‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 85 sur 342 · IX. — Confirmation des privilèges de l'église de Narbonne · texte numérisé non relu

IX. — Confirmation des privilèges de l'église de Narbonne

Le roi Louis le Jeune, en allant à son expédition contre les comtes d'Auvergne Se le vicomte de Polignac, ou à son retour', passa à Souvigni, en Bourbonnois, où il donna ^ en faveur de Pons, archevêque de Narbonne, un diplôme qui est daté de l'an ii65. Ce prélat lui avoit écrit^ peu de' temps auparavant pour lui marquer qu'il avoit un extrême désir de l'aller joindre; mais que ne le pouvant alors, il lui envoyoit Bertrand, chantre de son église, & le supplioit de renouveler en sa faveur le diplôme qu'il avoit accordé autrefois à son prédécesseur. En conséquence Louis fit expédier cette charte par"* laquelle il confirma, en faveur de Pons, tous les droits que les rois ses prédécesseurs avoient accordés à l'église de Narbonne, avec la justice & le domaine tant sur le bourg de Narbonne que sur divers châteaux du pays.

X. — Constance, comtesse de Toulouse, se retire à la cour du roi Louis le Jeune,

son frère. '

On doit rapporter'' au même temps une lettre "^ que le commun conseil de la ville S< du faubourg de Toulouse écrivit à ce prince, 8< dont voici le sujet. Louis avoit envoyé quelques seigneurs dans cette ville pour y prendre la comtesse Constance, sa sœur. Si l'amènera la Cour. Les Toulousains la firent accompagner par quatre de leurs députés & les chargèrent de la lettre dont on vient de parler, dans laquelle ils prient le roi d'avoir soin de cette princesse, de la protéger avec ses enfans 8< la ville de Toulouse, &t de la leur renvoyer le plus tôt qu'il seroit possible : « Parce que, ajoutent-ils, c'est en « elle & avec elle que nous mattons toute notre joie & toute notre force. » On voit par là que ces peuples avoient beaucoup d'affection pour Constance, nonobstant ses différends avec leur comte, son mari.

Louis, après avoir heureusement terminé son expédition dans l'Auvergne Se le Vêlai, revint à Paris pour assister aux couches de la reine Alix de Champagne, sa troisième femme, qui accoucha'^, le samedi dans l'octave do l'Assomption de l'an ii65, d'un fils qui fut nommé Philippe & qui régna dans la suite sous le nom de Philippe IL Constance, comtesse de Toulouse^ qui étoit alors arrivée à la Cour, fut une des marraines de ce jeune prince, son neveu, dont la naissance causa une joie universelle dans le royaume, parce que Louis n'avoit pas encore eu d'enfans mâles; les Toulousains en eurent

' Voyez tome VII, Ka'.c III, n. li * D'Achéry, SpiàUgiam, t. i3, p. 3iîi

* D'Achéry, Spicilegium, t. l3, p. 3i5. — [V'oyeï ' Voyez tome IV, Note II, n. i.

to-r.e V, Cl i56û, n. i3i.] ' Duchesne, Histeriac franc, t. 4, p. 7201

' Duchesne, Histdriae Franc, t. 4, p. 647. ' Util. p. 419;

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surtout un fort grand plaisir ; ils écrivirent au roi, à cette occasion, une nouvelle lettre' dans laquelle ils lui témoignent que le clergé Se le peuple du pavs, après avoir rendu à Dieu des actions de grâces solennelles de cette naissance, ne cessent de prier pour la conservation du jeune Philippe. « Nous « vous envoyons, ajoutent-ils, comme vous nous l'avez ordonné par vos « envoyés, quatre députés de notre chapitre {de capitulo nostro), savoir : trois « séculiers dont ils marquent le nom, & le curé de Saint-Pierre des Cuisines, « 8<. deux de notre conseil. « Ils chargèrent ces députés de poursuivre à la Cour quelques affaires importantes qui regardoient la ville de Toulouse, 8c leur firent prêter serment, avant leur départ, d'en soutenir les intérêts : Sauf la fidélité qui est due, disent-ils dans leur lettre, à notre seigneur le comte Se à la sérénissime dame notre comtesse. Enfin, ils supplient le roi d'accorder sa protection à ses neveux, leurs seigneurs, & de leur renvoyer incessamment sa sœur, leur dame. Il paroit que, malgré les vœux des Toulou- Pùrp'b sains. Constance ne rejoignit plus le comte Raimond, son mari, & qu'ils firent alors l'un 8<. l'autre divorce ensemble pour le reste de leur vie. Il est certain du moins que Pvaimond répudia Constance^, comme nous le dirons bientôt.

