‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 224 sur 553 · XXIX. — Les Tectosages vaincus par les Romains · texte numérisé non relu

XXIX. — Les Tectosages vaincus par les Romains

Éd.origin. Le consul fut à peine arrivé à Ancjre, que les Tectosages lui envoyèrent des

ambassadeurs pour^ le supplier de ne rien entreprendre contre eux, qu'après avoir conféré avec leurs chefs qu'il trouveroit plus disposés à la paix qu'à la guerre. Manlius ayant écouté volontiers cette proposition, & assigné la conférence pour le lendemain, dansun lieu également éloigné d'Ancyre 8c du camp des Tectosages, se trouva au rendez-vous accompagné de cinq cents chevaux; mais les Gaulois ne s'y rendirent pas : ils envoyèrent seulement des députés à ce consul pour s'excuser sur une cérémonie de religion dont ils n'avoient pu se dispenser, & promirent d'envoyer le jour suivant les principaux de leur nation pour négocier la paix. Manlius envoya ce jour-là Attale à sa place au lieu de la conférence, où on se rendit exactement de part & d'autre, & où on convint des articles de la paix; mais les Gaulois, qui avoient dessein d'en éluder la conclusion, ne voulurent rien terminer faute de pouvoirs suffisans, & demandèrent pour le lendemain une nouvelle conférence, où leurs rois se trouveroient en personne pour arrêter les articles avec le consul même, ce qui leur fut accordé. La vue des Gaulois dans cette demande étoit de gagner du temps pour faire passer la rivière d'Halys à leurs femmes & à leurs enfans, & les mettre en sûreté avec leurs meilleurs effets, résolus de dresser le lendemain une embuscade à Manlius, & de l'attaquer avec mille cavaliers d'élite, au lieu de cinq cents qu'ils dévoient amener seulement dans l'endroit de la conférence. Les Tectosages firent en effet l'un Si l'autre.

Manlius, qui ne pensoità rien moins qu'à la mauvaise foi des Gaulois, partit le jour suivant avec son escorte ordinaire de cinq cents chevaux; mais il fut bien surpris de voir après cinq milles de marche, & à son arrivée au lieu du rendez-vous, un gros de cavalerie gauloise venir à toute bride sur lui. Il soutint d'abord l'attaque de ces troupes avec toute la valeur possible &. sans se déconcerter; mais enfin, accablé par le nombre, il céda & tâcha de se retirer en bon ordre. Les Tectosages, fiers de cet avantage, le poursuivirent vivement & firent main basse sur la plupart des fuyards. Le consul lui-même auroit infailliblement péri, si les fourrageursde son armée, qui étoient soutenus de six cents cavaliers, &. que les tribuns avoient envoyés heureusement ce jour-là du côté du rendez-vous dont on a parlé, ne fussent accourus à son secours, au bruit 8c aux cris des fuyards de son escorte. Ces derniers, se voyant secourus par ces troupes, se rallient, raniment leur courage 8c repoussent les Gaulois à leur tour; en

' Polybe, /"ragm. apui/ Valesiiim, p. 114. " T. Live, 1. 38, c. 18. — Appien, in iynaf.

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sorte qu'après en avoir passé un grand nombre au fil de lepée, ils forcent ie reste à prendre la fuite.

Manlius, indigné de la conduite des Tectosages & résolu d'en tirer vengeance, se mit en marche dès le lendemain pour les aller attaquer sur le mont Magaba où ils s'étoient retirés. Il employa deux jours à reconnoître leur camp, la situation de la montagne, le nombre Si la contenance de leurs troupes. Le troisième jour, après avoir consulté les augures Se immolé des victimes à ses dieux, il divisa ses troupes en quatre corps, se mit à la tête de deux qu'il mena aux ennemis par le milieu de la montagne, S<. posta les deux autres sur les côtés qui répondoient aux deux ailes de l'armée des Tectosages, lesquels s'étoient déjà campés hors de leurs retranchemens. Leur armée étoit composée de cinquante mille hommes d'infanterie tant Trocmes que Tectosages, qui formoient le centre, 6c faisoient leur principale force. Leur cavalerie, à qui l'inégalité du terrain ne permettoit pas de combattre sur la hauteur, étoit campée au bas de la montagne, Si consistoit en dix mille hommes sur la droite Si quatre mille sur la gauche. Ces derniers éioient des troupes auxiliaires qu'Ariarathe, roi de Cappadoce Si gendre du roi Antiochus, & Morzès, roi de Paphlagonie, avoient amenées à leur secours.

