XLV. — Leur Théologie , leur Religion 6* leurs Divinités
Les Gaulois, à l'exemple des Grecs & des Romains, adoroient sous différens noms diverses divinités qui leur étoient particulières. Ils en adoptèrent dans la suite plusieurs étrangères avec une partie du culte qu'on leur rendoit. Ainsi Apollon 8c Minerve furent révérés par les Toulousains ^; Bacchus, Junon, Silvain, Nehalenia, Nemausus, &C., par les habitans ^ de Nimes, qui faisoient descendre ce dernier d'Hercule, & le regardoient comme le fondateur de leur ville. Ces peuples, persuadés que les dieux étoient les maîtres des'* événemens & de la destinée des hommes, tâchoient de se les rendre propices par leur culte &. leurs sacrifices, surtout en faisant élever des temples à leur honneur. Celui que les Toulousains avoient dédié à Apollon étoit un des plus fameux; il étoit enrichi de tout l'or que les Tectosages avoient eu soin de ramasser, & qu'ils avoient consacré k cette fausse divinité : les mines du pays ou les paillettes qu'on recueilloit dans les rivières leur en fournissoient assez pour satisfaire à cette superstition ; on remarque qu'on conservoit si religieusement ces trésors dans les temples de Toulouse que, malgré l'avarice des peuples du pays, personne n'auroit osé y toucher.
Les Tectosages d'Asie s'abstenoient , par une semblable superstition, de la chair de pourceau ^ : ils la regardoient comme une viande impure, par respect pour Atys, à qui ils rendoient un culte particulier. Tous ^ ces Gaulois étoient curieux de connoître les choses futures, 8t s'appliquoient beaucoup dans cette vue à l'art des augures & des aruspices, & aux pronostics qu'on tiroit du vol des oiseaux 8c des entrailles des animaux, 8c quelquefois même des victimes humaines, où ils s'imaginoient lire distinctement leur destinée &c le succès heureux ou malheureux de leurs entreprises. Ils croyoient à l'immortalité de l'âme 8c à la métempsycose, 8c se faisoient des prêts mutuels avec promesse de les restituer'^ l'ans les enfers. On croit que c'est des philosophes gaulois ou druides que Pythagore apprit la transmigration des âmes^ , qui étoit un des principaux articles de sa secte.
' Diodore, 1. 5 , p. 3o3 & siiiv. — César, de ^ Élien, 1. 2, c. 3.
Ucllo Gall:co,\. 6, c. 12 & seq. — Athénée, 1. 4 & ' Pausanias, in Achaïc. p. i(3o.
|3. — Strabon, 1. ^, &c. * Justin, 1. 24, c. 4. — Cicéron, de Diviaa-
'' Oroîe, 1. 5, c. i5. ùone.
' Gronovius, Anti^tiiutci Graecae, t. 3, lut. C, ' Valère Maxime, 1. 6, c. 10.
p. 10 j t. 7, p. 242, 2jj £c 2j^. ** Cicéron, d<^ Divmatione,
Ces druides étoient, parmi les Gaulois, les docteurs & les ministres de la religion, les juges de la nation, & les arbitres des différends entre les particuliers '.
An de Roint
' Tout le monde sait aujourd'hui que le druidisme , auquel les savants historiens paraissent accorder une importance considérable, même dans le Midi, était au contraire une institution septentrionale, de l'aveu des druides eux-mêmes qui tenaient encore au temps de César leurs grandes assemblées annuelles dans un lieu saint, sur les frontières du pays des Carnutes, regardé par eux comme le centre de la Gaule tout entière {ijuae regio totius Gaîliae média hahetur. César, 1. 6, c. i3, Ed. Nipperdeï & Fr. Oehler). -L'historien assure même, sur la foi de traditions indigènes, que l'institution [disciplina) était originaire de l'île de Bretagne où elle était encore en grand honneur de son temps '. C'est de là qu'elle se serait propagée, dit-il, dans la Gaule du nord & dans celle du centre (atquc inde in Galliam translata : id., ii.J, où le peuple traditionnel des £dues & quelques autres tribus moins puissantes lui étaient restés Ëdèles dans son déclin '.
