‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 87 sur 342 · le lève dans la suite · texte numérisé non relu

le lève dans la suite

Tous les soins d'Alexandre furent inutiles : Raimond demeura toujours uni avec l'empereur en faveur de l'antipape, & s'attira ainsi l'interdit sur tous ses domaines de la part du premier. C'est ce qu'on voit par une lettre que le roi Louis le Jeune écrivit à ce pape en ces termes ; « Au^ très-saint « père 8c seigneur Alexandre, par la grâce de Dieu souverain pontife, Louis, « par la même grâce roi des François, salut & respect tel qu'il est dû. Votre Cl Altesse n'ignore pas combien nous vous avons aimé, £<. les services que

■ Diichesne, ^i:r;;>«orfî, t. 4, p. 686. 'Catcl, Mémoires de l'histoire du Languedoc,

' M.irttnc, yeicrum SS, ampUssima ccUcctio,\, 2, p. 83,ï, ç, 73;,

« nous Si notre royaume vous avons rendus comme à notre père. La ville de « Toulouse est de notre royaume : nous l'aimons spécialement, de même « que les citoyens que vous avez soumis à l'interdit, quoique la faute pour « laquelle vous l'avez jeté ait été commise dans l'empire & non pas dans le « royaume. Cette ville n'est point coupable, elle obéit à votre sainteté, & son « évêque a été consacré par l'archevêque de Narbonne; c'est pourquoi nous « vous prions de lever cet interdit & de daigner écouter là-dessus nos prières. « Il y va de notre honneur, & nous vous en aurons de grandes obligations. « Adieu. » Le pape écouta favorablement la prière du roi &, par une bulle' qui est datée de Bénévent, le 12 mars de l'an 1168, 8c qu'il adressa à Géraud, évêque, aux consuls, à tout le clergé 81 au peuple de Toulouse, il déclare « qu'en considération de leur dévouement pour l'Eglise romaine, 8<. pour sa « personne en particulier, de l'affection singulière que le roi Louis avoit « pour eux, & des prières de ce prince, il lève l'interdit qu'il avoit jeté sur « leur ville, à cause du forfait du comte de Toulouse, Se leur permet de célé- « brer l'office divin dans les églises de la ville 8c du faubourg en l'absence du « même comte. Il les exhorte enfin à lui demeurer plus fidèles en recon- « noissance de cette grâce. » Nous comprenons par là que le comte de Toulouse favorisoit encore les schismatiques, au commencement de l'an 1168.

XVII. — i\Iort de Raimond-Bérenger, comte de Provence, vicomte

de Gévaudan, iyc.

Raimond-Bérenger, comte de Provence, ayant résolu de faire la guerre au comte de Forcalquier, fit ses préparatifs 8c entreprit cependant un voyage en R.ouergue. Nous avons, en effet, un hommage rendu dans ce pays, au mois de mars de l'an 1166^, par Raimond de Vigoron à Raimond-Bérenger, fils de la comtesse Béatrix, comte de Provence &• vicomte de I\Iillau, pour la moil?é des châteaux de Vigoron 8c de Caylus. Ce prince retourna bientôt après en Provence 8c, s'étant mis en campagne, iP assiégea la ville de Nice sur le comte de Forcalquier. Durant le siège, s'étant un jour trop avancé, il fut atteint d'un coup de flèche qui l'étenilit mort sur la place. La mort de Raimond-Bérenger arriva en 1166; on n'en marque pas l'époque précise, mais elle doit être placée entre les mois de mars 8c de novembre de cette année. Il ne laissa de Pvichilde, sa femme, qu'une fille unique en bas âge, nommée Douce, qu'il avoit promise en mariage à Raimond, fils aîné du comte de Toulouse, 8c qui devoit être héritière de tous ses Ltats. lis consistoient dans le comté de Provence, situé entre les Alpes, la Durance, le Rhône 8c la mer, les vicomtes de Millau 8c de Gévaudan, une portion de la vicomte de Carlad, en Auvergne, 8c la moitié du comté de Melgueil ou de Substantion, dont Béatrix, sa mère, qui lui survécut, avoit disposé en sa faveur.