Manlius garda le même ordre pour l'attaque du mont Magaba, qu'il avoit observé pour celle du mont Olympe : il posta ses légions derrière les soldats armés à la légère, qui, munis de toute sorte de dards, en déchargèrent une quantité prodigieuse sur les Gaulois. Ceux-ci craignant de se découvrir, souffroient ces décharges sans s'ébranler; mais plus ils se serroient, plus les flèches causoient du désordre parmi eux. Le consul voyant qu'ils en étoient accablés, 8i que s'il faisoit paroître ses légions, ils prendroient infailliblement la fuite, t.i,p"?° ordonna aux vélites, ou soldats armés à la légère, de reprendre leurs rangs. Si fit avancer ensuite le corps de bataille. Les Tectosages, ainsi que Manlius l'avoit prévu, également frappés du mouvement des légions romaines Si du souvenir encore récent de la défaite des Tolistoboges sur le mont Olympe, fatigués d'ailleurs de leurs blessures, prirent alors le parti de la fuite. La moindre partie se retira dans le camp, Si l'autre se dispersa à droite Si à gauche. Manlius ayant ensuite attaqué le camp des Tectosages, s'en rendit aisément le maître; mais ses soldats s'amusèrent au pillage au lieu de poursuivre les fuyards, ce qui sauva la vie à la plupart de ces derniers.

A l'exemple de la cavalerie gauloise, les deux ailes de la cavalerie de la même nation, qui n'avoient pas eu occasion de combattre parce qu'elles n'avoient pas été attaquées, prirent le parti de la retraite : elle se fit d'abord en assez bon ordre, jusqu'à ce que le consul, voyant qu'il ne pouvoit détourner ses soldats du pillage du camp des Gaulois, commanda aux deux ailes de son armée qui n'avoient pas encore combattu, de marcher en diligence à la poursuite de cette cavalerie; mais ce fut sans beaucoup de succès, ce qui rendit la perte des Gaulois moins considérable. Elle ne fut, en effet ' , que de huit mille hommes, quoi-

' T. LIve, 1. 33, c. |8 &SU1V. — Appien, m Syriac.

que d'autres' prétendent qu'ils eurent jusqu'à vingt mille soldats de tués; le reste passa la rivière d'Halys Se se retira au delà sans obstacle. Le jour suivant, Manlius fit compter les prisonniers & apporter le butin qui se trouva très-riche; c'étoit le même que celui que les Gaulois avoient fait dans leurs précédentes conquêtes, 8c surtout dans la partie de l'Asie qu'ils avoient conquise en deçà du mont Taurus.

XXX. — Manlius /ait la paix avec les Gaulois. — Son triomphe à Rome.

Les Gaulois que la fuite avoit dispersés en divers endroits s'étant enfin tous ralliés au delà du fleuve Halys, & se voyant pour la plupart couverts de blessures, sans armes Si sans ressources, envoyèrent d'un commun accord des députés à Manlius pour lui demander la paix. Ce général écouta volontiers leurs propositions; mais voyant que la saison étoit déjà avancée, S<. craignant de se trouver en hiver au voisinage du mont Taurus, où le froid est extrêmement rigoureux, il ordonna aux Gaulois de venir le joindre à Eplièse, où il devoit se rendre incessamment pour y passer l'hiver, Se leur promit d'y régler avec eux les articles de la paix.

