XLVI. — Gouvernement iy assemblée des Volces
La description que Strabon nous a laissée du gouvernement des Volces éd. origin. Tectosages d'Asie, 8c ce qu'il dit de celui des Arécomiques des Gaules, nous en donnent une juste idée. Ces peuples étoient, ainsi que les autres Gaulois, partagés par cantons ou pays, à qui les Romains donnoient le nom de cité, & les Gaulois d'Asie celui de tétrarchie. La forme de leur gouvernement étoit aristocratique, & le chef de leur république un souverain magistrat ou petit roi, régulas^ qu'on élisoit tous les ans, 8c qui avoit sous lui des officiers subalternes. On ne traitoit jamais des affaires publiques que dans l'assemblée générale de chaque cité, où chacun se rendoit &c assistoit en armes 3. Personne n'osoit y manquer, ni parler hors de son rang, sans s'exposer à se voir ou puni de son absence , ou taxé de son indiscrétion. Les femmes dont, au rapport des historiens, la blancheur Se la beauté égaloient la fidélité 8c la grandeur d'âme, étoient admises dans ces assemblées. Se on n'y prenoit aucune résolution, soit pour la paix, soit pour la guerre 8c les autres affaires publiques, sans leur avis; tant on avoit de déférence pour elles, depuis la marque éclatante qu'elles avoient donnée de leur courage Si de leur habileté, en apaisant les divisions intestines qui s'étoient autrefois élevées parmi eux ''.
Chaque canton ou cité^ étoit dans une espèce de dépendance de l'une ou l'autre des deux factions générales qui partageoient toute la nation gauloise,
' césar, de Bello Gallico, 1. i. n. .j5. — Cicéron, des siècles tout l'édifice de nos institutions politi-
pro Fcnteio, — T. Live, 1. 38. — Pline, &c. ques, municipales & religieuses.
' Eusébe, Praeparatio Evang. 1. 4, p. 160. Nous essayons de prouver dans une note spéciale
* T. LiT», 1. zi. — tiicolai it Dama, Fragmenta [NotfCVII] que la plus étendiiede ces deux circons-
apud Valcsium, p. âi3 & seq. criptions, la cité, n'était le plus souvent que le ter-
' Phitarque, de Virt. muUcrum, t. 2, p. 246. — ritoire possédé & gouverné avant la conquête par
Polyen, Stratag. 1. 7, c. 5o. chacune des nations, alors indépendantes, qui se
' C'est un fait acquis dés aujourd'hui à la science partageaient U sol de la Gaule. Chacun de ces terque l'organisation territoriale de la Gaule, telle que ritoircs, inégaux en étendue comme en population, nous la présentent les géographes & les historiens avaitdèscetteépoque seslimites, identiques souvent à de l'époque romaine, remonte, par ses grands traits celles de la civitas romaine, les seules que nous atteiau moins, aux temps primitifs de notre histoire. gnions aujourd'hui, quand nous les atteignons. Les Mais en identifiant, comme ils le font ici, la cite & quatre grandes provinces du temps d'Auguste, dont *■ le canton, les Bénédictins ont visiblement confondu les c/vita/cj formaient les circonscriptions principales principaux rouages de cette organisation qu'il est les, répondaient elles-mêmes, à quelques remanieimportant de distinguer; car c'est sur cette base & mentsprés, aux grandes divisions ethnographiques dans ces cadres séculaires que va rester assis pendant & territoriales de la Gaule primitive que César divi-
An de Rome
dont les principaux peuples avoient tour à tour l'autorité St le commandement sur tous les autres. On a déjà vu que les Volces étoient de la faction de Bituit ou des Auvergnats , lorsque les Pvomains firent la conquête de la Province Romaine ; les ifiduens étoient alors chefs de l'autre. Ces deux peuples, avec les SéquanoisSt les Rémois, furent les principaux qui conservèrent alternativement la principale autorité dans les Gaules, jusqu'à l'entière conquête de ces provinces par les Romains. Ce partage des Gaulois en deux factions faisoit très-souvent parmi eux un sujet de guerre, & l'esprit de faction étoit si naturel à ces peuples qu'on le voyoit régner non-seulement dans toute la nation, mais encore dans chaque peuple ou cité, dans chaque canton particulier, 6c presque dans chaque famille. Chaque faction tenoit ses assemblées générales composées de même que les particulières des principaux Gaulois. Le commun du peuple en étoit exclu, parce qu'il vivoit dans une espèce de sen'itude, sous la dépendance & l'autorité des grands auxquels chaque particulier se dévouoit, ou lorsqu'il n'étoit plus en état de payer ses créanciers 8c les tributs publics, ou quand il vouloit éviter la tyrannie des personnes puissantes. Ces grands étoient les druides & les chevaliers. Les derniers s'occupoient uniquement de ce qui concernoit la guerre j ils s'y faisoient suivre par leurs vassaux ou cliens auxquels ils commandoient , & dont le nombre étoit plus ou moins considérable suivant l'étendue de leur autorité Se la grandeur de leurs richesses.
