XVIII. — Guerres des Tectosages en Europe 6- en Asie
Il paroît que la défaite de ces Gaulois ne fut pas générale, puisque trois ou quatre ans après nous les voyons servir en même temps, en qualité d'auxiliaires, dans l'armée du même Antigonus , avec qui ils firent sans doute la paix, 8c dans celle de Pyrrhus, roi d'Epire, son ennemi. Il peut se faire aussi que ces deux princes firent Venir de la Pannonie ou de la Thrace les Gaulois qu'ils appelèrent à leur secours, ce qui est plus vraisemblable; car il ne paroît pas que les Gallo-Grecs fussent alors assez puissans pour envoyer des troupes auxiliaires d'Asie en Europe.
■ Quoi qu'il en soit, Pyrrhus, après avoir été défait à la bataille de Bénévent
47Q °™' ^ avoir quitté l'Italie, où il faisoit la guerre depuis six ans ' contre les Romains, la déclara à Antigonus 8c fut soutenu des Gaulois, qui lui donnèrent un renfort considérable. Ce prince, comptant sur la valeur de ces peuples, se mit en marche contre Antigonus, l'attaqua dans des défilés 8t mit son armée en déroute. On vit alors des Gaulois combattre contre d'autres Gaulois ; car Antigonus en avoit aussi un grand nombre à son service qui faisoient l'arrière-gardeSc
An de Rome ''^ principale force de son armée. Ces derniers ayant été attaqués, tinrent ferme 480 d'abord 8c se défendirent avec beaucoup de valeur contre les troupes de Pyrrhus ; mais obligés enfin de plier, après un rude combat, sous les efforts redoublés de leurs ennemis, la plupart furent taillés en pièces, ce qui fut cause de la perte de la bataille. Les éléphans d'Antigonus furent enveloppés bientôt après, 8c ceux qui les conduisoient forcés de se rendre. L'infanterie macédonienne mit alors les armes bas, 8c ce prince, ayant abandonné le champ de bataille, se trouva trop heureux de trouver son salut dans la fuite.
Pvrrhus, enflé de ce succès Se surtout de la défaite des Gaulois dont la valeur 8c la réputation relevoient beaucoup sa victoire, voulut en laisser un monument public à la postérité. Il fit choisir parmi leurs dépouilles ce qu'il y avoit de plus riche 81 en particulier leurs boucliers, qu'il consacra à Minerve, dans un temple de cette déesse , avec une inscription qui marquoit sa victoire sur ces peuples. Ce prince s'étant ensuite rendu maître de la plupart des villes de Macédoine, laissa en garnison dans celle d'Egues , qui en étoit la capitale, une partie de ses Gaulois auxiliaires ; mais ces peuples, naturellement avides de pillage, se virent > à peine maîtres de cette ville , qu'ils fouillèrent dans les tombeaux des rois de Macédoine 8c en enlevèrent les richesses qu'on avoit coutume d'ensevelir avec eux; ils poussèrent même leur sacrilège jusqu'à jeter aux vents les ossemens de ces princes. Pyrrhus, qui ne pouvoit se passer du secours des Gaulois, tut obligé de dissimuler cet attentat 8c n'osa le punir, malgré le murmure 8c l'indignation des peuples.
■ Plutnrque, in f'yrrho. — Pausaiiins, in Jltici':. p. 12. — Diodoie, Frayncnta, apitJ \'alesiiim, p. 266,
An de Rome
Ce prince employa ces Gaulois, l'année suivante, au siège de Sparte ou de Lacédémone , qu'il entreprit dans le dessein de mettre Cléonyme sur le trône ' de ce royaume. Les Spartiates, quoique surpris de se voir assiégés, ne se découragèrent pas j ils fortifièrent en une nuit les dehors de leur ville par des retranchemens parallèles au camp de Pyrrhus, &. enfoncèrent des chariots aux deux extrémités jusqu'au moyeu des roues pour empêcher le passage des éléphans. Nonobstant ces retranchemens, Pyrrhus s'étant mis à la tête de son infanterie, donna l'assaut dès le lendemain , mais sans succès, tant à cause de la vigou- !:''i,°p.'f9; reuse défense des Spartiates que de la difficulté que trouvèrent ses troupes à se soutenir sur un terrain nouvellement remué. Ptolémée, fils de ce prince, se mit alors à la tête de deux mille Gaulois & de quelques autres troupes, & s'étant coulé le long des retranchemens, tâcha de s'ouvrir un passage à l'endroit où on avoit enfoncé les chariots & ordonna aux Gaulois de travailler à en dégager les roues & de les traîner ensuite dans la rivière voisine j mais trois cents Spartiates étant survenus dans le même temps & ayant pris les troupes de Ptolémée en queue, l'obligèrent enfin de céder & de prendre la fuite, après un long 8c rude combat.