■; T~Z Ouoiaue le commandement que Manlius avoit en Asie dût expirer à son

an de Rome /^ ^ ^ ^ . '

5(56 arrivée à Ephèse avec son consulat, le Sénat ^ le continua cependant dans le premier avec l'autorité de proconsul. Après qu'il fut arrivé dans cette ville, il reçut les envoyés du roi Antiochus qui venoient traiter de la paix, Se ceux des peuples de l'Asie Mineure, qui, selon l'usage, lui présentèrent des couronnes d'or pour honorer sa victoire sur les Gaulois^; victoire qui ne fit pas moins de plaisir à tous ces peuples, que celle que Manlius avoit remportée sur Antiochus, tant ce prince Se les Gaulois leur paroissoient redoutables. Ce général reçut en même temps les députés des Galates qui venoient pour régler les conditions de paix; mais il leur répondit qu'il falloit attendre le retour d'Eumène, roi de Pergame, pour convenir avec ce prince, allié des Romains, des lois qu'il devoit

^ leur imposer.

^^ Manlius ayant conclu la paix,rété suivant, avec les ambassadeurs d'Antiochus,

dans la ville d'Apamée, prit la route de l'Hellespont , où il avoit mandé les tétrarques des Galates ou Gallo-Grecs, 8c où il leur déclara les lois 8c lesconditions de paix sous lesquelles ils dévoient vivre à l'avenir. Les principales étoient qu'ils se contiendroient'* dans les bornes de leur domination ; qu'ils n'auroierit plus d'autorité sur les peuples qu'ils avoient soumis auparavant, 8c qu'ils avoient rendus leurs tributaires; qu'ils ne feroient aucune incursion dans le pays de leurs voisins Se enfin qu'ils vivroient en paix avec le roi Eumène. Ainsi finit cette sanglante guerre, qui, quoique fatale pour les Gaulois qui se virent obligés de faire une paix désavantageuse avec les Piomains^, n'altéra pourtant

' Suidas, ;.'i vcrho Viîl^jr.i-x, ' T. Live, 1. 33, c. 87 & siiiv.

" T. Live, 1. 38, c. 37 & suiv. — Polybe, Excerpt. 'Suidns, in virio VaXa-is..

l.-^xt. p. 833 Si siuv. ' liiJ.

"/ An de Rome

en lien la forme de leur gouvernement, 8c ne donna aucune atteinte à leur ancienne liberté, qu'ils consei-vèrent jusques à la réduction de leur pays en province romaine, sous l'empire d'Auguste : il paroît cependant par un passage des Machabées ' que Manlius ou les Romains rendirent les Gaulois leurs tributaires.

Ce proconsul, après avoir pacifié l'Asie', étant repassé en Europe, demanda l"*} "'''sj^* à son retour à Rome les honneurs du triomphe, en récompense des services qu'il avoit rendus à la République, 81 des victoires qu'il avoit remportées sur les Gaulois. Sa demande ne fut pas également bien reçue dans le Sénat : L. Furius & L. /Ëmilius, deux de ses lieutenans, s'y opposèrent fortement, par la raison que la guerre qu'il avoit entreprise contre les Gaulois avoit été faite sans un sujet légitime; que n'ayant en cela consulté que sa passion, il avoit moins cherché l'avantage de la République que sa propre gloire; &i que, contre l'usage des Romains, la République n'avoit envoyé ni ambassadeurs ni féciales aux peuples qu'il avoit attaqués avant que de leur déclarer la guerre. Manlius, dont l'éloquence égaloit la valeur, justifia de son côté sa conduite par la nécessité où il s'étoit trouvé de soutenir les alliés des Romains contre les violences & les ravages des Gaulois en Asie, Se de combattre une nation qui portoit la cruauté jusqu'à immoler des victimes humaines à ses dieux. Il ajouta à cela le récit de l'heureux succès de ses armes 61 des victoires qu'il avoit remportées en divers combats contre cent mille Gaulois, dont il avoit ou tué ou pris plus de quarante mille. Enfin, après divers délais, le Sénat accorda^, l'année suivante,

a ce gênerai les honneurs du triomphe, dont cinquante-deux chets ou généraux S'.; prisonniers qui précédoient son char firent la principale gloire, 8c les riches dépouilles des peuples vaincus le plus bel ornement. Ces dépouilles furent funestes à Rome, car elles donnèrent occasion d'introduire parmi les Romains le luxe 8c la mollesse des peuples asiatiques, dont Manlius fut le premier imitateur'*.

