g, de reprendre la vie commune 6c régulière, Se adjugea après leur mort leur dépouille à l'hôpital du Pont-Saint- Esprit. Ils quittèrent de nouveau la vie commune, en 1676, après avoir changé leur habit blanc en noir. Se ils se sont enfin érigés en une espèce de collégiale sous l'autorité de l'évêque diocésain. Ces ecclésiastiques ne desservent plus aujourd'hui que l'église, parce que l'hôpital qui y étoit joint fut détruit à la fin du seizième siècle pour bâtir la citadelle, laquelle fut achevée en 1622. On a construit, en 1690, au Pont-Saint-Esprit un nouvel hôpital avec une petite chapelle sous l'invocation de saint Louis, Se on y a mis, en 1694, des sœurs grises pour avoir soin des malades.
Telle est l'histoire de la construction du pont Saint-Esprit, l'un des plus hardis morceaux d'architecture qu'on puisse voir. Il donna dans la suite son nom à la ville de Saint-Saturnin-du-Port, Se elle l'avoit déjà pris au milieu
' Tome vin, Chartes, n. CCCLXXI, ce. 1748 à ' Héliot, ut supra.
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du quinzième siècle. Il a quatre cent vingt-ciiuj toises de long, depuis l'angle flanqué du bastion Saint-Michel de la citadelle, qui fait un des pieds-droits de la première arcade du côté de la ville, jusqu'au bout de la rampe qui termine la dernière arcade de l'autre côté du Pvhône. Sa largeur est de douze pieds dans œuvre & de dix-sept pieds hors d'œuvre, y compris l'épaisseur des parapets. Il est soutenu par vingt-six arches d'une inégale largeur, savoir : dix-neuf grandes & sept petites. Les plus grandes ont dix-huit toises d'ouverture. Il y a deux cent soixante-sept toises fondées sur le roc, 8t cent cin-
td. oriein. quante-trois sur des pilotis: mais on en comprendra mieux toutes les diment. ni. p 507. ». ' '. . . . '
sions par le plan que nous joignons ici.
LX, — Divers seigneurs de la Province vont servir en Italie sous Charles d'Anjou.
Alfonse, comte de Toulouse 8v de Poitiers, se disposoit toujours à son passage à la Terre-Sainte, lorsque Charles, comte d'Anjou & de Provence, son frère, entra en Italie, où il étoit appelé par le pape pour faire la conquête de la Lombardie 8<. des royaumes de Naples S<. de Sicile, sur Mainfroi, fils naturel de l'empereur Frédéric II. Charles s'embarqua à Marseille pour cette expédition, le i5 de mai de l'an i265, suivi de ce qu'il y avoit de plus considérable parmi la noblesse de ses Etats Se des provinces voisines, entre autres de René de Beauvau', qui parvint dans la suite aux premières dignités du royaume de Naples. Plusieurs seigneurs des plus qualifiés de la Province se firent un plaisir d'aller servir sous ses enseignes; tels furent Philippe II de Montfort, seigneur de Castres, Gui III de Lévis, maréchal de Mirepoix, Si Jourdain IV, seigneur de l'Isle-Jourdain.
Le premier avoit alors de grands différends^ avec Amalric, vicomte de Lautrec, seigneur de Girossens & d'Ambres, en Albigeois, qui, à ce qu'il prétendoit, l'avoit insulté dans le château de Cadalen. Il laissa en partant la poursuite de cette affaire à ses agens, qui confisquèrent le château d'Ambres sur Amalric /fOi/r crime de félonie. Le vicomte prétendit de son côté que cette confiscation étoit nulle, « parce que lorsqu'il s'agit d'une question féodale « entre le seigneur & le vassal, elle doit être jugée par les pairs de la Cour. « Or, ajoutoit-il, en adressant la parole dans ses écritures au procureur de « Philippe, vous qui n'êtes pas pair, ne pouvez connoître de cette affaire. » Charles détacha^ Philippe de Montfort, dès le commencement de l'an 1260, avec un corps de troupes pour lui préparer les voies au delà des Alpes; commission dont ce chevalier, qui étoit fort brave, s'acquitta avec honneur; Philippe battit, en effet, les partisans de Mainfroi. An ,i6û Jourdain IV, seigneur de l'Isle, n'alla joindre Charles qu'au commence-
ment de l'année suivante. Etant arrivé à Pérouse, le 29 de janvier, il y fit
' Sainte Marthe, Généalogie de Beauvau. ^ Gesta Ludovici IX.