Les Volces, qu'un historien moderne a rattachés aux Belghes sans autre raison , il est vrai, que la ressemblance des deux noms confirmée par des affinités d'idiome moins concluantes qu'il ne paraît le croire (voir tome II, Note CIV]' seraient à peu près les seuls qui auraientpu l'introduire & la propager chez les populations de race ibère ou ligure, qui habitaient avant eux les provinces méridionales de la Gaule, depuis la Méditerranée jusqu'à l'Océan. Mais il faudrait au moins que cette espèce de propagande religieuse dont on chercherait vainement trace dans les divers pays successivement colonisés parles peuples de race gauloise, nous fùtattestée par des témoignages un peu plus concluants que les prétendus monuments druidiques (dolmens ou demidolmens, menhirs, fumu/i , &c., &c.) sur lesquels on s'appuyait jadis pour l'affirmer. On a remarqué d'ailleurs que ces monuments y deviennent très-rares
'Les poStcs, qui exigèrent tout .n la viirité , la reictaienl jusqu'au voisinage de TOurse qui a donné son nom i notre pôle :
...Druidae... nemora alla rcm-ylit Incolitis lucis...
...Certe populi quos despicit Arclos Felicei errore %uo...
(Luc, Phars., 1. I, v. 453-54, 458-59). « Les traditions galloises & irlandaises, icho .ilt<!rc de souvenirs quelquefois très-anciens, attribuent formellement l'institution du sacerdoce druiji.]ue & son introJuelion dans la Gaule du Nord à Hule-Puissant (Hu, Heu, Kcus, Hesus ou Ksus), le chef de race (Urivi/fr, Stammvntcr) des populations Belghes, qui le vénéraient comme un dieu national. (Voir Passim, TrioeJd ynjs Prydain, Archa:ology of W'alc . — Davies, hJylh mid rites o/the DriliJi Druides, S Cellic retearchei, pass.)
' Amédée Tliicrry, Histoire des Gaulois, T édit. 1. 2, c. 1, p. 21 5, 217 ; I. 4, c. I, p. 4P, & Introduction, p. 37 à 42.
eux-mêmes dès que l'on a franchi les dernières ondulations des Cévennes, prises au sens antique du mot. La forêt druidique de Marseille, à laquelle auront peut-être songé quelques-uns de nos lecteurs, serait géograpliiquement en dehors de» limites de l'ancien Languedoc, & nous devons dire, après avoir relu attentivement cette laborieuse description, où le poëte mêle les souvenirs, & entasse les couleurs, sans prendre même la peine de les choisir, qu'elle rappelle beaucoup plus les forêts sacrées de la Germanie primitive {lucos ac nemora consecrcnt ,. . — silvaprisca formtdtne sacra... — antiquae religionis îucus. Tacite, Germ., passim) avec leurs troncs écorcés de loin en loin & ébranchés en manière de statues, comme l'Irmensûl des anciens Saxons^, que les forêts vierges du pays des Carnutes , où les druides coupaient le gui de chêne avec une serpe d'or.
On oublie trop, d'ailleurs, dans les recherches de cette nature, que le druidisrae était beaucoup moins une religion au sens propre du mot qu'une grande doctrine philosophique, qui avait fini par embrasser de proche en proche toutes les sciences connues ou inconnues du temps , depuis la théologie & la morale, jusqu'à l'astronomie, l'histoire naturelle, la médecine & le droit, dont la corporation des druides prétendait seule posséder les secrets. Ce que César appelle d'un mot très-juste la discipline des druides, n'était que cet ensemble de connaissances diverses, coordonnées dans une sorte de synthèse dogmatique qui devait rappeler celles des anciennes écoles transcendantales de l'Asie Mineure & de la Grande Grèce où Pythagore enseignait, sans écrire, vers le milieu du sixième siècle avant notre ère, cinquante ans environ après la fondation de Massalia \ Les Druides en avaient formule les axiomes
» Simulacraque moesta deorum
Arle CJrent, caesisque exstant informia truncis. (Luc. Pharsal., 1. 3, 412-413.)
