‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 210 sur 553 · IX. — Retraite 6» mort de Brennus · texte numérisé non relu

IX. — Retraite 6» mort de Brennus

Brennus donna le commandement de l'arrière-garde à Acichorius Si se chargea, quoique couvert de blessures, de conduire l'avant-garde ; il se mit ensuite en marche Si campa la nuit suivante au premier endroit qu'il rencontra sur sa route; mais il arriva encore pendant cette nuit un événement aussi extraordinaire 8i aussi funeste pour l'armée de ce général que les précédens. Une terreur panique saisit ses troupes, au point que les soldats, s'imaginant avoir à leurs trousses la cavalerie des Grecs Si voir l'ennemi dans leurs camarades, coururent aux armes, se battirent Si s'entre-tuèrent au milieu des ténè- Éd. oriain. 1 , .1 . . ,., , . 1.1 1. 1, p. .3.

bres, sans se reconnoitre m taire attention qu ils parloient tous la même langue.

Ce ne fut qu'a la faveur du jour qu'ils s'aperçurent enfin de leur méprise &

An de Ro T.e

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. î.

qu'ils virent, avec autant d'étonnement que d'horreur, dix. mille des leurs morts sur la place.

Les Grecs, avertis de cet étrange événement par des bergers phocéens ' qui avoient passé la nuit au voisinage du camp des Gaulois, !k qui, dès la pointe du jour s'étoient aperçus du carnage, s-e. mirent aussitôt aux^ trousses de l'armée de Brennus, à laquelle ils coupèrent les vivres & dressèrent des embuscades j en sorte que les Gaulois, étant obligés de combattre pour se procurer de quoi subsister, perdirent encore six. mille hommes dans diiiérentes escarmouches, outre dix raille autres que la faim Se la misère firent périr. Pour comble de malheur, les Athéniens S< les Béotiens, qui retournoient chez eux après la levée du siège de Delphes, n'épargnèrent aucun des traîneurs qu'ils rencontrèrent sur leur route, tandis que l'arrière-garde, com.mandée par Acichorius, fut extrêmement maltraitée par les Etoliens, ce qui retarda sa jonction avec l'avant-garde. Enfin, Brennus Se Acichorius s'étant rejoints, menèrent les débris de leurs troupes dans le camp d'Héraclée, où ils comptoient trouver le reste de l'armée qu'ils y avoient laissée à leur départ pour le siège de Delphes.

Brennus, se voyant alors'' réduit à l'extrémité, fit assembler les Gaulois, &, après avoir exposé la suite de ses malheurs, leur proposa, sans s'exclure luimême, le cruel expédient de taire mourir tous les blessés qui étoient hors d'état de suivre l'armée & de brûler les chariots, afin de rendre leur retraite & plus aisée & plus prompte. Il ajouta à cette proposition celle d'élire Acichorius pour commander l'armée à sa place 5 il se fit ensuite apporter du vin dont il s'enivra, & pour servir sans doute d'exemple aux autres blessés qui dévoient éprouver le même sort, il prit un poignard qu'il plongea dans son sein. T elle fut la fin tragique de ce fameux capitaine, qui parut toujours grand dans ses malheurs, hardi dans ses entreprises & intrépide au miilieu des plus grands périls.

' Le nom de Phocéens s'applii^ue excUislveraent avijvurd'hiii aux Grecs de Phocée ('l>w;'.aia, Phocaca], une des douze villes ioniennes de l'Asie Mi)ieure, & par dérivation aux Grecs de Massalia , originaires eux-mêmes de la ville de Phocée, dont le nom allait se trouver ainsi étroitement mêlé à notre ancienne histoire. Les ethniques dérivés de ce nom de ville: (fto/.asfç (de tsw/.xe'J:), tptozaiEî; (de çtozaiEÛç, Htr.OD.), <fW/.-Axy.'. (de -ioKaùr,;), '^oj/.ait£5 (de çoizitç), malgré leurs finales variables, conservent invariablement Va de la seconde syllabe que l'on retrouve dans le nom du héros <l>(o/.!t; , le fondateur fabuleux de la ville & dans celui du phoque (ç-tU'ï], ^i.V/.r.ç), adopté par elle comme symbole ou comme armes parlantes, (Voyez les monnaies grecques de Phocée dans les grands recueils de numismatique.)

