Compte de dom Malherbe depuis le mois de mars
Il seroit ridicule de ma part de vouloir apprécier ou faire valoir mon travail, soit relativement à son résultat, soit relativement au temps que j'y ai employé; c'est à mes juges à prononcer. Mais ce que je puis dire une fois & sans en tirer vanité, c'est que depuis le choix dont m'a honoré la Province, je n'ai été occupé exclusivement que pour elle, & que je lui ai consacré habituellement neuf à dix heures par jour; c'est un fait connu par ceux qui m'environnent.
On n'ignore pas que la rétribution des écrivains même médiocres est de 3 livres par jour; jaloux d'avancer ma besogne, mais restreint par les facultés pécuniaires, j'ai cherché des copistes à plus bas prix. J'ai trouvé successivement deux écrivains, puis un troisième qui ont consenti à travailler pour 3o sols, parce que je leur ai fait espérer de les occuper toute l'année. J'ai été encouragé à les prendre par M. de Joubert, qui a eu la générosité de me donner 24 livres par mois.
1785. — Avril, un seul écrivain à i 1. 10 s. par jour, pour le mois. 36 1. ]
Mai, un seul écrivain 36 » f, .
Juin-Décembre, deux écrivains, 72 1. par mois [504] (
Environ 3 rames de papier à 12 1 36 » )
Vota. J'ai touché en 1785 une somme de 3oo 1. qui m'a été remise ]
sur ce qui devoit revenir à dom Bourotte, cy 3oo 1. ' 5i6 1.
J'ai touché de M. de Joubert 216 » )
Je n'étois donc alors en avance que de 96 livres pour l'année 1785.
1786. — Me voyant 600 livres en main, au mois de janvier & comptant sur un secours extraordinaire qui m'étoit promis, j'ai pris un troisième écrivain. L'un des premiers a été malade, mais son indigence m'a déterminé à lui continuer ses honoraires, ou plus tôt son salaire pendant sa maladie.
Janvier-Mai, trois écrivains 108 1. par mois. \
Une rame de papier 12 1. | 552 1.
Une rame de papier 8 » 10 s. )
Il ne me reste donc à la fin de mai que 48 1. de l'argent que j'ai reçu du caissier de la Province au mois de janvier.
Au mois d'octobre par une ordonnance de Monseigneur de Narbonne sollicitée par
M. de Joubert, cy 1000 livres.
Sur cette somme M. de Joubert m'a chargé de payer son écrivain auquel il alloue 5o 1. par mois en déduction de 216 qu'il m'avoit avancées. (Fonds de Languedoc, 1. 181, fol. 2 25.)
25. — Pétition adressée par dom Malherbe à MAI. les Commissaires des départemens formés de l'ancienne province de Languedoc. [Novembre 1790.]
Messieurs, il est aussi conforme à mes intentions qu'à mon devoir de vous rendre compte de mon travail pour la Province en général & pour ses diocèses ou départemens en particulier.
C'est eu 1784 (voir le procès-verbal imprimé de 1784, p. 467) que j'eus l'honneur d'être présenté aux Etats par Monseigneur l'archevêque de Narbonne pour aider de mes foibles lumières un de mes confrères, que feu dom Bourotte, successeur de dom Vaissete, avoit aggrégé depuis quelque temps à ses travaux. On nous assigna à l'un & à l'autre une pension annuelle de 600 1. qui nous est due depuis 1789.
Si la santé de dom Soulaire, mon associé, avoit répondu à ses talens, il auroit sans doute rempli avec distinction la tâche dont il étoit chargé. Je lui laisse le soin de vous informer lui même de ce quil a pu faire.
Jaloux de répondre à l'opinion trop favorable peut être qu'on avoit inspirée de ma capacité, je me suis formé un plan que j'ai suivi avec constance, après l'avoir soumis à la sage critique des syndics & du trésorier de la Province, dont on connoit le zèle & l'intelligence. Dans la répartition que je crus devoir faire avec mon coopérateur des différens objets qui dévoient nous occuper, je l'engageai à continuer les annales du Languedoc depuis l'année 1648, qui termine le cinquième volume de votre Histoire. De mon coté, je pris pour occupation principale la description chorographique du Languedoc, description que dom Vaissete avoit fort à cœur & dont vous comprenés aussi bien que moi l'importance & même la nécessité.
