‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 88 sur 342 · I.UliP. tû. ^ ir · texte numérisé non relu

I.UliP. tû. ^ ir

« obligé de faire; Si ils parurent satisfaits de cette réponse. Le jour étant <( venu, le vicomte se rendit dans la cathédrale suivi de sa cour. Il y attendoit « avec l'évèque les principaux habitans, lorsque ceux-ci parurent armés de « cuirasses Si de poignards cachés sous leurs habits. Celui qui se prétendoit « offensé s'avança le premier Si dit à Trencavel : Voici ce malheureux qui est (1 ennuyé de vivre, parce qu'il ne peut le faire qu'avec honte; dites-nous « maintenant, mon seigneur, s'il vous plaît, si vous voulez réparer le mal (I qu'on m'a fait. Le vicomte répondit fort honnêtement 81 plus même que « sa dignité ne le demandoit : .le suis prêt de m'en tenir là-dessus au conseil « des seigneurs qui sont ici présens Si à l'arbitrage des citoyens, ainsi que je « l'ai déjà promis. Vous diriez fort bien, répliqua l'offensé, si notre honte « pouvoit recevoir quelque réparation; mais comme cela est impossible, elle « ne peut être lavée que dans votre sang. Aussitôt les conjurés tirent leurs « armes de dessous leurs habits, se jettent avec fureur sur leur seigneur, « quelque effort que fît l'évèque pour les en empêcher, 81 l'assassinent cruel-

' Et en pnrtie d'AIet. [A. M.] • Giii!lcliiius Neubrigensis, 1. î, c. ii.

« lement devant l'autel avec ses amis 8< ses barons'. » Tel est le récit de cet horrible attentat commis sur la personne de Pvaimond-Trencavel, vicomte de Béziers, de Carcassonne, de Razès 8c d'Albi, par ses propres sujets. On peut ajouter plusieurs circonstances omises par l'historien.

1° Nous apprenons de divers monumens l'époque certaine de cet assassinat. Trencavel, dit une ancienne chronique^ de Nimes,///f tué un dimanche dt l'an 1167, dans l'église de la Magdeleine de Bé-^iers. On lit les paroles suivantes dans un ancien nécrologe de l'église de Carcassonne : Z? 14^ d'octobn de l'an 1 167, le martyre de Trencavel, vicomte de Bé-^iers, 6- de ses compagnons dans l'église de Saint e-Marie-Magdeleine de Bé-^iers. Ainsi ce vicomte fut tué dans l'église de la Magdeleine de cette ville & non pas dans la cathédrale, comme l'a avancé l'auteur de qui nous tenons le détail de sa mort. Quant au jour, il est certain que ce fut le i5 d'octobre Se non pas le 14, ainsi qu'il est dit dans le nécrologe de Carcassonne, car la mort de ce vicomte est marquée le i5 d'octobre dans celui de Cassan, au diocèse de Béziers, & cela convient très-bien avec la chronique de Nimes où il est rapporté qu'il fut tué un dimanche. Il s'en suit de là qu'on doit rejeter le témoignage d'un autre historien'^, quoique contemporain, qui assure que Trencavel fut assassiné un dimanche de carême. Du reste, cet auteur confirme que l'attentat fut commis dans l'église de la Magdeleine de Béziers, en présence de Bernard, évêque de cette ville, 8c que le vicomte y périt avec plusieurs autres. Il ajoute que les bourgeois de Béziers avoient fait serment au comte de Toulouse de se saisir de Trencavel Se de le lui remettre parce qu'il les opprimoit; mais que ce comte, dans son traité avec eux, n'avoit nullement fait mention de le faire mourir : circonstance qui prouve que Raimond, comte de Toulouse, 8c ce vicomte étoient alors ennemis, à cause sans doute que ce dernier s'étoii déclaré en faveur du roi d'Aragon durant la guerre de Provence. Enfin on doit aussi rejeter le témoignage de Catel"' qui dit"^ : que Trencavel j'ut tué h jour de la Magdeleine ; on a, en effet, une charte de ce vicomte datée du dernier^ de juillet de l'an 1167.

2° Suivant un historien du treizième siècle 8, les habitans de Béziers cassèrent les dents à l'évêque dans cette occasion, parce qu'il voulut les empêcher de se jeter sur le vicomte.