XXXI. — Les Tectosages d'Aiie au service des Romains dans la Macédoine, (^ ceux d'Europe au service de Persée contre les Romains.

On a lieu de croire que les Tectosages d'Asie, fidèles aux conditions de paix que le consul Manlius leur avoit imposées, vécurent depuis en bonne intelligence avec le roi Eumène, allié de la République, puisque, plusieurs années après, nous voyons ces peuples se joindre aux troupes que ce prince conduisit au secours des Romains dans la Grèce contre Persée, roi de Macédoine. La guerre que ce prince s'étoit attirée lui fut très-fatale; car il eut le malheur de perdre son royaume, 81 le déplaisir de le voir réduire en province romaine. Cette guerre, durant laquelle les Gaulois d'Asie 8c d'Europe servirent comme troupes auxiliaires, Se dans l'armée des Pvomains Se dans celle de Persée, dura pendant

' Machiihies,!. i , c. 3, v;r:. 2. ' T. Livc, 1. 39, c. 6.

•T. Lire, 1. 3J, c. 37. " IbU.

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quatre ans; mais ce ne fut que sur la fin que les Gaulois Transalpins offrirent leur secours aux Romains'. Ceux d'Asie étant passés clans la Grèce à la suite An dei\om. <^" ""o' Eumène, marchèrent d'abord au service du consul P. Licinius^, qui ouvrit la première campagne dans la Macédoine. Les troupes de ces Gaulois consistoient en deux escadrons de cavalerie commandés par Cassignat. Ce général eut occasion de signaler sa valeur, lorsque l'armée de Persée n'étant qu'à mille pas de celle des Romains, & le consul voyant que ce prince s'étoit avancé jusqu'à cinq cents pas de son camp, le détacha, avec ses deux escadrons gaulois 8c cent cinquante soldats armés à la légère, pour aller reconnoître les ennemis. Persée, de son côté, s'étant arrêté à l'approche de Cassignat, l'envoya reconnoître à son tour par deux escadrons de Thraces & autant de Macédoniens, qu'il fit soutenir de deux cohortes de Cretois & de Thraces. Ces deux détachemens, se trouvant également forts, combattirent longtemps avec un égal avantage, en présence des deux armées qui ne firent aucun mouvement pour les soutenir. Le combat finit par la mort de Cassignat & de trente de ses soldats, sans qu'aucun des deux partis pût s'attribuer la victoire. Le roi Persée avoit aussi alors dans son camp deux mille Gaulois auxiliaires. Il est incertain si ces derniers étoient venus ou d'Asie ou d'Europe : il paroît cependant plus vraisemblable que ce prince les avoit appelés de la Thrace ou de la Pannonie ; car ceux d'Asie n'auroient osé sans doute servir contre les Romains. Quoi qu'il en soit, il est certain que c'est avec ces Gaulois, qui se jetèrent dans la ville de Cassandre, dans le temps que les Romains en faisoient le siège, que Persée obligea ceux-ci de le lever. On croit ■* même qu'il auroit pu éviter sa défaite & la perte de son royaume, si son avarice lui eût permis d'appeler à son secours un plus grand nombre de Gaulois.

Clondic, l'un des chefs ou rois de ces peuples, étoit alors dans l'Illyrie avec SsT " un corps de vingt mille hommes de'sa nation, moitié cavalerie, moitié infanterie. Persée étant convenu avec eux qu'ils le serviroient dans ses guerres, moyennant t i,°p.'*36. une certaine somme par tête, crut les contenter par de simples promesses, & les pressa de venir le joindre, sans leur envoyer l'argent dont ils étoient convenus : mais les Gaulois, las d'attendre inutilement à Desubada dans la Mœsic l'exécution des promesses de ce prince, refusèrent de marcher à son secours; 8i prenant la route de l'Ister ou bas Danube, ils se retirèrent chez eux après avoir ravagé la Thrace, province qui appartenoità Persée.

