LXXIII. — Mort du pape Clément IV. — Ses ouvrages
Clément IV ne survécut que quelques mois à cette lettre ; il mourut, le 29 de novembre suivant, à Viterbe, où il avoit établi la résidence de la cour romaine. Il fut inhumé dans l'église des Jacobins de cette ville, où on voit son tombeau avec son épitaphe' qui contient l'abrégé de sa vie. Étant pape, il exerça^ comme auparavant, lorsqu'il étoit évêque, le grand talent qu'il avoit pour la prédication, 81 mena une vie très-pénitente Si très-exemplaire. Oh loue la beauté de sa voix Si l'amour qu'il avoit pour le chant ecclésiastique. Entre ceux qu'il employa sous son pontificat, il confia à Folquier, chanoine de Narbonne, la légation de Portugal. Outre le recueil de ses lettres il écrivit plusieurs ouvrages, entre autres la Vie de sainte Hedwige, duchesse de Pologne, qu'il canonisa. On trouve dans les archives de l'inqui- t^ni""^5'i'5 sition de Carcassonne un de ses ouvrages intitulé : Qucestiones domini Guidonis Fulcodi (j responsiones ejus. C'est un traité manuscrit de quarante pages in-folio, divisé en quinze questions, dans lequel il examine le pouvoir des ordinaires par rapport à l'inquisition de la foi. Il soutient qu'ils n'en peuvent exercer aucun pendant la durée de la commission donnée aux inquisiteurs de l'ordre des frères Prêcheurs par le pape. Il traite les questions qui lui avoient été proposées par les inquisiteurs mêmes, dans le temps qu'il n'étoit encore que simple jurisconsulte, suivant la méthode des canonistes 8c les principes fondés sur les fausses décrétales qui étoient alors les plus communs 3,
LXXIV. — Le roi lève des subsides pour son passage d'outre-mer. Assemblée des trois états de la sénéchaussée de Carcassonne.
Le roi fit lever une taille sur tous les sujets immédiats de son domaine pour son passage de la Terre-Sainte, suivant l'usage où étoient alors les sei-
■ Catel, Mémoires de l'hiitoire du Languedoc , de son Tractatus de offic'io sanctissimae Inguisitio-
p. 799. nh, pp. 367 à 393. Nous ne pouvons songer à
' Gesta Ludovici /X, p. 397. — Raynaldi, an- analyser un pareil document, qui, au point de
née 1268, — Pagi, Breviarium gestorum pontificum vue de l'histoire de la procédure canonique, ne
Romanorum, X. 3. -^ Ciaconius, Vita démentis l^^ manque pas d'importance. C'est, sous une forme
Cflit. de 1676. méthodique, une sorte de code de procédure à
' Cet ouvrage de Gui Foucois a été publié, en l'usage des inquisiteurs. [A. M.j 1669, par Cesare Caréna, de Crémone, à la suite
A.ii 12');)
gneurs de tailler leurs vassaux dans cette circonstance Si dans quelques autres. II fit," outre cela, demander un secours ou don gratuit pour cette entreprise aux vassaux de tous les seigneurs du royaume. Nous avons encore ' l'acte par lequel les habitans d'Albi lui accordèrent cent marcs sterling, le 17 de septembre de l'an 1269, « à condition qu'il déclareroit dans des lettres u patentes que ce don ne leur causeroit aucun préjudice à l'avenir & ne les « assujettiroit pas à l'imposition de la taille, parce qu'ils étoient vassaux de « l'Église. » Les vassaux des vicomtes de Lautrec^ accordèrent aussi au roi, avec leur permission, un subside pour le passage d'outre-mer.
