VIII. — Siège de Delphes par les Gaulois
Rrennus, n'ayant plus d'ennemis à combattre, se joignit avec Acichorius & ne songea plus qu'à exécuter le dessein qu'il avoit formé d'aller s'enrichir des dépouilles du temple de Delphes. Il fît marcher aussitôt son armée vers cette ville, & encourageant ses troupes par l'espérance d'un riche butin, il leur persuada aisément le siège de cette place. Les Delphiens, d'un autre côté, craignant également la perte de leur ville & l'enlèvement des richesses de leur temple, s'animèrent les uns les autres & firent les derniers efforts pour prévenir ce malheur. Ils se fîattoient de la protection de leur dieu Apollon , sur la promesse que l'oracle leur en avoit faite; mais Brennus, sans s'épouvanter des préparatifs des Delphiens, continua sa marche Se alla se camper sous les murs de leur ville, nonobstant l'opposition des Etoliens, qui donnèrent sur son arrière-garde, commandée par Acichorius, Se enlevèrent une partie du bagage.
Delphes étoit une ville ' de la Phocide que le fameux temple d'Apollon rendoit respectable à toute la Grèce. Ce temple, qui en faisoit la gloire & le principal ornement, étoit situé sur le haut d'un rocher du mont Parnasse ; sa réputation, autant que la superstition des Grecs, avoit donné occasion à ces peuples d'y bâtir tout autour des maisons qui formoient la ville de Delphes 8c d'enrichir ce temple des dons les plus précieux & les plus magnifiques^. La situation
' Justin, 1. 24, c. 6 & seq. matique d'Edward Dodwell, aux premières années de
' La chaîne du Parnasse & le pnys montagneux noue iiecle(A CUssicalandtopographicaltourthrough
qu'elle encadre du côt6 de l'est & du sud-ouest, ont Grcece, during the years i 801 , i 8o5 ani 1 806, Loh-
été depuis trois quarts de siècle l'objet d'explorations don, 1 818). Lord Broughton (John Cam Hobhouse)
& de recherches qui ont éclairé d'un jour tout nou- & Henry Holland, qui visitaient la Grèce pendant
veau la topographie de cette contrée, plus célèbre que les dernières années du premier empire, deiSioi
connue'. Nous nous contenterons de signaler parmi 181. 3, y ont été suivis à leur tour & de très-près par
ces nombreux voyages, exécutés presque tous par des MM. Squire, William Turner, le révérend Smart
touristes anglais, l'excellent itinéraire de sir Wil- Hughes, Daniel Clarke & Robert Walpole, dont le
liam Gell [The Ilinerary of Greece, &c., London, livre [Travels in various countries of the £ast, Lon-
1810), qui remonte, comme le livre souvent systé- don, 1820), jouit encore d'une réputation légitime,
quoiqu'il s'adresse beaucoup moins aux érudits de
' Il faut dire pourtant que les ruines de Delphes & de son profession qu'aux littérateurs & aux gens du monde,
temple avalent Oté déjà visitées dis la fm du quinziimc siècle Le dernier en date & le premier en mérite de ces
par Cyriaque d'Ancônc, qui y avait relevç un certain nom- nombreux voyages (Tours, Travels, Journcys\ dont
brcd inscriptions perdues ou détruites a'i)ourd hui (voir ses ° .
trois volumes mss. dans Tancienne bibliothlquc Barbcrini "ous ne mentionnons que les plus connus , est ink l^omc), & qu'au dix-septième siiclc elles ont été étudiées & décrites de nouveau par Whelcr & Spon dans un livre que
l'on consulte encore avec fruit {Voyages d Italie, de iJalma- ' Le plus grand poCte de l'Angleterre moderne, lord Ryroil,
tie, di Grèce, &c., Lyon, 1677), comme celui do Richard avait cédé Uii-mémc à l'espèce de fascination qui semblait
Chandler, qui appartient, lui, à la seconde moitié du dix- entraîner les Anglais vers l'orient, à la suite de nos désastres
huitième siècle {Travels in Oreece, &c. Oxford, 1776). d'Egypte & de Syrie. Son voyage en Grèce, où il vouait clier-
An de Rome
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. l.