XI. — Retour du pape Alexandre III à Montpellier. — Son départ pour l'Italie. — Comtes de Ronssillon.

Cependant le pape Alexandre III résolut de retourner en Italie après avoir fait un séjour de plus de trois ans en France. 11 célébra à Sens la fête de Pâques de^ l'an ii6j, puis il alla à Paris 8< à Bourges, ,& arriva au Puy d'où il écrivit au roi"^, le 3o de juin; il partit ensuite pour Montpellier, où il fit un assez long séjour, en attendant le temps de s'embarquer, parce qu'il vouloit faire le voyage par mer. Durant^ cet intervalle, l'empereur Frédéric fit tout son possible, soit par présens, soit par promesses, pour engager Guillaume, seigneur de Montpellier, à s'assurer de la personne d'Alexandre & à le lui remettre entre les mains. Mais ce seigneur, avant horreur d'une telle proposition, la rejeta avec indignation & crut au contraire qu'il étoit de son devoir de faire toute sorte d'accueil au pontife.

Alexandre étoit déjà arrivé à Montpellier le :i de juillet de l'an ii65; il y donna alors deux bulles, Vuns^ en faveur de l'abbaye de Calers, au diocèse de Toulouse, & l'autre pour'' celle de fjonnefont, au diocèse de Comminges, La dernière de ces bulles, dans laquelle le pape se sert du calcul pisan dans la date, est souscrite par douze cardinaux qui étoient à sa suite. Pendant son séjour à Montpellier il donna commission, le i" d'août, aux évêques ds

' Duchesne, Hislor'iae Franc, t. 4, p. 714. ' Giiillelmus Neubrigensis , Rerum Angllcaruni,

' Voyez tome VII, Note II. 1. 2, c. 16.

' Bnroniiis, Jeta Alexanâri III, nnn. ii65. ^ Archives de l'abbaye de Calers.

■• Le P. Lnbbe, Conc'diorum coUectlo, &c. t. 10, ' GallU C/iristiana, noy . eà. t. \ , Instruitt . p. iSa

c. i335. & seq.

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Rodez 8c de Cahors pour' terminer le différend qui s'étoit élevé entre l'église d'Albi & l'abbaye d'Aurillac au sujet de l'église de Vieux. Six jours après, i! écrivit^ au roi, &, le dimanche 8 de ce mois^, il sacra archevêque de Lyon Guichard, abbé de Pontigni. Enfin il écrivit de Montpellier, le 19 d'août, diverses lettres'* : entre autres deux^* en faveur de Guinard ou Gérard, comte de Roussillon.

Guinard étoit fils de Gausfred, comte de Roussillon, mort le mardi^ 24 de février de l'an 11 63 (1164), & d'Ermengarde ou Trencavelle de Béziers, sa première femme. Gausfred l'avoit répudiée de son autorité, vers l'an 1145, pour en épouser une seconde dont il avoit eu des enfans; mais les papes '^ Eugène III & Adrien IV avoient déclaré nul ce second mariage & les enfans illégitimes. Alexandre III confirma leur sentence par les deux lettres dont on vient de parler. Il adressa ^ la première à Gérard & lui confirma, en considération de son dévouement envers le Saint-Siège & à la prière de Trencavel, son oncle, les domaines qui lui appartenoient par droit héréditaire & dont il déclara déchus tant la femme adultère que son père avoit épousée après avoir répudié la légitime, que le fils qu'il en avoit eu. Par l'autre il chargea Pons, archevêque de Narbonne, Hugues, archevêque de Tarragone, 8c les évêques d'Elne 8c de Girone de protéger le comte Gérard dans la succession de son père, conformément à la décision du pape Eugène III, son prédécesseur. Outre la nullité manifeste du second mariage de Gausfred, Guinard ou Gérard, son fils, pouvoit d'ailleurs se fonder tant sur la donation que son père lui avoit faite du comté de Roussillon, en ii5i, que'-' sur la confirmation qu'il avoit faite de cette disposition peu de temps avant sa mort.