! Inprimit hoc volunl persuadera, non interire animas,
sed ab aliis post mortem transirc ad alios Multa prae-
terea de sidi'ribusatque eorum molu, de mundi ne terrarum magniludine, de rerum nalura , de deorum immortalium vi ac potestate disputant & iuventuti tradunt.{CH\n^ 1. 6, c. 14). Ammicn Marcellin qui reproduit, en les dcveloppint. les détails donnés parSlrabon surla hiérarchie du clergé druidique, d'après Timagéne probablement (Straiion, I. 4, c. 5,14, éJit. MûUer & Dûbncr), nous montre de même le druidisnic naissant dans les Gaules, comme un fruit du sol & du génie national, à la suite des premières influences exercées du c'.lé du sud par le commerce & par la civilisation des Giecs : ■ Per liaec loca liominibus pautlatim excullis. viguere studia laudabiHum doctrinarum incho.ita per Uardos & l;ubages Sr Druidas. Et Bardi quidemfortia virorum illustrium fada, heroiciscomposita versibus cum diilcibus lyrae modiilis canlitarunt. tub.iges vero scrutantes seriem £■ sublimia naturae pandere conabantur. Inler lios Druidae ingeniis
An de Rome '
Leurs jugemens étoient si respectés, qu il étoit défendu aux réfractaires d'assister
tant sacrés que profanes dans de longues séries d'aphorismes rimes, germe des triades bretonnes du moyen âge que Ton apprenait pendant de longues années &que l'on se transmettait de mémoire dans les collèges druidiques {magnum ii't numcrum versuum Jiscere edicuntur... neque fas esse existimant ea litteris maAiare...annos nonnulli vicenos in disciplina permanent. César, 1. 6, c. 14).
L'organisation théocratique & sacerdotale à laquelle cette doctrine devait aboutir, dans un pays beaucoup moins éclairé & beaucoup moins raisonneur que la Grice (natio est omnisGallorum admojum dedita religionihus. Césab , 1. 6, ch. 16) , a frappé l'attention des historiens modernes, par les rapports singuliers qu'elle présente avec celle du moyen âge, où le clergé formait aussi un grand corps hiérarchique, sous un chef librement élu. A l'une comme à l'autre époque, on voit en effet ce corps de prêtres divisé en plusieurs classes (BipSoi ts zaï OiâTît? r.oà ApuiSai. Straeo.v , 1. 4, c. 4, $ 4), possédant à peu de chose près les mêmes immunités & jouissant des mêmes privilèges, parmi lesquels nous signalerons l'exemption de l'impôt & celle du service militaire {mthtiae vacationem, omniumque rerum hahcnt im~ munitatem. Césab , 1. 6, c. 14), maître de l'éducation dans toutes les tribus, puisqu'il était seul en possession de la science [ai eos magnus adolesccntium numerus disciplinae causa concurrit. César, 1. 6, c. |3... a parentibus propmquisque mittuntur : id., ii.yC. 14), tenant sans autorisa tion préalable degrandes assemblées solennelles 8t régulières [certo anni tempore considunt in loco consecrato^ id.^ tb.^ c. |3), pratiquant la médecine de la même manière & dans le même esprit que la divination , rendant la justice dans des tribunaux à eux, qui avaient iini par supplanter en grande partie les tribunaux laïques [id., ih.) , grâce à la crédulité & à l'obéissance sans limite des fidèles, qui rappelle involontairement, dit un historien moderne, celle des paysans irlandais de nos jours (Th. Mommsen, Roem. Gesch, dritte Auflage, B. III, Z, 224); mêlés enfin à toutes les affaires privées ou publiques, & frappant d'interdit, en cas de résistance, des communautés & même des nations entières [si qui aut privatus aut populus eorum décréta non stetit, sacrificiis interdicunt. Haec poena apud eos est gravissima . César, ii.'j C'est dans César qu'il faut lire ces curieux détails, en en pesant chaque mot, pour se faire une idée de l'ascendant qu'avait pris dans la Gaule Che-
cehiores, ut auctoritas PythaiiOrae decrevit, sodalitiis adslricti cou ortiis (comme dans les instituts de vie cénobilique, organisés par le philosophi; à Crotone & ailleurs), giiiT?stionibiis occiUlarum rerum altarwnque erecti sitnt 4 despLXljntei l.umanx froiv.mliarunt animas imnwrlales. (Amm. Marccllin , I. [5, c. a.)