sait, comme on le sait, en trois grandes régions 'pitr- (es) séparées par de grands fleuves, d'un côté par la Garonne, de l'autre par la Seine & la Marne, Mais la règle que nous venons de formuler devait subir & a subi des exceptions assez nombreuses, car on voit à plusieurs reprises les Romains briser en deux ou trois ciVi'iotcs le territoire d'une nation puissante comme l'était dans la Gaule Narbonnaise le grand peuple des "Volces, ou réunir, comme en Aquitaine, dans une même circonscription [civitas) deux ou trois territoires distincts dont le nouveau chef-lieu prenait à son tour le titre de civitas.
Le pagus {canton, district) dans lequel nous comprenons le village, enclavé avec son territoire dans les limites du/<i»aj, formait une des subdivisions, &, à ce qu'il paraît, la subdivision principale de la ciyi- »aj. Tacite, qui l'avait trouvé en Germanie constitué à peu près comme en Gaule, le désigne, comme César, sous le nom latin de pagus, synonyme ici du mot germanique gau, ^au', qui a traversé, en Allemagne, tout le moyen âge , comme l'institution à laquelle il était attaché. Il y a même toute raison de croire qu'il n'était point particulier à la Gaule & à la Germanie, car on le retrouve marqué à peu près du même caractère dans les sociétés urbaines delà Grèce & de l'Italie, dans l'Attique & dans leLatium, où sa constitution semble avoir devancé l'institution toute politique des tribus. (Voyez dans la noteCVII
les textes &. les preuves à l'appui de ces assertions.) En organisant, comme nous le montrerons, la circonscription iu pagus dans celle de la civitas, dont il ne se séparait plus, la conquête romaine n'avait fait que sanctionner des droits acquis & des habitudes difficiles à briser, dans les bas-fonds de la société surtout. Mais elle tenait en même temps à sauvegarder l'omnipotence 'municipale de chacune des nouvelles villes, créées par elle ou sous son influence dans le territoire k demi-barbare de la cité. En dépit de leur titre qui paraît avoir traversé toute l'époque romaine, les maîtres du pagus , comme en les appelait toujours [magistri pagi), n'étaient plus dans les derniers temps de l'empire que des agents administratifs ou fiscaux, entre les mains des magistrats de la curie. Le pagus, que l'on désignait dans certaines ci tés par des numéros d'ordre /7jgas II, pagus lil, était devenu un rouage utile que mettait en œuvre, en le laissant dans l'ombre, le mécanisme ingénieux à l'aide duquel Rome était parvenue à conquérir le monde & à se l'assimiler après l'avoir conquis. Il n'a fallu rien moins pour les ramener à la lumière que les désastres de l'invasion barbare qui, en brisant les savantes machines dont nous parlions tout-i-l'heure, allaient affranchir les campagnes de la dépendance territoriale & politique à laquelle les condamnait l'organisation durement municipale des Romains. [E. B.J
XLyn.— Justice.
