‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 319 sur 342 · XCVIII. — Franc-alleu. — Juifs · texte numérisé non relu

XCVIII. — Franc-alleu. — Juifs

Les nobles, les bourgeois des villes 8< les autres personnes libres continuèrent cependant de posséder la plupart de leurs terres en franc-alleu ou sans payer aucune redevance seigneuriale, suivant l'usage observé de tout temps

■ Chitenu de Foix, cartulaire, caisse i;ï. — envers & contre «oiis, & aviquel il payait une

L'exemple que cite dom Vaisscte ne prouve rien ; redevance annuelle. Cf. à ce sujet tome VII,

le cas est tout diffcrentj il ne s'agit pas ici de Note XLVI, p. \66, & au tome VIII, le Catalogue

serfs, mais d'hommes libres qui se mettent sous le des actes des comtes de Toulouse, pass'im. [A. M.] eapti-inh du comte de Foix. On appelait ainsi l'acte ' Cartulaire du comte Alfonse. — [JJ. 24", (° 98

par lequel un individu se donnait pour hor:me à & suiv.] un seigneur puissant, qui s'engageait i le protéger

An 127 I

(•. jM.

An 1271

clans le pays, 8<. confirmé par le roi saint Louis ' ; en sorte que clans ce siècle, comme dans les précéclens, les alleux y furent opposés^ aux fiefs. Il étoit même permis ^ alors aux juifs d'y posséder des alleux; aussi ces peuples n'y furent jamais tant en crédit, ni si nombreux qu'au treizième siècle, à cause de la protection que les comtes de Toulouse 8c de Foix, les vicomtes de Béziers & de Carcassonne, & plusieurs des principaux seigneurs leur accordèrent, jusqu'à les admettre dans les charges publiques, & leur confier l'administration de leurs finances & de leurs domaines, malgré la défense qui en avoit été faite dans divers conciles '^. Ils avoient des synagogues dans les principales villes de la Province, Si ils eurent aussi dans ce siècle 81 dans le précédent plusieurs savans rabbins qui s'y rendirent célèbres par leurs écrits^. Tels furent Abraham ben Isaac de Montpellier, Abraham ben Isaac de Narbonne, Zerachia ben Isaac Haietsari, lévite deLunel, Meir Haccohen, prêtre de Narbonne, qui professa la loi à Tolède, en Espagne, Salomon aben Tybbon de Montpellier, Salomon Rasci de Lunel, Samuel ben Salomon, surnommé Nin de Carcassonne, 8< Elle de Carcassonne. Enfin il y en a qui prétendent^ que le fameux rabbin David Kimchi étoit de Narbonne.

XCIX. — Commerce. — Monnaies royales 6" seigneuriales de la Province.

Le commerce qui florissoit dans la Province y attiroit d'ailleurs beaiicoup de juifs étrangers, outre les Génois, Lombards, Florentins, Pisans 8c autres peuples d'Italie, qui avoient des établissemens fixes dans les principales villes.

' Laurière, Ordonnances, t. I, p. 62 & suiv.

' Voyez tome VIII, Charles, n. CXXXV, c. 744 8c siiiv.

^ Baluze, Concilia Gaîliae NarhonensïSj Appendix, p. I I 5.

* L'état social des juifs dans le Languedoc, avant & après la guerre des albigeois, a été tout récemment l'objet d'un travail très-approfondi de la part de M. G. Saige. (Blhliotheque de l'Ecole des Chartes, t. Sp, pp. 255 à 322.) Dans cette étude, faite presque uniquement sur des documents inédits, l'auteur montre de quels privilèges les israélites jouirent dans cette province pendant tout le douzième siècle. Protégés par les seigneurs & surtout par ceux de Carcassonne, par les préKits même, ils furent admis aux fonctions administratives & servirent, malgré les canons des conciles toujours renouvelés, d'agents financiers aux princes du midi. Après la guerre des albigeois, leur condition resta la même dans les seigneuries; mais elle changea complètement dans les domaines royaux. Louis IX & Alfonse de Poitiers les soumirent par mesure financière, & aussi par zèle religieux, à des exactions, à des rigueurs qui, plus tard, sous Philippe le Bel, ne firent que se multiplier & s'aggraver. Au contraire, dans les seigneu-

ries relevant de la couronne & du comte de Toulouse, ils conservèrent longtemps leurs privilèges, & ce fut l'objet d'une longue lutte entre les officiers royaux & les vassaux du roi; ceux-ci essayant de conserver leurs juifs, source de revenus importants, & les sénéchaux cherchant par tous les moyens à les soumettre à la juridiction royale. Cette lutte aboutit, en i3o6, à la grande expulsion, qui priva le Languedoc de tant de négociants habiles, de marchands actifs; ce fut une mesure désastreuse, & qui porta un coup fatal au commerce & à l'industrie de la Province. [A. M.]

^ SartolocciiiSj Bihliotkeca Rahhinica, t. 1 , 2 8c 4.

