XXXV. — La côte de Languedoc appelée anciennement Ligurie
Les Liguriens, dont on ignore la véritable origine, étoient déjà établis sur la côte de la Méditerranée, lorsque les Gaulois passèrent en Italie sous la conduite de Bellovèse. Ils donnèrent leur nom à une grande partie de cette côte', sur laquelle ils occupoient un assez grand terrain tant en deçà qu'au delà des Alpes; car ils s'étendoient sur la côte de la Gaule Transalpine, depuis la rivière du Var jusqu'à Marseille & au Rbône, & même jusques en Espagne. Plusieurs auteurs assurent, en eftet, que toute la côte de Languedoc portoit anciennement le nom de Ligurie"; ce qui donna lieu à la division des Liguriens en Cisalpins 5t Transalpins^. On mettoif* parmi ces derniers les Vocontiens, les Salluviens ou Saliens, les Oxubiens 8<. les Décéates ; tous ces peuples habitoient une grande partie de la Provence. Les Liguriens Cisalpins furent subjugués par les Romains, & leur pays tut réduit en province romaine dès l'an 563 de Pvome ; ils n'en furent guère plus soumis à la République; ils s'unirent souvent avec les Transalpins dans les fréquentes guerres que ces derniers faisoient aux Marseillois, alliés des Romains^. Les Décéates, entre autres, & les Oxubiens ayant entrepris vers l'an 600 de Rome le siège des villes de Nice & d'Antibes, qui appartenoient à la république de Marseille, le consul Q. Opimius leur déclara la guerre, les défit & donna une partie de leurs terres aux habitans de cette ville ; mais cette expédition n'ayant été que passagère, les
Il est à remarquer, du reste, que,mémedans cette dernière légende, les Tectosages ne sont jamais désignés sous le nom de Volkes ou Volces, qui établirait un lien de parenté entre les Volkes de la Narbonnaise & les bandes de race gauloise dont les Bénédictins ont longuement résumé l'histoire. Le seul texte ancien où Ton trouve rethnique 8t le surnom formellement réunis est le célèbre passage de César relatif aux Gaulois de la forêt Hcr-ynia, ^ue l'historien ne connaissait point par lui-même, car on sait que sa reconnaissance militaire au delà du Rhin n'a guère dépassé la rive droite du fleuve. Il est au moins probable qu'Ératosthène, dont il invoque ici le témoignage, les désignait sous le nom générique de Tectosagjs, comme le faisaient les écrivains grecs du même temps, & ce serait alors César qui aurait de son plein chef rectifié ou complété leur nom en ajoutant à ce sobriquet, anciennement banal, l'ethnique bien connu des Volkes, le seul des grands peuples gaulois qui l'ait conservé jusqu'à l'époque romaine, dans un but que nous expliquerons pi us loin. [E. B.]
' Voyez tome II, Note XII.
' Les renseignements, bien incomplets malheureusement, que les anciens nous ont laissés sur l'histoire des Liguriens, comme les Bénédictins les appellent en leur laissant leur nom romain {Ligures), ont été résumés dans la note 3 de la page 3 &
discutés dans la Note CIVdu second volume, consacrée à l'ethnographie & à l'histoire primitive de la Gaule. Nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs à la première & surtout à la seconde de ces notes, en leur rappelant que les tribus dont les incursions ou les pirateries allaient attirer les armes romaines dans la Gaule sont aussi étrangères à l'histoire du Languedoc, géographiquement parlant, que la fondation d^A^uae Sextiae qui réclamerait, sans cela, une étude spéciale. Les seules tribus ligures qui nous intéressent, parce qu'elles appartiennentcette fois à notre pays, seraient celles qui habitaient au delà du Rhône &. même de l'Aude, jusqu'à la chaîne des Pyrénées. Mais nous avons déjà remarqué que la plupart d'entre elles en avaient disparu depuis lo/igtemps, balayées ou recouvertes, à quelques noms près, par les invasions triomphantes des Celtes, ce qui explique pourquoi nous avons rejeté l'examen critique de leur histoire dans les prolégomènes de l'histoire proprement dite. [E. B ]
' Strabon, 1. 4, p. i85&2o3. — Pline, 1.3, n. 5 — Scylax, p. 2. — Plutarque, in Mario. — Vossius, in Melam. — Catel, Mémoires de l'Histoire du Languedoc, p. 79 8c suiv.
< Pline, 1. 3, n. 7.
^ Voir T. Live, 1. 40 & Epitome, 47. — Polybe, Exccrpt. légat, p. 961 .
Romains ne s'établirent pas alors dans les Gaules. Ils ne fixèrent leur demeure en deçà des Alpes que dans la suite, à l'occasion des nouvelles guerres que les Saliens entreprirent contre les Marseillais, 8c dont ils profitèrent pour s'emparer du pays de ces Gaulois '.