' Domaine de Montpellier, Girossens, n"" i & 2; Ambres, n. 4.
HISTOIRE GEMERALF. DE LANGUEDOC. LIV. XXVI. 8q3 ~ JT
-' An I lou
son testamcni' dans lec|uel il déclaie « qu'il étoit en chemin pour aller dans « la Fouille, au secours de l'Eglise romaine Se du seigneur Charles, roi de « Sicile. )) II avoit laissé à son départ l'administration de ses domaines à Bertrand, son frère, prévôt de la cathédrale de Toulouse, & avoit pris à sa suite Raimond de Saint-Paul, damoiseau du diocèse de Toulouse. Philippe de Montfort, le maréchal de Mirepoix Se le seigneur de l'Isle-Jourdain, signalèrent leur valeur durant cette expédition. Les deux premiers commandoient^, avec le fils de Barrai de Baux, l'avant-garde de Charles à la fameuse bataille de Bcnévent, que ce prince gagna sur Mainfroi, son concurrent, le 26 de février de l'an 1266. Charles, quelque temps après cette victoire, avoit dessein de rappeler auprès de lui Barrai de Baux, qu'il avoit établi gouverneur de Milan, sous le titre de podestat, Se de lui substituer Philippe de Montfort; mais il changea de résolution, Se il envoya ce dernier en Sicile pour V être son vicaire ou vice-roi.
LXI. — yiljbnse, comte de Toulouse, se prépare à son expédition dans la Terre-Sainte. — Il demande un don gratuit à ses sujets.
.\lfonse, comte de Toulouse, envoya^, au commencement de l'an 1266, Jean de Nanteuil, chevalier, 8< Guiscard, son clerc, en ambassade au pape Clément IV pour lui demander : i" La permission de lever une décime sur le clergé de France pour les frais de la guerre d'outre-mer. 2° Quelques bénéfices pour ses aumôniers. Le pape se contenta de lui donner de bonnes espérances pour l'avenir. Se le pressa cependant de partir le plus tôt qu'il pourroit pour cette expédition. Ce prince, pour fournir aux frais de son armement, fit demander un don gratuit"* aux habitans de Toulouse, qui lui envoyèrent, au mois de mai de cette année, deux d'entre eux pour traiter avec lui Se lui faire les remontrances qu'il avoit promis d'entendre par leurs députés au prochain parlement. Ils le sollicitèrent en même temps de les
' Tome VIII, Chartes, n. CCCXXI, c. 1407. pour le mode de payement; Alfonse n'en nyant
^ Gesta LuJovici IX. p. ^^j. — Clément IV, phis de nouvelles, deinanda des renseignements au
Ep'til. 242, 206 & suiv. sénéchal & lui ordonna de veiller à ce que les
' Clément IV, Epist. ;.;"), r.67, 364 & suiv. 408. payements arriérés fussent promptement effectués.
* Voyez tome VIII, n. CCCLIII, ce. iSôo, i55i. Au mois de novembre suivant, nouvelle lettre à
— Nous donnons au tome VIII de la présente édi- Guillem de Montrevel, le priant de rappeler leurs
tion un certain nombre de mandements inédits promesses aux consuls. — Quelques jours après il
relatifs à ce fouage (c. i55i & suiv.). D'abord le écrit à ceux-ci, leur déclare qu'il ne pourra rece-
furmulaire des lettres envoyées aux consuls de voir d'autre monnaie que la tournois, & leir
Toulouse 81 acceptées par eux; le fouage était de enjoint d'avoir à verser la somme entière dans
six mille livres tournois, payables dans le délai les deux mois. — Au mois de décembre, rien
d'un an, en trois termes, & la lettre de non préju- n'était encore payé, & force était à Alfonse d'ac-
dice du comte portait que l'octroi de ce subside corder un nouveau délai jusqu'à la Chandeleur
était i.t gracieux & que les Toulousains n'y de l'an 1:68. Nous .-.vons là un exemple de la
étaient point tenus. — Kn octobre 12Û7, le paie- résistance qu'Alfonse rencontrait dans ses exi-
ment n'était pas encore commencé, deux religieux gences financières, résistance dont presque toutes
dominicains, Guillem de Montrevel, inquisiteur les grandes villes donnèrent l'exemple, & qui
ii la foi, 8c Guillem-Eirnard étaient venus de la fut imitée par les vassaux du comté de Toulouse, part des consuls propeser un nouvel ariangement lA. M.]
