‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 236 sur 553 · II. — Fondation de la colonie romaine de Narhonne · texte numérisé non relu

II. — Fondation de la colonie romaine de Narhonne

Avant son départ on délibéra, dans le sénat, sur les moyens qu'on prendroit pour contenir les peuples de cette province dont on avoit tout à craindre. Celui d'établir une colonie romaine dans Narbonne% ville des mieux situées du pays, parut le plus propre ; on proposa cet établissement dans le sénat, tant pour servir de retraite 8t de boulevard contre les entreprises des peuples nouvellement assujettis, que pour faciliter le passage des troupes en Espagne. Cet avis, qui tut suivi de la plupart des sénateurs, trouva cependant quelque contradiction ; mais enfin il fut généralement approuvé , après un discours que prononça Lucius Crassus, célèbre orateur, pour l'appuyer & en faire voir l'utilité. Crassus, quoique encore jeune, parla dans cette occasion, au rapport de Cicéron, avec toute la force 81 la sagesse d'un vieillard consoniiné ; aussi, outre la gloire qu'il eut d'avoir entraîné tout le sénat dans son sentiment, on lui déféra l'honneur de conduire lui-même cette colonie en qualité de chet des triumvirs, dont la fonction étoit de faire le partage des terres entre les nouveaux colones. Crassus accepta d'autant plus volontiers cette commission qu'il l'avoit déjà briguée.

L'établissement de cette colonie suivit de près la nomination de ce tameux orateur pour en faire la conduite. Elle fut la première de celles que les Romains établirent dans les Gaules, Se la seconde hors de l'Italie, la colonie de Carthage ayant été établie trois ansauparavant^: car, pour celle d'Aixen Provence, dont on a déjà parlé, elle ne fut d'abord proprement qu'une simple station ou camp, que les troupes romaines fortitièrent 8< entourèrent de murailles, & ce fut seulement

' Voir Pighi, t. 3, p. 53. qui allait frartsTorirter ert ville romaine la ville

' Cicéron, Je claris Oratoriius, n. 43, — de Ora- celtique de Narko, comme l'appelaient les Ro-

forf, 1. z, n. 55, — ■ pro Cluentio, n. 5i.— Velleius mains, il faut avouer que nous sommes à peu près

Paterculus, 1. i,c. i5. — Voir Pighi, t. 3, p. 85, & sans détails sur les circonstances qui ont précédé

Freinshemius, ii4 Zii. 62 T.Livii. ou suivi cet événement, mémorable à plus d'un

' Quelle que soit l'importance de la révolution titre. On ne sait même pas exactement de quelle

dans la suite qu'elle fut érigée en véritable colonie. Celle de Narbonne fut appelée Narbo Martius, nom qu'elle emprunta, non pas de Marcius Rex, sous

rille latine ou italienne' sortaient, comme point de iépart, les colonsqui allaient jransporter Rome sur cette côte encore barbare. St à quel chiffre montait le ban des émigrants qui avaient donné leur nom ou qui s^étaient laissé inscrire d'office* sur les registres ouverts par les recruteurs '.Tout se réduit ici à quelques détails, plutôt littéraires qu'historiques, sur l'éloquence précoce du jeune Licinius Crassus.dont Cicéron parle avec enthousiasme commede beaucoup d'autres choses oubliées de son temps, & sur l'habileté avec laquelle il avait défendu, au sénat, « dans un discours plus mùr que son âge, » cette mesure libérale que le parti aristocratique espérait étouffer sous un ordre du jour déguisé *. Le sénatus-consulte qui autorisait la fondation de la nouvelle colonie avait dii être ratifié à son tour par le peuple pour être définitivement converti en loi [Icx], & ce ne fut qu'en l'année 636 (ii8 avant notre ère) que les émigrants, partis de Rome en bon Ordre sous l'étendard de la colonie ', allèrent s'embarqiierau port d'Ostie, où des vaisseaux les attendaient^. Le commandement de l'expédition avait été confié au jeune orateur lui-même (il avait alors vingt-deux ans), assisté probablement de deux autres triumvirs (tresviri ou triumviri coîoniae dedueenjae, ad coloniam deducenjam), & ce fut sous les ordres que la flottille jeta l'ancre aux embou-

' Est aulem [colonia] pars civiuin aut socionim missj... (Serv. aJ Viro. Ain. i. 12.)

