‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 223 sur 553 · XXVII. — Défaîte des Tolistohoges sur le mont Olympe · texte numérisé non relu

XXVII. — Défaîte des Tolistohoges sur le mont Olympe

Après ce discours, Manlius se mit en marche & envoya en même temps des ambassadeurs à Épossognat, le seul tétrarque de la Galatie qui, pour ne pas violer l'alliance qu'il avoit contractée avec le roi Eumène, avoit refusé de joindre ses armes à celles d'Antiochus contre les Romains. Ces ambassadeurs, accompagnés de ceux de ce tétrarque, étant venus rejoindre le consul peu de temps après, ces derniers le supplièrent, de la part de leur maître, de ne pas faire la guerre aux Tolistohoges ni aux autres Gaulois jusqu'à ce qu'il eût reçu réponse de ce tétrarque, qui devoit aller trouver ses compatriotes dans l'espérance de leur faire accepter les conditions raisonnables qu'il devoit leur proposer, pour leur procurer l'amitié des Romains. Manlius consentit à la demande d'Épossognat ; 8<, ayant décampé, il se rendit à Cuhallum, château de Gallo-Grèce.

Il y fut à peine arrivé, qu'un gros de cavalerie gauloise vint attaquer ses gardes avancées, ce qui causa d'abord dans son camp quelque désordre qui auroit pu avoir des suites, si la cavalerie romaine, qui se trcruva bientôt en état d'agir & de se défendre, n'eût repoussé Se mis en fuite celle des Gaulois, après quelque perte de part Se d'autre. Cette surprise rendit Manlius plus vigilant 8<. plus attentif dans sa marche vers la rivière de Sangary. A son arrivée au bord de ce fleuve, que sa profondeur ne permettoit pas de passer à gué, il s'arrêta Se campa sur le rivage, jusqu'à ce qu'il eût fait construire un pont; c'est là qu'il reçut les prêtres de Cybèle qu'on appeloit Galles, que les deux grands pontifes Attis Se Battacus, qui desservoient le fameux temple de Pessinunte, consacré à cette déesse, lui envoyoient pour assurer de sa part les Romains qu'ils seroient victorieux. Manlius reçut avec honneur ces envoyés, quoique Gaulois; Se ayant, sur cette assurance, fait passer le Sangary à toute son armée sur le pont qu'il avoit fait construire, il alla camper^ auprès de Gordium Se s'empara aisément de cette ville; car les habitans l'avoient déjà abandonnée au bruit de ses approches.

Le tétrarque Epossognat lui fit savoir dans cet endroit que les Gaulois, qu'il n'avoit pu porter à la paix, avoient pris la résolution de se retirer avec leurs femmes, leurs enfans Se tous leurs effets sur le mont Olympe, où ils croyoient être entièrement à l'abri des armes romaines. Le consul apprit, en effet, bientôt après, la retraite des Tolistohoges sur cette montagne, de même que celle des Galates sur le mont Magaba près d'Ancyre, Se que les Trocmes avoient joint les premiers, après avoir confié leurs femmes Se leurs enfans aux autres.

Ce fut de l'avis de trois de leurs tétrarques, Ortiagon, CombolomarSe Gaulot, que ces peuples abandonnèrent leurs villes pour se retirer sur ces montagnes; persuadés qu'étant munis de provisions Se d'une grande quantité de pierres au

' Suidas, ex Polyb. vcrho TâXXo'.. ' T. Live, 1. 38, c. I 3 & sutv.

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défaut de javelots, les Romains n'oseroient les attaquer dans des lieux aussi avantageux &. presque inaccessibles, qu'ils avoient eu soin, d'ailleurs, de fortifier par de bons fossés, Se que, les Romains étant obligés de camper au bas de la montagne, la disette des vivres ou la rigueur du froid les obligeroit bientôt à abandonner leur entreprise.

Manlius, voyant que de la manière dont les Gaulois étoient postés il ne pouvoit les combattre que de loin, fit provision, de son côté, d'une grande quantité de flèches, de javelots, de piques à lancer & de pierres pour ses frondeurs, & vint se camper à cinq milles du mont Olympe. Il s'avança ensuite, &. après avoir bien examiné le terrain par lui-même, il fit camper son armée au bas Éd. origin, de ce mont. Le lendemain, après avoir sacrifié aux dieux, il partagea ses troupes en trois corps pour attaquer les Gaulois par les trois sentiers qui paroissoient praticables. Il se mit à la tête du principal & donna le commandement des deux autres, l'un à L. Manlius son frère, & l'autre à C. Helvius, avec ordre à ce dernier de faire le tour de la montagne pour gagner le sentier qui étoit au couchant d'été, tandis qu'il attaqueroit celui du midi ou du milieu qui lui paroissoit le plus aisé, & son frère celui du levant d'hiver. Celui-ci avoit ordre de venir le joindre avec ses troupes, s'il trouvoit l'attaque trop difficile. Manlius partagea de même les troupes auxiliaires d'Attale & laissa la cavalerie avec les éléphans dans la plaine.

