‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 221 sur 553 · XXIII. — Annihal passe le Rhône · texte numérisé non relu

XXIII. — Annihal passe le Rhône

Au bruit des approches de ce général, la plupart des Volces qui habitoient sur la droite du Rhône Se du côté de Languedoc, avoient pris l'alarme, £< persuadés qu'il en vouloit à leur liberté, avoient passé ce fleuve pour se cantonner sur l'autre bord qui leur servoit comme de rempart ; mais ceux qui étoient demeurés dans le pays, gagnés par les présens 8c l'argent qu'Annibal leur fit distribuer, & souhaitant d'ailleurs de se voir bientôt délivrés du séjour de ses troupes, s'empressèrent de lui fournir tout ce qui pouvoit faciliter son passage. Ils lui veridirent toutes leurs barques grandes & petites, dont ils avoient un Éd. origin. grand nombre, à cause de leur commerce auquel ils s'adonnoient beaucoup : ••'"''• mais, comme toutes ces barques ne suffisoient pas pour le transport de l'armée carthaginoise, ils fournirent encore à Annibal le bois nécessaire pour en fabriquer de nouvelles, ils aidèrent même ses troupes à les construire. Ces barques, qui n'étoient que des troncs d'arbres creusés, furent construites avec tant de diligence, que dans l'espace de deux jours, Annibal se vit en état de tenter le passage du Rhône; cependant, comme il prévoyoit que les Volces qui s'étoient retirés de l'autre côté de ce fleuve, 8<. qui s'étoient joints aux autres peuples du pays, lui disputeroient le passage, il usa du stratagème suivant. Il donna un détachement à Hannon, fils de Bomilcar, avec ordre de remonter le long du Rhône, de le passer à l'endroit qu'il jugeroit le plus commode, St de descendre ensuite le long du rivage opposé, pour prendre, quand il seroit temps, les ennemis en queue. Hannon s'étant mis à la tête de ce détachement, composé de troupes la plupart ibériennes ou espagnoles, & conduit par les Gaulois du pays, partit du camp à la première veille de la troisième nuit depuis l'arrivée des Carthaginois au bord du Rhône, & fit vingt-cinq milles de chemin pour se rendre à un endroit où cette rivière s'étendoit beaucoup, & où se partageant en deux bras, elle forrnoit une île, ce qui la rendoit plus guéable. Une forêt voisine lui ayant fourni de quoi construire assez de radeaux pour le passage de la cavalerie & le transport des bagages, il fit passer les Espagnols à la nage couchés sur leurs boucliers ou cètres, & tirant après eux leurs habits qu'ils avoient mis

■ Voyez, sur le passage d'Annibal à travers le Lan- graphique & ethnographiijue sur les peuples qui avoî-

guedoc, une dissertation de M. Nicot, dans les Mém. sinaient le cours inférieur du Rhône & de la Durance

de l'Académie du Gartij i 847-1 848. — Am. Thierry, avant la conquête des Gaules par les Romains, &

Histoire des Gaulois^ t. i , 1. i , c. 1. — Walckenaer, recherches sur les villes de f'indalium &• Aerta ^ &

Géographie desGaules, t. 1 , p. 141 ,& une disserta- sur le passage du Rhône par Annibal. Avignon, 1S60,

tion de M. Th. Générât, qui a pour titre : Etude géo- in-8° de 44 pages. [E. M.]

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sur des outres. Hannon, après avoir fait passer ainsi le Pvhône à tout son détachement sans aucune opposition, campa le reste du jour sur le bord de la même rivière pour y faire rafraîchir ses troupes, 8c se délasser des fatigues de la nuit précédente.

Le lendemain, ce général, conformément à ses ordres, descendit le long du rivage avec ses troupes; & lorsqu'il fut au voisinage du camp d'Annibal, ayant donné le signal dont il étoit convenu, qui étoit de faire de la fumée, ce dernier, qui avoit déjà tout disposé de son côté pour le passage, fit d'abord mettre les cavaliers armés sur les plus grosses barques, & les fantassins sur les plus légères, qui étoient rangées au-dessous des autres, celles-ci étant plus propres pour rompre l'impétuosité de l'eau. On avoit mis à la poupe de chacune de ces dernières un cavalier pour tenir les rênes de trois ou quatre chevaux qui dévoient passera la nage; il y avoit, dans les mêmes bateaux, d'autres chevaux sellés & bridés, dont on avoit fait entrer un nombre suffisant pour faciliter le débarquement du reste des troupes. Toutétant ainsi disposé, Annibal donne lesignal du départ, 8t les barques étant parties dès l'instant, les troupes qui les conduisoient tâchent, par des efforts redoublés, de rompre la rapidité de l'eau pour arriver à l'autre bord, les soldats s'animant les uns les autres par des cris mutuels avec ceux qui étoient demeurés sur le rivage.