■ Som.'ri .tare... numina dare (I.iv. 1, 11 & 10. 21). lussi nomiita Jare qui a^rum accipcre relient aJjnque pauci... no'rina deJere ut aJ ex^lcnJum num.-rum coloni \'olsci adderentur (Liv. 3, 10). Les inscrits d'oîTïce étaient dé>i[;nés sous le nom <ïjdscripti (V. Paul Duc. V. adicripti, p. i3, Liuo.)-

> La tribu Pjptrii. 3t laquelle appaitenait, à ce qj'il paraît, la majeure partie des émigrants (Voyez, au tome II, les Inscriptions de Narbnnn')^ ne prouverait pas le moins du monde qu'ils fussent originaires du Latium & de la ville antique de 'fusculum, regardée comme le chef-lieu de la tribu. (V. Str(b. & Dion. H ilic. I. 10, c. 20.) Q.iant au nombre des colons, il était rare à cette époque qu'il excédât trois mille hommes mariés ou célibataires, & il restait souvent au-dessous de ce chiffre.

^ Les plus importante des pnssa;;cs de Cicéron auxquels nous faisons ici allusion bont celui du pro Cluentio : « In dissuasione rogationis qu.\e contra coloniam \arbonensem t'erebatur, quantum potest Je auctoritate senatus detrahit (c. 5i. 140) - & celui du lirutus : « Voluit aJolacens in colonia Xarbonensi cau^ae popularis aliquid attingere, eamque coloniam, ut fecit, ipse deJucere. Exilât in eam leg:m senior, ut ita dicam, quam i'.la aetasferebat, cralio (b.iurus, c. 43, 160), ■ le seul probabiemcnt de» discours de l'orateur que l'on possédât en entier au temps de Cicéron, car on n'avait, dit-il, que des fragments de sa harangue pour la vestale Licinia (/. t.). — Voyez aussi de Oratore, I. 2, c. 54, 223; de Officiis, 1. 2, c. iS, 63, & Quintil. Institut, oralor. 1. 6, c. 3.

* ... vexitlum... signum itineris & pugnae. (Ltv.)

« Sarbo autem Martiui, in Callia, Porcio Marcioque coHsulibus. .. deducta colonia est. (Vell. Paterc, I. ■ , c. i5,)

chures de l'Atax, entourées alors de vastes lagunes.

Si la ville de Naria existait depuis longtemps à cette époque, comme nous l'attestent des témoignages irrécusables, il est i peu près certain qu'elle avait déjà son enceinte de murailles, construite, comme nous allons le voir, de grands blocs appareillés sans ciment , à la manière des villes étrusques ou latines , que l'on imitait déjà en Gaule & en Ibérie. Les triumvirs, qui présidaient à l'établissement de la colonie, n'auraient pas eu besoin ici de lui mesurer 8c de lui tracer eux-mêmes une enceinte suivant les formes consacrées par le rituel étrusque'. Leur tâche se serait bornée cette fois à surveiller l'installation matérielle des colons & le partage des terres' dont les agrimensores avaient pris possession au nom de la République, & qu'ils soumettaient k un arpentage minutieux. Ce serait eux aussi qui auraient, suivant l'usage, rédigé ou tout au moins publié, la charte municipale de la nouvelle ville {lex coîoniae^ îex civitatts^ pass,), qui ne faisait le plus souvent que reproduire dans ses dispositions essentielles la loi récemment promulguée à Rome, sur laquelle reposaient les titres & les droiti des colons, «commencer par leur droit de propriété*. Mais on ne voit pas trop ce que devenait au milieu de tout cela la population indigène, forcée d'évacuer, pour faire place aux nouveaux venus, tel ou tel quartier de la ville regardé comme plus salubre ou plus agréable, & de leur céder en même temps les terres les plus rapprochées de ses murailles, sur lesquelles portaient de piéférence les assignations des agrimensores'".

Quelques-uns des plus maltraités en furent pro-

7 Oppida conie'.'ant in Lati i, Etrusco ritu, rruLa; inncteis bubtts, tauro & vacca, interiore aratro circumagebant sulcum. (Varro, de Ling. tat. I. 4, c. 32.)

• De là leurs noms de triumviri agrarii, triumviri agro dando, agro metiunJo, diviJundo ipais.).

9 Ils la faisaient graver sur des tables de bronze que l'on exposait dans le Forum ou dans quelque autre lieu fréquenté de la ville (l'n ctritatis celeberrimo loco). C'est ainsi que nou-i sont parvenues, incomplètes il est vrai, les lois {leges) des deux inunicipesde Malaca & de Salpensa, découveitcsen Espagne il y a près de vingt ans (i!i5i), & qui ont fourni tant de renseignements précieux à la science du droit et à l'hisloire. Ailleurs on se contentait de reproduire Icxtuellem;iU 1.1 loi générale qui réglait ou réformait pour l'avenir la constitution municipale des villes romaines. C'est ainsi que l'on a letrouvé à Hétaclée, dans la grande Grèce, en i73j, le texte incomplet de la célèbre lex .luUa municipalis (Savigny, Vermiichte 6clirifien, 3, 279 412}, gravé aussi sur deux tables de bronze chargées au revers de deux inscriptions grecques, antérieures de trois ou quatre siècles â l'inscription romaine & tort intéressantes aussi pour l'histoire religiL-use & politique de cette ancienne vil;e grecque. (Voyez Mazzocui. In .\enacas tabulas Ueracleenses commcnlatio Neap. 2 vol. in-f- I75.V-I755.)