Les Gaulois, persuadés que les chemins des deux côtés de la montagne étoient impraticables Si que celui du milieu étoit le seul qui pouvoit être attaqué, firent tous leurs efforts pour mettre ce dernier en état de défense, Si détachèrent quatre mille hommes pour aller s'emparer d'une élévation ou tertre qui étoit éloigné de mille pas de leur camp & qui dominoit sur ce chemin. Manlius, de son côté, se prépara à l'attaquer : il fit d'abord marcher à la tête Si un peu avant les légions les soldats armés à la légère, les archers crétois Si les frondeurs d'Attale , suivis des Trybaldiens Si des Thraces. L'action commença par une décharge de traits de part Si d'autre. Le combat fut d'abord assez égal des deux côtés, les Tolistoboges ayant l'avantage du poste, 8i les Romains, qui étoient beaucoup mieux munis de dards 8c de flèches, celui des armes; mais enfin, les Gaulois manquant entièrement de traits, les Romains eurent bientôt la supériorité sur eux. Les Tolistoboges n'ayant plus, en effet, pour leur défense que leurs boucliers aplatis Si leurs épées qui leur furent également inutiles, les premiers par leur peu de proportion à la grandeur de leurs corps qu'ils ne pouvoient couvrir, Si les autres par l'éloignement des ennemis qu'ils ne pouvoient atteindre, eurent recours aux pierres, au défaut de dards Si de javelots ; mais ce secours leur devint encore inutile, n'étant pas faits à cette manière de combattre Si leur principale furce consistant à manier adroitement leurs épées dans une mêlée. Se voyant don: accablés d'une grêle de flèches qu'ils ne pouvoient ni parer, ni arracher de leur corps, parce que le fer étant fort pointu, s'insinuoit plus avant dans la chair, ils entrèrent dans une espèce de désespoir Si de rage de se voir périr par des blessures qui paroissoient peu considérables. C'étoit un spcciacle aftreux de voir ruisseler le sang des Gau-

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lois, dont les blessures paroissoient d'autant plus qu'ils combattoient nus jusqu'à la ceinture, suivant leur coutume, & qu'outre qu'ils étoient naturellement fort blancs, ils ne se dépouilloient jamais que pour le combat; quelques-uns d'entre eux ayant voulu se jeter sur les ennemis, furent aussitôt taillés en pièces par les soldats romains, armés à la légère. Enfin ce combat leur fut si funeste, que le petit nombre qui échappa aux traits des Romains se vit forcé, avant même l'arrivée des légions romaines, d'abandonner le poste & de se retirer dans le camp.

Le consul, après s'être rendu maître de cet endroit, fut joint par C. Helvius & L. Manlius, ses lieutenans, qui n'avoient pu forcer les deux autres sentiers. Il fit d'abord reposer ses légions & se mit ensuite en marche vers le camp des Gaulois avec toutes ses troupes. Sur l'avis de son approche, ces peuples sortent de leurs retranchemens & l'attendent en bonne contenance; mais, accablés d'un nombre infini de traits, ils sont obligés de rentrer dans leur camp. Les légions romaines les suivirent de près, 8t Manlius, jugeant du désordre que causoit la prodigieuse quantité de dards que ses troupes jetoient dans le camp des Gaulois par les cris des femmes Se des enfans, résolut de le forcer, ce qu'il exécuta avec tant de valeur, que les Gaulois ne pouvant plus résister, se débandèrent de toutes parts, sans que l'horreur des précipices Si des rochers, où la plupart périrent, fût capable de les arrêter.

Manlius, étant maître du camp des Tolistoboges St voulant profiter de sa victoire, détendit le pillage 8c marcha aussitôt avec son frère, L. Manlius, à la poursuite des fuyards, après avoir mis les prisonniers sous la garde des tribuns militaires; mais ses ordres ne furent pas exécutés, car à peine étoit-il parti Éd. origin. que C. Hclvius, étant arrivé avec l'arrière-garde, ne put empêcher ses soldats d'entrer dans le camp & de le piller. La cavalerie romaine, qui durant le combat avoit demeuré au bas de la montagne sans pouvoir combattre, se jeta de son' côté sur les fuyards qu'elle trouva dispersés aux environs de ce mont, les tailla en pièces ou les fit prisonniers^. Ainsi Manlius remporta une entière victoire sur les Tolistoboges. On ne put compter le nombre de leurs morts, suivant quelques auteurs^, à cause de la multitude des cadavres entassés les uns sur les autres; on fait cependant monter leur perte à quarante mille, tant hommes que femmes ou enfans, dont la plupart périrent dans les cavernes Si le creux des rochers. Il y eut autant de prisonniers que le consul fit vendre aussitôt aux peuples voisins, pour se dispenser d'emmener avec lui un si grand nombre de captifs. La perte totale des Gaulois fut donc de quatre-vingt mille personnes. Un ancien auteur'* remarque que les Gaulois prisonniers aimèrent mieux se donner la mort eux-mêmes que de survivre à leur captivité.

