‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 304 sur 342 · LXV. — Voyage du roi d'Aragon à Montpellier · texte numérisé non relu

LXV. — Voyage du roi d'Aragon à Montpellier

Jacques, roi d'Aragon, après avoir fait s, en 1266, la conquête du royaume de Murcie sur les Sarrasins, expédition dans laquelle Guillavime de Roqucfeuil, gouverneur de Montpellier, s'acquit beaucoup de gloire, se rendit dans cette dernière ville, sa patrie, & il paroît qu'il y étoit déjà arrivé*^ dès le mois d'octobre de cette année. Il y fit un assez long séjour Se il y donna*,

* Bardin, Chronique, — [Cf. tome X, Preuves^ ^ Chronica o commentari del rcy en Jacme ; renée. 4 8c T) de l'édition princeps.] questa de Murcia, c. i56.

' Diichesne, Histoire de Cliastillon, pr. p. 4. ^ Zurita, Anales de la corona de Aragon, !. ê

^ Bardin, Chroniijue. — [Cf. uî supra, c. 5.] c. 7 1 .

^ Trésor des chartes; Narbonne, n. 1 1 . [J. 337.] ' Clément IV, Epist. SSp.

le 19 de janvier suivant, une charte en faveur de l'abbaye de La Grasse. Le pape Clément IV lui écrivit', le 29 d'avril, pour l'exhorter à engager ses lieutenans à ne pas enfreindre, comme ils faisoient, l'accord qu'il avoit moyenne, avant son élévation au pontificat, entre lui & les habitans de Montpellier, touchant l'élection du baile Si des autres officiers de sa cour royale dans cette ville.

LXVL — Le comte Aljbnse impose un subside sur ses sujets pour la croisade.

Le pape écrivit diverses lettres^ à Alfonse, comte de Toulouse, durant l'année 1267, pour l'exhorter à se préparer à son expédition de la Terre- Sainte par la visite de ses États Se la réparation de tous les griefs que ses sujets avoient contre lui^. Il lui fait espérer de lui accorder pour cette entreprise trente mille livres tournois sur le tiers des revenus ecclésiastiques qu'il se proposoit de lever. Il lui marque qu'il avoit destiné pour le roi, son frère, les subsides de la croix dans tout le royaume, 8c qu'il y avoit compris, de son consentement, ses propres États, quoiqu'il eût d'abord résolu de lui réserver cette portion des subsides; c'est que le roi saint Louis avoit repris la croix, dès le 25 de mars de cette année, avec le dessein de passer de nouveau dans la Terre-Sainte. Plusieurs chevaliers de la Province se croisèrent à cette occasion, entre autres Raimond'* Seguin de Melgueil. Parmi ceux qu'Alfonse retint à son service, Sicard de Montant, chevalier de la sénéchaussée de Toulause, s'obligea^, sous la garantie de Guillaume Hunaud, chevalier. Si de

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' Baluze, Portefeuille Je Montpellier.

' Clément IV, Epist. 48:1 & suiv., 536. — Raynaldi, année 1267, n. fio.

' C'est sans cloute pour obéir aux instances du pape qu'Alfonse délégua Pons Astoaud & Eudes de la Montonière pour faire enquête sur les méfaits de ses agents dans le midi, La lettre de commission est du 18 avril 1267 (Voyez tome VIII, c. i566)j elle est valable pour un an. Elle fut renouvelée en juillet & décembre 1268, & en mars 1269. {liiJ. ce. 1576, 1582, 1587.) Ces commissaires devaient en même temps veiller aux intérêts du comte, chercher à lui procurer de l'argent & s'occuper de la levée du foiiage. Nous avons plusieurs lettres de restitutions données en leur nom, plusieurs existent dans le Trésor des chartes en original, la plupart se retrouvent dans le registre JJ. 24<^. Nous n'indiquerons que les principales. Beaucoup de ces plaintes se rapportaient à des faits datant de l'époque de Raimond VII. Telle est (voyez tome VIII, ce. 1641 & 1684) la plainte de Guillem-Aton de Gaillac, qui réclamait une somme par lui prêtée à ce prince & dont il n'avait été payé qu'en partie; pour l'indemniser on lui avait engagé les bailie^ de Lavaur & de Puylaurens, pour les tenir jusqu'au payement de

sa créance. L'affaire n'était pas encore terminée en 1269, & Alfonse écrivit au sénéchal de Toulouse de s'informer combien de temps le plaignant avait tenu les deux bailies, & combien il lui était encore dû. — On peut encore voir d'autres actes de ces enquêteurs, de l'année 1267, pour la justice de Puylaurens, au tome VIII (ce. 1593, 1594); l'usurpation remontait aussi au temps de Raimond VII. Une autre pièce {liid. ce. iSpS, 1596) se rapporte à la juridiction du lieu de Gaillac, réclamée par l'abbé & par le seigneur de Brens. Une troisième restitue une partie de la justice de Gazais à Bernard de Penne, ceue justice ayant été comprise dans l'échange fait entre ce seigneur & Alfonse de Poitiers. [liid. ce. 1596 à 1598.) D'autres réclamations se rapportent à la justice du lieu de Cahuzac (JJ. 24», f° 94 u), à une forteresse enlevée au seigneur de Jonquières par Raimond VII (Ibid. 1° 80 a), à une somme d'argent due par celui-ci à un bourgeois de Toulouse. [Ihid. f" 94 h.) Ces mêmes enquêteurs avaient déjà parcouru la Province dès 1266. (JJ. 24", f<'43 & suiv., & f 88 & suiv.) [A. M.]

" Clément IV, Epist. 487.

' Trésor des chartes} Toulouse, «ac 10, n. 4 [J. 319]; sac I I [J. 320].

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Sicard, vicomte de Lautrec, damoiseau, d'amener vingt chevaliers avec lui pour une certaine somme dont il convint, & pour le Joitage qui seroit levé dans ses terres. Ce prince écrivit de Rampillon, au commencement de mai de l'an 1267, à son sénéchal de Toulouse 8c d'Albigeois, de faire lever incessamment le fouage dans sa sénéchaussée &. d'en faire remettre le produit au Temple, à Paris, avec les deniers des haillies de la même sénéchaussée, le jeudi après la quinzaine de la Pentecôte, « comme ayant propos de soccore V personaument à la Sainte-Terre d'outre-mer, qui a si grant mestier de « grant aide, &■ où il lui conviendra j'aire si grant despens (S- si grant mises. « Et de rechef nos vos mandons, ajoute-t-il, que quant vos affermerez vos

« haillies de vostre sénéchaussie ne les affermez mie à gens soupçonneuses

« de l'hérésie, ne d'autre grant crime, ne à Juis, ne à vos parens, ne à vos « cosins, ne à vos aftins, ne à aucuns de vostre mesniée, ne à autres qui <i soient à nos gaiges ne aux vostres, Sec. » Il ordonna à cet officier par d'autres lettres, à la fin du mois de septembre suivant, « de faire lever inces- « samment le fouage ou aide que l'on lui doit Jk qu'on lui a promis dans sa c( sénéchaussée pour le secours de la Terre-Sainte. » Il envoya de semblables ordres à ses sénéchaux d'Agenois, de Querci, de Venaissin, de Poitou, de Saintonge &. de Pvouergue, 8t à son connétable d'Auvergne. Il chargea de plus Pons d'Astoaud &<. Sicard d'Alaman, chevaliers, 8c les autres commissaires qu'il avoit envoyés dans ces provinces de lui procurer, par toutes les voies qui leur étoient marquées, autant d'argent qu'il seroit possible pour fournir aux frais de son armement'.