An,z66 ^94
honorer de sa présence; ils le traitent clans leur lettre tantôt d'altesse, tantôt de majesté &. tantôt de sérénité Si de magnificence' , Ce prince, marchant sur
■ Les habitants de Toulouse ne perdirent pas cette occasion de faire acheter par le comte leur consentement à la levée du fouage. Les rapports entre les consuls & Alfonse, très-iendus en i2r)r), paraissent avoir été meilleurs à cette époque, & ils en profitèrent pour lui réclamer certaines réformes. Nous publions au tome VIII, c. iSSz & suiv. le mémoire présenté à Alfonse par deux des consuls, Durand de Saint-Bars 8c Arnaud d'Escalquens, qui, vraisemblablement, vinrent dans le nord en même temps que les autres ambassadeurs de la ville. Us demandent dans ce mémoire : 1° une nouvelle confirmation générale de leurs anciennes coutumes, & notamment des articles suivants. — 2° Restitution du consulat; chaque année les consuls & membres du chapitre nommeront leurs successeurs. — Le viguier, à son entrée en fonctions, promettra de défendre, protéger & secourir les capitouls & les habitants de Toulouse. — 3° Les consuls connaîtront, conformément aux anciens usages, de tontes les causes criminelles intéressant les habitants. — Le comte renouvellera la charte de Raimond VII pour la restitution du consulat à la communauté. — 4" Tous les habitants de Toulouse seront exempts de leudes & péages, comme le portent les privilèges des anciens comtes. — Sur les biens confisqués pour fans d'hérésie, on prélèvera le montant des dettes des anciens possesseurs. — 5" Les consuls avaient droit d'interpréter la cou-' tume en matière civile, quand il y avait doute; que ce privilège leur soit restitué. — 6° Les consuls doivent aussi connaître des cas d'infraction a ux règlements monétaires du comte. — Le viguier du comte doit mettre en liberté tout accusé qui offre de fournir caution, sauf le cas de flagrant délit ou de crime notoire. — 7° Que les dîmes soient réduites au taux qu'elles atteignaient du temps de Raimond VII. — 8" Les fossés du faubourg ont été inféodés à diverses personnes par la communauté; que le viguier cesse de troubler ces feudataires dans leur possession. — A la suite viennent les réponses préparées par le conseil d'Alfonse : 1° Le comte pourra répondre qu'il compte observer toutes leurs bonnes coutumes. — 2" L'élection des consuls était, en effet, faite jadis par les bourgeois, mais de la manière suivante : les vingt-quatre consuls sortant de charge élisaient quatre nouveaux consuls, qui eux-mêmes nommaient les vingt autres. Le comte, plus d'une fois, avait fait lui-même l'élection. Quand le feu comte Raimond VII mourut, il avait nommé les consuls pour un an. Lui mort, les bourgeois chasjCrent ceux-ci plus de six mois avant la fin de
leur charge, & frustrèrent ainsi le comte actuel de ses droits. Aussi une ordonnance rendue à Lavaur par Gui Foulcois remit-elle le comte en possession du droit d'élection. — 3° Le viguier prête serment aux consuls; mais c'est parce que le comte le veut bien, car l'ordonnance rendue par son grand conseil a décidé que le viguier était le supérieur des consuls, & c'est devant lui que sont portées en appel les causes plaidées devant le tribunal consulaire. — 4° C'est aussi par tolérance du comte que les consuls connaissent des causes criminelles. Des abus s'étant produits, il a été décidé que les plaignants auraient le choix entre leur tribunal & celui du viguier. — ;j" L'acte du dernier comte, touchant la restitution du consulat, paraît avoir été fait sans son aveu; l'original ne porte pas le sceau du comte. Remarquons que c'était là une chicane de procureur, les actes notariés dans le raidi, même ceux des princes, ne portant pas de sceau. — C L'exemp tion de péages fut concédée autrefois, pendant la guerre, par le comte & un grand nombre de