Le consul Manlius se fit apporter les armes de ces peuples avec le butin que ses soldats avoient fait; il ordonna ensuite de faire un monceau de toutes les armes, auxquelles on mit le feu. Si après avoir fait vendre la partie du butin

■ Appien, in Syr'iac. ' T. Live, 1. 38, c. t8.

' Ihid. ' Florus, 1. 2, c. I I.

t. 1, p. iï.

dont le prix devoit être mis en commun, il distribua le reste aux soldats, donnant à chacun les louanges qu'il méritoit; mais surtout au jeune Attale, qui, de l'aveu de toute l'armée, s'étoit le plus distingué dans les différens périls où il s'étoit exposé.

XXVIII. — Action mémorable de Chiomare, femme d'un tétrarque gaulois

& prisonnière de guerre.

Quelque considérable que fût la défaite des Gaulois sur le mont Olympe, Manlius, résolu d'exterminer entièrement leur nation, se rendit avec son armée vers Ancyre, où il arriva en trois jours, dans le dessein d'aller ensuite attaquer les Tectosages, qui étoient campés à dix milles de cette ville. Dans' le même temps, Chiomare, femme d'Ortiagon, l'un des tétrarques des Tectosages, que la prudence autant que la grandeur d'âme rendoient recommandable, eut le malheur de devenir prisonnière d'un centurion romain. Cet officier, dont le dérèglement des mœurs égaloit l'avarice, touché de la beauté de cette princesse, eut la témérité d'attenter à sa pudeur; mais ne pouvant la gagner par ses caresses, qu'il mit inutilement en usage, il eut recours à la violence. Ce centurion, également avare & débauché, pour consoler sa captive de l'injure qu'il venoit de lui faire, offrit ensuite de lui rendre la liberté moyennant une somme considérable dont il convint avec elle, & lui permit d'en faire donner avis en secret au roi son époux. En conséquence, deux Gaulois s'étant rendus la nuit suivante près d'une rivière où ils dévoient recevoir Chiomare, le centurion l'amena avec lui au lieu du rendez-vous, comptant y recevoir la rançon qu'elle lui avoit promise. On la lui comptoit, en effet, lorsque Chiomare le voyant tout occupé à peser l'or qu'on avoit apporté, & dont la valeur pouvoit être d'un talent attique, ordonna en sa langue aux deux Gaulois chargés de la ramener de tirer leur épée St de couper la tête de ce capitaine, ce qui fut exécuté sur le champ. Chiomare prit cette tête, qu'elle enveloppa, la porta elle-même au roi son époux, & en l'abordant la jeta à ses pieds avant que de l'embrasser. Ortiagon, surpris de ce spectacle, en demanda la raison à son épouse. C'est, répondit Chiomare, la tête d'un indigne officier romain, qui a attenté à mon honneur &< dont j'ai cru devoir tirer vengeance. Ce tétrarque, charmé d'une action si généreuse, s'écria : O femme, que la fidélité est une belle chose! — Oui, répliqua Chiomare, mais c'est encore quelque chose de plus beau pour moi de voir en vie le seul à qui je dois être fidèle. Cette princesse fit voir, par cette réponse autant que par la générosité de son action, qu'elle étoit aussi digne d'Ortiagon que ce prince éloit digne d'elle. La natur'- avoit répandu en effet sur ce dernier des talens que l'éducation avoit perfectionnés. Sa libéralité & son affabilité à l'égard de tous ceux qui l'approchoient, sa politesse dans les manières, sa prudence dans les discours, sa sagesse dans la conduite, sa valeur dans les combats

' T. Live, 1. 38, c. i8. — Plutarque, Opusc. Je Virtut. mulurum, p. 253. — Valére-Maxime, 1. û, c. i . — Suidas, m verbo 'Optiovtov.

An de Rome

An de Rome ^

& son habileté dans l'art militaire le rendoient un prince accompli'. Il surpassoit tous les autres rois de la Galatie en force & en puissance, Se son plaisir autant que son ambition étoient de dominer sur eux. Il s'étoit trouvé à la bataille du mont Olympe & avoit eu le bonheur d'échapper à la défaite de ses compatriotes.

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