A la vue du passage des Carthaginois & au bruit de leurs cris, les Gaulois sortent en foule, s'attroupent sur le rivage, chantant à leur manière & frappant sur leurs boucliers, & font une décharge de flèches sur la flotte ennemie. Dans l'incertitude de l'événement, la terreur saisit également ces deux peuples. Les Gaulois, effrayés du nombre prodigieux de bateaux qui couvroient la rivière, furent encore bien plus surpris lorsque, entendant de grands cris derrière eux, ilsvirent qu'Hannon, après s'être emparé de leur camp Se y avoir mis le feu, venoit fondre sur eux avec une vivacité extrême. Cette attaque imprévue les obligea alors de diviser leurs forces & d'envoyer une partie de leurs troupes à la défense de leur camp, pour éteindre le feu, tandis que le reste se présenta pour soutenir l'eifort du détachement d'Hannon. Annibal, profitant d'une diversion si favorable, arriva sans opposition à l'autre bord du Rhône avec une partie de ses soldats qu'il rangeoit en bataille à mesure qu'ils débarquoient. Ce général, les animant ensuite au combat, les mène contre les Gaulois qui, accablés par la multitude, sont enfin obligés de céder 8c de chercher une retraite dans les villages voisins où ils se dispersent. Ainsi Annibal fit passer librement le Rhône au reste de son armée &c campa la nuit suivante sur les bords de ce fleuve.

Ed origin. Le lendemain, sur l'avis cfu'il eut que la flotte rom.aine étoit arrivée vers

l'embouchure de ce même fleuve, il détacha pour la reconnoître cinq cents Numides, tandis qu'il fit disposer toutes choses pour le passage des éléphans, qui étoient encore sur l'autre bord du R.hône. Ces Numides ne furent pas longtemps sans rencontrer le détachement que Scipion avoit fait partir de son côté pour reconnoître les Carthaginois ; 8c ces deux corps en étant venus aux mains, le choc fut très-vif de part 8c d'autre ; mais enfin, après une perte presque égale des deux côtés, les Numides ne pouvant plus soutenir l'etfort des Romains,

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prirent le parti de la retraite Si portèrent à Annibal la nouvelle de leur défaite avec celle de l'approche des Romains. Ce général fut d'abord en suspens s'il i roit au-devant de ces derniers pour les combattre, ou s'il continueroit son chemin vers les Alpes, pour ne pas retarder son entrée en Italie : il prit ce dernier parti, de l'avis des députés des Gaulois Cisalpins, qui étoient venus le joindre pour s'offrir de lui servir de guides. Annibal fit donc décamper son armée 8<. la fit marcher le long du Rhône en remontant cette rivière vers sa source, tandis qu'il demeura encore dans le camp pour faire passer ses éléphans, ce qu'il fit de la manière suivante.

On joignit plusieurs radeaux ensemble depuis le rivage jusque bien avant dans le Rhône, & dans l'espace de deux cents pieds de long Se cinquante de large. A ces radeaux, liés les uns ivec les autres & attachés au rivage, on en joignit encore un ou deux plus avant dans la rivière : ces derniers, sur lesquels les éléphans dévoient passer, avoient la même largeur que les précédens; mais ils n'avoient que cent pieds de long & ne tenoient aux autres que par des câbles faciles à couper. On couvrit les uns & les autres de terre pour faire entrer plus aisément ces animaux, qui, craignant naturellement l'eau, ne s'y laissent pas conduire facilement. Pour remorquer les radeaux qui dévoient en être chargés, on prit plusieurs barques qu'on attacha sur le rivage avec des cordes qui tenoient à des poulies, & qui empêchoient qu'elles ne fussent emportées par le courant de l'eau. Tout étant ainsi disposé, on fit passer d'abord une femelle jusqu'au dernier radeau, où les autres éléphans l'ayant suivie, on coupa les câbles Se on partit. Tous les éléphans traversèrent ainsi heureusement la rivière Si arrivèrent à l'autre bord, à l'exception de quelques-uns, qui, effrayés de se voir environnés d'eau, se jetèrent dans le Rhône, d'où ils se sauvèrent cependant à la faveur de leurs trompes : ilen coûta seulement la vie à quelques-uns de leurs conducteurs, qui périrent dans ce passage.