Les Romains'^, de leur côté, se virent abandonnés des Gaulois auxiliaires, qu'Eumène, qui repassa en Asie, ramena avec lui & qu'il refusa, en partant, de laisser au consul Q. Marcius. Ce refus, joint aux conférences secrètes que ce prince eut ensuite avec les envoyés du roi Persée, le rendirent suspect à la République; ce qui ne l'empêcha pourtant pas d'envoyer un secours de mille chevaux gaulois à son frère Attale, qui étoit demeuré dans la Macédoine au

' T. Live, 1. 44, c. 14. ' T. Live, 1. 44, C. 16 & Suiv. — Dioàore, Fragm.

'T. Live, 1. 42, c. 5i, .67 & siiiv. — Diodore, apuil Vnlesium, p. Sip. Fraj^m. fl/)uJ Valesium, p. 319. ^ T. Live, 1. 44. c. i3 & 28.

An Jl' Rome

' An de Ruine

service des Romains. Ce secours ne put joindre l'armée romaine ; car ces troupes, "^^^ s'étant embarquées au port d'Élée, eurent à peine fait voile & commencé de doubler le promontoire de Phanas, dans l'île de Chio, qu'elles aperçurent la flotte macédonienne de beaucoup supérieure à la leur, soit pour le nombre, soit pour la qualité des vaisseaux. Ces Gaulois, déjà fatigués de la mer, n'osant s'exposer au combat, prirent le parti, les uns de gagner à la nage le rivage voisin, & les autres de se faire échouer sur la côte, dans le dessein d'aller se réfugier dans la ville de Chio. Ils ne purent cependant se sauver; car étant vivement poursuivis, d'un côté par les Macédoniens, S< de l'autre, les habitans de Chio, qui ne connoissoient ni ceux qui poursuivoient, ni ceux qui étoient poursuivis, ayant fermé les portes de leur ville, huit cents d'entre eux furent tués sur la place, & les autres faits prisonniers : ce qui fut suivi de la perte de tous les chevaux qu'ils avoient laissés dans les vaisseaux.

XXXII. — Guerre des Tectosages d'Asie contre Eumène, rot de Pergame, 6* Ariarathe, roi de Cappadoce.

Peu de temps après, les Gaulois d'Asie rompirent avec Eumène, roi de Per- An de Romt game, St lui firent une cruelle guerre. Ce prince envoya' aussitôt à Rome 687 Attale, son frère, pour en porter ses plaintes. Quoique le Sénat ne fût pas fâché que les Gaulois eussent entrepris cette guerre contre Eumène dont il se défioit, il écouta cependant Attale assez favorablement, 81 le renvoya en Asie avec des députés pour rétablir la bonne intelligence entre les Gaulois 8<. le roi son frère. Attale &les envoyés des Romains arrivèrent pendant l'hiver, dans le temps que ces peuples &i le roi de Pergame étoient dans une espèce de trêve; mais, au printemps suivant, les Gaulois se mirent de bonne heure en campagne. Leurs troupes étoient déjà campées à Synnade, &c le roi Eumène asscmbloit les siennes à Sardes pour marcher contre eux, lorsque Attale, voulant prévenir les hostilités, partit en diligence avec les envoyés du Sénat pour aller conférer avec Solovettius, roi ou général de ces peuples. A leur arrivée à Synnade, les députés de la République jugèrent à propos de ne pas laisser entrer Attale dans le camp des Gaulois, crainte que sa vivacité naturelle ne fit naître dans la conférence quelque dispute qui auroit pu aigrir les esprits au lieu de les apaiser. P. Licinius, le premier d'entre les Romains, porta la parole, mais sans succès, ayant trouvé les Gaulois disposés à soutenir la guerre qu'ils avoient entreprise. Il paroît pourtant que leur fierté ne dura pas longtemps, puisque, au rapport des historiens*, ils envoyèrent peu de temps après des ambassadeurs à Rome pour y justifier leur conduite contre le roi Eumène. Le Sénat reçut volontiers leurs excuses Si leur permit de vivre selon leurs lois, conformément aux conditions de la paix faite avec Manlius, suivant lesquelles il leur étoit défendu de passer les bornes de leur pays, 8< de porter les armes dans celui de leurs voisins.