avantageuse de cette place &. les précipices qui l'environnoient en faisoient la principale force 5 les habitans étoient persuadés d'ailleurs qu'elle étoit imprenable , sous la protection d'Apollon, leur dieu tutélaire.
contestablement celui du colonel Leake [Travels in norihern Greece, London, i833), que Ton a cité & que l'on cite encore comme un modèle d'exactitude & de critique géographique.
Le Danois Broendstedt, dont les voyages en Grèce coïncident à peu près avec ceux du colonel Leake (Voyages en Grèce, &c. Paris, Renouard, i 826- 1 83o, car le livre [inachevé] a été écrit en français & publié en France), avait inauguré vers 1 83o la série des voyageurs allemands que semblaient inspirer les beaux travaux d'OttfriedMueller sur les populations & les civilisations primitives de la Grèce (les ^ginètes, 1817; les Minyens, 1820 ; les Doriens, 1824; les Macédoniens, 1820;, & qu'ont depuis continuée MM. Ulrich [Reisen uni Forsckungen in GriechcnlanJ, Bremen, I 840); Stephani (Reisen durch einige gesenJ. des nordl. Griechenî, heï^sic'k, 184^^, 8c plusieurs autres '.
La CordiUière tourmentée du Parnasse'' que nous connaissons mieux aujourd'hui, grâce à ces nombreux travaux, que telle ou telle chaîne de la France centrale, naît au bord de la mer, sur la côte septentrionale du golfe de Crissa ' qu'elle découpe pendant
cher, comme en Italie & en Espagne, des impressions ou des images, coïncide à peu pris avec celui de lord Broughton. L': Parnasse, qu'il aperçut pour la première fois de V'ostizza. Tanti^juc A^giuni, de l'autre côté du golfe de Coriiitlie, était déjà couvert de neige (octobre 1809) & n'en fit que plus d'impression sur le poCte, qui ne pat s'einpcchcr de s'agenouiller, dit-il, devant la montagne prophciic|ue dont il voyait les crêtes dentelées se découper, sans mensonge cette fois, sur l'azur de leur ciel natal :
... soaring snow-clad tbrougli thy native sky, In the wild pomp of mou'.itain majcsty !
(Child. Harold. Pit^TiUij^-'.) Mais l'enthousiasme du po5tc se refroidit quand, après trois ou quatre heures d'une ascension assez pénible, il se trouva dans l'affreux village de Castri, au milieu des ruines effacées de la ville sainte, au-dessous de rochers décharnés où planent seuls aujourj'hui les aigles & les vautours : ... from thy heights no more one muse wiU wave her wings.
(IbiJ.) 3 La France n'est représentée dans ce mouvement fécond d'investigation que par le voyage de Pouquevilie, pub.ié à l'époque de la guerre de l'insurrection hellénique (i'oyûffe en Grèce, Paris, 1820, 1822), & par le Recueil épigraphique de Philippe Le Cas (Imcriptions grccqirjs 6 latines recueillies en Grèce), publié à Paris en i835.
^ lIopvo*T7ÔÎ, n^pvœïiç. j'uHlce n5:pvr,cr;;, i:;Tpw5ï4 jrwfiov (StRAB.)
