‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 86 sur 342 · VI · texte numérisé non relu

VI

An 1 165

Éd. origin.

t. III, p. 12.

dureroît entre les Pisans Si les Génois, de ne recevoir aucun étranger sut leurs bâtimens, excepté les pèlerins, & ils convinrent de refuser même ceux-ci, s'ils étoïent de Montpellier ou de Saint-Gilles, ou depuis le Rhône jusqu'à Nice; preuve que les Génois regardoient alors le comte de Toulouse & le seigneur de Montpellier comme leurs ennemis; aussi voit-on qu'ils faisoient dans ce temps-là une cruelle guerre' aux habitans de cette dernière ville, & ils désolèrent toutes les côtes du domaine de Guillaume VII, seigneur de Montpellie^.

On prétend que ce* seigneur leur écrivit par deux fois pour les engager à discontinuer leurs pirateries, & que l'abbé d'Aniane, son frère, alla à la cour d'Alexandre III pour l'engager à prendre la protection des habitans de Montpellier contre les Génois. Nous avons en effet^ deux lettres de ce pape, datées d'Anagni, le ii d'octobre de la dixième année de son pontificat ou de l'an 1168 : l'une est adressée à l'évêque de Gênes 8c l'autre aux consuls 8c au peuple de cette ville. Alexandre leur fait part des griefs qu'avoit contre eux Guillaume de Montpellier, qui se plaignoit entre autres de leurs fréquentes incursions dans son port où ils brûloient les vaisseaux, pilloient 8c rançonnoient les marchands. Sec, il leur déclare qu'il est obligé de prendre la défense de ce seigneur, tant à cause de son affection envers le Saint-Siège que de celle de son père, 8c leur enjoint de mettre fin à ces vexations, avec ordre à l'évêque de Gênes, en cas de refus de leur part', de les punir par l'autorité apostolique. On assure '^ que ces lettres n'eurent aucun effet; que, malgré les ordres du pape, les Génois continuèrent d'exercer leurs brigandages sur la côté de Montpellier, qu'ils menacèrent même d'assiéger cette ville, 8c que ces menaces obligèrent le seigneur de Montpellier &c l'évêque de Maguelonne à se liguer avec les Pisans pour se mettre à l'abri de leurs entreprises^.

est celle qui se rapporte au Jrolt Je naufrage ou d'épave (t. VIII, c. 164); ce droit avait bien été aboli en iiiî par l'archevêque Richard & le vicomte Aimeri (t. V, ce. 829, 83d) ; mais il est probable que cette renonciation n'avait pas eu tout l'effet voulu. Remarquons aussi les clauses relatives à la juridiction commerciale; la cour de la vicomtesse de Narbonne juge les contestations entre Génois & Narbonnais, & la cour des consuls de Gênes celles qui peuvent s'élever entre Narbonnais Se Génois. [A. M.]

' Gariel, Séries praesulumMagalonenslum, p.zTp & seq.

' lèU.

' liid. p. 220 & seq.

^ Ihid. p. 219.

' M. Germain, Commerce de Montpellier, t. i,

p. XXXVI, donne à ces événements la date de 1 169, & fait à ce propos l'histoire de l'alliance & des rivalités entre Montpellier & Gênes. Tous les griefs des habitants de Montpellier contre les Génois sont exposés dans un acte du Mémorial det Nohles (p. i3). Ces différends amenèrent une alliance entre le seigneur de Montpellier & le comts de Toulouse, & ils donnèrent même lieu, en 1 169, entre Montpellier & Pise, ennemie de Gênes, s une convention particulière que l'on peut voir dans le livre de M. Germain [Commerce de Montpellier, t. I, pp. 180, 181), pour la restitution de leurs marchandises que les habitants de Montpellier prétendaient leur avoir été enlevées. Cet acte indique un rapprochement sensible entre les deux villes. [A. M.]

An ii65

XIV. — Traité &■ alliance entre les comtes de Toulouse & de Provence,

On vient de voir que Raimoncl V, comte de Toulouse, & Raimond- Bérenger, comte de Provence, vivoient en l}onne intelligence au mois d'août de l'an 11 65. Ces deux princes", pour cimenter davantage leur amitié, eurent une entrevue^ à Beaucaire, au mois d'octobre suivant, & formèrent ensemble une ligue contre le comte de Forcalquier que le dernier avoit résolu de soumettre, conformément au traité qu'il avoit fait avec l'empereur Frédéric. Les comtes de Toulouse 8<. de Provence convinrent encore par le même traité de s'entr'aider envers tous & contre tous, excepté le roi de France j de partager entre eux le comté de Forcalquier, lorsqu'ils en auroient fait la conquête, ainsi que les autres acquisitions que feroit le comte de Toulouse, à la réserve des domaines que le dauphin occupait dans le temps de sa mort. Ils conclurent enfin le mariage du fils aîné du comte de Toulouse, qui n'avoit alors que neuf ans, avec Douce, fille unique du comte de Provence, qui lui assura pour sa dot la moitié des comtés de Forcalquier & de Melgueil avec la partie de la ville d'Avignon qui appartenoit aux comtes de Forcalquier. L'archevêque de Tarragone & les é\ièques d'Ausone Si de Girone furent présents à ce traité. Nous comprenons par là que le comte de Provence prétendoit que la moitié du comté de Melgueil lui appartenoit, quoique la comtesse Béatrix, sa mère, qui en étoit héritière, vécût encore alors. Cette moitié lui avoit été donnée peut-être par le contrat de mariage passé entre le comte Bérenger- Raimond, son père, 8c cette comtesse.