' Catel, Mim. delh'ut. Ja Languedoc, p. 886. ' Gcsta comhum Barcinoncnsium , c, 22, ap.

' Trésor de» chartes de Toulouse, sac 7, 11. 5. Marca Hiipinia. [J.3,4.]

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XVIII. — Le comte de Toulouse se saisit de la Provence, répudie Constance, sa femme, ^ épouse RiclùLle, veuve du comte de Provence.

Nous ignorons si Raimond, comte de Toulouse, joignit ses armes à celles de Raimond-Bérenger contre le comte de Forcalquier, ainsi qu'ils en étoient t"^!!!"' '°'i"' convenus, & s'il se trouva au siège de Nice. Ce qu'il y a de certain, est qu'il passa une partie de cette année aux environs du Rhône. Il confirma' à Saint- Gilles, au mois de juin, en faveur du chapitre de Nimes, la donation ou la vente qu'il lui avoit faite des marais de Fontcouverte, en présence d'Aldebert, évêque de Nimes, Bermond d'Uzès & Guillaume de Sabran; nous apprenons d'ailleurs^ qu'il étoit dans son palais de Saint-Gilles au mois de décembre suivant. Il paroît aussi que ce fut sous son autorité que les chevaliers (y les bourgeois de Nimes s'accordèrent la mêiije année, comme il est marqué dans une ancienne^ chronique. Enfin, nous savons que Raimond s'assura de la Provence aussitôt après la mort du comte Raimond-Bérenger; car il dominoif* le long de la côte de cette province, depuis Nice jusqu'à l'embouchure du Rhône, dans le temps que les villes de Gènes & de Narbonne conclurent leur traité de commerce, le 12 de novembre de l'an 1166.

Raimond se saisit de la Provence en vertu du traité^ qu'il avoit conclu avec Raimond-Bérenger, suivant lequel Raimond, son fils, devoit épouser Douce, fille unique S< héritière de ce prince. Pour affermir davantage ses droits sur cette succession il épousa*' quelque temps après Richilde, sa veuve, mère de Douce & nièce de l'empereur Frédéric. Ce fut peut-être dans la vue de ce mariage qu'il répudia solennellement Constance, sa femme, sœur du roi Louis le Jeune, de laquelle il étoit déjà séparé; &, comme il avoit embrassé le parti de l'empereur Frédéric 81 de l'antipape, il y a lieu de croire que l'un 81 l'autre favorisèrent sa nouvelle alliance; le premier en lui donnant sa nièce pour femme, & l'autre en cassant le mariage qu'il avoit contracté avec Constance. Quoi qu'il en soit, on ne sauroit douter' que Raimond n'ait épousé Richilde en secondes noces, car, outre que ce fait est appuyé sur le témoignage de quelques historiens St qu'il est certain qu'il répudia Constance, nous voyons qu'après la mort de Richilde il prétendit hériter de son douaire.

Constance se voyant répudiée, & n'ayant pas de quoi soutenir son rang, fit solliciter^ le pape Alexandre III de lui faire restituer le comté de Bologne qu'Eustache, son premier mari, fils du roi d'Angleterre, lui avoit constitué pour son douaire, & dont Mathieu, frère de Philippe, comte de Flandres,

' Archives de l'église de Niitles. ^ Voyez tome VII, Note II, n. i & suiv.

' Archives du domaine de Mon«pellier,'titrcs de ' /iiV.

Saint-Gilles, n. lo. ' Martène, Vcterum SS. amplissima collectio, t. î,

^ Voyez tome V, c. 3o. c. ySS. — Le P. Anselme, Histoire généalogique des

■• Voyez tome VIII, c. 245. pairs de France, t. 2, p. 7221 ' Marca Hispanica, c. i36p.