n^ipva^^ôîv.ç-U'.;. comme l'appelle déjà le vieux poJte Panyasis. sLa ville de Crissa ou Grisa (KsIt», chez Homère), qui avait donné son nom au golfe que le PIcistos ensable, était déjà ruinée au commencement du sixième siècle avant notre ère, comme son port, situé à deux milles de la ville, au de'à de l'embouchure du PIcistos, sur l'emplacement de l'antique Cirrha ...iiiMî à'/xiÀi Kifptt, (Stuad. 1. g, c. 3, § 3), au pied du Kirphis, dont ii avait pris le nom. Elle avait disparu (586 ans avant notre ère) sous les coups d'une armée confédérée, où les hoplites d'Athènes figuraicntà côté des cavaliers à demi barbare? de la Thessaic, à la s ùte d'une sentence d'excoiinnuni-
quelque temps de ses contreforts, & court de l'ouest ail nord-est, en s'élevant par degrés jusqu'aux cimes jumelles [Parnasius èiccps, Ovin.j de T'.Oociï & de Aj/.i');'-s'.a , que l'on aperçoit de l'isthme de Corinthe, comme le remarque Strabon ...5ç.r^ ^r'Kh y.x\ yi-fivjXoi (1. f), c. 6, 5 21). Quelques-unes de ces cimes atteignent déjà, à la hauteur de Delphes, quatre ou cinq cents mètres d'élévation absolue. Au-dessus du Parnasse, à l'extrémité & sur la côte opposée du golfe de Crissa, qui semble pénétrer dans l'intéiieur des terres en suivant le sourcil rigide de la montagne, s'élève le massif isolé du Kirphis (ôpcç ii;:(5To;jLOV, Strad. 1. 9, c. 3, 5 3), connu aujourd'hui sous le nom de Xérovuni. Il est séparé de la chaîne du Parnasse par une vallée en forme de ravin, au fond de laquelle bruit le torrent du Pleistos (Plistus , aujourd'hui la Sikaliska), qui arrivait à la mer sous des bosquets de laurier, d'olivier & de myrte, disparus aujourd hui (à l'exception de quelques lauriers-roses), comme les belles forets de chêne & de hêtre qui revêtaient jadis les flancs du Parnasse, d'où sourdcnt toujours de nombreuses fontaines. C'est en remontant cette vallée sonore sur les petits chevaux du pays^ leur omlrclla ou leur handbook à la main, que les touristes anglais dont nous rappelions tout à l'heure les noms & les titres, sont arrivés à la ville sainte de Delphes par la route que suivaient, trois mille ans avant eux, les rois Achéens du Péloponèse quand ils venaient interro-
catioii fuliuinéepar le conseil des .A.mphictyons (la \oir chez A\ii:n\:i^,adv. (-tesipUont.W. Sleph. p. 68, 69), & que l'on exécuta dans toute sa rigueur, car la ville fut détruite de fond en comble après un long siège & sa population tout entière réduite en esclavage sur les terres du dieu. Sa plaine fertile, c(Jndamuéeà une stérilité perpétuelle, resta affectée, comme lieu de dépaissance, aux grands troupeaux du temple, dont le territoire s'étendit ainsi jusqu'à la mer. (Voir pour les détails M.M.Grotc, Hist. o/Greece, & Max Duencker, 6>.cA. des allerlli. t. 4, p. 37-41.) Mais il est bien prouvé aujourd'hui que sa fondation re nontait à une époque antéhistorique, comme celle de plusieurs autres vides de la Grèce septentrionale bâties aussi par les Cretois, & qu'elle était déjà puissante & riche par son commerce à une époque où la ville de Delphes n'existait pas encore sous ce nouveau nom. Maîtres de la riche plaine qui entourait leur ville, les Crisséens (Kptffoai'.;, Homère) avaient étendu par degrés leur domination surtout le versant méridional du Parnasse (lip-.iraioî Àô^foç, cliez Pindare ; Pvth. c. 5. V, 19. Kpijai^f.; iv T,-.jy-z\^, PvTii. C. 6,v. I S), sur l'oracle de Pytho auquel iis avaient fouiiii longtemps ses devins & ses prêtres, & sur la ville de Delphes elle-même (voirri>v. i\i 'A^iÀ'Atova. V. 283), dont les habitants, devenus riches à leur tour, supportaient impatienment cette autorité étrangère & n'attendaient qu'une occasion ou qu'un prétexte pour la secouer. — Il ne reste plus aujourd'hui d'aulre souvenir de l'antique Grisa que le village grec de Cl iso ou Crisso. situé à ^'lUelqae distance de la mer, dans l'enceinte da vaste hippodro.nc que les Delphiens avaient fait construire à la saite de leur- victoiic. sur ie territoire des Crisséens.