J'essayai d'établir une correspondance avec MM. les curés & les syndics des diocèses pour me procurer les renseignemens dont j'avois besoin. Dom Bourotte avoit tenté la même voie en 1758. Un très petit nombre de pasteurs se prêta à l'invitation quil leur fit de répondre à mi-marge aux questions quil fit circuler dans tous les cantons. Je n'ai pas été plus heureux que lui. Ces messieurs étoient sans doute détournés par des occupations plus sérieuses.
J'ai rassemblé divers matériaux qui m'ont servi à rédiger différens ouvrages dont je vais vous faire mention; ils vous prouveront, je l'espère, que j'ai employé tout mon temps au service de la Province. Je vous prie de m'indiquer, Messieurs, quelques citoyens d'entre vous qui aient la patience de les lire, & sur le rapport desquels vous puissiés asseoir votre jugement, pour les admettre ou les rejeter.
Je ne demande pas mieux. Messieurs, que de vous consacrer le reste de mes jours, si vous pensés que je puisse vous être utile. Je présume que dès lors vous viendrés à mon secours & qu'outre les frais de recherches, de copistes & de voyages, entrepris sous votre autorisation, vous m'assurerés un suplémentde subsistance, qui puisse m'indemniser de ce que j'ai perdu en perdant mon état & mes ressources, dans la refonte générale qu'a exigée la régénération de l'empire. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 247-249.)
26. — Extrait des registres des délibérations prises par MM. les Commissaires des départemens formés de la ci devant province de Languedoc. [Du lundi 29 août 1791.]
Un des membres a dit : Messieurs vous venés de recevoir une lettre de dom Malherbe religieux bénédictin de la ci devant abbaye de S' Germain qui sollicite votre décision sur la pétition quil vous présenta le i5 novembre dernier.
Vous délibérâtes sur cette affaire le 4 décembre suivant & vous remites à y statuer & à faire payer dom Malherbe, & dom Soulaire, soit de leur traitement, soit des frais qui pourroient leur être dûs, jusqu'à la remise des manuscrits énoncés dans le mémoire; nous pensons que vous devés persister dans votre délibération du 4 décembre & charger votre secrétaire de repondre à dom Malherbe, pour lui rappeler ce que la commission demande de lui & l'invite à remplir le préalable. Ce qui a été délibéré conformément à l'avis du rapporteur.
PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SÉRIE. i65*
Le secrétaire greffier de la Commission écrivit, en conséquence, à dom Malherbe une lettre qui est sans date, mais dont la réception est marquée au 28 octobre 1791, & portant cette suscription ; « A Monsieur, Monsieur Malherbe, l'un des continuateurs de « l'Histoire de Languedoc, a la ci devant abbaye de S' Germain des Prés, à Paris. »
27. — Pétition de DD. Scalaire 6- Malherbe à l'Assemblée nationale.
Grâces aux représentans de la nation françoise, le droit de pétition est reconnu comme sacré & tout citoyen peut également obtenir satisfaction des torts qu'il éprouve.
Les soussignés chargés en 1784 par une délibération des Etats de la ci devant Province de Languedoc de remplacer, en qualité d'historiographes, celui que la mort venoit d'enlever, reçurent avec ce titre, l'assurance du secours annuel de 600 livres. Mais quoique leurs travaux fussent également autorisés en 1789 & 90 & qu'aucun décret ne les ait révoqués, même par la suite, néanmoins ils n'ont point touché leur traitement de ces deux années. Cette suspension ne les a point empêchés de consacrer tout leur tems en 1791 à l'objet du travail qui leur étoit confié & pour l'exécution duquel ils avoient alors des ressources subsidiaires, comme membres d'un corps qui n'existe plus, ressources dont ils sont conséquemment privés. Jaloux de finir un ouvrage intéressant & dont l'ensemble tient essentiellement à l'histoire générale de la France, les soussignés offrent de la continuer, si les représentans de la nation consentent de leur en faciliter les moyens. Si au contraire, il est décidé que cet ouvrage soit laissé en suspens, les soussignés espèrent que l'Assemblée nationale voudra bien donner des ordres pour que le traitement annuel de 600 livres des années 1789 & 90, formant pour chacun d'eux respectivement une somme de 1200 livres, leur soit incessamment délivré.
Ce janvier 1792. Signés Malherbe & Soulaire, [à Paris] rue du Théâtre-François, n" i5. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 257.)
28. — Exposé de la continuation de l'Histoire de Languedoc par dom
Malherbe. [Extrait.]
Nos contemporains n'étant pas ceux de dom Vaissette, nous sommes à l'abri des
difficultés quil trouvoit à parler des règnes subséquens à Louis XIII, dont nous sommes
d'ailleurs infiniment éloignés Le tems n'est plus où la vérité soumise à des entraves
ne pouvoit le plus souvent être traitée qu'avec ménagement; ainsi l'on peut être judicieux, exact & impartial sans crainte de passer pour passionné ou trop libre.