Nonobstant le mauvais succès de cette attaque, Pyrrhus en tenta le jour suivant une nouvelle qui auroit infailliblement réussi, sans le secours qu'Aréus, roi de Crète, amena en même temps aux Spartiates; ce qui obligea Pyrrhus de lever le siège £<. de marcher vers Argos, où il étoit appelé par Aristéas, l'un des principaux citoyens, qui avoit imploré sa protection contre un autre citoyen de la même ville, son concurrent. A peine l'armée de Pyrrhus eut levé le camp devant Sparte, qu'Aréus la suivit 8t tomba sur l'arrière-garde , composée des Gaulois auxiliaires 8c des Molosses, qu'il tailla en pièces, malgré les eftorts du jeune Ptolémée, que le roi Pyrrhus, son père, avoit envoyé à leur secours, Su qui fut tué dans l'action.
Il paroît, cependant, qu'une partie de ces Gaulois échappa à cette défaite, puisque c'est avec leur secours que Pyrrhus s'empara ensuite d'Argos durant la nuit : comme ils entrèrent les premiers dans la ville, ils se virent d'abord obligés de se défendre contre un détachement de l'armée d'Antigonus, que ce prince, qui étoit campé au voisinage , avoit envoyé promptementau secours des Argiens, & ensuite contre le roi Aréus , qui rentra aussi dans Argos avec un corps considérable de troupes. Ces Gaulois, étant attaqués de toutes parts, plièrent enfin; mais Pyrrhus, qui n'étoit pas éloigné Se qu'ils appelèrent à leur secours par des cris réitérés, étant survenu avec sa cavalerie, le combat cessa 8c ils demeurèrent dans leur poste jusqu'à la pointe du jour. Pyrrhus, désespérant alors du succès de son entreprise, prit le parti de se retirer avec ses troupes; mais dans le temps que ce prince hâtoit sa sortie , il fut malheureusement écrasé par une tuile qu'une femme jeta du haut d'un toit. Après sa mort, Antigonus, son ennemi, se rendit aisément maître de son armée, qu'il traita cependant avec beaucoup d'humanité.
' Plutarque, m Pyrrho,
An de Rome '
Les historiens nous laissent ignorer ' le sujet de la guerre qu'eut ensuite le même Antigonus contre les Gaulois d'Asie dans le temps qu'il la faisoit à Ptolémée, roi d'Egypte, & aux habitans de Sparte. Sur le bruit de l'approche de ces peuples, ce roi , après avoir laissé dans son camp un corps de troupes capable de le défendre en cas de besoin "contre ses autres ennemis, se mit en marche à la tête du reste de ses troupes pour aller à la rencontre des Gaulois. Les deux armées étoient en présence & se disposoient au combat , quand celle des Gaulois ou Gallo-Grecs voulut s'assurer auparavant du succès par l'immolation des victimes Si l'inspection de leurs entrailles. Mais se voyant menacés par les aruspices d'une entière défaite, leur crainte, dit Justin, se tourna en fureur; 8t, soit qu'ils crussent se rendre les dieux plus propices St obtenir d'eux un meilleur sort par le sacrifice de îeurs femmes St de leurs enfans, ils les égorgèrent tous sans miséricorde. Cela fait, ces peuples étant allés hardiment au combat, furent battus 8c entièrement défaits; ce qui fut, sans doute, la juste punition de leur inhumanité. Sur le bruit de cette victoire, Ptolémée 8<. les Spartiates n'osant attaquer les troupes victorieuses d'Antigonus, prirent le parti de se retirer. La perte des Gallo-Grecs dans cette occasion. Se celles c[u'ils firent peu de temps après, donnent lieu de croire, ou qu'ils s'étoient déjà extrêmement multipliés depuis leur établissement enAsie, ou plutôt qu'ils avoient reçu des renforts considérables de leurs compatriotes d'Europe.