Enfin le pape Alexandre, ayant tout disposé pour son départ, se rendit le 22 du mois d'août de l'an ii65, au grau de Mauguio ou de Melgueil, lieu situé à deux lieues de Montpellier, sur l'étang de Maguelonne qui communique avec la mer, 8c non pas à, l'embouchure du Rhône, comme un historien'" moderne l'a avancé. Il écrivit de là une nouvelle lettre " au roi Louis le Jeune, 8c alla le même'^ jour par bateau dans l'île de Maguelonne, où les cardinaux s'embarquèrent sur un vaisseau des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui devoit porter à la Terre-Sainte divers chevaliers, lesquels v alloient en pèlerinage. Ce vaisseau ayant mis à la voile jeta l'ancre dès qu'il fut un peu éloigné de l'île de Maguelonne, pour attendre le pape qui devoit s'y embarquer. Le pontite s'étoit mis pour cela sur une galère de Narbonne avec quelques cardinaux qui étoient restés auprès de lui, 8c il se préparoit à

' Baluzc, Mlseellanea, i. 4, p. 466. • Baluze, MiiceUanea, t. 2, p. 227,

' Le P. Labbe, Coneillorum colUctio, &c, t. 10, ' Marca Hispanica, c. 5oS.

c. Ii36. '" Fleury, Hiiloire ecclciiasti(jue, I. 71, n. 19.

' Duchesne, Historiae Franc, t. 4, p. 633. "Le P. Labbe, ConcUiorum coUcctio, &c. t. 10,

* Le P. Labbe, ConcUiorum coUectio, &c. t. 10, c. 1198.

c. 1347. " Baroniiis, Acta Alexandri Ht, ann. 1 iCH, —

' Baluze, MlscelLnea, t. 2, p. 227. Guillelmus Neubrigensis, Rerum AngUcarum, 1, 2,

' Marca Hispanica, ce. 5o8 & 1399. c, 16,

' Voyez tome III, 1. XVUI, n. xviii, pp. 787-89.

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passer dans le vaisseau, quand on vit paroître plusieurs galères de la république de Pise, qui s'étoient tenues cachées jusqu'alors Si que l'empereur Frédéric avoit envoyées pour lui dresser des embûches & tâcher de se saisir de ^lîd.orighi. 33 personne. Alexandre, s'étant aperçu du piège, revint sur ses pas Se retourna aussitôt à Maguelonne. La flotte pisane s'approcha cependant du vaisseau où étoient les cardinaux; mais voyant que le pape n'y étoit pas, elle passa outre; le vaisseau craignant de recevoir quelque insulte de la part des Pisans, 81 étant hors d'état de leur résister, prit le large & fit voile vers la Sicile. Ainsi le pape fut obligé d'attendre encore quelques jours à Maguelonne pour plus grande sûreté. Il se rembarqua enfin dans le port de cette île sur un petit vaisseau qui le conduisit heureusement à Messine. Après son retour en Italie, il confirma ', à Anagni, le 25 d'août de l'année suivante, les privilèges qu'Arnaud, archevêque de Narbonne, avoit accordés aux chevaliers du Temple, du conseil & du consentement des hommes illustres de bonne mémoire, Alphonse, comte de Toulouse, Hugues, comte de Rodez, Roger, vicomte de Béziers, & de plusieurs autres nobles du pays.

XII. — Bataille entre les Pisans b les Génois à Saint-Gilles. — Le comte de Toulouse 6" le vicomte Trencavel javorisent les premiers.

