Lefranc de Pompignan à dom Vaissete
A Pompignan, le 20 septembre 1747. — Puis-je me flatter, mon révérend Père, que vous voudrez bien m'aider à obtenir de dom Laneau, votre général, une grâce que j'ay fort à cœur? J'ai eu l'honneur de vous parler à Paris d'un de vos jeunes religieux, nommé dom Pont, qui a un talent singulier pour les langues savantes. Nous grécisions souvent ensemble, quand il étoit à l'abbaye du Mas. On l'a envoyé depuis à Villeneuve d'Agen. Cette maison n'est qu'à cinq ou six lieues d'une terre que j'ai en Quercy, où je dois aller passer les dernières semaines des vacations. Il y a long-temps que je désire avec ardeur de prendre quelque teinture de la langue hébraïque; dom Pont me seroit bien nécessaire pour cela. J'écris au révérend Père général pour le prier de permettre à ce religieux de venir me joindre à Cate, c'est le nom de ma terre, & d'y demeurer avec moi jusqu'à la Saint Martin. C'est un voyage de dix-huit ou vingt jours tout au plus. Je vous supplie d'appuyer ma lettre; vous me rendrez un service infini & que je n'oublierai jamais. Je profite en même temps de cette occasion pour vous demander des nouvelles de vos travaux littéraires. Quand aurons-nous le dernier volume de votre admirable Histoire de Languedoc & travaillerez vous bientôt à l'abrégé? 11 n'est pas de bon citoyen qui ne doive s'intéresser à l'achèvement & au succès d'un ouvrage qui éclaircit des points très importans & qui répand un grand jour sur plusieurs parties de l'histoire générale du Royaume. Je suis avec un respectueux attachement, mon révérend Père, vôtre très humble 8c très obéissant serviteur, — Lefranc.
Je datte mes lettres de la campagne où je suis, mais mon adresse est à Montauban. (Fonds de Languedoc, t. 187, fol. 17-18.)
Je n'ai lu que l'automne dernière vôtre Abrégé de la grande Histoire de Languedoc; J'en ai été enchanté. Vous vous êtes immortalisé vous-même, en rendant par ces deux ouvrages un service immortel à cette Province. Ses privilèges y sont mis dans un jour qui ne peut être obscurci que par des nuages passagers auxquels succédera sans doute un temps plus doux & plus serein. (Fonds de Languedoc, t. 187, fol. 21.)