3° On ne dit pas le nom du neveu de Trencavel en faveur duquel ce

' Le récit de Guillaume de Neubrige, historien ' Voyez tome V, c. 3o.

contemporain, il est vrai, mais éloigné du théâtre ' Ihid. c. 36.

des événements, présente certains faits peu cxpli- * Gaufridus, prior Vosiensis, Chronicon,

cables. On ne comprend pas trop l'animosité des ' Calel, Mémoires de l histoire du Languedoc

bourgeois contre le vicomte pour une affaire aussi p. 63ç,

légère, & il est probable qu'il faut donner à cet ' ' Ceci est évidemment une faute d'attention di

assassinat une cause beaucoup plus importante. Catel, qui a mal lu la phrase de la chronique dj

Nous sommes sans doute là en présence d'un épi- Nlnies. [A. M.]

sodé des luttes communales qui ensanglantèrent la ' Voyez tome VIII, Preuves, c. 171.

plupart des villes du Languedoc au douzième sic- ' Pierre de Vaux-Cernay, Historiti JUigcnslut»,

de. Voir notamment plus bas ce que rapporte dom c. 16, V'aissete d'apù* Geoffroy de Vigeois. [A. M.]

An 1 1^7

3o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANCjUEDOC. LIV. XIX.

vicomte avoit entrepris l'expédition qui donna occasion à sa mort. Il avoit alors deux neveux qui pouvoient l'avoir appelé à leur secours, savoir : Ber- .nard-Aton, vicomte de Nimes & d'Agde, fils de son frère Bernard-Aton, & Gérard ou Guinard, comte de Roussillon, fils de sa sœur Ermengarde. Ce dernier implora peut-être sa protection contre les enfans que Gausfred, son père, avoit eus d'un mariage illégitime, St qui lui disputèrent la succession; mais il est plus vraisemblable que Trencavel fut joindre, en 1167, avec ses troupes Bernard-Aton, vicomte de Nimes, qui s'étoit engagé sans doute dans la guerre de Provence en faveur du roi d'Aragon contre le comte de Toulouse. tî'nitpf'l'à. 4° Enfin un auteur' du temps assure qu'un jeune fils de Trencavel, dont il ne dit pas le nom, fut assassiné avec lui^.

XXV. — Enfans de Trencavel. — Roger, son fils aîné, lui succède i- se ligue avec le roi d' Aragon contre le comte de Toulouse.

Trencavel laissa deux autres fils de la comtesse Saure, sa seconde femme. L'aîné', nommé Roger, qu'un •'' historien moderne suppose mal à propos avoir été son frère, lui succéda dans tous ses domaines. L'autre, appelé Raimond- Trencave], ne prit jamais le titre de vicomte, &. il fut simplement apanage. Il vivoit encore en iiçS"* & 121 15 mais nous ignorons s'il eut des enfans. Le vicomte Raimond-Trencavel laissa outre cela trois filles, savoir : Cécile qui avoit épousé depuis l'an ii5i Roger-Bernard, comte de Foix, 8c qu'il avoit eue d'Adélaïde, sa première femme; Adélaïde & Béatrix qu'il eut de Saure, la seconde. Adélaïde étoit déjà^ mariée en 1176 avec Sicard, vicomte de Lautrec; le vicomte Roger, son frère, lui paya cette année trois mille sols melgoriens en déduction de la somme de huit^ mille sols melgoriens qu'il lui avoit promise. Béatrix se maria aussi dans la suite, &. elle épousa Raimond VI, comte de Toulouse.

Nous avons parlé ailleurs du testament'^ que Trencavel fit en 11 54, il en fi^ un autre ^, ou plutôt une déclaration verbale durant une maladie qu'il eut peu de temps avant sa mort. Par cet acte, qui fut rédigé par écrit trois années après, il institua son fils Roger son héritier universel, & établit Guillaume-Pierre de Bérens son sénéchal en Albigeois, avec pouvoir de gouverner tout le domaine qu'il avoit dans le pays, dont il lui donna une partie en fict, entre autres le lieu de Janes qui lui étoit demeuré de la succession du vicomte de Monclar'^.

■ Lo fait est peu vraisemblable; il n'est indi- ' Voyez tome VIII, ce. 3o8, Sop.

que que par Robert du Mont, & Raimond Tren- <^ Ih'td. c. 3i2.

cavel devait, en i 167, avoir plus de soixante-dix ' Voyez tome III, 1. XXVIII, ri. xxii, p. 792 8c

ans. En outre, tous les actes ne donnent que deux suiv.; tomeV, Chartes & Diplômes, n. CCCCXCIII,

enfants mâles à ce vicomte. Roger II & Raimond c. 1171 & suiv.