seigneurs; mais la paix venue, elle ne fut pas observée; seulement, pendant que le feu comte était occupé en Provence, les Toulousains s'affranchirent du paiement des leudes & péages, & brisèrent le barrage du comte à Verdun. Leur demande, au reste, est contraire à une ordonnance récente du comte actuel. — 7" La demande pour les dettes des Toulousains, dont les biens ont été confisqués, est juste, & le comte l'accorde. — 9° Que les consuls s'expliquent plus clairement touchant leur droit d'interpréter la coutume; le comte en délibérera. — 10° Pour les délits relatifs à la monnaie, la demande des consuls est inadmissible ; rien de semblable ne s'est vu dans le royaume de France, & le comte est le maître de sa monnaie.— 1 1° Pour la mise en liberté sous caution, il y a été pourvu par une ordonnance spéciale. — 12° Quant aux fossés du faubourg, qu'on s'informe auprès du viguier; s'il y a injustice, elle sera réparée. — 13° Pour ce qui est des dîmes & prémices, il y a certainement des abus dont souffrent les hommes du comte; que les consuls détaillent leurs griefs, & il y sera pourvu. — Suit le projet d'ordonnance : les habitants de Toulouse ne payeront ni leudes ni péages pour les produits de leurs terres situées dans la banlieue (in/ra dccos), & pour tout ce qui sera apporté dans cette ville pour la consommation des habitants, a.l uszis civium. Le
viguier ne pourra refuser la caution que d,-.ns h cas de crime puni de mort ou de mutilation, &, dans ce cas, le prévenu sera jugé par le vijuier & les consuls réunis. — Les consuls sont mis en de-
/ An 1266
les traces du roi, son frère, envoya des commissaires sur la fin de l'année pour rendre justice à tous ceux qui avoient quelque plainte à faire contre lui. Il choisit pour cette fonction Pons d'Asto, -id & Odon de Moutonier, son clerc', qui parcoururent le Toulousain, l'Albigeois, l'Agenois, le Querci , ''n, '"',''''"'t. & le Rouergue, S<. restituèrent divers domaines à tous ceux qtii purent prouver qu'ils en avoient été dépouillés injustement par les comtes, ses prédécesseurs.
LXII, — Le pape écrit au roi touchant le comté de Melgueil,
On avoit fait entendre au roi* que le comté de Melgueil lui appartenoit ou du moins au fils de Pierre Pelet, seigneur d'Alais, & que l'évêque de Maguelonne, qui le possédoit sous la mouvance du Saint-Siège, en jouissoit sans aucun titre légitime. Le roi, par un désintéressement qui a peu d'exemples, prit en quelque manière le pape Clément IV lui-même, qui étoit sa partie, pour arbitre dans cette affaire & le pria de l'instruire de la vérité. Clément lui répondit, le 16 de septembre de l'an 1266, 8c lui dit : « Le comté (I de Melgueil est un fief censuel de l'Eglise romaine qu'elle a tenu juste- « ment, comme on le dit communément. Le comte Bertrand, bisaïeul de Il Pierre Pelet, 8c les comtes de Toulouse l'ont possédé en divers temps avec <i justice, ainsi qu'ils l'assuroient, ou sans aucun droit légitime, comme i' d'autres le croyent 5 mais le comte de Toulouse, père du dernier mort, « ayant été privé de ses domaines par le pape Innocent III pour des causes <i qui appartiennent à la foi, le légat Pierre de Bénévent confisqua ce comté « au nom de l'Église romaine. Raimond Pelet, bisaïeul de Pierre, demanda « à ce légat la restitution du comté. L'affaire fut plaidée, 8< elle demeura Il indécise, parce qu'on trouva que le cens annuel d'une livre d'or, dont le « comté étoit chargé envers l'Eglise romaine, n'avoit pas été payé depuis u plusieurs années. Dans la suite l'Eglise romaine voyant que Raimond Pelet « n'avoit pas prouvé ce qu'il avoit avancé, 8c d'ailleurs le cens annuel n'ayant « pas été payé, il plut au pape d'intéoder le comté de Melgueil à l'évêque de « Maguelonne 8c à ses successeurs, sous un certain cens, &c ce prélat en jouit « paisiblement, excepté que le dernier comte de Toulouse envahit sur lui le « château de Melgueil Se quelques autres j mais il les lui rendit quelque