Il paroît que la ville de Toulouse s'abonna pour le fouage avec Alfonse, qui écrivit^, vers le même temps, aux consuls 8c aux habitans qu'il proroiln "'''^m'i i^soit, à leur prière, jusqu'à la Purification, le payement des six mille livres tournois qu'ils lui avoient promis. Nous inférons d'une autre de ses lettres que les nobles étoient exempts de fouage; car Bertrand Carbonel, damoiseau, s'étant plaint de ce que les consuls de Lavaur vouloient l'obliger à le payer à son préjudice; parce qu'il était noble & fils de chevalier, b qu'il n était pas d'usage qu'on mit les nobles à la taille pour le fouage ou pour tout autre chose, le comte écrivit, le mercredi avant la Pentecôte, au sénéchal de Toulouse, de ne pas permettre que ce damoiseau fût mis injustement à la taille contre l'usage accoutumé. Enfin Alfonse manda au même sénéchal de suspendre la levée du fouage sur les hommes du vicomte de Lautrec, son vassal, jusqu'à ce qu'il fût assuré qu'ils y étoient tenus de droit ou de coutume;

' En 1267, Alfonse eut à apaiser une guerre as- vembre 1267. (Tome VIII, ce. 1608, 1609.) L'^if-

sez vive, qui s'était élevée entre les hommes de faire, du reste, ne put s'arranger à l'amiable, &

Condom, qui lui étaient soumis, & Géraud, comte en mars 1268, le comte, informé de nouvelles at-

d'Armagnac. Gaston de Béarn avait voulu inter- taques de Géraud contre ses hommes de Condom,

venir & avait réclamé l'aide du roi de France. chargea le sénéchal de saisir les fiefs que ce sei-

Louis IX pria son frère de confier l'instruction de gneur tenait de lui, & lui ordonna de ne les lui

cette affaire à Bertrand, prévôt de Toulouse, à rendre que sous bonne &. sûre caution. (TomeVIII,

Sicard Alaman & a» sénéchal de Toulouse, aux- ce. i635, i(536.) [A. M.]

quels Alfonse envoya ses pleins pouvoirs en no- ' Trésor des chartes, ut supra.

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mais qu'il tâchât cependant de les engager à lui accorder volontairement

quelque somme à la place du fouage'.

Vicomtes de Lautrec.

Le vicomte de Lautrec, dont le nom n'est pas marcjué dans cet acte, étoit ou Isarn ou Bertrand, son j'rère, en faveur desquels Alfonse écrivit au com-

' Alfonse commença à s'occuper de la lerée du fouage dès 1257. (Majen & Tholin, p. 74.) Les actes (jue nous avons donnés dans le -ome VHI de la présente édition, & ceux que nous avons relevés dans les registres de ce prince, vont nous permettre de donner de cet impôt une idée plus précise que n'a pu le faire dom Vaissete. Le fouage, impôt personnel, levé par famille & par village, avait déjà été p'rçu par le comte Rairaond Vil à l'occasion de la croisade, que la mort l'empêcha d'accomplir. En 1261, Alfonse avait obtenu une nouvelle promesse de ses sujets du midi; mais au moment de faire lever l'impôt, il se ravisa, espérant avoir plus d'argent en traitant avec chaque ville en particulier. Aussi vers le milieu de l'année 1261 écrivit-il au sénéchal d'Agen de prendre à ce sujet des renseignements précis & de les lui envoyer le plus promptemcnt possible. Un des clercs du comte, Guillaume du Plessis, fut spécialement chargé de cette négociation, dont Alfonse recommanda le soin à tous ses officiers & vassaux du raidi. (Cf. tome VIII, ce. 1489, 1490.) Pour faire des propositions, on dut se reporter aux étais du fouage perçu par Raimond VII, [Ihid. c. 1491.) Peu après, Alfonse envoya à tous ses sénéchaux des instructions générales. (Ibii. c. 1493 & suiv.), qui prouvent qu'Alfonse n'était pas trop sur de son droit. Le sénéchal devra représenter aux sujets du comte que c'est la première fois qu'il requiert pareil service, tandis que le roi & les autres b rons l'ont demandé deux ou trois fois. La levée du fouage sera faite par douze prud'hommes choisis par les habitants de chaque ville. Dans les villes des vassaux on s'entendra avec le seigneur. Si on a suivi d'autres règles du temps du comte Raimond, règles qui agréent davantage aux gens du pays, qu'on observe la coutume. Les villes 8c les seigneurs qui voudront s'abonner pour une somme une fois payée seront libres de le faire. — Le payement du fouage n'alla pas sans quelques lenteurs & de nombreuses difficultés, & l'événement prouva qu'Alfonse avait eu raison de s'y prendre à l'avance. Les opérations, commencées en 1261, duraient encore en 1269, & les commissaires du comte rencontraient toutes sortes de résistances. Les grandes villes comme Toulouse s'étaient abonnées, mais les petits villages, les seigneurs, ne

mettaient pas un grand empressement à s'acquitter, — En 1268, les hommes des templiers &. des hospitaliers refusèrent de payer le fouage sous prétexte qu'ils avaient déjà payé une redevance spéciale à leurs seigneurs; leur prétention fut repoussée par le comte, &, en effet, il eut suffi à un homme de se mettre dans l'avouerie du Temple ou de l'Hôpital pour se soustraire à la plupart des obligations incombant aux autres hommes du comte. (Tome VIII, c, 1579). M-'"'' ^' n'ét.nit là qu'une difficulté facile à résoudre. Chaque jour il en naissait de nouvelles. En général on sent que le comte n'est pas sûr d'avoir le droit pour lui; il ordonne à ses sénéchaux de traiter à l'amiable avec ses vassaux, de s'informer s'ils ont payé du temps du comte Raimond. (JJ. 24 c, f»» 07 n, 53 a, 60 a.) Quand les réclamations deviennent trop pressantes, on accorde un délai, pour traîner en longueur & rechercher des actes qui prouvent le bon droit du comte. — Mais bien d'autres questions s'élevaient tous les jours. Les demandes de dégrèvement étaient nombreuses; Alfonse ne s'y rendait que difficilement, & il fallait que les motifs fussent bien forts pour le décider. Aux habitants de Caumont, il ne remet que dix livres sur cent, qu'ils avaient promises, & encore se réserve-t-il de les percevoir plus tard (JJ. 24 c, f° Sp h]; ailleurs ce sont cinq livres sur trente-deux. {Ihid. f°42i.) Les hommes de Montesquieu enVolvestre, qui sont pauvres & qui ont entrepris la construction d'une église valde sumptuasam, obtiennent de ne payer que cinq cents livres au lieu ce cinq cent trente & une. (Tome VIII, ce. 1623, 1624.) Le mode de perception est soigneusement réglé dans les villages; mais dans les villes ce sont des querelles infinies, chacun des partis, peuple ou bourgeois, essayant de faire prévaloir le système qui lui est le plus avantageux. [liid. c. 1625.) Enfin, en dépit de la résistance de ses sujets, Alfonse décida que le payement aurait lieu en monnaie tournois, & que ce serait le débiteur qui payerait le change. (JJ. 24C, ("^oa.) — Ce tableau, bien incomplet pourtant, donne une idée assez exacte des embarras de tous genres qui accompagnèrent pour Alfonse la préparation de cette malencontreuse expédition de 1270, si impolitique, & qui fut en définitive si mal conduite. [A. M.]