velue cette grande institution , un ou deux siècles avant la conquête. Les choses en étaient venues à ce point que rien ne se faisait dans l'ordre religieux comme dans l'ordre politique sans leur assentiment ou sans leur ministère {;0o; Zï aÙTO?; £7tt uT;5sva Ousi'stv r.mzT■^ ivsu ylo'jitfm, Diodore de Sicile, 1. 5, p. 3o8). Comme théologiens (çptXi-Joçof t:... -/.m ÇJeo- X6-(oi.; id., ih.), ils expliquaient l'origine, la nature & les attributs des dieux qu'ils prétendaient connaître & comprendre seuls.
Sulis nasse deos & coeli numina...
(LucAiN, Pluirsale, 1. 1, v. 453.)
Comme ministres du culte, ils étaient mêlés à toutes les choses saintes ou réputées saintes. Ils présidaient aux cérémonies, ils assistaient aux sacrifices que les Ovates accomplissaient sous leurs yeux avec un couteau à lame de silex, suivant un rituel qui s'estconservé longtemps, même en Italie'. Mais rien n'indique que le druidisme ait eu, comme les religions orientales auxquelles on l'a quelquefois comparé , ses dieux ou son dieu préféré, au nom duquel ses prêtres auraient proscrit ou dénigré tous les autres'. La religion gauloise , telle que César l'avait trouvée en Gaule & telle qu'il la décrit, en traits un peu rapides malheureusement, était évidemment une religion polythéiste, analogue, en principe, au polythéisme grec ou romain, dont elle ne différait que par une hiérarchie qui lui était propre & des préférences que les anciens ne s'expliquaient pas. César paraît même frappé de la forme classique que la plupart de ces dieux avaient déjà prise sous la main des artistes étrangers que la civilisation naissante attirait dans les Gaules [liuius \Mercurii'\ sunt plurima simulacra. César, 1. 6, ch. 17), & des affinités que ces dieux ainsi transformés présentaient de son temps avec les dieux grecs & romains [de his eamdem fere quam reliquae gentes habent opinionem ; id., ib.)^.
' « llli rébus dinnis intersunt, sacrificia publica 6 privata procurant (César, I. 6, c. i3) administrisque ad ea sacrifi-
cia Druidibus utuntur (/d. c. 16) « Tum ille : Diespiter
populum Romanum sic J'erito ut ego hune porcum hic hoJie feriam, tantoque magis ferito quan:o m.igis pôles pollesque. 0 Id ubi dîxit [fetialis] porcum saxo silice percussit (TiT. Liv. 1. I, c. 24, éjit. Wilh. Weissenborn).