meure de prouver leur droit d'interprétntioii de l>i de ces privilèges avaient été concédés nuK Toncoutume. — Les pluignants, en cas d'action crimi- lousains par leurs comtes, à la suite de la guérie nelle, auront le choix entre la cour du viguier & des albigeois ou pendant cette guerre, & que des celle des consuls. — On peut remarquer que le privilèges accordés dans de pnreilles circonstances comte ne céda que sur les points où ses officiers pouvaient sembler peu légitimes à Alfonse. avaient absolument tort, & que son conseil em- [A. M.] ploya toutes les ressources de la dialectique judi- ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCLIV, c. 1693 ci.iire pour repousser les demandes des consuls, & suiv. — Trésor des chartes; Toulouse, sac r, dont la plupart étaient fondées 8c, les preuves en n. 21 [J. 3o3] j sac 6, n°' |3, i5, 16, 18, 83. [J. abondent, autorisées par les précédents. Pourtant .'Î12 &. 3i3.] — Cartulaire d'Alfonse de Poitiers, plus tard, il lui fallut encore céder sur certains — [JJ. 24 B, pa55im.] points (voir plus bas). Remarquons que la plupart ' Clément IV, Epist. ij6.
An 1266
« temps après. Ce que nous avons dit du légat Pierre de Bcnévent, se passa « avant que le.roi, votre père, entreprît la guerre d'Albigeois, & avant même « qu'il assiégeât la ville de Toulouse du vivant du roi, son père. Pour nous, « qui avons toujours été amis sincères de Pierre Pelet & de ses prédécesseurs, « faisant réflexion sur ce qui s'est passé, nous avons travaillé autrefois à » engager l'église de Maguelonne à lui céder quelque chose pour ses droits; « mais nous n'avons pu réussir. Nous avons même permis, en dernier lieu, à « l'instance du même Pierre Pelet, à l'évêque de Maguelonne, de lui assigner « quelques rentes, tant pour ôter tout scrupule de conscience, s'il en y avoit « quelqu'un, que pour faire cesser les murmures du peuple. Croyez-donc, « mon très-cher fils, qu'il ne vous est fait aucun préjudice. Si ceux qui pré- « tendent le contraire demandent d'où vient que l'Église romaine peut avoir « des fiefs dans le royaume de France, nous répondrons qu'elle y possède « celui-là &. d'autres, & rien ne l'empêche, puisque le royaume n'est pas né i( avec les rois &. qu'il n'a pas été acquis par les rois tous seuls. S'ils lisent les « anciens historiens de la conquête de la province Narbonnoise, ils trouve- <( ront que les papes y ont travaillé en personne, 61 qu'ils y ont eu la prin- .« cipale part. « Clément entend parler ici de la fable ou du roman de Philomena, qui fait assister le pape Léon III, accompagné du collège des cardinaux, avec le roi Charlemagne, à la conquête de la Narbonnoise sur les Sarrasins, Enfin Clément exhorte le roi à ne pas troubler l'évêque de Maguelonne Sv en sa personne l'Église romaine, dans la possession du comté de A-lelgueil, Ê< à ne pas ajouter foi à ce que des flatteurs pouvoient lui suggérer sur ce sujet. Il écrivit' en même temps à ce prélat pour l'exhorter à ne rien craindre & l'assurer de sa protection dans cette affaire. Nous pourrions faire plusieurs réflexions sur ces deux lettres; mais un auteur^ célèbre nous a prévenus. On peut d'ailleurs consulter ce que nous avons déjà dit^ sur la donation que Pierre, comte de Melgueil, fit en io85 de son comté à l'Eglise romaine, dont il se rendit vassal sans la participation du roi, son souverain. Du reste, nos rois ont laissé depuis ce comté aux évêques de Maguelonne, Se nous ne trouvons, après saint Louis, que le roi Philippe le Bel, son petit-fils, qui ait renouvelé la querelle sous le pontificat de Boniface VIIL Éd. oriRiii. Clément IV écrivit deux autres lettres au roi saint Louis, l'an 1266 : l'une'*,
t. III, p. 3o;). ... .