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Lorsque BiCiîaus se. présenta devant Delphes clans le dessein d'en faire le siège, son armée net lit composée que de soixante-cinq mille hommes d'infanterie ; mais c'étoient des troupes d'élite Se prêtes à tout entreprendre, dans l'es- t'rl"?'^!^:
ger le jxav-ïtov de UuOt'), regardé longtemps comme le plus infaillible des oracles'. Les accidents naturels ou factices que présente à droite ou à gauche cette route de montagne (... ascendentièus ad îempîum a Cirrhu... T. Liv. 1. 42,0. 1.01, à par tu- sur tout du bourg de Crisso, dont le nom rappelle celui de l'antique Crissa, sont décrits dans leurs livres & dans les mayjjqui les accompagnent, avec autant de soin que^ les ruines effacées de la ville sainte". Ils n'oublient aucune des crêtes inégales qui l'encadraient du c'jti du nord, à la façon d'un cirque gigantesque (OEïOfoîtîiç, Stp.ai: in formant ihealri, Tt.or,.
PoMP.}', & en relevant avec un peu d'attention les minutieuses indications qu'ils nous fournissent, on aurait dès aujourd'hui plus d'une addition ou plus d'une correction à faire aux deux cartes de la ville & du territoire sacré (Ufi yiî.fa — agcr sacer — rtgiones consccratac jipollini Pyth'to : Imcr. Pass.) dressées il y a quarante ans par le professeur Dis-
< "U; Y«p ol /^(*.<<(v jivSi'.iyo-î» 4'6'5',ç 'AT.'/A]lb»v
livJo; iv iq;itt^. -,4* vrifCi; Xâi.«v oiUv
(Homère, OJy's. c. 8, vers 7(1-81.) I.a ville qui s'iiuit lonn-'e par degrés au-dessous du [la-.Tciov. pjrait n'avoir eu pendant longtemps d'autre nom que celui de Pyttio ( nv»i • ««;, -.-j'i t-MiIv.. Strab. 1. q, c. 3, j 5). C'est au inoins sous ce nom qu'elle figure chez Homère entre les villes de Cypjrissus & de Crisa
Kflffiv Tt l^aOiy.v...
(//. c. 2, VC;S 5lf)-520).
*0'.5>-j 'Aiî-/aÀ(i.v'.;. Il'jtoî fvi iîirpT,i*T»j
(//. C. 9, vers 404.405) K!le était encore désignée sous le même nom à rép-quc o.'i a iti composé l'hynme homérique Ei; 'Arai-va (antérieur à la quarante-septième o'y npiade : 5g2-?S<i), q;ii la dési'me comme Homère, sous le nom de la rocheuse Pyiho ( ..-roi; 11, «w st-pituiriiy, V. 184), & la place sans hésitation dans le territoire des Crisséens. dont c!ie dépendait à celte époque (--.Iv Kf.«; ■• v'-:. «Tj;.'! n.fv,oolo. v. 269 — ...U Kfit^v.r^ri lHiiivT,.i. ••.lit'.™. V. 283). — Le nom de Delphes, qui ne remonterait ,'ucrcs au delà du temps d'Hérodote (voir un Iragnicnl de son histoire cité par Plutarqae, de Pyth. orac. c. 21), paraît p,^u^ la première fois dans un des plus récents des hymnes homériques : "rn-o; il^ 'ajti|u/ où la ville est désignée sous le nom pluriel de acVooi (-.-AUsiv i- etiva *t,iiov. v. 14), qu'elle a conservé depuis : it>.=oi. oi Atxsol (en latin Delfhi, comme l'appjlent encore les AMemands & les Anglais), i i:;!.; •:£,» mX-.c... dans les actes officiels de la ville, chez Coeckh (Corp. in.çr. graec; imcr. Pliocic. pass.) & chez MM. Wcscher & Foucart (inscriptions recueillies à Delphes, Paris, Didot, i8û3).