' T. Livi;,l. 4'),c. "î.;. — Polybc, Exe. Itgat. Ç)-/ , p. pzy. ' Polybc, Exccrpta hf^at. p. fjSi.

An ne Rome '

I/CS Romains' témoignèrent encore l'envie qu'ils avoient de vivre en paix avec les Gaulois d'Asie, quand Prusias, roi de Bithynie, étant à Rome & ayant demandé certaines terres confisquées sur le roi Antiochus, dont ces peuples étoient en possession, le Sénat lui répondit qu'il enverroit des commissaires sur les lieux, pour examiner s'il étoit vrai que la République les leur avoit accordées; car son intention étoit de les laisser jouir paisiblement des libéralités des Romains.

Nous n'avons qu'une connoissance fort imparfaite de la guerre* que les Gaulois d'Asie entreprirent contre Ariarathe, roi de Cappadoce, qui étoit auparavant leur allié ; nous savons seulement que le Sénat, qui s'intéressoit dans la ^ i,"?.'^'".' querelle de ce prince, envoya des députés en Asie pour la terminer, Si qu'il condamna ce dernier à trois cents talens de dédommagement envers les Gaulois.

XXXIII. — Richesses des Gaulois d'Asie. — Fidéliti de Camma, femme d'un

tétrarque.

Il paroît que ces peuples vécurent en paix dans la suite avec leurs voisins, 8i qu'ils jouirent tranquillement des richesses qu'ils avoient acquises, ou, pour mieux dire, dont ils avoient dépouillé les peuples qu'ils avoient vaincus. Ils étoient en effet devenus si riches, qu'au rapport ^d'Athénée, un de leurs tétrarques, appelé Ariamne, traita pendant un an toute sa nation avec une magnificence, un ordre & une abondance incroyables. Il avoit divisé son canton en divers quartiers, dans chacun desquels il avoit fait dresser, sous des tentes & le long des chemins, des tables couvertes de tout ce qui pouvoit flatter le goût; ceux qui vouloient y venir, soit nationaux, soit étrangers, étoient également bien reçus & magnifiquement régalés. Ces festins étoient accompagnés tous les jours de l'immolation d'un grand nombre de victimes.

Plutarque faif* mention de deux autres tétrarques très-puissans de la même nation 8c très-proches parens, l'un appelé Sinatus 8t l'autre Sinorix. Celui-ci, touché de la rare beauté de Camma, femme de l'autre, porta sa passion pour cette princesse jusqu'au point de se défaire de son mari. Camma, inconsolable de la mortdeson époux, résolut de la venger, &i pour mieux réussir, elle feignit de vouloir répondre à la passion de ce tétrarque : elle l'engagea à sacrifier avec elle à l'autel de la déesse Diane, à qui les Gaulois rendoientun culte particulier, & dont elle étoit prêtresse. Camma fit les libations ordinaires 8c présenta à Sinorix une coupe empoisonnée dont ce tétrarque but le premier, 8i elle ensuite, contente de mourir ainsi avec le meurtrier de son époux, mais plus encore de se donner en mourant le plaisir de venger la mort de ce dernier 8i de se délivrer du chagrin de survivre à sa perte.

■ T. Live, 1. 45, c. 44. ' Ath.'nce, Peipno'tph. 1. 4, p. i5o.

" Polybe, Lcgat. frngm. lo;), 107 & 108. — Sira- ' l'Iutarquc, de Virl. mulwr. p. 257 & seci.

bon, i. 12, p. 5^!;. l'oly. ;\, i'/foingi 1;:. 1. S, c. 3^>.