Les autres donnoient tout leur soin à la religion Se à l'administration de la justice civile & criminelle jc'étoient eux qui décernoient les peines & les récompenses. De tous les crimes, le larcin étoit le plus sévèrement puni. Ceux qui en étoient atteints étoient immolés ordinairement dans les sacrifices publics : à leur défaut, on immoloit d'autres criminels, souvent même des personnes innocentes. L'homicide d'un étrangerétoit puni avec plus de rigueur que celui d'un citoyen : l'exil étoit la peine de ce dernier crime, &. la mort le supplice ordinaire de l'autre.
XLVin. — Inclinations i- Armes des Gaulois,
Les deux grandes passions des Gaulois étoient la chasse 8c la guerre : celle-ci fut presque toujours continuelle entre eux avant leur réduction sous l'obéissance des Romains; on sait la réputation de valeur qu'ils s'acquirent par leurs expéditions dans les pavs étrangers. Ils étoient ordinairement beaucoup plus forts en cavalerie qu'en infanterie; aussi étoient-ils fort' adroits aux combats à cheval : de là vient que les princes ou les peuples qui les appeloient à leur secours tàchoient d'obtenir d'eux quelque corps de cavalerie de la nation, qui faisoit très-souvent la principale force de leurs armées.
Leurs armes défensives étoient des écus ou boucliers presque de la hauteur d'un homme. Chacun distinguoit le sien par quelque figure ou marque particulière. Ils se servoient aussi quelquefois de cuirasses de ter 6c de casques d'acier, embellis de divers ornemens 8c de diverses figures d'animaux. Leurs armes offensives étoient des épées extrêmement longues, qui ne donnoient que de taille, 8c qu'ils portoient obliquement pendues 'à leur côté droit, 8c attachées avec des chaînes de fer. Leur principale force consistoit, selon^ Plutarque, à se bien servir de ces épées qu'ils manioient à la manière des barbares 8c sans aucun art, donnant de grands coups à tort 8c à travers. La trempe de ces épées étoit cependant très-mauvaise, car elles se faussoient ou se courboient aistment. Leurs piques étoient armées d'une lame de fer longue d'une coudée Se large de près de deux palmes. Les Gaulois ajoutoient à cette armure le son épouvantable de leurs trompettes, un aspect terrible, une voix grave Se menaçante, une taille extraordinaire 8c une mine fière. Nous ne répétons pas ici ce que nous avons déjà dit sur la manière dont lesVolces avoient coutume de combattre, ni sur l'usage où ils étoient de se dépouiller jusqu'à la ceinture, avant le combat, pour se rendre plus formidables; nous ajouterons seulement qu'ils combattoient souvent sur des chariots attelés à deux chevaux, d'où ils décochoient leurs flèches sur les ennemis, qu'ils étoient intrépides 8c qu'ils ne connoissoient pas le"' danger. Ils alloient au combat en dansant 8c en chantant les vertus 8c les victoires de leurs
' Plutarque, in Marcello. > Plutarque, in Camillo.
' T. Live, 1. 33. ♦ Élien, l'ariac Hist. 1. 12, c. j3.
Éd. origin.
, , „ no HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. I.
An de Rome /
ancêtres ; après la bataille, ils honoroient leurs morts d'hymnes & de cantiques, Se dressoient des trophées à ceux d'entre eux qui s'étoient le plus signalés. Semblables aux Suisses de nos jours, ils se mettoient indiitéremment à la solde de ceux qui avoient besoin de leur secours Se qui leur faisoient les meilleures conditions. On les voyoit souvent servir dans deux différentes armées prêtes à combattre l'une contre l'autre 5 fidèles au service de ceux qui les appeloient, ils vouloient qu'on le fût aussi à leur égard, & ils cessoient de servir dès qu'on cessoit de les satisfaire. Attachés par un culte particulier au dieu Mars, ils avoient soin de lui offrir religieusement en sacrifice les dépouilles des ennemis qu'ils avoient vaincus, Se à qui ils se faisoient souvent un plaisir de couper la tête qu'ils promenoient ensuite dans le camp au bout d'une pique , ou qu'ils clouoient aux portes des villes.