An 1 1 66

s'étoit cmpaio, sous prétexte des droits de Marie, sœur du même Eustache, sa femme, qu'il avoit épousée, après l'avoir enlevée d'un monastère d'Angleterre où elle étoit abbesse. Le pape prit avec chaleur les intérêts de Constance. Il écrivit, le 27 août de l'an 1168, de Bénévent où il étoit alors, aux évêques de Soissons, d'Amiens Se de Laon, 81 leur ordonna de faire tous leurs efforts auprès de Mathieu 8c de Marie, sa femme, pour les engager à rendre le comté de Bologne à cette comtesse, & de les excommunier de nouveau, en cas de refus, pour cette usurpation, quoiqu'ils les eussent déjà excommuniés pour avoir contracté un mariage si illicite. Il écrivit d'un autre côté à Henri, archevêque de Reiras, frère de Constance, qui l'avoit sollicité en faveur de cette princesse, 8c il lui manda de ne rien négliger pour obliger les témoins qui avoient été présens à la constitution de son douaire, à rendre témoignage à la vérité. Mathieu se maintint toutefois dans la possession du comté de Bologne qu'il transmit à ses descendans, malgré les menaces 8c les anathèmes d'Alexandre.

Le nouveau mariage de Raimond, comte de Toulouse, avec Richilde, veuve du comte de Provence, ne lui fut pas aussi favorable qu'il l'avoit espéré, pour se maintenir dans la succession de ce prince. Il rencontra un dangereux concurrent en la personne du jeune Alphonse, roi d'Aragon 8c comte de Barcelone, qui la lui disputa 8c qui le chassa enfin de la Provence.

XIX. — Alphonse, roi d'Aragon, dispute la succession de Provence à Raimond

ô" lui déclare la guerre.

Alphonse étoit à Girone lorsqu'il ' apprit la mort du comte Raimond- Bérenger, son cousin-germain. Comme il prétendoit avoir droit au comté de Provence, en vertu de l'intéodation que l'empereur Frédéric en avoit faite* en 1162, tant en faveur de ce comte que du feu comte de Barcelone, son père, il prit d'abord le titre de marquis de Provence, de l'avis des principaux de ses Etats. Il chercha ensuite à amuser le comte de Toulouse, qui s'étoit emparé du pays, en attendant l'occasion de l'en déposséder. 11 lui fit dire qu'il consentoit volontiers au mariage du jeune Raimond, son fils, avec Douce, 8c lui fit espérer qu'il donneroit aussi son consentement au sien avec tu.orî Richilde; mais sous ces apparences d'amitié, il passa bientôt après les Pyrénées à la tête d'un corps d'armée Se s'avança vers le Rhône. Le comte de Toulouse, averti 3 de sa marche, se mit de son côté en état de lui disputer l'entrée de la Provence. Si l'on en croit un des derniers historiens d'Espagne'^, il alla même à sa rencontre, 8c il se donna alors une sanglante bataille entre ces deux princes, sans qu'on sache lequel des deux remporta la victoire. Mais on n'a rien de certain là-dessus. Ce qu'il y a de vrai est que, malgré tous les soins de Raimond pour empêcher Alphonse de pénétrer en Provence, ce

' Zat'tta, Anales delà eorona Je Aragon, l. t,e.z5. ' Gestn comltam Sarcinonensium , c. 2i , apiid

' Voyez au tom« III <i« c«tt« édition, 1. XVIII, Marca Hispanica, c. Sâo. n. Lii, p. 827. ^ Fcrrara», ann. 1167, n. 3.

t. 111, p'.'ii.

An 1166

tleinier'se saisit' du château d'AIbaion, situé dans l'île de Camargue, sur le bras du Rhône qui est du coté de Languedoc, & qu'il y entra suivi d'Hugues, archevêque de Tarragone, de Pierre, évêque d'Ausone, & de divers seigneurs aragonois & catalans. Le comte assiégea aussitôt ce château 8t il l'emporta d'assaut; mais le roi eut le bonheur de se sauver, grâce à la vigilance de Bertrand de Baux, qui avoit embrassé son parti après avoir abandonné celui de Raimond & qui, l'ayant fait monter à cheval, lui fit traverser à la nage l'autre bras du R,hône &. le conduisit ainsi sain &. sauf dans Arles, où il fut reçu aux acclamations du peuple.