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mencement d'août de cette année, à Philippe de Montfort, pour leur faire rendre une certaine quantité de blé que les gens de ce seigneur leur avoit enlevée dans la ville de La Bruguière, qu'ils tenoient de lui en fief'. Ils avoient perdu alors Pierre & Sicard, leurs frères, qui possédoient avec eux S<. avec Amalric, leur autre frère, la moitié de la vicomte de Lautrec. Pierre étant mort sans enfans de Vaquerie de Monteil Ademar, sa femme, 81 Sicard n'ayant laissé qu'une fille, nommée Alix ou Hélitsj Isarn, Bertrand, Amalric & Gui dit Albigeois, leurs frères, Se les enfans de Béatrix, leur sœur, femme de Sicard d'Alaman, principal ministre du feu comte de Toulouse, prétendirent recueillir leur succession. Ils s'accordèrent^, au mois de septembre de l'an 1268, sur la moitié de la vicomte de Lautrec qui leur appartenoit, avec Sicard VII, leur cousin germain, possesseur de l'autre moitié. Isarn, Bertrand & Amalric partagèrent, en 1270, la portion de la vicomte de Lautrec qui avoit appartenu à Pierre, leur frère. Isarn laissa ^ postérité, Si de lui descendent les seigneurs de Montfa 8c de Saint-Germier. Quant à Bertrand Si à Amalric, ils laissèrent aussi postérité; mais elle tomba enfin en quenouille, 81 par là, une portion de la vicomte de Lautrec passa dans les maisons de Lévis, Arpajon, Voisins, Sic.

LXVIII. — Alfbnse donne divers ordres pour le gouvernement de ses États.

Comtes de Rode-;^,

Alfonsç, comte de Toulouse, donna plusieurs autres ordres'', en 1267, pour le gouvernement de ses domaines. Il manda le jour de Pâques à son féal, le comte de Comminges, de réparer le tort que ses gens avoient fait au comte de Foix dont ils avoient ravagé les terres, tandis que ce comte étoit en chemin pour se rendre au parlement a\i(\uQ\ le roi l'avoit appelé^. Il ordonna.

■ cf. tome VIII, c. 1606. — Voir dans JJ. 24 c, f" 48 b, un autre mandement de fin juillet relatif à cette affaire Se ordonnant au sénéchal de procéder à une enquête. — L'affaire n'était pas terminée au mois de novembre suivant; à cette époque Alfonse ordonnait de nouveau à Philippe de Montfort de restituer le blé enlevé aux vicomtes de Lautrec. (JJ. 24'^, f° 5â b.) L'un des deux vicomtes, Isarn, tenait plusieurs terres du comte, pour lesquelles il lui devait le fouage; il obtint de lui une lettre de sursis en décembre 1267. (JJ. 24C, f" 56 b.)

" Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCLV, ce. i63o à i633.

3 Voyez tome VU, Note XVIII, pp. 56 à Sp.

' Trésor des chartes; Toulouse, sac 10, n. 4. [J. 3>9.]

' La lettre est d'avril 1267; elle fut écrite par Alfonse à la demande de Louis IX, (Cf. tome VIII, ce. 1600, 1601.) Quelque temps après, Alfonse écrivit au sénéchal de Toulouse de défendre à

Roger d'Espiès, baile de Gascogne, de molester le comte de Comminges 8t de l'empêcher d'exercer ses droits de juridiction. (IbiA. c. 1604.) En 1268, les officiers du comte renouvelèrent leurs incursions & Alfonse dut intervenir une fois de plus. [IhiA. c. i633.) — Cette guerre de Foix & Comminges ne fut pas la seule qu'Alfonse eut à arrêter dans le cours de cette année 1267. Le 4 août, il écrit au sénéchal pour le prier de s'entremettre entre Sicard Alaman & Philippe de Montfort; les bailes de ce dernier commettaient nombre d'exactions, & l'un d'eux s'était rendu coupable du délit de port d'armes dans les terres du comte. (Tome VIII, ce, 1606, 1607. La lettre à Philippe de Montfort est dans JJ. 24 c, f" 490.) Un mois plus tard il devait réprimander ce même Sicard Alaman & Philippe de Montfort, qui exigeaient des hommes de Rabastens des péages &. des leudes exagérés. (Tome VIII, ce. 1607, 1608.) Au mois de juin précédent, Bernard-Jourdain de l'isle avait envahi les terres de Jourdain, seigneur de

An 1268

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vers le même temps à Pons d'Astoaud 8t Odon de Moutonier, ses commissaires, de faire réparer les excès que ses juges, baillis £< autres officiers avoient commis dans la sénéchaussée de Toulouse'. 11 écrivit de Longpont, le dimanche après la Saint-Jean-Baptiste, au viguier de cette ville, de casser, de l'avis du sénéchal, des mêmes commissaires &. de Sicard d'Alaman, chevalier, la confrérie du Carmel, qui s'étoit renouvelée dans cette ville Si dans laquelle cinq mille personnes de l'un & de l'autre sexe s'étoient engagées, de crainte des inconvénients qui pouvoient s'ensuivre 8t qui étoient déjà arrivés. Enfin il manda, quelque temps après, à ce viguier, de l'informer de quelques autres confréries qui s'étoient établies de nouveau à Toulouse &. qui pouvoient V causer du trouble^.