Après que les éléphans eurent passé, Annibal ' partit aussitôt pour aller joindre le reste de son armée qui avoit déjà pris les devants. Se qui se trouva affoiblie dans sa route, depuis les Pyrénées jusques au Rhône, de douze mille fantassins Se de mille chevaux, étant alors réduite à trente-huit mille hommes de pied Se huit mille chevaux, ce qui prouve que les Carthaginois avoient eu divers combats à soutenir contre les Volces, qui occupoient toute cette étendue de pays. Annibal continua ensuite sa marche. Se depuis l'endroit de son passage, il arriva en quatre jours au confluent du Rhône Se de l'Isère : ce qui nous donne lieu de croire qu'il passa la première de ces deux rivières un peu au-dessous du Pont- Saint-Esprit, qui se trouve à une distance presque égale de la mer Se de l'embouchure de l'Isère^.

Scipion, informé par le retour de son détachement du voisinage des Carthaginois, fit promptement décharger ses bagages sur ses vaisseaux, décampa Se remonta avec ses troupes le long du Rhône pour aller à la rencontre d'Annibal ; il fut bientôt averti du départ de ce général Se de la manière dont il avoit passé

' Polybe, 1. 3, p. 2 12, — jEm.Probus, inAnnih. p. 26 j. "Voyez tome II, NoieV.

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le Rhône; ainsi désespérant de pouvoir l'atteindre, parce qu'il avoit trois journées de marche sur lui, il prit le parti de remonter sur sa flotte & d'aller l'attendre à la descente des Alpes du côté d'Italie. Annibal y entra enfin après cinq mois de marche depuis son départd'Espagne,malgrétous les efforts des Romains, 8t il remporta plusieurs victoires contre eux, qui ne sont pas de notre sujet. Nous remarquerons seulement que son frère ' Asdrubal passa aussi les Pyrénées, onze ans après, pour aller le joindre en Italie; qu'il prit la route de l'Auvergne, d'où il marcha vers les Alpes, & que les peuples de ce pays, ainsi que les autres Gaulois qu'il rencontra sur son chemin, favorisèrent son passage &t lui donnètT*!', p?!'"- "^^"^ même des troupes auxiliaires de leur nation qui eurent part à son expédition. On^ croit qu'Asdrubal s'écarta du droit chemin qui naturellement devoit le conduire aux Alpes, & qu'il évita de traverser le pays des Volces, crainte de rencontrer dans son passage les mêmes difficultés qu'Annibal, son frère, avoit éprouvées : il paroît du moins que ce général dut passer dans une partie du pays des Volces Tectosages pour arriver des Pyrénées en Auvergne.

XXIV. — Secours des Tectosages de Thrace en faveur du roi de Pergame, 6* des Tectosages d'Asie en faveur d'Antiochus, roi de Syrie, Ê- de Ptolémée, roi d'Egypte.

Dans le temps que les Volces des Gaules s'opposoient au passage d'Annibal, leurs anciens compatriotes, établis dans la Thrace, combattoient en faveur d'Attale, roi de Pergame, ce qu'il faut reprendre de plus haut.

An de Rome Après que Séleucus Céraunus, roi de Syrie, eut été massacré^ par ses propres ^^° sujets. Se que son frère Antiochus le Grand, quoique dans un âge fort tendre, lui eut succédé, la plupart des gouverneurs des provinces, abusant de l'extrême jeunesse de ce prince, se rendirent maîtres de leurs gouvernemens & prirent les armes contre lui. Achéus, son proche parent, ayant pris sa défense, vengea en même temps la mort de Séleucus, frère de ce prince, & l'aida à reprendre une partie de son royaume sur ces usurpateurs. Le principal de ces rebelles étoit Molon, gouverneur de la Médie, qu'Antiochus défit entièrement avec le secours des Tectosages d'Asie qu'il avoit appelés à son service, 8i qui combattirent à la droite de son armée. Achéus, flatté de l'heureux succès de cette expédition, manqua à son tour à la fidélité qu'il devoit à Antiochus, & choisit le

^^ j^ „ temps que ce prince étoit occupé à une guerre étrangère pour devenir lui-même 533 l'usurpateur de son royaume. I! prit le titre de roi, s'unit avec Ptolémée Philopator, roi d'Egypte, ennemi d'Antiochus, Se se rendit formidable à tous les princes d'Asie d'en deçà du mont Taurus. Attale , roi de Pergame , qu'il attaqua d'abord, se voyant hors d'état de lui résister, eut recours aux Tectosages de la Thrace'* dont il connoissoit la valeur, Si dont il fit passer un grand nombre d'Europe en Asie. Ces Gaulois s'acquirent d'abord beaucoup de gloire

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' T. Live, I. ?7, c. 39. ' Polybe, 1. 4, p. 171 & 3 14; 1.5, p. 357 8<siiiv.