» I^i plus connues de ces cimes, qui avaient déjA leurs noms au temps d'Héro.lote, étaient , ù l'ojest , la roche Nauplia, & à l'est, l'Hyampcia (la roch^ tarpcieiine des Dulphiens), qui se relie elle-même au chaînon dentelé des roches phiuiriaJes. La fontaine Castalia, qui naît au pied de la roche Hyampeia & dont l'eau est toujours excellente à boire (t-. îîuf -.t; KaffTaAÎ-xî x«i lîitiv ^Î'J, Pausan, I. t',, c. 8), couic dans un ravin étroit, à pc'i de distance ûe lu luiilaine Cassotis qui traversait le xi/..,:^, ce.t-i-diic I airs oa la cour du temple-
sen pour l'intelligence des œuvres de Pindare (Pln- Jari carmina, edid. Ludolph. Dissen. Gotha-Erfurth, I 8:îo).
Du temple qui dominait la ville 8c la vallée au temps des invasions gauloises, il ne reste plus même de ruines apparentes aujourd'hui. La terrasse rectangulaire qui lui servait de soubassement & qui lui a survécu, grâce aux murs de construction pélasgique dont elle est flanquée à l'est & au sud, est cachée tout entière sous les maisons & les chaumières d'un village grec, le village de Castri, qui représente aujourd'hui la ville sainte des Hellènes, avec cette différence pourtant qu'il est construit presque tout entier sur l'aire & dans l'enceinte du temple dont le mur sacr^ (ô 'upb; -sçîooXoç, Palsan.) lui aura servi de mur de défense, à l'origine au moins. De là le nom romain ou byzantin de castrum, encore reccnnaissable dans celui de Castri, Ce mur d'enceinte, évidemment postérieur en date au mur pélasgique qui lui servait de soubassement, a disparu lui-même, à l'exception de quelques arrachements qui permettraient tout au plus d'en ressaisir l'emplacement ù. les dimensions.
Mais il est impossible de remuer un peu profondément ce sol bouleversé sans y retrouver des vestiges de l'ancienne splendeur du temple & des lichesses monumentales qu'il paraît avoir conservées jusqu'à l'époque des réactions iconoclastes qui ont marqué partout la chute du paganisme. Au dedans comme au dehors du mur d'enceinte, la pioche rencontre presque à chaque pas des débris de sculpture ou d'architecture provenant tantôt du temple luimême, tantôt des monuments de forme variée qui en formaient les dépendances ou des édicules qui s'étaient successivement élevés autour de lui, dans l'une ou l'autre de ses deux enceintes. Lors des premières fouilles entreprises en 1840 dans Varea du temple & à ses abords, on fut tout surpris de trouver le mur pélasgique qui forme le revêtement de la terrasse du x£|xsvoî couvert , dans toute son étendue, de longues séries d'inscriptions monumentales dont le texte, aussi lisible qu'au premier jour, éclairait do lumières inattendues l'histoire de la ville & même celle du temple, que les voyageurs n'avaient encore étudié que du dehors, si on peut le dire, à la manière des géographes, dont le procédé n'a rien de commun avec celui des archéologues'.