y^^.j j,.^j^ Ils perdirent en eitet encore beaucoup de troupes dans la guerre de Nico-
de Rome 4'yo mèdc, roi de Bithynie, contre Antiochus Soter, roi de Syrie, second prince
de la race des Séleucides Se. l'un des successeurs d'Alexandre^. Le premier qui,
comme on a déjà vu, avoit eu la politique de s'allier avec les Gaulois d'abord
Éd. origiii. après leur arrivée en Asie, Si qui en avoit reçu de grands secours dans toutes les guerres qu'il avoit eu à soutenir contre ses voisins, les appela à son service dans cette occasion. Les Gallo-Grecs, toujours prêts à prendre les armes ou pour eux-mêmes ou pour leurs alliés, marchèrent au secours de ce prince, 81 le bruit seul de leur marche Si de leur entrée dans la Syrie y jeta la terreur Si la consternation. Antiochus, de son côté, s'étant mis à la tête de tout ce qu'il avoit pu rassembler de troupes, alla au-devant d'eux Si se mit en état de les combattre ; mais frappé de leur supériorité 81 de leur contenance, il avoit résolu de leur demander la paix 81 de s'abandonner à leur discrétion, lorsque Théodotas, natif de Rhodes 81 l'un des généraux de l'armée syrienne, homme de tête 81 d'expérience, fit tant par ses discours qu'il ranima le courage de ce prince 81 le détermina au combat.
L'armée des Gaulois étoit rangée de la manière suivante : toute leur infanterie pesamment armée ne formoit qu'une grande phalange fort serrée 81 rangée sur vingt-quatre de hauteur; le centre de cette phalange étoit occupé par deux cent quarante chariots, dont le tiers étoit armé de faux Si prêt à se mettre en mouvement au premier signal. Les deux ailes étoient soutenues de vingt mille hommes de cavalerie de la même nation, dix mille de chaque côté.
■ Justin, 1. 26, c. 2. ' Lucien, .?i«.rissfK y^rîtior/i. p. 35.") & seq. — Appien. m 5yriac. p. i 3d.
Les troupes d'Antiochus, fort inférieures en nombre à celles des Gaulois, étoient la plupart armées à la légère, plusieurs même étoient presque sans armes ; mais l'expérience, la valeur &. l'habileté de Théodotas suppléèrent à ces défauts. Comme ce général comptoit beaucoup sur l'adresse & la force de onze éléphans qui étoient dans l'armée d'Antiochus, son premier soin, avant le combat, fut de défendre aux conducteurs de ces animaux, inconnus jusqu'alors aux Gaulois, de les exposer à leur vue que dans le temps qu'il leur marqueroit.
Les deux armées étant ainsi disposées, la gauloise commença l'action, & ayant ouvert sa phalange, elle mit d'abord en mouvement quatre-vingts chariots armés de faux, tandis que la cavalerie des deux ailes alla fondre sur l'armée syrienne. Théodotas, de son coté, ayant fait sortir ses éléphans dans le même instant, en opposa d'abord quatre à la cavalerie gauloise, & les sept autres, attachés à des chars, furent lâchés par leurs conducteurs pour faire front aux chariots de la même nation. A la vue de ces animaux 8c au bruit de leurs cris effrayans, les cavaliers gaulois ayant pris l'épouvante, 8c emportés par leurs chevaux effarouchés, prennent la fuite sans avoir encore tiré les ftèches de leurs carquois, se lenversent sur la phalange &c sur les chariots, 8t sont enfin démontés par leurs chevaux qu'ils ne peuvent plus retenir. Les chariots se renversent à leur tour &t écrasent par leur chute, ou écharpent, par le tranchant des faux dont ils étoient armés, une partie de la phalange. Enfin, les éléphans des ennemis étant survenus achèvent la défaite de ces troupes, foulent les uns sous leurs pieds, enlèvent les autres avec leurs trompes ou les déchirent à coups de dents. Tel fut le triste sort des Gaulois dans cette action, où ils furent presque tous tués ou faits prisonniers. Cette victoire qui, à ce qu'on prétend, fit donner à Antiochus le surnom de Soter, qui signifie Sauveur, n'enfla point le cœur de ce prince : il en usa au contraire avec modération, 8c, loin d'accepter les marques d'honneur qu'il méritoit, il dit en pleurant à ses soldats : Pourquoi chanter victoire comme si nous la devions à notre valeur? Nous devrions plutôt rougir d'en être redevables à onje éléphans ; car oh en serions-nous, si la vue de ces animaux n'avait ejj'rayé nos ennemis 6" jeté la terreur dans leur camp? Ce prince, pour marque de sa sincérité, se contenta de faire représenter la figure de ses éléphans sur le trophée qu'il fit ériger en mémoire de cette importante victoire.