'• C'est à cette terre, confisquée par la République au nom

An de Rome

le gouvernement duquel elle tut établie, comme quelques-uns l'ont cru mal à propos, mais plutôt du dieu Mars ou des vétérans de la légion Martia^ qui peuvent y avoir été envoyés dans la suite pour l'augmenter; car il est constant, par les auteurs 8c les anciennes inscriptions, qu'elle fut appelée Narho Martius', Se non pas Marcius. Elle portoit déjà ce nom longtemps^ avant l'entrée de César dans les Gaules; ce qui détruit l'opinion d'un moderne^, qui prétend faire dériver ce nom des vétérans que ce conquérant envoya pour renouveler cette colonie soixante-dix ans après son établissement. C'est seulement depuis ce

bablement réduits à aller chercher un asile sur les terres incultes ou sans maître, qui étaient restées en dehors du terrain assignc'ou du terrain mesura ". Mais la plupart ne purent se résigner à quitter pour toujours la ville où leurs enfants étaient nés & où reposaient les ossements de leurs pères sous les tumuli qui bordaient les grèves de l'Atax. A défaut de terres cultivables, dont les riches avaient seuls sauvéquelque chose, il restait aux plus pauvres eux-mêmes une masure & une échope, où ils conservaient le droit de travailler & de vendre cher (aux nouveaux venus surtout), sans parler du fleuve qui leur ouvrait la mer & de cette mer elle-même, dont le sillon est plus fertile que celui de la terre ferme pour les gens des ports. Savait-on d'ailleurs si les étrangers, quoique impatronisés par la force, ne seraient pas à Tavenir des maîtres équitables, comme le promettaient les lois qu'ils avaient /Jroposées dans leur forum futur, moins capricieux à tout prendre que les chefs des tribus celtiques ou gauloises qui levaient dans le port des péages vexatoires & rançonnaient de plus riches & pauvres à l'occasion ?

C'est au-dessus de ce fond obscur, grossi de spéculateurs, d'industriels & de gens de métier attirés toujours par la fondation d'une nouvelle ville, qu'allait se constituer la commune romaine, dont les indigènes faisaient partie, il est vrai ", mais

sans jouir des droits civils 8c politiqu::s qui avaient suivi les émigrants dans leur nouvelle patrie, fille & sœur de l'ancienne. Le nom à^Atacini, sous lequel les désigne un géographe romain du premier siècle ", semblerait indiquer que cette population se recrutait depuis longtemps dans la vallée de l'Atax, dont la ville de Narbôn n'était en réalité que la tête & le port. Ce que l'on peut au moins affirmer c'est que les noms barbares que nous offrent en assez grand nombre les inscriptions romaines de Narbonne sont franchement celtiques, à de très-rares exceptions ", & qu'ils rappellent exactement ceux que l'on rencontre dans les vallées des Cévennes, envahies très-anciennement comme celles des Pyrénées par des populations de langue celtique. L'épithète à'Atacinu^, qui a embarrassé & qui embarrasse encore les érudits, figure plusieurs fois, comme surnom, à la suite des noms romains '' qui se substituent de très-bonne heure ici aux noms indigènes. [E. B.]

' Sidoine Apollinaire, Carm. 22, & Adrien de Valois, Notifia Galli-irum. — Voir, au tome II de cette édition, aux Preuves, Inscriptions de la ville de Narhonne,

* Cicéron, ^ro Fonteio.

' Notae in Velleium Patcrcuïzim ad usum Delphini^ 1. I, c. 1.5.

du pouvoir souverain {imperium) que lui donnait la conquête & attribuée par elle aux colons en vertu d'une loi régulièrement rendue, que s'appliquait le nom sacramentel i^ager. La loi qui en disposait était elle-même, & essentiellement, une lex agraria. Les formulaires des afp-iinensores, dont quelques-uns nous sont parvenus (V. Rudorff : Grom. vet., pass.), nous apprennent avec quel soin & suivant quels procédés religieux & géométriques il devait être limité (cnmprehen^iis), divisé intérieurement (^iirisus) & paitagé (ij^signatus) entre les colons par lots égaux que Ion tirait au sort (de là leur nom de sortes: lex /Aor/n, 5.— Voirla.Vo/e CXIII sur l'organisation des colonies romaines.). L'étendue de ces sortes, qui formaient la propriété des colons, paraît avoir varié suivant les temps ou les circonstances de deux à dix Jugera.