9 Les cinquante-deux inscriptions découvertes par Ollfiied Muelter, à la suite des Touilles dont nous venons Je parler, sur le inur méridional de r<ire<i du temple, le seul qu'il ait scrieUdC.i'CUt attaqué, ont été publiées ù Berlin, en
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pérance de partager les riches dépouilles du temple d'Apollon j le reste de larmce gauloise étoit demeuré au camp d'Héraclée à la garde du trésor '. Brennus, aussi prudent que brave, avant que de s'engager dans cette entreprise, tint un conseil de guerre pour délibérer s'il falloit ou brusquer l'attaque de la place, ou donner le temps à ses troupes de se rafraîchir. Ce dernier avis prévalut contre le sentiment des capitaines Emanus & Thessulorus, qui vouloient profiter de l'embarras & de la terreur des Delphiens, Se ne pas leur donner le temps de se reconnoître ni de recevoir du secours. Ils en reçurent en effet, tandis que les Gaulois, enchantés des beautés du pays, s'amusèrent à se divertir. Ainsi, les Delphiens s'étant fortifiés Se ayant assemblé des troupes de toutes parts pour leur défense, firent fort bonne contenance. Brennus tenta néanmoins rattat|ue de Delphes, qu'il se flatta d'emporter de force 5 mais les Delphiens, de leur côté, soutenus des Phocéens 6c des Étoliens, qui formoient avec eux un corps de quatre mille combattans, encouragés d'ailleurs par l'espérance que leurs prêtres, fondés sur quelque vision, leur donnoient de la victoire Se par l'avantage du lieu, allèrent au-devant des Gaulois Se les attaquèrent. L'action étoit commencée Se les deux armées se battoient avec une égale fureur, quand, au rapport de Pausanias, un orage affreux, accompagné de foudre Se d'éclairs, s'éleva tout à coup Se futsuivi d'un tremblement de terre qui, détachant de gros rochers de la montagne, écrasa une grande partie des Gaulois Se mit la confusion parmi leurs troupes; en sorte que leur armée ayant été mise en déroute par cet événement si étrange Se si peu attendu , fut obligée d'abandonner le champ de
Nous nous sommes attaché surtout, dans la Note qui complète ces indications géographiques & bibliographiques (Voir au tome II la Note CV), à la description du temple, de ses dépendances & de ses trésorSy dont les Gaulois étaient plus préoccupés que de ses oracles & de son amphictyonie. Les nombreux travaux relatifs à ces deux questions ont été
i8.].3, par M. Ernst Curtins {Anecdota Deîphtca... Berolini, 1843. — L'éminent historien était mort, comme on le sait, à AthiJnes, à quarante-sept ans, des fatigues & de la maladie qu'il avait contracttics pendant ces recherches pénibles sous un soleil ardent.) Quelques années plus tard, des travaux de construction entrepris par un propriétaire de Caslri, le capitaine Franco, en mettant à nu une autre partie du même mur, ont fait reparaître un certain nombre d'inscriptions nouvelles enfouies, comme les premières, sous la couche épaisse de déblais & de terre, qui revêtait les assises du soubassement jusqu'à la naissance du mur hellénique. Elles ont été publiées incomplètement (au nombre de seize) par MM. A. Con^e & A Michaelis, dans le 33*= volume des Annales de correspondance archéologique ( Rapporta d'un Viag-gio fatto nella < recia, nel 1860; Roma, 1S61). — Mais la plus importante de ces découvertes archéologiques appartient à deux élèves de l'école française d'Athènes, MM C. Wescher & P. Foucart, qui ont repris, dans l'été de 1862, les recherches commencées par l'historien allemand, en s'attaquant cette fois au mur oriental du soubassement, où se trouvait l'entrée principale du temple ou de son enceinte. Les inscriptions inédiles qu'ils y ont découvertes s'élèvent à près de quatre cents {Inscriptions recueillies à Uelphes, Paris, Didot, i863), & seraient, chronologiquement, les pus anciennes, car ils ont constaté qu'elles s'étaient étendues de l'est \ l'ouest, en prenant l'intrév du tcinp'.e comme point de départ. Eliçs couvraient
résumés d'ailleurs avec beaucoup de savoir & de critique dans un excellent article du docteur Preller ( Pauîy's Real Encyclopaedie, 5iih voce Delphi )y auquel nous avons fait nous-méme d'utiles emprunts, [E. B.]