La perte que firent les Gaulois dans cette action ne diminua ni leur courage ni la terreur de leurs ennemis. Se leurs voisins continuèrent également d'être leurs tributaires. Le royaume de Bithynie éprouva ', quelques années après, leur valeur, lorsque Zeilas, fils du roi Nicomède, les appela à son secours. Ce prince, ""^JJJTTsT"" qui, du vivant du roi son père, s'étoit retiré à la cour du roi d'Arménie pour de Rome 4;.^ éviter les mauvais traitemens de la reine Étazète, sa belle-mère, ayant appris qu'il étoit mort 8c qu'il l'avoit déshérité dans le dessein de faire passer la couronne sur la tête des enfans du second lit, revint aussitôt dans la Bithynie où, ^';^\°i]^l1soutenu des Tolistoboges, il déclara la guerre à ses compétiteurs. Il la termina enfin, après divers succès de part Se d'autre, par un traité avantageux, dont il
' Memnon, apui Photium, c. îf), p. 7i^.
An de Kome '
'*^'* tut redevable à la protection des Gaulois. Ceux-ci, pour soutenir ce prince, s'étoient emparés d'Héraclée & l'avoient mise sous contribution , pour avoir embrassé le parti de ses concurrens. Dès que ce traité eut été conclu, ils se retirèrent chez eux chargés des dépouilles de cette ville & du butin qu'ils avoient fait dans le cours de cette expédition.
— ; ; Les Gaulois renouvelèrent dans la suite leurs hostilités contre la ville d'Hé-
dcàorncôio raclée; voici à quelle occasion : Ariobarzane ', roi de Pont, étant mort, 6c le jeune roi Mithridate son fils ayant eu diftérens démêlés avec ces peuples, ceux-ci lui déclarèrent la guerre. Si, profitant de sa jeunesse, firent de si grands ravages dans ses États, qu'ils réduisirent ses sujets à une extrême disette. Les Héracléotes, touchés de leur misère, leur envoyèrent des vivres par le fleuve Amise. Les Gaulois, choqués de cet acte de générosité, déclarèrent la guerre aux Héracléotes & ravagèrent les environs de leur ville, en sorte que les habitans, se voyant sans ressources, furent obligés de demander la paix par une ambassade solennelle dont l'historien Nymphis tut le chef. Cet ambassadeur sut si bien gagner les Gallo-Grecs par ses manières insinuantes, qu'il leur persuada de mettre les armes bas 8c de se retirer chez eux, moyennant une somme de cinq mille écus d'or qu'il leur donna à partager entre eux, outre celle de deux cents dont il gratina les généraux en particulier. On pourroit peut-être reporter cette expédition des Gaulois à la minorité du fameux Mithridate, roi de Pont; mais comme il^ paroît que l'historien Nymphis ^ivoit cent ans auparavant, cela donne lieu de la mettre sous le règne d'un autre A-Tithridate. Quoi qu'il en soit, ce ne tut pas la dernière tentative que les Gaulois firent contre la ville d'Héraclée. Ils tâchèrent ^ de s'en emparer quelque temps avant l'entrée des Pvomains en Asie, dans le dessein de se rendre maîtres de la mer du Pont. Cette entreprise leur parut d'autant [dus aisée, que cette ville avoit alors beaucoup perdu de son ancienne réputation. Ils l'assiégèrent, en effet, 8c poussèrent le siège avec beaucoup de vigueur; mais comme la défense opiniâtre des assiégés le rendit plus long qu'ils n'avoient espéré Si que les vivres commençoient à leur manquer, une grande partie de leur armée se vit obligée d'abandonner le camp pour se répandre dans la campagne, afin d'y chercher de quoi subsister. Les Héracléotes, profitant de ce moment favorable, firent une sortie si à propos Se avec tant de succès, que s'étant rendus maîtres du camp des Gaulois, ils passèrent au fil de l'épée une partie de ceux qu'on avoit laissés pour le garder 8i firent ensuite prisonniers la plupart de ceux qui s'étoient répandus dans les champs"^. La perte que firent alors les Gallo-Grecs fut si considérable, qu'il n'y eut que la troisième partie de leur armée qui se retira saine 8c sauve dans la Galatie.
Antiochus, surnommé Hiérax, se servit utilement dans la suite de nos Tectosages dans la guerre qu'il entreprit contre son frère Séleucus Callinicus, roi de Syrie, dont voici le sujet. Ces deux frères avoient joint leurs armes pour
' Memnôn, apuJ Photium, c. 20, p. 723. ' Memiion, apud Photiuiii, c. ! ,, p. 727.