Alphonse étoitdcjà arrivé en Provence avant la fin de l'an 1166, comme il paroît par une charte^ où il se qualifie roi d'Aragon, duc de Provence ôcomte de Barcelone, & par laquelle il exempte de péage les religieux de Sauvecane, au diocèse d'Aix, en présence des archevêques d'Arles 8c d'Aix, d'Hugues Si de Bertrand de Baux frères, de Guillaume de Montpellier, 8<c. Ce dernier, qui s'étoit déclaré en faveur d'Alphonse, non content de lui avoir donné passage sur ses terres, l'accompagna dans son expédition de Provence contre le comte de Toulouse. Guillaume disputa cependant à ce prince la tutelle de la jeune Douce, fille du feu comte Raimond-Bérenger; mais ils s'accordèrent^ enfin par l'entremise de Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne. La plupart des autres grands vassaux du comté de Provence prirent y^„ ,,g le parti d'Alphonse qui, après s'être assuré la possession du pays, s'en qualifia depuis indifféremment marquis & comte.

Raimond se voyant chassé de ce pays fit tous ses efforts pour le reprendre Se ne cessa, dans cette vue, de faire la guerre au roi d'Aragon; mais les différends qu'il avoit en même temps avec celui d'Angleterre l'obligèrent souvent d'interrompre le cours de cette expédition : diversion dont Alphonse profita pour affermir de plus en plus son autorité au delà du Pvhône.

XX. — Entrevue entre le roi d'Angleterre 6- le comte de Toulouse.

On a dit ailleurs que Raimond Si Henri, roi d'Angleterre, étoient convenus d'une trêve en 1162, qu'elle fut mal observée 8<, que la guerre se renouvela entre eux les années suivantes. Enfin ces deux princes cherchèrent k feire la paix, & ils eurent là-dessus une'* entrevue dans l'abbaye de Grandmont, en Limousin, durant le carême de l'an 1 167. Nous ignorons le résultat de leur conférence; mais nous apprenons d'un historien ^ du temps que la « guerre s'étant renouvelée la même année entre les rois de France & d'Angleterre, à cause du comté de Toulouse, ils convinrent au mois d'août d'une trêve qui devoit durer jusques à Pâques de l'année suivante. On peut inférer de là qu'il ne fut rien conclu dans l'entrevue de Grandmont entre le comte

' Gâta comhiim Barcinoncnsium , c, 22, ap. ' Gallia Chriitiana, pr. ei. t. 3, c. yyS.

Marca Hispanica, c. 503. < Robertiis de Monte, Chronicon, p. 786.

' Bouche, Ckorographie ou description de la Pro- ' Gervasius Dorobernensis, Chronicon, p. i^si. vence, t. 2, p. loji.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX. 2 5 ^„ ,,g

de Toulouse S<. le roi d'Angleterre, qu'ils continuèrent les hostilités 8c qu'enfin le premier fut compris dans la trêve que l'autre conclut au mois d'août avec le roi de France.

XXI. — Suite de la guerre entre le roi d'Aragon iS- le comte de Toulouse. Le comte de Rodej embrasse le parti du premier.

Raimond profita' de cette trêve pour aller reprendre son expédition de Provence contre Alphonse, roi d'Aragon j on ne dit pas si le succès répondit à son attente; il paroit seulement qu'Alphonse se maintint dans la possession (lu comté de Provence : il résidoit ^ en effet à Arles, au mois d'août de l'an 1167, 8< il y conclut la même année un traité avec Hugues II, comte de ITodez, qu'on qualifie •* mal à propos d'Hugues III.