' Doujni, in Livium, ibid. * Ibii. 1. 5, p. 420 Si suiv.

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dans toutes les expéditions qu'ils entreprirent en faveur de ce prince : ils le servirent avec autant de ièle que de fidélité, jusqu'à ce qu'un accident extraordinaire les détacha de ses intérêts. Ils étoient campés sur les bords du fleuve Mégiste, lorsque voyant une éclipse de lune, ils prirent ce phénomène pour un mauvais augure j étant d'ailleurs extrêmement fatigués d'une marche également longue & incommode par l'embarras des chariots chargés, selon l'usage de la nation, de leurs femmes 8t de leurs entans, ils s'arrêtèrent & refusèrent d'aller plus avant. Ce refus imprévu fit beaucoup de peine à Attale, non pas tant pour le secours considérable dont il se voyoit privé par leur retraite, que par la crainte que ces Gaulois ne passassent à l'armée d'Achéus, 81 que ce prince ne s'en servît pour lui enlever la couronne. Car ces peuples, comme le remarque Polybe,se conduisoient dans leurs exploits militaires suivant leur caprice & leur fantaisie, 8<. campoient toujours à part, pour être en état d'embrasser le parti qu'ils voudroient. Attale, embarrassé sur celui qu'il avoit à prendre dans cette conjoncture, ou de leur accorder, ou de leur refuser leur congé, étoit prêt à les faire envelopper par ses troupes qui les auroient taillés en pièces dans leur camp : mais arrêté par l'amour de sa propre gloire & par la parole qu'il leur avoit donnée, en les appelant de si loin à son secours, il aima mieux leur offrir à leur choix, ou de leur donner des terres pour s'y établir Se les cultiver, ou de les faire conduire sûrement sur la côte de l'Hellespont. Ils prirent ce dernier parti, 8t s'étant retirés, Attale décampa lui-même & retourna à Pergame.

La guerre que le roi Antiochus ' avoit entreprise contre Ptolémée Philopator, roi d'Egypte, au sujet de la province de Cœlé-Syrie, l'empêcha d'agir contre Achéus & de le punir de sa rébellion. Ces deux rois voulant enfin terminer la guerre qu'ils se faisoient depuis quelques années, mirent sur pied des armées formidables. Celle de Ptolémée étoit composée, entre autres, de six mille hommes, tant Gaulois que Thraces auxiliaires, dont quatre mille étoient déjà enrôlés depuis longtemps à son service : les autres deux mille étoient de nouvelle levée. Ces deux princes ayant résolu d'en venir à une action décisive, se rencontrèrent auprès de Pvaphias, dans la Phénicie, lieu fameux par la célèbre bataille qui s'y donna entre ces deux rois. L'aile gauche de Ptolémée plia d'abord sous les "; T~Z

-' 1 . 1 • • An de Rome

efforts de la droite des Syriens 5 mais ayant été relevée & soutenue à propos par 537 la droite de ce prince, où étoient les Gaulois auxiliaires, l'armée d'Antiochus fut ita. origin entièrement défaite.

D'un autre côté, les Gaulois Tectosages de la Thrace, qui, après avoir abandonné le service du roi Attale, s'étoient retirés sur la côte de l'Hellespont, désoloient impito)ablement ce pays : ils ravagèrent les campagnes & pillèrent les villes pendant deux années de suite. Celle d'Ilium ou de Troie, qu'ils assiégèrent^, fut assez heureuse pour échapper à leur fureur, à la faveur du secours de quatre mille habitans d'Alexandrie de Troade, commandés par Thémistus, qui, après leur avoir coupé les vivres, les obligèrent non-seulement de lever le siège

' Polybe, 1. 5, p ^o'j, .(2 1 81 setj. ' Polybe, 1. 5, p. ^^j.

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dans le temps qu'ils le poussoient avec plus de vigueur, mais aussi d'abandonner la Troade.

Ces mêmes Tectosages effacèrent bientôt après cette tache, par la gloire qu'ils eurent de se rendre maîtres de la ville d'Arisba dans l'Abydène, d'où ils firent une cruelle guerre aux. autres villes voisines. Prusias, roi de Bithynie, averti des désordres Se des excès qu'ils commettoient, marcha contre eux à la tête de son armée, & les ayant rencontrés, leur livra bataille & les fit passer au fil de l'épée; ensuite, s'étant rendu maître du camp, il égorgea sans miséricorde leurs femmes 8i leurs enfans. Par cette victoire, dit Polybe, Prusias délivra les habitans de l'Hellespont des Gaulois, qu'ils craignoient extrêmement. Se du péril où les peuples d'Asie s'étoient exposés, en appelant témérairement chez eux les barbares d'Europe^ car c'est ainsi que cet historien les appelle.

