Le même à M. de Joubert
A Paris, le 28 décembre 1768. — Monsieur, je ne veux pas laisser finir cette année sans me renouveller dans l'honneur de vôtre souvenir. L'appréhension de vous importuner sans nécessité est cause que je n'ai pas eu l'honneur de vous faire ma cour autant que je l'aurois désiré, & Messieurs les présidens de Joubert que j'ai celui de voir souvent & avec qui j'ai dîné la semaine dernière chez monsieur Mazade me rendront témoignage que je n'en suis ni moins reconnoissant de vos bontés ni moins ambitieux de les mériter. J'ai eu peu besoin de secours pendant cette année, parce que, comme j'ai eu l'honneur devons l'annoncer, Monsieur, je l'ai employée toute entière à m'approprier le travail de D. Vaissete & à me mettre au fait de l'état de mon ouvrage & de ses besoins. Je suis assez content de mes opérations jusqu'à présent & je vois clairement qu'avec le temps je pourrai faire de bonne besogne & même une besogne plus intéressante encore pour la Province, plus curieuse encore pour ceux qui vivent & pour ceux qui nous suivront que la grande Histoire de Languedoc. Mais aussi, attendez vous, monsieur, que je vais vous être bien à charge & que si je vous ai laissé trop tranquile jusqu'à présent, vous aurez bientost à vous plaindre de mon importunité. (£n note, à la marge : reçue le 19 janvier 1759.) — {Archives nationales, 290
lyo. — Le même au même.
A Paris, le 17" février 1759. — Monsieur, je me suis trouvé flatté aussi d'avoir eu les mêmes idées que vous sur les pays qui ont été distraits du gouvernement de Languedoc.
' Cette lettre accompagnait l'envoi du mémoire, dans V Introduction bibliographique a l'Histoire gccommençant par ces mots : « D. Vaissete, auteur de nérale de Languedoc, de M. Eugène Thomas, Pièces l'Histoire générale de Languedoc, &c., » & publié justificatives, n. 3.
PIÈCES JUSTIFICATIVES. — CORRESPONDANCE, iSy*
Il est certain qu'ils ne doivent pas former l'objet de la Description , comme ils n'ont pas formé l'objet de l'Histoire de la Province. Ainsi je suis bien résolu à ne pas les confondre avec le Languedoc actuel. Mais après avoir balancé sur la part que je leur donnerois ou que je ne leur donnerois pas dans cet ouvrage, j'ai cru ne pouvoir les laisser absolument à l'écart; de même que D. Vaissete n'a pas pu se dispenser de traiter même fort amplement leur histoire dans les occasions où elle s'est trouvé liée avec celle de l'Histoire de Languedoc. Vous sçavez, Monsieur, que les occasions ont été fréquentes & qu'elles embrassent plusieurs siècles de suite, parce que ces pays en tout ou en partie & nommément le Querci, le Rouergue & tout l'ancien diocèse de Toulouse ont longtems fait partie des domaines des comtes de Toulouse, qu'ils ont été réunis à la Couronne, tous ensemble comme ne faisant qu'un tout, & que depuis cette réunion, ils ont encore fait partie du gouvernement de Languedoc pendant plus de 200 ans. Je regarde donc ce que D. Vaissete a fait à l'égard de ces pays dans l'Histoire de Languedoc comme le modèle de ce que je dois faire dans la Description qui doit être historique autant que géographique. Il est bien vrai que donnant la description géographique du Languedoc tel qu'il est aujourd'hui, ces pays qui ne sont plus de la Province n'ont point de droit à mon travail sur cet objet, & je compte bien ainsi les traiter fort légèrement à cet égard, & je n'ai besoin d'aucunes recherches là dessus. Mais la partie historique de ma Description ne peut ni ne doit omettre les rapports que ces mêmes pays ont eus avec la Province. Mille occasions pour une, me mettent dans la nécessité d'en parler, & je crois encore moins devoir écarter les rapports qu'ils ont encore avec elle. Ces derniers rapports ne regardent que le civil, & c'est aussi cette seule partie civile sur laquelle je crois indispensable de donner des détails, moins étendus à la vérité que ceux qu'exige la Province même, mais du moins les plus corrects & les plus exacts qu'il sera possible ; & à viie d'œil je ne pense pas qu'il soit difficile d'avoir ces détails ou au greffe du Parlement de Toulouse ou encore mieux aux greffes des présidiaux ou des sénéchaussées qui en dépendent. Aces raisonnemens, je vous ajouterai, monsieur, pour dernière raison les vUes mêmes de D. Vaissete dont je vois très clairement que l'intention étoit de partager cette Description en quatre parties, dont trois pour les trois anciennes sénéchaussées de la Province & la quatrième pour les pays qui ont été distraits du Languedoc & qui, étant ainsi traités à part & d'une autre manière, ne feroient aucune confusion dans l'ouvrage, & cependant le completteroient. Dans cette même viie de ne rien négliger, je me propose aussi de ne mettre dans la table alphabétique des lieux que ce qui est précisément du Languedoc actuel & de faire une table séparée du reste. — (Archives nationales, 290