Ce prince écrivit de Longpont, à la fin de l'année & du commencement de la suivante, plusieurs lettres au sujet du différend qui s'étoit élevé entre ses gens Si Henri, fils d'Hugues, comte de Rodez, son vassal 5 différend qui avoit été suivi de part 81 d'autre de voies de fait, 8< qui fut enfin terminé par un traité. Henri jouissoit alors d'une partie des biens d'Isabeau de Roquefeuil, sa mère, fille aînée Si héritière de Raimond de Roquefeuil, seigneur de Roquefeuil Si de Merueys, au diocèse de Nimes, vicomte de Creixel, en Rouergue, Sic. 3, laquelle, par son testament de l'an i25i, lui avoit légué la moitié de ses domaines Se l'autre moitié à Delphine de Turenne, sa mère. Isabeau mourut bientôt après. Si non en 1271, comme quelques modernes'* l'ont avancé. Outre Henri elle laissa quatre filles d'Hugues, comte de Rodez, son mari, Walburge, Alix, Alcayette Si Delphine. La première épousa Guillaume, seigneur de Randon, en Gévaudan ; la seconde fut religieuse à Nonnenque; Alcayette, la troisième, se maria 5, le 4 de septembre de l'an 1267, avec Amalric, fils puîné d'Amalric, vicomte de Narbonne, Si eut quarante mille sols tournois de dot. Enfin Delphine épousa, le 24 d'octobre '^ de l'an 1262, Pierre Pelet, damoiseau. Delphine avoit alors quatorze ans accomplis, Si elle renonça, moyennant six cens marcs d'argent, à la succession de j'eue dame Isabelle de Roquefeuil, sa mère. Si d'Hugues par la grâce de Dieu comte de Rodez, son père. Le contrat de mariage fut passé au château de Valeraugue, dans le diocèse de Nimes, Si aujourd'hui d'Alais, en présence de Delphine de Roquefeuil, son aïeule maternelle, de Pierre-Gaucelin de Follaquier, Bérenger de la Fare, Guillaume de Frotard Si Guillaume de Rostaing, chevaliers. Hugues, comte de Rodez, fit son testament en 1271 Si mourut environ trois ans après. Henri, son fils, qui lui succéda, n'avoit pas'

risle, & rendu nécessaire l'interyention des agents ' Archives du domaine de Rodez, Mariages &

du comte. [Ib'ii. ce. 1602, i6o3. Cf. aussi JJ. 24<-"j Testaments^ lettre ddd.

f" 48 a.) [A. M,] ^ Histoire généalogique des grands officiers, t. 2,

' [Cf. plus haut, p. 899.] p. 700.

' La première lettre pour la confrérie du Carmel ' Domaine de Rodez, Acquits, n, z6.

est du 26 juin 1267. (Cf. tome VIII, ce. 1610, ^ /A:V. n. 45.

1611.) Le mandement au viguier de Toulouse pour ' Hôtel de ville de Rodez, les autres confréries établies dans cette ville, est du 21 mars 1268. (Ibid. c. i6i3.) [A. M.]

Hd. orii^in.

encore atteint 1 âge nubile quand son mariage fut arrêté, le 8 de septembre de l'an izSô, avec Marquise, fille de Barrai, seigneur de Baux. Il l'épousa dans la suite solennellement, Ik elle eut deux mille marcs d'argent en dot'.

LXIX. — Alfonse tient un nouveau parlement 6* se prépare à son départ

pour la Terre-Sainte.

Alfonse avoit donné ordre ^ à Pons d'Astoaud 8<. à Odon de Moutonier, ses commissaires ou lieutenans dans le comté de Toulouse, de se rendre à sa cour trois semaines après la Chandeleur de l'an 1268; mais il leur écrivit, le vendredi après l'octave de l'Epiphanie, de différer leur départ jusqu'au prochain parlement de la Pentecôte, & d'aller, en attendant, faire des informations dans l'Agenois, au sujet de quelques courses que son sénéchal dans le pays avoit faites sur les terres du roi d'Angleterre. Il leur ordonna en même temps de travailler à ses enquêtes 8t aux autres affaires qu'il leur avoit confiées 6(. de faire savoir à ceux pour qui ils avoient fait des enquêtes de ne pas aller à sa cour jusqu'à ce parlement, parce qu'il ne leur Jèroit auparavant aucune réponse'^. On voit par là & par un mémoire "* que ce prince adressa à ses officiers, vers l'an 1264, qu'il jugeoit dans son parlement, nonseulement les causes qui étoient portées par appel devant lui, de toute l'étendue de ses domaines, mais encore les affaires sur lesquelles il faisoit informer auparavant. Ce mémoire prouve aussi qu'il étoit fort attentif à empêcher les guerres particulières entre les seigneurs, ses vassaux, Si à punir par des amendes ceux qui les entreprenoient^. Le roi tint de son côté son

' La même année Alfonse reçut les plaintes de l'évêque de Rodez qui réclamait une somme assez importante retenue sur une année de revenu de la pezade par le sénéchal, qui n'avait jamais voulu la rendre. Alfonse ordonna à ce fonctionnaire de lui expliquer sa conduite & de donner satisfaction à révéque, s'il n'avait aucune raison légitime pour faire cette retenue. (Tome VIII, ce. i633, lô.T^.)

' Trésor des chartes; Toulouse.

'Mandement du i3 ou du 14 janvier ii68. (Tome VIII, ce. iS-i, iSya.) Le roi d'Angleterre prétendait que le sénéchal d'Agen était l'agresseur, & Louis IX avait ordonné au sénéchal de Carcassonne d'aller enquérir sur les faits qui étaient reprochés à cet officier. Alfonse, ne voulant pas laisser ses intérêts sans défense, chargea Pons Astoaud & Eudes de la Montonière d'accompagner ce fonctionnaire, de prendre part au règlement de l'affaire, s'il y avait lieu de donner satisfaction au roi d'Angleterre, & de prêter secours au sénéchal d'Agen, si besoin était. Ce fait, entre mille autres, prouve combien le comte de Toulouse était jaloux de faire respecter ses droits. [A. M.]

■"Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXLVI,

c. 1.514 &. suiv. — Le mémoire en question n'est pas d' Alfonse lui-même, mais de l'un de ses agents dans le midi, qui y parle à la première personne. Ce n'est certainement ni Eudes de la Montonière, ni Guillaume le Roux, ni Pons Astoaud, ni Sicard Alaman. Il est relatif aux guerres privées qui avaient éclaté les années précédentes dans la Province, aux longues luttes entre l'évêque d'Albi & l'abbé de Gaillac, entre Gaston de Béarn & le comte de Comminges, le fils du comte de Rodez 8< Gui de Séverac, &c. On y spécifie les amendes à exiger de tous ces perturbateurs de la paix publique, & on y règle différentes affaires d'administration. Il est adressé au sous doyen de Tours 8c au trésorier de Poitiers. A la suite, dom Vaissete a publié un autre texte, cette fois en latin, contenant les décisions du conseil, de ce que dom Vaissete appelle le Parlement, sur quelques-unes des affaires indiquées dans le premier mémoire. [A. M.] " C'était du moins là un des objets qu'Alfonse se proposait; Patteignait-il toujours, nous en doutons fort. En 1268, une petite armée, venant sans doute de Catalogne, se préparait à traverser les Etats du roi de France pour aller attaquer Charles d'Anjou dans ses domaines de Provence & de For-