Les galères de Pise, qui cherchèrent à s'emparer de la personne dû pape Alexandre III, croisoient^ sur la côte de la Province depuis le mois de juillet précédent. Les Pisans les avoient fait équiper au nombre de six, &, comme ils étoient alors en guerre avec les Génois, ils enlevèrent quelques bâtimens de Gênes qui étoient sur cette côte. Les Génois, voulant avoir leur revanche, armèrent quatorze galères Se les envoyèrent en course contre la flotte pisane, sous le commandement d'Amicus Grille. Ce général s'étant mis en mer donna la chasse sur la côte de Montpellier h. de Marseille aux galères de Pise qui tâchèrent de se réfugier, en remontant le Rhône, dans le port de Saint- Gilles. Les Génois, résolus de les aller attaquer jusque dans ce port, remontèrent de leur côté le fleuve par l'embouchure opposée, située vers Marseille, &, faisant le tour de l'île de Camargue, ils descendirent ensuite vers Saint- Gilles. Les Pisans, avertis de leur approche, prirent bientôt la fuite par !amême embouchure où ils étoient entrés, & qu'on appeloit alors le grau de Li Chèvre. Les Génois les poursuivirent &, ayant rencontré en cet endroit cinq vaisseaux pisans qu'on avoit abandonnés, ils les brûlèrent; ils firent ensuite route vers Montpellier, mais ayant trouvé le vent contraire, ils revinrent à Saint-Gilles par le grau de la Chèvre & demandèrent des vivres aux habitans ; ceux-ci leur en ayant refusé, ils eurent recours à ceux d'Arles qui leur en fournirent & qui se liguèrent même avec eux, après quoi ils se remirent en mer.

' Archives de l'église de Nartonne. licanim, t. 6. — Voyez tome V, chronique n. V,

' Chronicon Pisanv.m, p. 177 & sctj. — Chronicon c. 3o. Genueitse, p. jo5 &■ seq. dans Scrifiçrçs rçrum iu;-

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Cependant les Pisans, ayant armé une trentaine de galères pour faire diversion, assiégèrent Si prirent, le 21 d'août, la ville d'Albenga, & ravagèrent toute la côte de Gênes. Ils se rendirent de Jà au grau de Melgueil où ils mirent le feu à cinq bâtimens génois qu'ils trouvèrent vides; ils vinrent ensuite au grau de la Chèvre Si, remontant le Rhône, ils arrivèrent k Saint- Gilles, le 1" de septembre, jour de la fête du saint, dans le temps qu'on y tenoit une foire, à laquelle un grand nombre d'étrangers de toutes les nations s'étoient rendus.

Les Génois, au désespoir de la prise d'Albenga, armèrent trente-cinq nouvelles galères S<. les joignirent à celles qu'ils avoient déjà équipées. Ils firent partir cette flotte, composée de cinquante bâtimens, sous la conduite du même Amicus Grille, leur consul, pour aller attaquer celle de Pise qui étoit à Saint-Gilles. Les Génois, après avoir remonté le Rhône par la grande embouchure, passèrent devant Arles Si, ayant ensuite descendu le fleuve, ils arrivèrent, la nuit du 3 de septembre, entre Fourques & le port de Saint- Gilles, à deux milles de ce port; ils furent obligés de s'arrêter en cet endroit à cause que la plupart des galères ne trouvant pas assez d'eau s'engravèrent. Le lendemain 4 de septembre les consuls de Saint-Gilles vinrent prier celui de Gênes de ne leur pas faire cet affront que d'attaquer les Pisans qui s'étoient mis sous leur protection, avec promesse d'empêcher ces derniers de commettre de leur côté aucune hostilité. « Je suis surpris d'une pareille proposition, « répondit le consul Grille aux députés de Saint-Gilles; vous m'avez déjà « traité comme ennemi, & vous m'avez refusé des vivres lorsque j'ai été chez <i vous en dernier lieu. Si vous êtes donc de nos amis, fournissez-nous tout « ce dont nous avons besoin, comme vous le faites à l'égard des Pisans; à V ces conditions nous vous promettons de nous tenir éloignés de leur flotte, t.'nitpfro, « Il ne nous convient pas, répliquèrent les consuls de Saint-Gilles, de favo- « riser nos ennemis, 8c il paroîtroit par là que nous souhaiterions qu'il arrivât « du mal entre vous 8c les Pisans, à qui nous avons donné notre foi dans le « temps que nous ignorions votre arrivée. Le consul génois répondit : Si ma « proposition ne vous plaît pas, obligez les Pisans de sortir de votre port, 8c « nous vous promettons de ne les attaquer que lorsqu'ils en seront éloignés « de six milles 8c hors de votre district. — Nous n'en ferons rien, dirent ceux « de Saint-Gilles, parce que, si quelque malheur leur arrivoit, nous serions Il couverts d'infamie; ainsi, si vous voulez les attaquer, nous les aiderons de « toutes nos forces. »