L'on ne peut douter que l'Histoire de Languedoc ne mérite d'être continuée; il seroit donc important de s'occuper au moins pour le présent de tout ce qui concerne cette Province, sous le règne de Louis XIV. Les événemens qui y ont eu lieu du vivant de ce monarque ne manquent pas sûrement d'intérêt, ceux de sa minorité & du ministère de Mazarin, les guerres de la fronde, le ministère bienfaisant de Colbert qui réveilla & anima partout l'industrie, la confection du canal, les troubles civils & religieux dont cette Province a été le malheureux théâtre, la révocation de l'édit de Nantes & ses fâcheuses suites qui peut être ont été une des causes éloignées de notre révolution, les guerres pour la succession d'Espagne, à l'aide de laquelle les mécontens de Languedoc donnèrent tant d'inquiétude à la vieillesse du Roi; tous ces objets & beaucoup d'autres, dont on ne se rappelle pas pour le présent, fournissent une ample matière à un historien, mais en les traittant avec l'intérêt qu'ils méritent, il ne doit pas négliger d'autres matières au moins aussi importantes, comme les finances, l'agriculture, le commerce, l'éducation des vers à soie, les manufactures, les nouvelles découvertes, le progrès des
i66* PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SERIE.
sciences & des arts, la notice des hommes qui y ont excellé, enfin tout ce qui tient au génie de l'homme & à sa perfectibilité, au sol & au climat de la Province & au caractère comme à l'industrie de ses habitans.
Les Etats de Languedoc & la congrégation de S. Maur ne laissèrent point à la mort de dom Vaissette cette belle province sans historiographe; ils le remplacèrent par dom Bourotte qui a laissé des mémoires intéressans. Ce religieux a pareillement aidé la Province de ses recherches & de son instruction, quand elle l'en a requis, & son travail sur la propriété du Rhône, lui a fait un certain nom. S'il eut été d'une santé plus robuste, ses travaux nous eussent probablement procuré plus de secours & de moyens, qu'on n'en a trouvé dans ses portefeuilles. Avant son décès, il s'étoit adjoint dom Soulaire, pour le soulager dans son travail, & lorsquil a cessé de vivre, l'on a adjoint dom Malherbe à dom Soulaire. Celui-ci tombé presque aussitôt dans des maladies graves, s'est trouvé hors d'état de remplir les vues que l'on avoit sur ses talens, en sorte que tout le travail s'est trouvé du ressort de dom Malherbe seul qui depuis 1784 jusqu'en 1789, c'est-à-dire jusqu'à ce que les moyens lui ont manqué, a rempli dignement & scrupuleusement les devoirs d'un laborieux historiographe. On va incessamment ajouter à ce mémoire l'inventaire des richesses produites par son travail assidu &c l'on verra quil n'a pu donner que très peu de relâche à son application, pendant l'espace de cinq années. Ce témoignage n'est point celui d'une confraternité ni d'une amitié aveugle, c'est celui de la justice & de la vérité appuyé de preuves convainquantes. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 238, 239 & 240.)
20. — Extrait des délibérations de V Assemblée nationale. [14 septembre 1792.]
L'Assemblée nationale, sur le rapport de son comité de liquidation qui lui a rendu compte des vérifications & rapports faits par le Commissaire directeur général de la liquidation, en conformité de la loi du 22 août 1790, relative aux pensions, gratifications & secours, décréta le 14 septembre 1792, ce qui suit (article 4) ;
« Il sera payé aux CC. Malherbe & Soulaire, chargés par délibération de l'Assemblée des Etats généraux de la ci devant province de Languedoc de continuer après la mort de dom Bourotte l'Histoire de la dite Province, 600 1. à chacun pour l'année 1791 & pareille somme pour l'année 1792, afin de mettre ces deux littérateurs en état de continuer leur travail qui paroit digne d'encouragement; à la charge par eux, qu'avant de toucher leur gratification pour 1792, ils justifieront des progrès de leur ouvrage auprès du directeur du département de Paris. »
3o. — Journal des débats &• décrets, n° 286. — Convention nationale,
séance du 3o juin 1793.
La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son comité de finances, confirme son décret du 19 de ce mois, qui ordonne qu'aucune pension ne pourra être payée aux différens pensionnaires de l'Etat que sur la représentation d'un certificat de civisme. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 274.)