XV. — Le comte de Toulouse se déclare pour l'antipape, à la sollicitation

de Vempereur.

L'union qui se forma entre le comte de Toulouse 81 celui de Prevencc engagea le premier à ménager beaucoup l'empereur Frédéric, à cause que l'autre avoit embrassé le parti de ce prince en faveur de l'antipape. Raimond, comte de Toulouse, y avoit d'ailleurs un intérêt particulier par rapport aux grands domaines qu'il possédoit dans le royaume d'Arles ou de Provence uni alors k l'empire. Frédéric, de son côté, ne négligea rien pour exciter le comte à abandonner le pape Alexandre III Se à se déclarer pour l'antipape Pascal III, que les schismatiqucs avoient élu en 1164, après la mort de Victor. Enfin ^ Frédéric fit tant par ses prières & ses promesses que Pvaimond, qui d'ailleurs n'étoit plus si lié avec le roi Louis le Jeune depuis qu'il s'étoit séparé de Constance, sa femme, sœur de ce roi, se rendit à la volonté de l'empereur 8< ordonna à tous les ecclésiastiques, ses sujets, qui ne voudroient pas reconnaître l'antipape, de sortir incessamment de ses Etats,

' ïsindi , A miel de la corona de Aragon, 1. 2,c. î"). ' Martène, Veterum SS. ampUssima colUctio, t. 2,

' Bouche, Chorographie ou description de la Pro- c. f'ii. ycnce, t. I, p. l36.

Au 1 1 j j

:o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX.

tant de ceux qui étoient dans l'étendue de l'empire que de ceux qui dépendoient du royaume de France.

Raimond étoit maître du Uauphiné depuis l'an ii63, à cause du mariage projeté entre son fils puîné £< Bcatrix, héritière de ce pays. Lorsque le pape Alexandre 111 monta sur la chaire de Saint-Pierre, l'évêque de Grenoble se déclara contre lui & embrassa avec beaucoup de chaleur le parti de l'antipape. Alexandre, ayant reçu la soumission du comte de Toulouse, chassa ce prélat schismatique de son siège &< consacra en sa place Jean, religieux de la grande Chartreuse, qui fut reconnu par la faveur & l'autorité du comte; mais Raimond ayant pris les engagemens dont on vient de parler avec l'empereur, les religieux de cette chartreuse, craignant que l'évêque de Grenoble ne fût chassé, eurent recours à la protection du roi Louis le Jeune, à qui' ils écrivirent : « Comme nous croyons, disent-ils à ce prince dans leur lettre, que « c'est par une disposition de la Providence que le pays & le comté de Gre- V. noble doit venir à votre neveu, il nous paroît, & à plusieurs autres, que « vous devez en procurer la paix 8<, la tranquillité. C'est pourquoi nous prions « très-instamment votre excellence d'écrire là-dessus au comte de Saint-Gilles

l'M.oiiRin. (( 5<^ Je lui représenter avec prudence l'oblic'ation où il est de protéger cet « évêque & son église. » Cette lettre fut écrite vers la fin de lan ii65, car les religieux de la Chartreuse y félicitent le roi Louis le Jeune sur la naissance du prince Philippe, son fils.

Nous ne savons pas si le roi eut égard à cette prière; mais il est certain que^ Raimond chassa enfin l'évêque de Grenoble de son siège à la sollicitation de l'empereur. Le pape n'en fut pas plutôt informé, 8< des autres démarches du comte en faveur de l'antipape, qu'il écrivit du palais de Latran, le

An 1166 29 d'avril de l'an 1166, à Henri, archevêque de Reims, pour le prier d'engager le roi, son frère, à agir tant par ses lettres que par ses ambassadeurs auprès de Raimond, pour le détourner de favoriser ce parti. 11 prie par la même lettre ce prélat de s'employer auprès du comte pour le porter à rétablir au plus tôt l'évêque de Grenoble dans son siège.

XVI. — Le pape Alexandre III jette l'interdît sur le comté de Toulouse,

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