Dans la suite, lorsque nos rois voulurent établir quelques impositions extraordinaires dans les vigueries &. les sénéchaussées de la Province, ils firent assembler les trois états du pays, savoir : les prélats 8i les nobles pour obtenir d'eux la permission de faire contribuer leurs vassaux, & les consuls £<. les députés des bonnes villes pour leur demander leur consentement; 8<. cet usage s'est toujours conservé. Outre cela, on assembloit sous le règne de saint Louis les trois états de chaque sénéchaussée en particulier pour délijjérer sur les affaires importantes du pays, ainsi qu'on l'a déjà remarqué ->. Telle fut l'assemblée de la sénéchaussée de Carcassonne, qui se tint"' en 1269 &. dont il nous reste encore le procès-verbal. Les consuls de Narbonne avoient demandé à Guillaume de Cohardon , sénéchal de Carcassonne, qu'il défendît la sortie des grains de la sénéchaussée. Le sénéchal, sur cette demande, se crut obligé d'assembler les prélats, les barons, les chevaliers, les consuls & les principaux habitans du pays pour en délibérer avec eux. Il indiqua l'assemblée à Carcassonne pour le dimanche 11 du mois d'août, &c y appela l'archevêque de Narbonne, les évêques de Béziers, Agde, Lodève, Maguelonne 8c Albi, l'évêque élu de Carcassonne, vingt-deux abbés, le prieur de Cassan, le prévôt de Saint-Salvi d'Albi & douze commandeurs
'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCLVIII , tels abus, en permettant & défendant arbitraire-
c, 1669. ment le commerce des céréales, ils avaient commi:
' llid. à cette occasion de telles extorsions que Louis IX
' On a beaucoup disserté sur l'origine & la por- dut avoir à cœur d'en empêcher le retour. Les re-
tés de ces assemblées de sénéchaussées, sans tou- gistres des enquêteurs sont pleins de faits de ce
jours se rendre un compte exact de leur organi- genre, commis surtout à Beaucaire & sur les limi-
sation & de leur rôle. Pour l'origine, elle est tes du Languedoc & de la Provence. Nulle preuve
tout entière dans l'ordonnance de Louis IX, de que l'usage de ces assemblées ait existé dans le
I 2ij4 ; cet acte n'accorde à ces Etais que le pou- midi avant l'ordonnance de i2;j.(j seuls les habi-
voir de défendre ou de permettre l'exportation tants de Beaucaire l'alléguèrenî comme un droit
du blé de la Province; si le roi ordonna au séné- ancien & consacré par leur coutume particulière,
chai de ne point réglementer cette matière sans Quoi qu'il en soit, c'est certainement de là que
prendre l'avis des gens des trois Ktats, ce fut pro- viennent les assemblées des trois états des séné-
bablement pour les raisons suivantes; il jugea chaussées du midi, dont la réunion donna nais-
que, en pareil cas, le sénéchal aurait tout avan- sance, au quinzième siècle, à ce qu'on appela les
tage à prendre l'avis des gens intéressés, grands Etats de Languedoc. La compétence de ces assem-
propriétaires du pays, connaissant mieux que lui blées, leur composition se modifia profondément;
l'état de la récolte & les besoins de l'alimentation mais c'est très-certainement à 1254 qu'il faut
publique; en outre, & ce fut probablement la rapporter leur origine. [A. M.] principale raison qui décida les conseillers du roi, ^ Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCL^'II,
les sénéchaux 8c les viguiers s'étaient permis de ce. 16643 1668.
An 1269
de l'ordre des Templiers ou de celui des Hospitaliers, pour le clergé ; Philippe de Montfort, Gui de Lévis, maréchal d'Albigeois, Amalric, vicomte de Narbonne, Isarn, vicomte de Lautrec, 8t ses frères Amalric &«. Bertrand, £c une vingtaine d'autres seigneurs pour la noblesse; Si enfin les consuls de vingt-sept principales villes pour le tiers état. Arnoul de Courferrand, chevalier, Si Raimond Marchi, que le roi avoit envoyés dans le pays pour demander le subside de la Terre-Sainte, se trouvèrent aussi à cette assemblée dans laquelle l'archevêque de Narbonne & Philippe de Montfort parlèrent au nom des autres prélats 5c seigneurs terriers, Si furent d'avis, sur ce qu'il y avoit une grande abondance de blé dans le pays, qu'on n'en empêcheroit pas le transport au dehors, excepté pour les Sarrasins, les pirates Si les autres ennemis de l'Eglise 81 du roi de Sicile. Cet avis fut généralement suivi par toute l'assemblée. Si le sénéchal l'ayant approuvé, il le fit publier Si nomma l'évêque de Béziers, Philippe de Montfort 81 le juge du sénéchal de Carcassonne, c'est-à-dire un député de chaque ordre, pour tenir la main à ce qu'on ne portât pas de blé à ceux à qui il étoit défendu d'en vendre '.