Trencavel. [A. M.] s Voyez tome VIII, Chartes, n. II, ce. i66,

' Robertus de Monte, Chronicon, ad ann. 1169. 267.

' Histoire de Béarn, p. 722. '' Ce n'est pas un fief proprement dit; ce n'est à

♦Voyez tome VIII, Chartes, ce. 421,422, & vrai dire que l'attribution temporaire à ce foncée. 609, 61 I, tionnaire d'une partie des revenus domaniaux de ■

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX. 3i "T ~~

An 1 167

Roger avoit environ dix-huit ans lorsqu'il succéda dans les vicomtes de Béziers, Carcassonne, Albi Se Raz.es, à Raimond-Trencavel, son père. Il résolut' aussitôt de venger sa mort : il trouva tous les princes voisins également indignés de l'assassinat de Trencavel disposés à le seconder, & le pape déclara les assassins excommuniés. Il implora entre autres le secours d'Alphonse, roi d'Aragon; mais comme pour l'obtenir il reconnut ce prince pour son seigneur, au préjudice de la foi qu'il devoit à Raimond, comte de Toulouse, ce dernier, extrêmement irrité de sa démarche, le priva de tous^ ses domaines 8<. en disposa, le 4 de décembre de l'an 1167, en faveur de Roger- Bernard, comte de Foix, & de sa femme Cécile, fille de Trencavel , qu'il reconnut pour seuls héritiers légitimes de ce vicomte. Raimond leur donna en fief tous les domaines que Roger, frère aîné de Trencavel, possédoit dans le temps de sa mort, savoir : la ville de Carcassonne & le Carcasses, la ville 81 le pays de Razès, tout ce qu'il avoit en Albigeois, excepté le château vieux 8c le faubourg d'Albi, 8c toutes les terres dont il jouissoit dans le Toulousain; il s'engagea de plus à ne faire ni paix, ni trêve avec Roger 8c les autres fils de Trencavel, sans la participation 8c le consentement de Cécile, du comte de Foix, son mari. Se de leurs enfans. Le comte de Foix lui fit ensuite hommage pour tous ces domaines, avec promesse de l'aider contre Roger 8c les autres enfans de Trencavel, envers tous 8c contre tous, excepté ses propres vassaux, dont il s'engagea de lui faire justice. Le comte de Toulouse augmenta en même temps le Jief de Roger-Bernard 8c lui donna les châteaux de Parèle 8c d'Alsen, la terre d'Olmes 8c les autres domaines du comté de Foix, à condition que Roger, fils de ce comte, lui feroit un semblable serment lorsqu'il en seroit requis. Le traité fut conclu en présence d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, 8c d'Jymeri, son neveu, qui jurèrent au nom du comte de Toulouse, que ce prince en observeroit fidèlement tous les articles. On voit par là que si le seigneur de Montpellier 8c le vicomte de Béziers, embrassèrent le parti du roi d'Aragon, le comte de Foix, la vicomtesse de Narbonne 8c Ayraeri , son neveu, demeurèrent dans la fidélité 8c l'alliance du comte de Toulouse. Cet Aymeri étoit fils aîné^ d'Ermessinde de Narbonne 8c d'Amalric de Lara, comte de Molina, en Espagne : Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, sa tante, sœur d'Ermessinde, l'avoit adopté 8c le regardoit comme son héritier présomptif, parce qu'elle n'avoit pas d'enfans, ni espérance d'en avoir.

Depuis le traité dont nous venons de parler, Roger-Bernard, comte de Foix, fut étroitement uni avec Raimond, comte de Toulouse; il accorda avec t^iii°''^'"o Cécile, sa femme, 8c Roger, leur fils'*, divers privilèges en 11 67 à ceux qui viendroient habiter le bourg de Foix, 8c partagea du conseil de plusieurs de

l'Albigeois. Parmi ces revenus figurent notamment 'Voyez tome VIII, Chartes, n. V, ce. 273,

les leudes & les cautions de la rille d'Albi. 275.

[A. M.] ' Voyez tome VII, Note VI, p. i5.

' Guillelmus Neubrigensis, Rcrum Anglicarum, ^ Archives de l'abbaye de Foix.

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