le 22 de juillet, en faveur des ecclésiastiques de la province de Narbonne; l'autre, le 21 de septembre. Dans la dernière^ il loue ce prince d'avoir fait construire un port à Aigues-mortes, le seul du royaume sur la Méditerranée propre aux embarquemeiis pour le passage de la Terre-Sainte, S<. la tour de Constance, qui servoit également 8t de phare pour les vaisseaux qui entroient dans le port 8t de forteresse pour la sûreté des marchands qui y commerçoient. Il approuve ensuite le dessein que le roi, qui l'avoit consulté, avoit formé d'entourer cette ville de murailles & de mettre pour cela une imposition,
' Clément IV, Ep'i:t. 377. * Manuscrits Je Saluée, n. (.'>. — [L;it. iioi6.|
" Caseneuve, Franc-Allcu, 1. i, chap. 3. ' Clément H', Epi'î. 379.
' Tome III, 1. XV, chap. wvn, pp. 4^">, 44^1.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI. gqy — "7
-" An 12Û6
tant sur les prélats de la province de Narbonne Si sur les peuples du voisinage que sur les consuls & marchands de Montpellier St des autres villes des environs, après que ce prince les auroit convoqués & pris leurs avis, soit en sa présence, soit devant les commissaires qu'il envoyeroit sur les lieux.
LXIII. — Nouveaux différends entre Varchevéque (y le vicomte de Nurhonne. Monnaie de Narbonne 0 de Mende.
Le pape écrivit', le ii de mai de la même année, à l'évêque d'Agde, 8i le chargea de prendre connoissance d'un différend qui s'étoit élevé à Narbonne, entre le vicomte Amalric & les habitans d'une part, 8c Maurin, archevêque de l'autre. Les consuls de cette ville avoient requis le premier, au mois de juillet précédent, de faire fabriquer de nouvelles espèces dont on avoit besoin, ainsi que ses prédécesseurs l'avoient toujours pratiqué en pareil cas. Amalric, avant pris l'avis de l'abbé de Saint-Paul, fit travailler. L'archevêque en fut informé, & ce prélat, sous prétexte que le vicomte ne pouvoit rien faire sans son consentement, lui défendit de passer outre j Amalric, soutenant au contraire que le droit de battre monnoie lui appartenoit à lui seul &c qu'il le tenoit en fief du roi de France, ne fit aucun cas de la défense de l'archevêque; pour se mettre cependant à l'abri de ses censures il appela au pape. Nonobstant son appel, Maurin l'excommunia 8t avec lui les ouvriers de la monnoie & tous les habitans qu'il avoit employés, & jeta l'interdit sur toutes ses terres. Nous ignorons le jugement que l'évêque d'Agde rendit sur ce différend 5 mais nous savons que les consuls & les principaux habitans de Narbonne s'étant rendus, le 12 d'avril de l'an 1270, dans le palais du vicomte Amalric, ce dernier les fit sommer far Amalriguet, son fils, de ne pas consentir à la fabrication de la nouvelle monnoie que l'archevêque vouloit faire battre 8c de ne pas l'employer dans le commerce; sur quoi ils déclarèrent qu'ils en délibèreroient.