Les Génois, après avoir entendu ces envoyés, députèrent â Raimond, comte de Saint-Gilles ou de Toulouse, qui se trouvoit alors à Beaucairc. Les députés de Gênes saluèrent ce prince 8c lui dirent : » Seigneur comte, la ville de « Gênes a toujours témoigné jusqu'ici de l'amitié à votre père, à vous 6c aux « vôtres, elle a toujours pris leurs intérêts comme les siens propres. On nous « a envoyés pour savoir si vous voudriez nous rendre la pareille 8c nous « accorder votre secours contre lès Pisans. » Le comte Raimond répondit : « Ce que vous venez de dire, hommes prudens, est très-vrai, Se je souhaite

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« d'aimer 8<. d'Honorer votre ville comme mes prédéœsseurs l'ont fait. Je vous « aiderai & je combattrai volontiers les Pisans si vous voulez me donner satisu faction, & à ma cour, comme il conviendra. » Lk-dessus les Génois nommèrent des plénipotentiaires pour négocier avec le comte, & on convint que le consul Grille, au nom de la république de Gênes, lui payeroit avant son départ la somme de i3oo marcs d'argent, à condition que Raimond se déclareroit pour les Génois contre les Pisans ou qu'il ne prendroit pas la défense de ces derniers, ou qu'il livreroit aux Génois les galères pisanes sans les personnes, ou enfin qu'il les laisseroit combattre sans donner aucun secours aux uns ou aux autres S<. qu'il demeureroit dans une exacte neutralité. Pvaimond fit serment, à Beaucaire, d'observer fidèlement ces articles en présence de Corso, de Sigismond & des autres nobles Génois qui avoient été envoyés pour négocier avec lui.

Ce prince se mit aussitôt en état d'exécuter sa promesse. 11 s'avança à la tête de ses troupes vers les Génois qui, après avoir débarqué, s'étoient campés sur le rivage du Rhône, à deux milles du camp des Pisans qui en avoient fait autant. Ceux-ci, avertis que le comte étoit parti de Beaucaire 8c qu'il étoit en marche, lui envoyèrent des ambassadeurs, & prièrent l'abbé de Saint- Gilles de les accompagner pour le supplier de ne pas se déclarer contre eux. Raimond continua cependant sa marche, & le général génois étant allé aussi à sa rencontre pour le recevoir à la tête des archers Se des arbalétriers de son armée, il campa entre les deux armées, mais plus près des Génois que des Pisans. Il manda alors les principaux de Gênes pour lui faire serment de tenir leurs conventions 8i de lui payer la somme qu'ils avoient promise. Soixante-quinze Génois, entre ceux qui avoient été nommés tant par le consul que par le comte, avoient déjà fait ce serment, quand il se répandit un bruit parmi eux qu'ils ne pouvoient se fiera ce prince, attendu que l'abbé de Saint-Gilles 8c d'autres religieux l'avoient dispensé du serment qu'il leur avoit fait 8c en avoient chargé leur conscience. Les Génois se séparèrent alors de Raimond sans rien conclure 8c, le soir même i3 de septembre, le combat s'engagea entre eux 8c les Pisans, 8c dura jusqu'à la nuit qui les sépara. L'action fut sanglante Se très-funeste pour les Génois qui eurent un trèsgrand nombre des leurs tués ou faits prisonniers. Ils délibérèrent pendant la nuit sur ce qu'ils avoient à faire : ayant appris qu'ils n'avoient rien à espérer du comte Raimond qui, avec Trencavel, avoit promis son secours aux Pisans, moyennant une somme plus considérable que celle qu'ils lui avoient offerte, ils résolurent de décamper 8c de ne pas éprouver davantage le sort des armes dans une terre étrangère dont les seigneurs favorisoient leurs ennemis, 8c contre une armée supérieure. Pour faciliter leur embarquement tAufp:'"'i. ^'^ ^^ mirent sous la protection des seigneurs de Baux, qui la leur vendirent bien cher, Se étant enfin remontés sur leurs galères ils abandonnèrent leur camp aux Pisans qui y mirent le feu.