' Les historiens & les mylhographes qui voient dans le druidisme un rellet anticipé des religions orientales, oublient que le s-icerdoce y était presque toujours confié à une caste héréditaire, tandis qu'il se recrutait, en Gaule, dans toutes les classes de la nation par une sorte de noviciat à ce qu'il paraît (tanlis excitati praemiis & sua sponte multi in disciplinam conveniunt : César, 1. 6, c, 14) tS; qu'il n'avait poini. même reli(;ieusement, de doctrine secrète, inaccessible aux laïques. Comment expliquer d'ailleurs l'absence complote d'inilitutirns analogues chez les peuples de race diverse au milieu desquels vivaient les populations gauloises, & dont plusieurs, les Gcrm.;ins entre autres, tenaient de plus près qu'elles à l'.Asic ?
• Ce que l'on a iippelé. sans raison plausible, les grands
An de Roin«
aux sacrifices, ce qui étoit parmi eux une peine très-rigoureuse, une note ^^'^ d'infamie, 8c une marque d'impiété ou d'un crime très-considérable.
Les communautés, les corporatlo.is , les fidèles eux-mêmes n'étaient pas seulement libres de choisir entre ces dieux & ces cultes divers, de préférer par exemple le dieu Mars à Mercure, comme le faisaient bon nombre de villages (vi'ci) & même des nations entières ; il était permis aux uns comme aux autres de modifier à leur gré le caractère de ce dieu librement adopté, de le confondre, comme le faisaient les Parisii {Em] avec l'ancêtre divin dont la tribu croyait descendre, ou de l'identifier comme chez ]es Cdues à la ville naissante (^liracie), qui essayait presque partout de se substituer auvill.igt principal. Celui qui netrouvait rien de satisfaisant au gré de sa fantaisie, dans le cercle de ce polythéisme, fort complaisant à coup sûr, pouvait même se faire un dieu à lui en dehors des dogmes & des cultes établis, lui bâtir une chapelle entre deux arbres [aram & signum inter Juas arbores, Inscr. de Lyon, chez M. de Boissieu, p. 42), sur une éminence qui bordait la route, lui dédier des autels en reconnaissance de quelque service rendu, & se créer ainsi une véritable religion dont l'existence nous serait inconnue le plus souvent, si elle ne nous était pas attestée de la manière la plus formelle par des monuments écrits ou figurés que l'on découvre tous les jours sur tous les points de la Gaule, dans la Gaule druidique ellemême.
Ces religions locales, dont les eftusions variées à l'infini rappellent celles du polythéisme naissant aux premiers temps de la Grèce (voir nosRecherches historiques sur les Pélasges, ch. 3, p. 3-j & suivantes) , sont aussi nombreuses dans le Sud que dan» le Nord de la Gaule. Elles paraissent même
dieux des Gaulois, n'étaient, suivant toute apparence, qi:s des dieux locnux accrédités par l'influence de quelque tribu prJixjndéranie ou des ch.-fs de lignée royale comme VEsus des l'iirisii, auxqucU se mOlcraicnt déjà quelques Siralilen anlicipis des religions orientales, comme le dieu Bel ou Bclen des Syriens dont les Druides avaient accepté le culte :
Tu, Baiocaisis, slirpe DruiJanim satus,
Sif'ima non faim ftdem, Delcni sacrjtum Jucis e templo gcnm.
(AiisoNE, Profess. liurJigal., IV; éJit. & trad. de E. F. Corpet, coll.
Panckouckc, t. 2, p. i6S.) C'est ainsi que l'on trouve, îin premier ou au second siiclc de notre ère, des oasis orientales cnchâssv'cs pour ainsi dire au milieu du polythéisme gallo-rom.itn : au Sud, les cultes d'Isis ou de la {îona Mater de Plir\-giL'; au Nord, d.nns les îles basses de la Meuse, celui de la Nefialtenia (Nia ii^vr^) qui parait se rattacher au culte plirigicn aussi du dieu Lunus (M^v). Teutatcs, que l'on a essayé d'idcnilicr au .Mercure phénicien, & Taran, dont le nom rappelle de loin celui du dieu Thor, [knar, Tliunder, provicndiaicm, comme ilamnivater (pturis deo ortos... Tacitiî, Cerm.. c. s) de la Germanie, dont beaucoup de tribus celtiques prétendaient descendre au temps d'Ariovist (eirca ad/ectalionem germanicae originis. Tacitz, Cerm. c. 23).