XXV. — Les Tectosages d'Asie secourent Antiochus contre les Romains.

Le secours que les Tectosages de Galatie donnèrent dans la suite à Antiochus

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5rt3-.'i64 le Grand, roi de hyrie, contre les Romains qui vouloient soumettre ce prince à leur domination, fut ' la source en partie des maux que ces derniers leur causèrent. Antiochus, devenu supérieure ses ennemis, avoit non-seulement recouvré son royaume; il avoit encore porté ses armes victorieuses dans les États de ses voisins. Dans la suite, sa trop grande puissance devint suspecte aux Romains, surtout après qu'il eut donné retraite dans ses États au fameux Annibal, que ses malheurs y avoient conduit. Antiochus, prévoyant qu'il auroit la guerre à soutenir contre la République romaine, crut devoir s'assurer du secours des Gallo-Grecs, sachant combien leur réputation étoit bien établie. Il les engagea donc, partie à force d'argent, partie par la crainte qu'il leur donna de ses propres armes, à faire alliance avec lui. Annibal, qui cherchoit une occasion de se venger des Romains, le pressant extrêmement de les prévenir 6c de leur déclarer la guerre, il s'y détermina enfin. Cette guerre dura trois ans ; mais Antiochus eut bientôt lieu de s'en repentir, a)ant été battu en différentes batailles. Se obligé enfin de céder une partie de ses États aux Romains. Les Gallo-Grecs auxiliaires combattirent plusieurs fois dans le cours de cette guerre en faveur de ce prince. Les anciens historiens^ font mention de quatre mille d'entre eux qui faisoient la principale force de son armée, dans le temps qu'il ■i/;^ assiég:;a le roi Attale dans sa capitale de Pergame. Ces peuples firent pour lors de si grands ravages dans la campagne, Se jetèrent une si grande terreur dans cette ville, qu'Eumène fut obligé de venir au secours du roi Attale, son frère. Dans une autre occasion 3, qui se présenta quelques jours avant la bataille de Magnésie, l'armée romaine étant campée à quatre milles de celle d'Antiochus, mille archeis gaulois, a)ant passé la rivière de Plirygie qui séparoit les deux

• T. I.ive, 1. 37. — Suidas, in verio r.-.Xccita. — ' T. Live, 1. 37, c. 18.

Appien, in Syrictc. ' Ihtd., 1. i-j, e. 28.

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armées, furent insulter le consul romain jusque dans son camp, & après y avoir ' ''

mis le désordre, & combattu assez longtemps, ils se retirèrent & repassèrent la . rivière n'ayant perdu que fort peu de monde. Mais si les Gaulois eurent la gloire de vaincre dans cette occasion, ils eurent bientôt après le malheur d'être défaits avec Antiochus. Ce prince étoit campé sur les confins ' de la Phrygie, près de la ville de Magnésie & de la montagne de Sipylus, quand le consul L. Cornélius Scipion l'attaqua avec une armée de trente mille hommes. Antiochus avoit dans la sienne, qu'on fait monter à soixante-dix mille combattans, un corps considérable d'infanterie St de cavalerie de Gallo-Grecs, Tectosages, Trocmes & Tolistoboges : il mit quinze cents cavaliers de cette nation, soutenus de trois mille autres pesamment armés [loricaîi 6* cataphracti], à la

droite de la phalange macédonienne, qui faisoit la principale force de son Éd. origin. -1 -II- 1- 1 • 1. 1, p. 29.

armée, & en occupoit le centre ; il plaça quinze cents autres cavaliers gaulois a

la gauche de cette phalange, appuyés de deux mille cinq cents chevaux de la même nation, ce qui faisoit en tout un corps de huit mille hommes de cavalerie gauloise. Appien fait encore mention d'un corps d'infanterie de la même nation, posté à la gauche de l'armée d'Antiochus. Ce prince fut battu cependant malgré la supériorité de ses troupes sur celles des Romains, & sa défaite fut une suite du peu d'étendue qu'il avoit donnée à sa phalange, qui, par là, fut mise hors d'état de combattre ; d'ailleurs , un nuage épais qui s'éleva & qui l'empêcha d'observer les mouvemens des ennemis, lui nuisit beaucoup. Ses Gaulois auxiliaires, qui soutinrent le premier choc des Romains, furent les premiers défaits. Antiochus perdit cinquante mille hommes, tués ou faits prisonniers, tandis que les Romains n'eurent que vingt-quatre cavaliers & trois cents fantassins tués,

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