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parlement à la Pentecôte de l'an 1268', & il y confirma une sentence par laquelle le sénéchal de Carcassonne condamnoit les habitants d'Albi à mille livres tournois d'amende pour avoir refusé de le suivre en armes, quelques années auparavant, contre les fils du roi d'Aragon. Ce sénéchal ordonna, vers le printemps de cette année ^, k tous les seigneurs du pays qui étoient obligés par leurs fiefs à résider un certain temps de l'année dans la cité de Carcassonne, de s'y rendre incessamment. Ces seigneurs étoient Philippe de Montfort, Gui de Lévis, maréchal de Mirepoix, Jeanne, veuve de Pierre de Voisins, 8< ses enfans, Lambert 8c Simon de Turey ou de Limoux, seigneurs de Saissac, Si plusieurs autres qui paroissent avoir une origine françoise; ainsi il est fort vraisemblable que lorsque le fameux Simon de Montfort leur inféoda les terres qu'ils possédoient dans le pays, ce fut à condition de résider tous les ans pendant un certain temps, dans cette forteresse, à la place des châtelains^ qui y demeuroient anciennement sous les anciens vicomtes'*.

Alfonse continua ses préparatifs, en 1268, pour sa nouvelle expédition dans la Terre-Sainte, & il s'y disposa par des aumônes abondantes. Il ordonna entre autres, à la fin du mois de juin de cette année 5, à son sénéchal de Toulouse Si d'Albigeois, de distribuer une somme considérable aux maisons

calquicr, Alfonse avertit ses sénéchaux & leur ordonna de s'entendre avec les officiers du roi de France & du roi de Sicile pour lui interdire le passage. (Cf. tomeVIII, c. 1378.) Une guene assez difficile à éteindre fut, en 1268 & '269, celle de risle-Jourdain; Pierre de LandreviUe, sénéchal de Toulouse, avait dû intervenir & occuper une forteresse {liid. c. 1647), & Jourdain de l'Isle implora la protection d'Alfonse. (/AiJ.) En 1269, la guerre recommença avec plus de violence que jamais; Jourdain envahit les fiefs d'Isarn Jourdain de risle à la léte de plus de deux mille hommes armés, & y fit le dégât} le comte ordonna de punir sévèrement un tel méfait & de percevoir les amendes dues pour port d'armes illicite. {Ihid. ce. 1676, 1677.) Quelques mois plus tard, c'est Jourdain de risie qui se plaint de Roger d'Espiès baile du comte; celui-ci est entré à main armée sut ses terres & les a ravagées; ordre au sénéchal de punir sévèrement l'agresseur. (Ihid. c. 1O87.) Mentionnons encore un duel interdit par Alfonse en 1269 (c. 1689), & de longues querelles entre Fanjeaux, ville dépendant du comté de Toulouse, & Montréal, dans la sénéchaussée de Carcassonne. [IhiA. ce. 1643, 1644 & 1686.) [A. M.)

' Registre Olim. — Cf. plus haut, pp. 853, 854, où nous racontons cette affaire tout au long & où nous renvoyons pour cet arrêt aux Actes du Parlement, de Boutaric. [A. M.j

•Voyez tome Vlil, Chnrtcs, n. CCCLVI, ce. iCCî & i663.

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXCVIII, ce. 919 a 926.

* Voyez tome VII, Note XLVI, p. 141 & suiv. Nous y faisons l'histoire de la châlellenie de Carcassonne, en faisant remarquer que ce n'était que la mise en pratique de l'une des règles du droit féodal qui imposait Vestage aux vassaux dans certaines circonstances. L'importance de la cité de Carcassonne, pendant longtemps boulevard du pouvoir royal dans le midi, explique pourquoi le roi conserva cette habitude de ses prédécesseurs, les vicomtes de Carcassonne. Plus tard, au quatorzième siècle, les seigneurs terriers furent remplacés par les mortes f^tycs, sorte de garde bourgeoise, dont l'origine est mal connue, quoique Besse ait voulu en attribuer l'institution à saint Louis, que la compagnie vénérait comme son patron. [A. M.]

'' Trésor des chartes; Toulouse, sac 10, n. 4. — Boutaric (pp. 464 à 468), donne la liste ville par ville de toutes les aumônes faites par Alfonse, dont il a pu retrouver la mention. Elles sont extrêmement nombreuses & ont surtout pour objet les ordres mendiants que ce prince, à l'exemple de son frère Louis IX, protégea toujours avec beaucoup de zèle. L'auteur que nous citons mentionne notamment des aumônes faites aux frères mineurs de Toulouse & de Montauban, aux dominicaines de ProuiUe, aux trinitaires de Toulouse, &c.

An 1268

religieuses & aux hôpitaux de sa sénéchaussée, savoir : trente livres tournois à chacun des couvens des frères prêcheurs & des frères mineurs de Toulouse, une somme proportionnée aux frères des Sacs, aux frères de la Trinité, aux frères des Capistres {de Capistiis), aux frères de Saint-Augustin & aux sœurs minoretes de cette ville; aux religieuses de l'Oraison-Dieu, de Bagnols, dans le Lauragais, & de l'Espinasse ; aux sœurs de Prouille, aux frères de l'ordre de 'Notre-Dame mère de Jésus-Christ, aux frères mineurs d'Albi, aux frères prêcheurs de Castres, aux religieuses de Gaillac, &c. Parmi les divers ordres religieux qu'on vient de nommer, ceux qu'on appeloit des Sacs {Saccorum) t'iii°''^.'Ï3 "'■' ^^ ^^ Pénitence de Jésus-Christ avoient plusieurs autres couvens dans la Province, savoir : à Narbonne où leur prieur provincial transigea ', en 1266, avec Géraud, abbé séculier de Saint-Paul de Narbonne, au Puy, Sec. Le roi leur donna ^, en 1264, un emplacement à Montréal, au diocèse de Carcassonne pour y bâtir un couvent.

LXX. — Alfonse lève une imposition sur les juifs £r- accorde quelques privilèges aux hahitans de Toulouse.

Alfonse imposa, en 1268, une'' capitation sur tous les juifs de ses domaines. Il fit faire des recherches exactes pour savoir au vrai la valeur de leurs biens, &. il en fit mettre quelques-uns en prison pour les obliger à la déclarer. Il manda, au mois d'octobre, à ses sénéchaux, de lui envoyer deux juifs des plus riches, de chaque sénéchaussée, pour traiter avec eux au nom de tous les autres. Les biens de ceux du diocèse de Toulouse & de la partie de l'Albigeois, qui est à la droite du Tarn, furent évalués à deux mille trois cens trente-cinq livres tournois, sans y comprendre les juifs de Toulouse, d'Auterive & de Gascogne ; sur quoi Alfonse écrivit au commencement de l'année suivante à Sicard d'Alaman, chevalier, Si à Gilles Camelin, son clerc, que

' Archives de l'abbaye de Saint-Paul de Nar- de ces juifs sous scellés pour être gardés jusqu'a-

tonne. près l'enquête, [Ibid. c. i65â.) Deux des juifs les

' Manuscrits de Colherl, n. 2275. — [Lat. 9996, plus riches de chaque sénéchaussée furent envoyés

p. 182; Mahul, t. 3, p. Soy. Cf. tome V, c. 1490, à Paris pour traiter directement avec le comte;

n. 162.] leurs livres religieux furent aussi saisis & en-

' Trésor des chartes; Toulouse, sac 10, n. 4. — voyés à Paris. Les juifs de Toulouse dont les biens

On peut voir, sur cette affaire des juifs, Boutaric, avaient été estimés mille trois cents livres de Tou-

p. 322 & suiv., & au tome VIII, c. i655 & suiv. louse, payèrent trois mille livres tournois. [Ihid.