Hugues étoit vassal de Raimond pour son comté de Rodez, 8c en état par lui-même de faire pencher la balance en faveur de ce prince dans la guerre de Provence, s'il l'avoit secouru comme il y étoit obligé; mais il lui manqua au besoin Se tourna même ses armes contre lui. Alphonse trouva moyen de le débaucher par l'entremise d'Hugues, évêque de Rodez, frère de ce comte, ,'^n"'''''",- £< de Guillaume VII, seigneur de Montpellier, Se ils conclurent ensemble un traité'' suivant lequel Hugues, du conseil d'Aldebert d'Estaing Se de plusieurs autres de ses principaux vassaux, donna à Alphonse la moitié du Carladès qui étoit échu en partage à Richard, son aïeul, Se Alphonse le lui rendit ensuite en fief avec l'autre moitié de cette vicomte dont le comte Gilbert, son bisaïeul, avoit hérité, 8c qui avoit appartenu au teu comte de Provence. Ainsi Alphonse, pour s'assurer du comte de Rodez contre le comte de Toulouse Se le détacher des intérêts de ce prince, lui céda en fief toute la portion du Carladès dont le feu comte de Provence avoit joui Se qui devoit appartenir à Douce, sa fille. Hugues fit ensuite hommage au roi d'Aragon pour tout le Carladès, Se lui promit par serment de le défendre envers tous Se contre tous pour les domaines que ce roi possédoit dans les diocèses de Rodej £,• de Mende, c'est-à-dire pour les vicomtes de Millau Se de Gévaudan Se pour le reste de ses domaines. L'acte est souscrit par Alphonse, qui se qualifie roi d'Aragon, comte de Barcelone 6* duc de Provence, Hugues, comte de Rodez, Hugues, évêque de cette ville, son frère, Guillaume de Montpellier, l'archevêque de Tarragone, les évêques d'Ausone, de Saragosse Se de Barcelone, Hugues de Baux, Bertrand, son frère, Gui de Séverac, Sec. On voit par là : 1° Que le roi d'Aragon, voulant se mettre en possession des vicomtes de Millau Se de Gévaudan, dépendantes de la succession du feu comte de Provence, se ligua avec le comte de Rodci Se plusieurs autres seigneurs de Rouerguc, ((ui ctoient en état de le favoriser dans cette entreprise Se qui abandonnèrent

' Gesti comitum Btrcinonenilum, c, il. ' Le P. Anselme, Histoiic gèiti'alcgi^ue Aa pairs

' Ztiritn, AaaUi de la corona Je Aragon, I. 2, Je France, t. 2, p. 697.

t. 25. — Bouche, Choro^rapliie ou Jcicriplion Je la ^ D'Achéry, Spicilcglum, t. 10, p. l63, Provence, t. 1, p. tj^-j. ^

An 1 167

alors les intérêts du comte de Toulouse, leur seigneur, pour embrasser les siens; 1° qu'il débaucha aussi les seigneurs de Baux, qui avoient été auparavant si unis avec Raimond & que ce comte avoit soutenus si constamment dans leurs guerres précédentes contre la maison de Barcelone. Comme ces seigneurs s'étoient alliés alors' avec celle de Montpellier, il y a lieu de croire que Guillaume VII, seigneur de cette ville, qui fut toujours très-zélé partisan, de même que ses ancêtres, des comtes de Barcelone, servit beaucoup à les détacher du comte de Toulouse pour les mettre dans le parti du roi d'Aragon.

XXII. — Fondation des ahhayes de Bonnecomhe, de Feuillans i^ d'Eniines;

Seigneurs d'U-^ès.