Le roi ou son parlement auroient dû naturellement prendre connoissance de ce différend ; mais il n'en est rien dit dans les registres des parlemens qui furent tenus en 1266. On voit seulement, dans celui de la Pentecôte^, que l'évêque de Mende fut rétabli dans la possession de faire battre monnoie dans sa ville épiscopale ; droit dont ses prédécesseurs avoient joui 8c dont il avoit été dépouillé par le sénéchal de Beaucaire. Il est marqué qu'on appeloit cette monnoie deniers mendois. Dans le parlement suivant, tenu à la Toussaint, on ordonna d'ôter les sergens que le même sénéchal avoit mis pour le roi au Fuy, parce que c'étoit au préjudice de la juridiction que l'évêque avoit dans cette ville.
■ ' Hôiel de ville de Narbonne. — Domaine de que du Puy. En 1272, un nouvel arrêt rendu par
Montpellier; Narbonne, n"' 2 & 4. le Parlement ordonna au sénéchal de laisser cir-
' Registre Ohm. — Cf. Boutaric, Actes du Par- culer la monnaie de l'évèq\ie de Mende dans les
lement, t. 1, p. 98, n. io52j arrêt pour l'évêque fiefs & arrière-fiefs de ce prélat. Cf. lilJ. p. 171,
de Mende. Cette monnaie avait cours dans tout le n. i863. [A. M.| diocèse. — Jiiii. p. 99, n. 1064; arrêt pour l'évè-
An 1267
— • 8q8 histoire Générale de Languedoc, liv. xxvi.
An izoo ^
LXIV. — Alfonse, comte de Toulouse, convoque son parlement. — Michel de Toulouse, vice-chancelier de l'Eglise romaine,
Alfonse, comte de Toulouse, convoqua de son côté son parlement ' en 1266, par des lettres datées de Rampillon, la veille de Saint-Barnabe, &c il établit pour présidens Evrard Malethans, chevalier, connétable ou gouverneur d'Auvergne, Jean de Montmorillon, chevalier & prêtre poitevin, & Guillaume de Plapape, archidiacre d'Autun, avec pouvoir de choisir eux-mêmes leurs assesseurs ou conseillers, tant clercs que laïques. Il est fait mention de ce parlement dans des lettres* d'Alfonse, datées du dimanche après la fête de saint Barnabe, apôtre, l'an 1266, par lesquelles il ordonne à Evrard Malethans, chevalier, son connétable d'Auvergne, d'entendre Jean, seigneur de Châtillon : Vous lui rendre-;^ justice, dit ce pnnce, jusqu'à notre parlement, qui se tiendra le lendemain de la quinzaine de la fête de tous les Saints, if vous aure-^ soin de nous faire savoir, à notre dit futur parlement, ce que vous aure-^fait.
L'auteur^ qui fait mention de la convocation de ce parlement nous apprend, sous l'année suivante, « que Michel de Toulouse, archidiacre de Narbonne, « personnage très-savant Se très-versé dans la philosophie & l'astronomie, « écrivit un traité sur les droits & les prérogatives des archidiacres, Se que ce i|d oiigin. <j traité déplut beaucoup à son archevêque, qui l'excommunia St le dépouilla (c de son bénéfice. Michel en appela au pape qu'il alla trouver Se qui lui « donna l'absolution, le rétablit dans l'archidiaconé St approuva son livre. « Je l'ai lu, ajoute cet auteur, St on y trouve diverses prophéties, n Le roi accorda aussi sa protection à Michel de Toulouse, qui parvint à la dignité de vice-chancelier de l'Église roma'ine, comme on voit"* par un acte daté de Pérouse, le 27 d'octobre de l'an 1267, suivant lequel « Michel de Toulouse, « vice-chancelier de l'Eglise romaine & archidiacre de Narbonne, déclare « que la liberté que le roi lui avoit accordée, de faire voiturer à Toulouse le « sel qu'il retiroitde son archidiaconé de Narbonne, & qui en faisoit le prin- « cipal revenu, ne tireroit pas à conséquence pour ses successeurs. »