On sait que c'était, au treizième siècle, une ha- c. i658). L'argent monnayé, trouvé dans leurs

bitude d'emprisonner les juifs de temps à autre maisons, fut confisqué pour servir d'à-compte sur

pour leur extorquer une rançon. En 1247, les les sommes qui leur étaient réclamées. Les taxes

juifs de Béziers avaient subi ce traitement (voyez furent levées avec tant de rigueur que Raimond,

plus haut, p. 7S3), & en i255 le roi faisait pour- évêque de Toulouse, ami personnel d'Alfonse, ne

suivre certains particuliers qui détenaient leurs put en faire exempter un juif de Verfeil qu'il

biens. (Cf. tome VIII, c, i3,")8.) En 1268, Alfonse protégeait. (Ihid. c. 1660.) En 1270, de nouvelles

fit arrêter tous les juifs de ses domaines; il dut poursuites furent dirigées contre les juifs pour

toutefois relâcher les feinmes & les jeunes enfants. leur faire reftituer leurs usures; restitution pro-

[îh'id. c. 1657.) Les barons & vassaux du comte fitable à Alfonse auquel les papes avaient accordé

ayant réclamé la mise en liberté des juifs dépen- une partie des usures ainsi restituées. (Boutaric,

dant d'eux, Alfonse ordonna de mettre les biens pp. 328 à 33o.) [A, M.]

les premiers dévoient financer quatre mille livres tournois, parce que ceux de la ville de Toulouse, dont les biens n'étoient estimés que treize cens livres toulousaines, s'étoient engagés de lui donner trois mille cinq cens livres tournois. Il donna pouvoir à ces deux commissaires, au mois de décembre suivant, « de lever la quête, la taille 8c toute autre redevance, sous quelque « nom que ce fût, sur ses hommes de corps & sur ses hommes de corps C- de « casalage au comté de Toulouse. >> Ce prince & Jeanne, sa femme, tirèrent outre cela des sommes considérables ; 1° Des différentes villes' de leurs domaines, qui leur firent des dons, 2° Des manumissions de plusieurs serfs^ de leurs terres dont ils changèrent les obligations en une rente foncière 3.

■ Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCLVIII, ce. 1668 à 1669. — L*acte auquel renvoie dom Vaissete est une charte de non préjudice concédée par Alfonse à la ville de Millau pour une subvention qu'elle lui avait accordée à titre gracieux. Il s\Tgit là du fouage dont nous avons parlé plus haut. [A. M.]

' Cartulaire du comte Alfonse. — [Cf. JJ. 24 f, passim, & notamment f°' zS & 26.]

^ Nous ne connaissons pas au juste le chiffre auquel s'élevèrent pour Alfonse les dépenses de la croisade, mais elles durent être très-considérables; du tableau dressé par Boutaric, pp. 347, 348, des excédants existant dans le trésor de ce prince à la fin de chaque exercice, il résulte qu'à la Toussaint 1268, Alfonse avait en caisse trois cent quatrevingt-cinq mille livres tournois, soit trente-quatre millions ou environ. Pendant toute l'année 1269 & une partie de 1270 il ne cessa de recevoir des sommes importantes, & on peut croire qu'en partant pour Tunis, il avait à sa disposition environ cinquante millions de nos jours. — Pour arriver à un pareil résultat, il lui fallut recourir à tous les moyens possibles : aliénation de domaines, vente de privilèges & de grâces, levée du fouage, 8tc. Nous donnons dans nos Preuves du tome VIII nombre d'actes où il est parlé de ce besoin d'argent) pour les retrouver il suffira de chercher les renvois indiqués au mot Terra Sancta de la table géographique. Nous allons ici analyser quelques-uns de ces actes, ctux du moins qui peuvent paraître les plus caractéristiques. — En octobre 1267 il envoie à ses agents dans le midi une sorte de circulaire, leur exposant les besoins d'argent qui le pressent, & les suppliant de veiller à seo intérêts, de chercher de l'argent par tous les moyens possibles, de réfléchir aux expédients qu'il leur a proposés; il envoie cette lettre à ses conseillers Pons Astoaud & Sicard Alaman, à ses clercs Eudes de la Montonière, Gilles Camelin, Guillaume le Roux, Guillaume de la Roche, Eustache de Mésy, à son procureur pour l'hérésie, Jacques Dubois. (Cf. tome VIII, ce. 1267, 1268.)

Le lendemain nouvelle lettre au sénéchal deToulouse sur le même sujet; un peu plus tard lettre de rappel à Eudes de la Montonière & à Pons Astoaud. {Ihid. ce. 1 568- 1569.) Les mandements relatifs à cette affaire se succèdent & se multiplient de jour en jour [IHJ. ce. 1670, 1571, i;J73, 1574, 8tc.); il invite ses officiers à se concerter, à prendre conseil les uns des autres, & surtout à se hâter. Il sent qu'il en devient importun & s'excuse auprès de Sicard Alaman; l'approche de son départ le force à se montrer indiscret; ses besoins d'argent sont pressants, ses dépenses innombrables. [Hid. c. 1576.) Il prie Gilles Camelin de hâter la vente de ses forêts domaniales qu'il lui faut aliéner, l'engage à lui mander des nouvelles de cette affaire [liid. c. 1577); il faut qu'en entrant en jouissance les acheteurs donnent la plus grosse somme possible, que les termes du payement soient rapprochés; qu'on envoie tout l'argent perçu à Paris par la voie la plus courte. (Ibid. ce. 1379, i58o.) Écrivant au fils du sénéchal Pierre de Landreville, qui vient de mourir, il l'engage à ne pas négliger les affaires que son père a laissées en suspens, à rechercher tous les moyens possibles de se procurer de l'argent. {liid. c. i58i.) Il excite Gilles Camelin à presser la rédaction des contrats de vente pour les forêts qu'il aliène, à traiter avec la ville d'Agen pour la suppression de la gabelle, (Ihid. ce. i588, 1689.) Ayant su que certains pénitents avaient promis à Guillem Athon, franciscain de Toulouse, de restituer au comte des sommes mal acquises, il le supplie de les engager à sexécviter. (^Ihid. c. 1090.) Il rappelle à Bettrand de i'Isle, prévôt de l'église de Toulouse, que c'est à lui, Alfonse, que sont réservés, en vertu de privilèges apostoliques, les legs faits pour le secours de la Terre-Sainte, les restitutions de biens mal acquis & des usures. (Ihid. ce. 1692, 1693.) Il demande au sénéchal quelle somme un certain G. de Bram, banni pour ses méfaits, voudra payer pour rentrer en grâce. Ilh'ui. c. i633.) Il écrit à ses clercs qu'ils pourront offrir des libertés aux bonnes villes de

An 1268 9°S HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI.