s'y être développées avec plus d'abondance & de liberté,dans les pays de montagnes particulièrement, affranchies comme elles l'ctaientlà de tout voisinage jaloux & de toute surveillance sacerdotale. Oubliées ou dédaignées des écrivains anciens, qui descendent rarement à ces détails obscurs, elles n'ont pas même laissé sur le sol de souvenirs ou de traces appréciables, archéologiquement parlant. Leurs petits temples [fana, sacella) très-nombreux surtout dans les campagnes, ont disparu partout, avec les statues de pierre ou de marbre qui les décoraient, sous les réactions iconoclastes qui ont marqué la chute du paganisme, au quatrième & au cinquième siècle de notre ère. Mais il est rare qu'en disparaissant ils n'aient point laissé sur le sol quelques débris & quelque témoignage de leur existence, ici deschapiteaux ou des tronçons de colonne, ailleurs des basreliefs ou des autels inscrits [arae, arulae), utilisés souventcomme matériaux dans l'édifice chrétien qui lésa remplacés. Ces monuments très-nombreux dans certains pays surtout sont devenus une soui-ce inappréciable de renseignements&de lumières pour l'histoire religieuse de la Gaule qu'ils ont renouvelée en partie. C'est en les étudiant, en effet, que l'érudition 8c la critique parviendront à se faire une idée plus exacte de ces religions naïves & profondes qui paraissent être nées partout de la même manière sinon sous les mêmes formes, & dont plusieurs avaient probablement précédé l'institution druidique à laquelle elles ont presque toutes survécu'.
» La plupart de ces dieux locaux ou topiques de la G.iule méridionale paraissent avoir été des Hercules ou des Mars, comme nous l'avons dit ailleurs (voii noire Monographie du dieu Lehcrenn d'Ardiége, Paris-Toulouse, iSSp). C'est au moins sous ces noms & sous cette lornie qu'ils se présentent à nous à l'époque romaine, où leur nom indigène est fréquemment accompagné de l'un ou de l'autre de ces noms étrangers dcatinéià leur servir de commentaire ou de traduction, coimnc le dit Tacite Çinterpretatione Romana : Cerm. c. 43). C'est ainsi que l'on trouve à N'arbonne un Hercules ilunnusAnJoisus/proche parent de i'Hercules 'l'oliandoisus des .luscii.q .e M. Hcrzog attribue à tort à la \i\\e de Toulouse (Hcrctilei Tolosanus Andossus); à Nimcs un Mars Britovius & un Mais Lacavus dont le monu:i:ent a été découvert dans le village d'.^rgcnce, entre Bcaucairc & Nimes; à SaintPonsdeuxMsfs barbares, dont les noms ont une physionomie celtique bien acc::ntuéc : Divamio S- Dinomogetimarus; dans les Pyrénées le .Mars Erge & le Mars I.eherenn dont les sanctuaire» paraissent avoir clé longtemps fréquentés. Ailleurs on les voit s'assimiler ou tout au moins s'associer à d'autres divinités loniaines d'un camctè c éiastiquc comme Diane, Siivain, ou le.; Nymphes. — Il ne faut point oublier pourtant que les noms indigènes, sous lesquels ils étaie-it connus avant îa conquête. ■■ ne sont souvent que les noms déifiés de la ville, du village, du hameau ou de la villa oii étoit né leur cuite, .\ Nimes, le Dieu Nemaiisu^ (y<i\r les monnaies & les inscriptions locales) av.iit pris SOIS l'influence de la civilisation grccqucics allures & les traits d'un héros cponyme dont le culte se conlondait. coir.irrc le nom. avec celui de la célèbre i'oataine qui avait précédé 6r prépaie ta vilic. Dans les Pyrénées, où ces antiques religions