Les Grecs de la Phocide (il'oizfç, <l>w/.ioo:) dont il est ici question, s'appellent à l'époque classique *Iîtox£E: ou ^\>t)iV.iXc (de ç(0'/.='j;, ^toy.cwç) qui répond assez exactement au latin Pkocrn'ef. mais ne répondrait plus au mot français P/ia,ccnr~ sous lequel les Ec-

nédictiiis les désignent dans ce chapitre'. Celui de Phccidiens que l'on emploie aujouid'hui irrégulièléraent aussi, puisqu'il traduit le nom du pays au lieu de iraduirecelui du peuple, a du moins l'avantage de prévenir une amphibologie que les Gitcs avaient déjà remarquée, car en lit dans le SchoUaite de Thucydide : <l^tii/.iîi o'i -?i; 'EÀ.).o;Sbç àj:b «i'cj/.icos rôX^roç, ot -T^i 'Itovia; ol7:o <l*to/.at25 ;:6XEtoç. [Sckoliast, adThucyd. 1. i,c. i3). [E. B.]

' Pausanias, in Phocic. p. 644 & seq. & Atticis, p. 61 4 &. 622.

' Justin, 1. 24, c. 6 & seq. — Pausanias, in Phocic. p. 614 & 622. — Diodore, Eclog. 1. 22, t. 2, p. G70.

• L'ethnique ^^'l'wKï.it;) dont Homère se sert pour les désigner (Iliade, B, v. 317, 523, O. v. 5i6} se traduirait lui-uicuie plus e.Kactement par Phoclens que par Phocéens, & nous serions, sous ce rapport» de Tavis d'un historien contemporain de rAllemagnc, M. .Ma.i Duenclcer, qui substitue l'ajjectif fho.icr;t (Gesch. des Alte.tli, Jic Hellen. pass.) à celui de pJioUeer, empioyi jusqu'ici par les écrivains germaniques. Les Grecs eux-incines ne disaient-ils pas çuxixàç iïg'Ai;*&;,

' An de Rome

Acichorius, après lui avoir rendu les derniers devoirs & pris soin de ses funé- ^''^

railles, se mit à la tête de l'armée, 8c, conformément au conseil 61 au dessein de Brennus, il iît mourir tous les blessés qui n'étoient pas en état de le suivre. Après cette sanglante exécution, Acichorius, reprenant sa première route, repassa la rivière de Sperchio; mais il fut continuellement harcelé dans sa retraite parles Etoliens, les Thessaliens & les Malliens, qui le poursuivirent & qui lui rirent perdre, en différens petits combats, la plus grande partie de ses troupes. Enfin, à son arrivée dans la Dardanie, les peuples du pays lui avant livré un nouveau combat, achevèrent de le défaire entièrement, en sorte qu'il se trouva à peine quelqu'un d'une armée auparavant si nombreuse qui fût en état de porter à ses compatriotes la nouvelle de ce désastre. Ce qu'on vient de raconter arriva la deuxième' année de la cent vingt-cinquième olympiade, & sous le gouvernement d'Anaxicrate, archonte d'Athènes, ou l'an 475 de Rome-.

Quelques anciens semblent dire que les Gaulois se rendirent maîtres de la ville & du temple de Delplies, & qu'ils en enlevèrent les trésors ; mais il nous paroît que leur autorité doit céder à celle des historiens, ou presque contemporains ou du pays, qui assurent le contraire. Cette expédition, au rapport de ces derniers historiens, fut si funeste aux Gaulois, qu'outre la honte d'avoir levé le siège de Delphes, ils eurent encore le malheur de perdre les soixante-cinq mille hommes d'élite que Brennus avoit pris avec lui pour cette entreprise 5.

Le reste de l'armée'* gauloise, que ce général avoit laissé au camp d'Héraclée à la garde du trésor, s'étant partagé avant son retour, alla tenter fortune en d'autres pays. Ces troupes, chargées du riche butin dont Brennus leur avoit confié la garde, s'étendirent, sous la conduite de divers chefs, les unes sur la côte de l'Hellespont, 8c les autres dans la Thrace.

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