Les habitans de Toulouse, à l'occasion du subside qu'ils accoidèrer, t à Alfonse, leur comte, lui adressèrent un mémoire' distribué en quinze articles, concernant leurs libertés St privilèges, l'administration de la justice & de la police de leur ville, &C. Ils demandèrent entre autres : 1° Que lorsqu'on feroit quelque imposition, elle fût répartie sur les babitans au sol la livre. 2° Qu'on rédigeât les coutumes de la ville de Toulouse parce qu'elles étoient incertaines, & qu'on en supposoit qui n'étoient pas bonnes. 3° Que le comte établit dans cette ville quelque personne intelligente pour terminer sur les lieux toutes les causes d'appel portées devant lui, parce que, sous ce prétexte, il étoit fait préjudice à ses droits & à ceux des parties. Alfonse, trouvant ces articles justes & raisonnables, les renvoya à Sicard d'Alaman, au cornmencement de juillet de l'an 1268, avec ordre de savoir si personne ne s y opposoit, & de les lui renvoyer au prochain parlement de la quin-^aine de tous les Saints, pour en disposer ensuite comme il jugeroit à propos. Sicard, après avoir reçu cette commission, assembla les consuls & les habitans de Toulouse, Si, les ayant consultés, ils consentirent tous à l'établissement des articles, Si le comte les approuva^. Ce prince sollicitoit cependant toujours

ses Etats, moyennant finances. [lèid. ce. i5;.j, 1576.) Les hommes de Castelnaudary ont obtenu la permission de tenir chaque semaine un marche dans leur ville; ceux du Mas-Saintes-Puelles s'opposent à cette concession; qu'on écoute les raisons de ceux-ci; si leurs moyens sont inadmissibles, qu'on cherche toujours à faire payer aux habitants de Castelnaudary une somme plus élevée. (/AiV. ce. i636, lôSy.) — Ajoutons qu'il cherchait à faire des économies sur les frais d'administration. Ainsi, en mars 1268, il félicite Guillem de Montrevel, inquisiteur dans le Toulousain, d'avoir congédié quelques-uns des scribes & clercs qui l'accompagnaient. (Tome VIII , ce. lôyS, 1574.) Au mois de janvier 1269, jugeant sur le rapport de son clerc, Jacques du Bois, que le séjour des inquisiteurs à Toulouse l'obligeait à de grands frais, il leur fit proposer de se transportera Lavaur, dont le château servirait de prison pour les hérétiques. C'était une mesure d'économie, qu'il essaya de faire regarder par les inquisiteurs comme indispensable à l'exercice de leurs fonctions. {Ibid. c. 1484.) — Pour expliquer les dépenses excessives qu'Alfonse & Louis IX durent faire lors de ces expéditions lointaines, il faut se rappeler que, surtout pour l'expédition de Tunis, ils durent enrôler des hommes & les payer fort cher; l'amour des aventures ne pouvait faire oublier le désastre de la Mansourah. On peut voir dans Boutaric (pp. ii5 à 119) quelles conditions onéreuses Alfonse eut à subir pour attirer des nobles & des roturiers à son service, quelle quantité de munitions, de provisions de toute espèce il lui fallut réunir. On peut aussi voir au tome VIII,

c. 157J, les conditions qu'il charge Sicard Alaman de proposer à un célèbre ingénieur (mcchinator^, qui était à la cour du roi de Castille, & dont il voulait s'assurer les services. [A. M.]

' Domaine de Montpellier; viguerie de Toulouse, n"'' 8 & 9.

' On peut voir cette requête des habitants de Toulouse au tome VIII, c. 1 65 1, d'après le registie d'Alfonse. Outre les articles analysés par dom Vaissete, elle en contient plusieurs autres qui ont leur importance; tels sont : l'article 2, pour obliger les consuls à rendre chaque année leurs comptes devant une coinmission composée de quarante-huit prud'hommes, quatre par quartier; l'article 5, ordonnant aux notaires de rédiger d'une manière définitive leurs actes en présence des parties, crainte de changements; l'article 7, réduction des péages à l'ancien tarif; l'article 10, que la dot de la femme ne puisse être saisie pour les dettes du mari ; article 1 1 , celui qu'une dénonciation ou une accusation injuste aura fait retenir en prison, n'aura pas à payer les frais de son entretien en prison, qui seront soldés par le dénonciateur; article i3, réglementation des dîmes & des prémices, qui seront ramenées au taux de l'époque de la paix de Paris. Ces statuts furent approuvés par Alfonse qui avait chargé Sicard Alaman de les examiner; mais les consuls refusaient de les communiquer aux habitants, & Alfonse dut charger le viguier de leur publication. En mars 1269, il ordonna à Sicard de forcer les opposants à exposer leurs raisons, & de les renvoyer devant son parlement. En 1268, le comte confirma aussi les privilèges accordés autrefois aux pécheurs de

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVl. non "~; ITT^

le pape CléinentlV' de lui tenir sa promesse & de lui accorder au plus tôt le secours qu'il lui faisoit espérer pour son expédition de la Terre-Sainte. Il lui envoya dans cette vue frère Philippe, de l'ordre des Mineurs. Le pape accueillit favorablement cet envoyé ; mais, quant au secours promis, il répondit à Alfonse, à la fin du mois d'avril de l'an 1268, qu'il ne pouvoit lui rien mander de précis jusqu'au retour d'un légat qu'il avoit envoyé en Allemagne^.

LXXl. — Faculté de droit civil établie dans l'université de Montpellier.

Le pape"* confirma, le 5 de mai suivant, les privilèges que Jacques, roi d'Aragon, avoit accordés à l'abbaye de la Grasse, 8t écrivit quelques jours après à ce prince à l'occasion suivante : Jacques avoit nommé Guillaume Seguier, pour professer le droit civil à Montpellier, sans la participation de l'évèque de Maguelonne. Ce prélat, prétendant qu'il n'appartenoit qu'à lui de donner le pouvoir {licentiam) d'enseigner dans l'université de cette ville, excommunia le nouveau professeur avec tous ceux qui assisteroient à ses leçons. Le roi se fondoit sur ce qu'on ne pouvoit professer les lois humaines sans l'autorité du prince, &c l'évèque soutenoit qu'étant dans l'usage de donner les licences dans les autres facultés, celle de droit civil devoit y être comprise; qu'à la vérité il n'avoit pas encore exercé son pouvoir par rapport à celle-ci, mais que c'étoit uniquement parce qu'on ne lui avoit jamais demandé la permission de l'enseigner. Jacques chercha'* à s'appuyer du suffrage de i.'ui"^^^. Maurin, archevêque de Narbonne, à qui il écrivit, le 20 d'août; mais il paroît que le pape ■' n'étoit pas favorable à ses prétentions, 8c qu'il penchoit entièrement du côté de l'évèque. Du reste ce différend prouve que la faculté de droit civil ne fut établie dans l'université de Montpellier qu'après le milieu du treizième siècle, quoique ce droit y eût été enseigné dès le douzième.