Quant à la maison de Rodez, il paroît qu'elle étoit unie peu de temps auparavant avec Raimond, comte de Toulouse; car Hugues, évêque de Rodez, frère du comte Hugues, fonda ^ au commencement de l'an 11 66, conjointement avec ce prince, l'abbaye de Bonnecombe, en Rouergue, sous la filiation de celle de Candeil, en Albigeois. Gauzbert, abbé de cette dernière, mena une colonie de ses religieux à Bonnecombe, y célébra la première messe, le 12 de janvier de l'an 1166, 8c y établit Matfred pour premier abbé. D'autres^ rapportent cette fondation à l'an 1162; mais Hugues, évêque de Rodez, qui y eut beaucoup de part, ne possédoit pas encore alors cet évêché. Raimond V, comte de Toulouse, peut avoir cependant jeté dès lors les fondemens de l'abbaye de Bonnecombe, qui est située à trois lieues de Rodez, vers le midi. Bermond, seigneur d'U-^ès & de Posquières, fut un des principaux bienfaiteurs de ce monastère '^ auquel il fit une donation considérable en 1168, en présence d'Aldebert, évêque de Nimes, Si de Raimond, évêque d'Uzès, ses frères. Le même Bermond d'U-^és fut présent^ avec ses deux fils Éléazar 8c Raimond, à une donation qui fut faite à Beaucaîre durant la foire, au mois de mai de l'an 1168, par un seigneur du pays, en faveur de l'abbaye de Franquevaux.

R.aimond V, comte de Toulouse, eut part aussi sans doute à la fondation de l'abbaye de Feuillans, de l'ordre de Cîteaux, dans le diocèse de Toulouse, dont les*5 uns mettent l'époque à l'an 1169, 8c les'' autres quelques années auparavant. Elle fut fondée sous le nom de Notre-Dame de la Clarté-Dieu, dans la forêt de Feuillans, par les religieux de la Creste, au diocèse de Langresç mais à cause de son trop grand éloignement, elle tut soumise dans la suite à l'abbé de Bonnefont, dans le Comminge, sous la filiation de Morimond. Enfin, il est vraisemblable que Raimond favorisa la fondation de l'abbaye d'Eaunes, du même ordre, dans le Toulousain, qui subsistoit déjà

' Voyez tome IV, Note XXXVII, n. lo, p. i83. < Arcliives de l'abbaye de BortrlccombSi

* Catel, Histoire des comtes de Tolose, p. zri ' Mss. d'Auhays, n. 77.

Et suiv. '' Manriqiie, ann. 1 169, 1; 7, n. 9*

' Gallia Christiana, nov. éd. t. I, C. iSl. ' Gallia Cliristiana, t. 4.

' An I 167

en 1184, & dont on prétend que les seigneurs de Montaut furent les principaux bienfaiteurs. Elle dépend encore aujourd'hui du diocèse de Toulouse, £< est située à deux lieues au midi de cette, ville, dans un vallon agréable, au voisinage de Muret. Les calvinistes la renversèrent de fond en comble au seizième siècle. Quand à celle de Feuillans, elle est présentement du diocèse de Rieux 8c chef d'une congrégation réformée de l'ordre de Cîteaux; elle est à la gauche de la Garonne, auprès de la petite rivière de Louge.

XXIII. — Guerre £• paix entre les comtes de Toulouse ^ de Savoie.

Alphonse, roi d'Aragon, ne se contenta pas d'affaiblir le comte Raimond, en lui débauchant une partie de ses vassaux, il paroît qu'il lui suscita un puissant ennemi en la personne du comte de Savoie, qui attaqua ses Etats du côté du Dauphiné, pays que Raimond possédoit, commeon l'a déjà remarqué, au nom d'Albéric Taillefer, son fils puîné, qui en devoit épouser l'héritière. Il est certain du moins que Humbert, comte' de Savoie, entreprit la guerre vers l'an 1167 contre le comte de Toulouse qui, étant occupé ailleurs, donna le soin de la soutenir à Alphonse, son frère; que cette guerre dura assez longtemps; qu'elle fut suivie de beaucoup d'incendies & de meurtres, & qu'enfin elle fut terminée par un traité que saint Pierre, archevêque de Tarentaise, nloyenna, suivant l'auteur contemporain de la vie de ce prélat.