An de Rome
Parmi les druides, il y en avoit un qui étoit regardé comme le souverain
Il y a pourtant quelque raison de croire dès aujourd'hui que les dernières venues au moins des populations celtiques n'avaient pas perdu tout souvenir de ce que l'on pourrait appeler leur religion nationale. Ce que César nous raconte en termes si précis de la prépondérance du dieu Mercure dans le panthéon gaulois oit le Jupiter des Hellènes ne joue qu'un rôle secondaire, inférieur à celui d'Apollon ou de Mars [Jeum maxime Mercurium colunt, huius sunt plurima. simulacre. Césab, 1. 6, c. 17), les traditions qu'il avait recueillies de la bouche des druides, sur l'origine des Gaulois qui regardaient comme leur Stammvater le dieu Vis, le roi des ténèbres primitives (ai dite pâtre prognatos , id. ibid.), l'habitude presque générale en Gaule de compter le temps non par le nombre des jours mais par celui des nuits, comme on le fait encore aujourd'hui dans certains pays de race celtique, en Angleterre, par exemple r/orr«igAt, quatorze nuits, pour désigner unequinzaine) & d'autres traits du même genre, semblent indiquer des souvenirs religieux antérieurs aux religions individuelles ou locales dont nous venons de parler. Us nous rappellent involontairement les traits de parenté plus ou moins étroits qui liaient au delà du Rhin les populations septentrionales de la Gaule, celles de la confédération des Belges particulièrement, aux populations deraceteutonique '" qui comptaient aussi le temps par le nombre de nuits (Tac. Germ.c. i i) & qui plaçaient ' comme les Gaulois leur Mercure ou leur Wuo-
tan au-dessus de tous les autres dieux. [Deorum maxime Mercurium colunt. ..Tacite, Germ. c. 9.) Car il estdemontré aujourd'hui que le dieu designé par Tacite sous le nom latin de Mercure, suivant un usage habituel aux écrivains anciens, n'est autre chose que le dieuWuotan (Wodan,'Woden, Odhinn), dont le culte s'est maintenu longtemps chez tous les peuples de race germanique & qui figure chez tous en tète des légendes ou des généalogies divines. (Voir Jacob Grimm , Deutsche Mythologie, c. 7, & dans l'appendice, les Stammtafcbi ou tables généalogiques des Anglo-Saxons, p. m 8t suiv.).
ont lîcliappc en partie aux influences éli-angères dont nous venons de parler & nous sont beaucoup mieux connues qu'ailleurs, grâci; ;mx riches carriiics do marbre cxploitcci successivement par les Convenae & par les Romains, on les ictrouvc au second & au troisiime sicc'e de notre érc marquées encore d'un caractère profondément naturaliste, déifiant avec leurs villages séculaires, les montagnes saintes qui en abritaient les chaumières (montibui nimidii), les cours deau qui en fécondaient ou en dévasuiient les terres cultivées, les pics solitaires qui jaillissaiont du sein des montagnes (Garri deu) & les vents continuels (i/entis) qui battent leur iront dénudé. (Voir au tome H. les In:cnftioit.i de l'.Aquiicine, pass.)