Toulouse par ses prédécesseurs. (Cf. tome VIII, de ses agents furent sans doute infructueux, & en

c. 1616.) [A. M.] iicai 1270, le comte & l'évèque échangèrent leurs

' Clément IV, Eplst. 6iS. lettres d'hommage. (Cf. tome V, c. 1349, n. iiâ.)

"Toujours jaloux de ses prérogatives, Alfonse Le château de Montirat, tenu par l'évèque du

chercha vers cette époque à se soustraire à une des comte, avait déjà été l'objet de plusieurs lettres

oblig;itions que lui avait léguées son beau-père. d'Alfonse. L'évèque avait réclamé les hérésies de

En s'accordant, en IÎ48, avec l'évèque d'Albi pour cette forteresse, & Alfonse, par lettres du mois de

le lieu de Casteinau de Bonafous, Raimond VII mars 1 257, prescrivit une enquête. (J. 3io, n. f.2 ;

avait reconnu le tenir en fief de l'évèque d'Albi, Teulet, t. 3, p. 087.) Au mois de novembre i2;)3

8t, par conséquent, devoir l'hommage à ce prélat. l'enquête durait encore, 81 le comte pressa le séné-

(Cf. tome VIII, c. 1246.) Peu désireux de remplir chai de Rouergue de donner une solution .i cette

cette obligation, qui avait quelque chose d'humi- affaire. (lild.; Teulet, t. 3, pp. 438, 439.) La sen-

liant pour un si grand seigneur, Alfonse avait tence définitive fut rendue, le 2 juin 1260, par

différé de rendre cet hommage. En 1268, l'évèque cet officier; les encours pour hérésie de Montirat

l'en requit, offrant en même temps de lui rendre & de Monestiés furent adjugés à l'évèque, qui

hommage pour son château de Montirat, qu'il avait prouvé son bon droit. [Ibid.; Teulet, t. 3,

tenait du comte de Toulouse. [Ibid. c. 1642. j pp. 523, Ô24.) |A. M.] Avant de s'exécuter, Alfonse pria Pons Astoaud & ' Clément IV, Epiit. 6?>g & 6î>i.

Eudes de la Montonière de voir s'il n'y aurait pas ■* Gallia Christiana, nov. éd. t. 6, Instr. c. 68.

quelque exception de droit à invoquer. Les efforts ' Clément IV, Epist. 652.

An 12^)8

)io HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV, XXVI.

LXXII. — Vains ejjbrts de l'église de Viviers pour se soustraire à l'autorité du roi, sous prétexte qu'elle était soumise à l'empire.

Clément IV écrivit', la même année, au roi saint Louis, au sujet des plaintes que l'évêque & le clergé de Viviers lui avoient portées. « Ce prélat « Si ses ecclésiastiques se plaignent, dit le pape, de ce que n'étant soumis « qu'à l'empire, comme ils l'assurent, eux & leurs vassaux sont cités au tri- « bunal de vos officiers, où ils sont mulctés, lorsqu'ils refusent de compa- (' roître, & jugés en matière civile & criminelle. Nous n'avons trouvé nulle « part quelles sont les limites de l'empire &c de votre royaume. Se nous ne « saurions les distinguer, quoique nous ayons toujours ouï dire aux anciens « qu'en quelques endroits ce sont les fleuves qui en font la séparation, 8c » dans d'autres les provinces & les diocèses; mais nous l'ignorons. La ques- « tion présente ayant été cependant agitée au commencement de votre règne, (c dans le temps que Pèlegrin Latinarius étoit sénéchal de Beaucaire, & cet « officier ayant eu là-dessus un grand différend avec Bermond, évêque de M Viviers, je fus choisi pour arbitre avec Raimond de Vairac, chevalier, & Il ayant visité les archives de l'église de Viviers, nous y trouvâmes plusieurs « diplômes; mais ils étoient tous des empereurs, & nous n'y vîmes aucune « charte qui ne prouvât que cette église dépendoit de l'empire depuis des « temps fort reculés. On nous montra de plus les étendards impériaux dont « l'évêque de Viviers s'étoit servi dans l'occasion, & nous ne pûmes découvrir « autre chose. Ayant ensuite rendu compte de notre commission au sénéchal, « il suspendit ses poursuites, après avoir retenu le peu de fiefs dont il avoit « exigé des reconnoissances en votre nom. » Le pape prie ensuite le roi de ne pas permettre que ses officiers vexent injustement l'évêque & l'église de Viviers : « Puisque, ajoute-t-il, vous ne pouvez trouver dans vos registres, o comme nous le croyons, que les évêques de cette ville ayent été ancienne- « ment soumis à votre domination, & qu'il est prouvé au contraire qu'ils « dépendoient de celle de l'empereur. Au reste si vous avez un véritable « droit, auquel nous n'avons jamais prétendu ni ne prétendons faire aucun « préjudice, nous sommes persuadés qu'il convient beaucoup mieux d'em- « ployer la justice que la force pour le recouvrer. » Cette lettre fait voir que dès que le roi saint Louis eut acquis le domaine utile du Vivarais, par la cession que Raimond VII, comte de Toulouse, lui en fit en 1229, ses officiers se mirent en état d'y faire reconnoître sa domination, & que l'évêque & les vassaux de l'église de Viviers qui s'étoient soustraits, vers le milieu du douzième siècle, de la sujétion où ils avoient été anciennement des rois de France pour se mettre sous celle de l'empire, firent difficulté d'obéir \ Mais comme les droits du roi sur le Vivarais étoient^ incontestables, & que ce n'étoit que

• Clément IV, EpUt. 666. > Voyez tome IV, Note I, pp. i à 9.

' Voyez tome III, 1. XVI, ch. l, p. 62() ^ & 1. XVIII, ch, II, p. 772.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI. qii

' An 1268

par la négligence de quelques-uns de nos rois que les empereurs avoient étendu leur autorité sur ce pays 81 empiété sur celle de ce prince ; Louis n'eut garde de se rendre aux remontrances du pape. Ce prince & ses successeurs firent si bien valoir par leurs sénéchaux de Beaucaire, auxquels le Vivarais étoit soumis, leurs droits légitimes sur ce pays & sur tout ce qui est en deçà du Rhône, depuis tin bord jusqu'à l'autre, qu'enfin les évêques de Viviers furent obligés de se soumettre.

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