' Vosûus, de Historicis Graecis, 1. I , c. 16. * lb:i. '
T Vers 1 an
être mieux en état de se défendre contre Ptoléraée Evergète, roi ' d'Egypte,
quand celui-ci, craignant leur bonne intelligence, trouva le secret de les diviser
par une paix de dix ans qu'il conclut avec le dernier. Antiochus, irrité de ce
que son frère Séleucus avoit fait cette paix sans sa participation, Se même à son
préjudice, lui ht la guerre & remporta sur lui une victoire des plus complètes, ^n de Rome
dont il fut redevable à la valeur des Gaulois, qu'il avoit appelés à son secours. •'•"
Ces peuples, voulant tirer avantage pour eux-mêmes de cette victoire St croyant
que Séleucus avoit été tué sur le champ de bataille, résolurent aussitôt de
tourner leurs armes contre Antiochus, pour exterminer en sa personne toute In
race des rois de Syrie St devenir par là plus aisément les maîtres de toute l'Asie
Mineure. Antiochus, voyant le danger où cette guerre alloit l'exposer, fit tous
ses etforts pour la prévenir. Se gagna si bien les Gaulois à force d'argent, qu'il
les engagea non-seulement à abandonner le dessein qu'ils avoient de l'attaquer,
mais à continuer à lui fournir le secours de leurs troupes, dont il eut besoin
bientôt après.
Attale^ I, roi de Pergame (ou selon d'autres Eumène^, roi de Bithynie), Éd. oriKii.. voyant le royaume de Syrie extrêmement attoibli par la guerre qu'Antiochus Si Séleucus venoient de faire entre eux, résolut de s'emparer de ce royaume St de déclarer la guerre au premier St aux Gaulois, ses protecteurs. 11 fut d'abord le premier prince qui osa refuser de payer à ces derniers le tribut qu'ils avoient imposé sur tous les peuples de l'Asie Mineure. Attale, profitant ensuite de la toi blesse où avoit réduit les Gaulois la guerre qu'ils venoient de soutenir contre le roi Séleucus, les attaqua, St contre toute espérance les défit entièrement; St pour apprendre à la postérité que ces peuples avoient pu enfin être vaincus, il fit érigera Pergame un trophée'* de leurs dépouilles.
Cet échec imprévu ne ralentit pas le courage des Gaulois ; ils continuèrent à faire des courses dans l'Asie St à exiger le tribut des peuples. Ils eurent à combattre bientôt après contre le roi Séleucus Callinicus, qui, se flattant de rem- " ~~;
1 11111 An de Rom«
porter sur eux le même avantage que le roi Attale, leur déclara la guerre St la 5n porta jusque dans le sein de la Galatie. Ce prince, à son arrivée auprès d'Ancyre, leur livra bataille; mais ces peuples ie reçurent avec tant de bravoure, qu'ils le défirent entièrement St firent prisonnière la reine Pysta, son épouse. Cette princesse, pour se délivre* de leurs mains St se dérober à leur connoissance, quitta secrètement ses habits royaux, prit ceux d'une esclave St fut ainsi vendue avec les autres captifs aux Rhodiens ; ceux-ci, à qui elle se fit connoître, la renvoyèrent ensuite au roi son époux.
Cette victoire rendit les Gallo-Grecs si formidables, que les princes ne cessèrent d'avoir recours à leur protection St de se servir de leurs troupes auxiliaires. Antigonus^, surnommé Doson, roi de Macédoine, en avoit mille dans son armée lorsqu'il vainquit Cléomène, roi de Sparte, St l'oblige?, de fuir en Egypte.
' Jusiin, 1. 27, c. 2. * Pausanias, i" Airicis, p. i3. — Pline, 1. 3^,
' Po\yen, Stralagemata, l. i^, c. i 9, & 1. 8, c. 6i. c. 8.
' Justin, 1. 27, c. 3. * Pclytc, 1. 2, p. lâo.
Vers l'an de Rome 532
Ptolémée Philopator', roi d'Egypte, en appela quatre mille dans ses États, dans le dessein de s'en servir dans la guerre qu'il vouloit entreprendre contre JMagas, son trère utérin, qui s'étoit révolté. Ptolémée étoit sur le point de se mettre en marche pour le combat, lorsque ayant pénétré le dessein qu'avoicnt ces Gaulois auxiliaires de s'emparer de l'Lgypte & de la soumettre à leur domination, il tâcha de les prévenir en les faisant embarquer sur le Nil, sous prétexte de quelque expédition ; il les iît débarquer ensuite dans une île déserte, d'où ayant fait retirer les vaisseaux qui les avoient transportés, ils périrent tous de faim ou de désespoir. La conduite des Gaulois à l'égard de Ptolémée ni celle de ce prince envers eux ne l'empêchèrent pas cependant de demander dans la suite leur secours, ni ceux-ci de lui fournir des troupes auxiliaires de leur nation, comme nous verrons ailleurs. Telle étoit dans l'Asie la puissance des Gaulois, dans laquelle ils se maintinrent jusquesà la guerre qu'ils eurent contre les Pv.omains, dont nous parlerons dans la suite.