XXIV. — Mort trafique de Raimond-Trencavel, vicomte de Béliers,

Carcassonne, &c.

Il y a lieu de croire que Raimond-Trencavel, vicomte de Béziers & de Carcassonne, rompit de son côté la paix qu'il avoit conclue avec Raimond, comte de Toulouse, son seigneur, pour se tourner du côté du roi d'Aragon, son ancien allié. Ce vicomte, après avoir servi en ii65 sous les enseignes de R.aimond, durant la guerre des Génois contre les Pisans, étant de retour de cette expédition, permit avec Roger, son fils, au mois d'août de l'an 1166^, de construire un château au lieu de Cambons, en Albigeois. Il tint un^ plaid à Albi, au mois de février de l'année suivante, la dixième de l'épiscopat de Guillaume, évêque de cette ville, S<. il condamna les clercs de Sainte-Martiane à donner, le jour de la fête de cette sainte, le repas ordinaire à ceux de Saint-Salvi. Enfin Raimond-TrencaveM 81 son fils Roger engagèrent le dernier de juillet de la même année 1167, à Miron de Tonnens, pour la somme de onze mille sols melgoriens, dont cinquante valoient un marc d'argent, le château de Balaguer, dans le Toulousain, & tout le reste du pays de Cheir-

' Vha. S. Pétri Tarcatasiens'is, ap. AA. Sancto- ' Archives de Saint-Salvi d'Albi. — [Voyez

rum, mai, t. ï, c. 33o. — Voyez tome IV, Note L, tome V, c. 408. J

n. ifi, pp. Z24 à 226. ' Voyez tome VIII, Preuves, n. 4, ce, 271, 272.

' Archives du chapitre de Foix.

An 1 167

28 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV, XlX.

corb. Ce pays étoit composé de quatorze villages, entre autres de ceux de Clialabre & de Sainte-Colombe, & nous comprenons par là qu'il s'étendoit dans la partie méridionale du diocèse moderne de Mirepoix'.

Raimond-Trencavel ne survécut pas longtemps à cet engagement : il mourut quelques mois après d'une mort funeste, dont un auteur contemporain^ rapporte les circonstances suivantes : « Trencavel, dit cet auteur, après « avoir servi le roi d'Angleterre dans son expédition de Toulouse, étoit en paix « lorsqu'il se présenta une occasion d'aller au secours de son neveu attaqué « par ses ennemis. Il prit les devans avec une partie de ses troupes & donna « ordre au reste de son armée de le suivre. Les villes de Béziers & de Car- « cassonne, qui lui étoient soumises, lui fournirent entre autres une nom- « breuse 8<. vaillante jeunesse. Durant la marche, un bourgeois de Béziers « prit querelle avec un chevalier & lui enleva un cheval de charge. Le chc- (( valier, irrité de cette action & animé par tous les autres chevaliers, en porta « ses plaintes à Trencavel & demanda qu'il lui fît faire léparation de l'injure. « Le vicomte pour contenter les chevaliers, qui menaçoient de l'abandonner « s'il ne rendoit justice à leur collègue, leur livra le bourgeois & leur permit « d'en disposer à leur volonté. Ils le punirent aussitôt d'une peine légère à la « vérité, mais qui le déshonoroit pour le reste de ses jours. Tous les bourgeois « de Béziers conçurent un vif ressentiment de cette punition Si résolurent tt d'en tirer vengeance. Dès que la campagne fut finie & que Trencavel fut « de retour dans cette ville, ils le supplièrent instamment de leur faire justice « Sv. de réparer la honte qui rejaillissoit sur tous leurs compatriotes. Le « vicomte, qui étoit naturellement honnête & civil, leur répondit avec beau- « coiipde douceur qu'il prendroit là-dessus le conseil des principaux habitans « èi. qu'il répareroit volontiers un certain jour qu'il leur marqua, ce que la ivj oriRin. „ nécessité oîi il s'éloit trouvé d'apaiser les chevaliers de son armée l'avoit

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