' An de Rome

XXXIV. — Les Romains commencent la conquête de la province Narhonnoise.

On ne doitpas être surpris si dans la suite les anciens historiens parlent moins des guerres 8cdes expéditions de nos Gaulois Tectosages d'Asie. Le commerce qu'ils eurent avec les peuples au milieu desquels ils vivoient, leur fit perdre peu à peu cette noble inclination qu'ils avoient pour la guerre, avec l'austérité des mœurs & la rigueur de la discipline militaire, en sorte que le luxe, l'abondance 81 les commodités de la vie, joints à la douceur 81 à la beauté du climat, les rendirent méconnoissables dans l'intervalle de moins d'un siècle. Aussi Manlius, en parlant d'eux à ses soldats, assuroit-il que ces peuples avoient alors entièrement dégénéré de la valeur & de la vertu de leurs ancêtres. Ils n'étoient en' cela que les imitateurs de leurs anciens compatriotes des provinces méridionales des Gaules, que la communication avec les Marseillois leurs voisins , & avec les étrangers qui commerçoient sur la côte de la Méditerranée, avoit rendus également mous Se efféminés, en introduisant chez eux les richesses 8c l'abondance; tandis que les autres peuples des Gaules, plus septentrionaux S<. qui n'avoient point le même commerce, conservèrent toute l'ancienne austérité de leurs mœurs avec la réputation de leurs armes. C'est en effet au luxe 8c à la mollesse des premiers que César attribue la perte qu'ils firent de leur liberté^. Les Romains, qui méditoient depuis longtemps d'étendre leur domination en deçà des Alpes, s'étant aperçus du changement de mœurs de ces derniers, cherchèrent l'occasion de les subjuguer; ils la trouvèrent dans les fréquentes guerres que les Liguriens StlesSalluviens ou Saliens faisoient aux Marseillois, alliés de leur République"*.

' Strabon, 1. 4, p. 1 87.

' César, de Bello Gallico, 1. 1 , c. 1 ; 1. 6, c. i5 &

' L'histoire & la légende sont si intimement mêlées dans les récits qu'on vient de lire, qu'il nous a paru nécessaire, pour les distinguer, autant que la chose est possiLle aujourd'hui, de soumettre à un examen attentif les documents 81 les textes anciens sur lesquels il» reposent. Dans ce travail, que nous sommes forcés de rejeter dans les Notes du tome II, à cause de l'étendue qu'il a prise, nous ne nous sommes pas contenté de comparer les deux versions de Trogue Pompée & de Pausanias, que les Bénédictins paraissent avoirsuivies de préférence, & de les opposer au texte précieux de Strabon, qui mènerait sur plus d'un point à des conclusions à peu près opposées; nous avons recherché à quelles sources, presque toutes perdues aujourd'hui, avaient puisé ces historiens eux-mêmes, postérieurs de trois ou quatre siècles aux événements qu'ils racontent.

Nous avons reconnu, par exemple, que le récit de Trogue Pompée (abrégé par Justin), que l'on peut regarder comme le plus complet de tous, car il embrasse toute l'histoire de l'émigration gauloise en

Grèce 8c en Asie, jusques 81 y compris le retour de» Tectosages à Toulouse, se divise en deux parti» bien distinctes puisées visiblement à des sources différentes. La première, qui paraît empruntée à Phylarque de Naucratis , dont l'histoire faisait suite à celle de Théopompe , suivait les bandes gauloises jusqu'en Galatie, où leur histoire allait se trouver mêlée à celle des successeurs d'Alexandre. Nous remarquerons incidemment qu'elles y sont toujours désignées sous le nom générique de Gaulois, roliiai, sans indication plus précise de provenance ou de patrie. La seconde, qui racontait d'une manière détaillée, à ce qu'il paraît, le retour des Tectosages à Toulouse, leur ancienne patrie, après la guerre de Delphes, paraît empruntée à Timagène le Syrien, que Tite-Live appelait, non sans raison, le plui léger des Grecs. Elle se rattachait, comme point de départ, à quelque tradition indigène ou locale qui ne doit point remonter beaucoup au delà du proconsulat de Cépion, dont l'histoire, devenue légendaire à son tour, se trouve a:cidentellement mêlée à celle de l'or de Toulouse, qui portait malheur, comme tout bien mal acquis.

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éd.

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