^ IhiJ. t. 1, p. 20. — Toutes ces questions d'histoire littéraire ont été étudiées de nouveau 8c approfondies par M. E. Renan. [Histoire littéraire de la France, t. 27, p. 5io 8c suiv.) Nous renvoyons à ce travail, où le lecteur trouvera tous les renseignements désirables sur ces écrivains 8c sur leurs oeuvres. Nous signalerons seulement un ouvrage de controverse, écrit probablement à Narbonne, intitulé Guerre de précepte. 8c dont l'auteur se plaint vivement de toutes les lois oppressives dont les juifs étaient l'objet (pp. jâp, 56c); ces plaintes avaient été présentées par l'auteur nu gouverneur chrétien de Narbonne. ^A. M.J

-' ' An 1171

comme à Montpellier, Narbonne, Nimes, Sic. On a vu par la guerre que les habitans de Montpellier soutinrent contre les Marseillois que les premiers étendoient leur commerce dans toutes les échelles du Levant. C'est ce qui paroît d'ailleurs : 1° Par les traités ' qu'ils conclurent, en lîiS, avec ceux de Marseille, Nice, Gênes, Pise 8c les autres villes situées sur la côte de la Méditerranée, avec les rois de Jérusalem Se de Chypre, le prince d'Antioche, Sec, d'où ils prirent occasion d'établir chez eux un consulat de mer, qui y subsiste encore aujourd'hui^. 2° Par le traité^ « que Charles, par la « grâce de Dieu prince d'Antioche 8c seigneur de Constantinople, iils de « Bohémond , prince d'Antioche & comte de Constantinople, de bonne « mémoire, « 8c Bohémond, prince d'Antioche 81 comte de Tripoli, renouvelèrent avec les mêmes habitans de Montpellier, au mois de février de l'an 1243, la dixième année de leur principe 6- de leur comté, suivant lequel ces peuples dévoient avoir entre autres, dans ces trois villes, un consul & une rue affectée aux marchands, leurs concitoyens"*.

Celle de Narbonne n'étoit pas alors moins célèbre par son commerce, comme on voit par les différens traités que ses habitans conclurent^, en 1224, 122.5 8c 1244, avec ceux de Marseille, Hyères, Nice, Vintimille, Gênes 8c Pise, les seigneurs de Toulon, Sec, 8c par les traités qu'ils renouvelèrent, en 1246 8c 1255, avec ceux de Savone 8c de Vintimille. Raimond de Montcade, seigneur de Fraga, confirma en leur faveur, l'an 1271, surtout par rapport au commerce, les privilèges que Raimond-Bérenger, comte de Barcelone, leur avoit accordés^, en 1148, dans la ville 8c le territoire de Tortose, t.'ui'°n'^5'!ji après ciu'il eut pris cette ville sur les Sarrasins. Enfin nous trouvons^que deux citoyens de Narbonne, en qualité d'ambassadeurs de la cité Se du bourg, étant à Pise, le 6 de juin de l'an 1279, suivant le cours 6- la coutume des Pisans, y confirmèrent l'élection d'un consul que les commerçans de Narbonne y avoient faite.

Le sénéchal de Carcassonne fit des* informations contre les mêmes habibitans de Narbonne, vers le commencement de l'an 1267, il prétendoit qu'ils avoient pris Se reçu des monnoies défendues par la dernière ordonnance du

'Gat\t\, Séries praesulum Mcigalonensium,'f.Z'ij^. lier, 1 86 i , deux vol. in-8°. On peut aussi y ajoii-

' La nomination des consuls de mer fut régie- ter les Mémoires sur le port i'Aigues-mortes, de

mentée à Montpellier en lîiS. Elle fut confiée J. Pngézy, parus tout récemment. Louis IX chercha

aux consuls qui durent chaque année choisir vingt surtout à centraliser le commerce maritime à son

bourgeois de la ville dont quatre désignés par le profit, en dotant Aigues-mortes d'un monopole

sort eurent le titre de consuls de mer. Leur office que ses successeurs ne firent que renforcer, au

était annuel, 8c ils ne pouvaient être réélus avant grand détriment des autres villes du L.inguedoc.

trois ans. ("Germain, Histoire du commerce de Mont- Cf. à ce sujet, Germain, ut supra, t. i, p. 45 &

pellier, t. I , p. îSq.) [A. M.] suiv. [A. M.J

* Manuscrits d'Auiays, cartul:iire de Monipel- ' Hôtel de ville de N.irbonue.

lier. Gariel, Séries praesulum Magalonensium " Voyez tome III, 1. XVII, ch. Lxxii, p. ySij,

p. 359. ' ' Tome VIII, Chartes, n. CCCXLIX, ce. 1745

* Sur le commerce dans le midi, à cette époque, à 1747.

on peut consulter l'ouvrage de C. Port, Du corn- * Archives de la vicomte de Narbonne, regii-

merce Je Narbonne, & surtout l'Histoire du com- tre I. F, merce de Montpellier, d* M. Germain. Montpel-

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