'■' Plcrosque Belg-as esse ortos ab Germants, Rhentuii' que aii;iquitus lj\iductos... (César, 1. 2, c. .(..) — Drysidae /al.DruiJae) meiiioinnl rcyenifuisseyopuli partent iitdige-
Une curieuse figurine en bronze doré, découverte il y a viagt-cinq ou trente ans dans le territoire des Tolosatcs,-^re% du village actuel de Touget, chez les VolcesTectosages par conséquent, représente le dieu Mercure coiffé du petasus ailé, mais assis sur un escabeau, les jambes croisées à l'orientale, dans l'attitude réfléchie que les traditions germaniques prêtent au dieu Wodan écoutant du haut des cieux, ou il siège sur le ffîi(/5*ia?/( l'escabeau sacré), les prières & les plaintes des mortels. Il est chaussé de bottines souples comme les prisonniers germains des arcs-de-trioraphe antiques, & d'anaxyrides collantes dont le dessin est formé par des losanges réguliers encadrant un point central. Cette image sainte, que nous décrirons un jour avec l'attention qu'elle mérite, nous a rappelé involontairement d'autres figures du même genre ou du même type, comme disent les nuraismatistes, découvertes dans le nord ou dans l'est de la Gaule, & que l'on a diversement expliquées jusqu'ici ". Mais il faut attendre avant de formuler des conclusions sur une question aussi délicate, que de nouvelles découvertes soient venues confirmer ces indications encore vagues, & que la critique les ait appréciées avec l'attention & la réserve que réclament avant tout les études de ce genre. [E. B.]
nam:sed a'.ios qtioqiie ab instilis extitnis con/Iuxisse & tractibits transrhenaitîs, crebritate bellortim & allurione fervidi maris fedibtts suis expttlsos. (Am.m. Marcell. 1. i5. c. 9.)
" Nous songeons ici à la divinité cornue &L baibue du célèbre bas-relietde Reims fgi-avé plusieurs fois], assise à l'orientale dans un édicule d'apparence romaine, entre les images de Mercure & d'Apollon, représentés à la romaine, & au prétendu Midas du musée d'Amiens (publié par le D' Rigollot dans les Mémoires des antiquaires de Picardie, t. 8, p. 3o3 fi suiv.). dont le type se retrouve sur une monnaie gauloise des Ambiani (lettre de .M. de Saulcy, r"déc. 1S66, qui me signale un troisième monument du même genre dans le musée de Bcaune, en Bourgogne). — Une figuiine en bronze découverte Cl 1S40 chez les .î'idues, à quelque distance de la vire d'jVutun (AugtistoJunum), présente aussi de singulières affinités avec l'image en bronze doré de notre .Mercure, qui n'était probablement que la réduction de quelque grande statue hiératique (huius sunt plurima simulacra, Gésar, I. 6, c. 17) restée en vénér,T,ion dans un canton perdu du pays des Volcos. Mais elle parait beaucoup plussurchargJe d'ornements & d'attributs, significatifs suivant toute apparence, comme les types accessoires des monnaies gauloises. \'oici comment la décrit M. Al. Bertrand, conservateur du musée de Saint-Germain, qui en a récemment refusé l'acquisition, w Elle représente une divinité barbue assise, les jambes croisées, à la manière orientale, portant une armiile au bras & un torques au cou. Autour de ses reins s'enroulent deux monstres marins ayant queue de poisson & tCtc de veau marin ou de bélier. Un vase (?) surmotilé d'un torques est placé sur ses genoux. Mais ce qui distingue surtout cette étrange figurine, ce sont trois petites têtes humaines accolées à la tête principale, une à droite, une à gaiiche & la lioisième deriière, comme les trois petites têtes s.^spcndues à des chaînettes autour de la tête que portent certaines mo:niaies armoricaines. Ileax trous qui se remarquent à la partie supérieure du crâne semblent indiquer ou un anneau ou des cornes qui ont disparu, t (Bulletin de la Société des antiquaires de France, année iSlÎ7, p. 10(1-107.)
' An de Rome
prêtre de la nation, 8t dont l'autorité s'étendoit sur tous les autres. Ils étoient '^
tous également exempts de toute sorte de tributs, Se de service militaire. Une de leurs principales études étoit d'apprendre par cœur un grand nombre de vers qu'ils récitoient dans les assemblées, & qu'ils ne mettoient jamais par écrit. Egalement inhumains & superstitieux, ils immoloient ' des victimes humaines dans les sacrifices publics : l'empereur Claude tenta l'abolition de ce cruel usage; mais ce fut inutilement, puisqu'il subsistoit encore sous l'empire d'Adrien^.