tout le mur pilasgique, qui n'a pas moins de trois à quatre mètres de hauteur, & s'étendaient jusqu'aux assises de construction hellénique, oii les intempéries du climat, tour à tour trèsfroid & très-chaud, les ont rendues presque illisibles. Quoique toutes soient postérieures en date aux invasions gauloises (les plus anciennes ne remontant point au delà du troisième siècle avant notre ère), plusieurs d'entre elles y louchent d'une manière indirecte, puisqu'elles sont relatives aux Jeux de la délivrance, ïw-TJj'.a, que l'on sait aujourd'hui, grâce à elles, avoir été fondés à frais communs par les Athéniens & les Étoliens en mémoire de cet événement mémorable. Les autres se composaien:t de décrets rendus par le Qmseil des Amphictyons ou par le Sénat de la ville, ^ouî-i^ (la plupart sont relatifs aux Proxèncs, c'est-à-dire aux étrangers qu'elle honorait du titre d'hôtes & d'amis), enfin d'actes d'affranchissement accomplis sous forme de donation faite au dieu & que l'esclave affranchi gravait à ses frais sur ies parois du temple, à peu près comme les vétérans romains congédiés par un décret de l'empereur faisaient graver en double l'acte de leur honesta «zi'ss/o sur une petite plaque de bronze que Ton scellait dans le mur ou au pied de quelqu'un des innombrables monuments du Capitole. — Le seul de ces textes qui remontât à une haute antiquité était gravé sur un rocher détaché de la montagne, en caractères archaïques, qui ne sont point sans une certaine analogie avec ceux des plus anciens monuments épigraphiqucs de l'Italie.
' Pausanias, inAtticis, p. 16, & Justin, 1. 2.^, c. 6,
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bataille, après avoir cependant fait périr un grand nombre de Grecs au com- "''' mencement du combat, parmi lesquels un des plus distingués fut Aleximachus, général des Phocéens, à qui les Grecs, par estime & par reconnoissance, fitent élever dans la suite une statue dans le temple de Delphes. Les Étoliens firent le même honneur à Euridame, leur chef, qui se signala aussi dans cette action. Ces statues subsistoient dans ce temple du temps de Pausanias, sur la foi duquel nous rapportons toutes ces circonstances.
La nuit qui suivit le combat dont on vient de parler fut aussi funeste aux Gaulois que l'avoit été le jour précédent. Une nouvelle secousse du mont Parnasse causa un nouveau désordre dans leur camp, tandis que, d'un autre côté, un froid rigoureux qui survint. Si qui fut accompagné d'une quantité extraordinaire de grêle & de neige, en fit périr un grand nombre. Les Grecs, persuadés que ces événemens singuliers n'étoient pas moins des marques de la protection du dieu Apollon sur eux que des effets de sa colère & de sa vengeance contre les Gaulois, qui avoient porté leur témérité jusqu'à vouloir profaner son temple, le sanctuaire de toute la Grèce, se mirent en état de poursuivre leur victoire. Ils firent une nouvelle sortie le lendemain 8c allèrent attacpaer leurs ennemis de front, tandis que les Phocéens, tournant autour du mont Parnasse à travers les rochers &i. la neige dont il étoit couvert, furent les prendre en queue. Les Gaulois, dont l'historien grec relève ici la bravoure, la force Si la taille avantageuse, soutinrent sans se déconcerter ces deux attaques, résistèrent à tous les eftortsdes Grecs & les repoussèrent même. La cohorte prétorienne de Brennus, qui se trouva le plus exposée, fit des prodiges de valeur : quoique percée St presque accablée des traits des ennemis, pas un des soldats ne quitta son rang & n'abandonna son poste, jusqu'à ce qu'ayant perdu de vue leur général, que ses blessures avoient mis hors de combat Si dans l'obligation de s'éloigner, ils commencèrent à plier sous les efforts redoublés des Grecs. Les Gaulois prirent alors le parti de se retirer, après avoir fait mourir eux-mêmes ceux de leurs soldats à qui les grandes blessures ou l'extrême foiblesse ne permettoient pas de les suivre.