Les Génois remontèrent le Rhône jusqu'à Arles 8c furent fort surpris de trouver qu'on avoit jeté, depuis cette ville jusqu'au faubouro- de Trindue-

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taille, un pont sur le fleuve, qui leur barroit le passage & qui étoit ganlé par un corjjs de troupes. Le consul Grille dépêcha aussitôt au comte de Melgtieil, c'est-à-dire à Raimond-Bérenger, comte de Provence, qui prenoit aussi le titre de comte de Melgueil, parce qu'il étoit fils de Béatrix, héritière de ce comté, pour savoir si on avoit jeté ce pont pour les empêcher de passer; 8<, en cas que cela tût, pour lui déclarer qu'ils alloient assiéger Arles. Le comte ne donna pas aux députes le temps de lui parler; il les prévint 8c leur dit : « Allez dire au consul de Gênes 8c aux capitaines des galères que j'étois « absent lorsqu'on a jeté ce pont 8c que je suis fâché de ce qu'il en agit « envers moi plutôt en ennemi qu'en ami; je veux honorer 8c servir les « Génois comme l'a toujours t'ait le comte de Barcelone, mon oncle paternel, « Je]vais incessamment faire abattre le pont, 8c vous trouverez un asile assuré » dans Arles. » La flotte génoise y fut reçue en effet, 8c elle demeura pendant vingt jours entre cette ville 8c Trinquetaille. Pendant ce temps-là les Génois firent tous leurs efforts auprès du comte de Provence pour l'engager à se joindre à eux 8c aller ensemble combattre les Pisans. Ils lui offrirent pour cela une somme très-considérable; mais ce prince les refusa absolument, disant qu'il étoit uni très-étro'itement avec le comte de Saint-Gilles, 0 qu'il ne convenait pas qu'il allât faire la guerre sur ses terres. Il se contenta de conclure un traité avec eux par lequel il s'engagea, moyennant la somme de quatre mille sols melgoriens qu'ils lui payèrent, de ne pas souffrir pendant un certain temps qu'aucun vaisseau pisan abordât sur les côtes de son domaine. Tel est le récit de cette guerre rapportée par deux anciens liistoriens, l'un pisan 8c l'autre génois; celui-ci sous l'an ii65, 8c l'autre sous l'an 1166, en quoi il n'y a aucune contrariété, parce que le Pisan suit la chronologie observée alors dans sa république, suivant laquelle on comptoit les années depuis l'Annonciation jusqu'à la fin de décembre, en devançant d'un an l'ère

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vuiganc.

Xin. — Alliance entre les villes de Gênes £• de Narbonne. — La première fait la guerre à celle de Montpellier.

Les républiques de Pise Se de Gênes, également puissantes Se jalouses l'une de l'autre, continuèrent à se faire la guerre. La dernière, pour se dédommager de la protection du comte de Toulouse qu'elle avoit perdue 8c se faire un appui pour son commerce le long des côtes de la [Province, rechercha l'alliance de Pons, archevêque, d'Ermengarde, vicomtesse, 8c du peuple de Narbonne. Ils convinrent par des députés de part Se d'autre', le 12 de novembre de l'année suivante, d'un traité suivant lequel ils dévoient se secourir mutuellement pendant cinq ans, surtout pour le commerce maritime d'une ville-à l'autre*. Ils s'engagèrent de plus réciproquement, tant que la guerre

' Voyez tome VIII, Charte n. i, c. i63 & suiv. faitement juste. On peut aussi y remarquer plu- ' Ce que Jom Vnisîcte dit de ce traita est par- sieurs autres clauses non moins intéressantes. Telle

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