" Ces terres, vagues & souvent sans maîtres, étaient désignées par les agrin)cnsorcs sous le nom pittu.-esque d'at cijinius {afinibu^ arcenJi ), parce qu'elles n'étaient plus mesurées du tout (ager arcijinins, qui nulla mensura continetur, Frontin, p. i; Rudoiiff, 0'j"Ohi. i'l7.).

'■ De là les noms de res publica & même de colonia, appl -

qués, sans distinctio'i d'origine h de droits, J toutes les classes de la population, comme le dit Pomponius Mêla en parlant de Narbonne elle-même : .\tacinorum Decumanorum que colonia. Nario .Martin , lib. 2, c. 5.

»3 Voir suprà le texte de Pomponius Mêla.

M Nous citerons parmi ces noms ou ces surnoms d'apparence celtique, qui forment ici la presque totalité des noms barbares, ceux de Ruerius, Giaria, To^i.icus, lipieiu, Giamillus, Biccus (= Beccus= Becco). Camulius (lia^. Cimurius (ria), Ateponiarus. Gaicnna, Excingus, Excingi us (la), Magidius Boiscus, Magidia Boisca, luliiis Congcnnicus. Falius Solimarus, f{c. — Polybe ne nous allirme-t-il pus que la ville de Roschinon. dont le nom parait phénicie 1 fi celé d'Iliberis (Helena, EIne depuis), qui est incontestablement ibérienne d'origine, comme celle de Caucoliberis (Col!ioin"e), étaient toutes les trois habitées de son temps par des populations celtiques de race & de langue ?

>5 Dans ce texte, par exemple, o."i il a passé inaperçu comme dans plusieurs autres : viv. ( p. alrius . d. l. | ... cinits . PROPOLA I &c. &c. Vivit l'ublius Albin.s, Caiae Liberlus, Atacinus, propoLi, &c. Ce. {E. Se .eJ. mss. meis.)

renouvellement qu'on joignit à son ancien nom de Narho jMartiiis celui de Colonîa Julia Paterna., parce que Jules César, père adoptit d'Auguste, la fit renouveler. Se qu'on l'appela aussi Narho Decumnnorum à cause des Decumans ou soldats de la dixième légion qui la repeuplèrent; on en a des preuves dans plusieurs anciennes inscriptions qui nous restent'. Cette colonie fut établie

An de Rome

■ Rien n'indique que l'établissîment d-- la nouvelle colonie ait provoqué à Narbonne le mécontentement & les rancunes qui suivaient souvent ces actes de souveraineté. Chassés de leurs terres & quelquefois de leurs maisons, pour faire place aux nouveaux venus, les anciens habitants, comme les appellent les jurisconsultes romains (vt'te/-e5J, s'étaient vus dépossédés en même temps de l'administration & du gouvernement de leur ville, devenue comme un prolongement & un faubourg de Rome'. Mais il n« faut poijat oublier que cette population assez peu homogène, suivant toute apparence, était beaucoup phis préoccupée ici de commerce d'ou- Ire-mer & de spéculations mercantiles que de ses libertés politiques ou municipales, ébréchées probablement par des usurpations ou des conquêtes antérieures.

A Vienne, une autre ville de la Narbonnaise, où les colons romains s'étaient trouvés en présence d'une aristocratie guerrière (celle des Allobroges) Cere du grand rôle qu'elle avait joué 8c encore jalouse de ses droits', les choses s'étaient passées tout autrement, & l'antipathie des deux populations réunies dans les mêmes murs avait de très-bonne heure dégénéré en querelles qui ensan- {jîantèrent à plusieurs reprises les rues 8c \t forvm di la nouvelle colonie. Chassés une première fois de la ville qu'ils avaient essayé de surprendre par un coup de main hardi, les mécontents étaient parvenus à y rentrer on ne sait trop comment 8c ils avaient fini par en chasser à leur tour l.-s colons romains, qui se réfugièrent au d;là du Rhône sur le territoire des Se^w.'iavt , dans le village celtique de Conlile , situé au confluent du Rhône 8c de la Saône '. Ils y attendirent longtemps la décision 8c les ordres du sénat, au-

■ Ex cii'itatf quaii propt^'.il.ic surit (cnloniae) &

jjra iititituta que omnia pa:uli Romani... h.ibcnt. (A. Geu- Lius, 1. ifi. c. I 3.)

• t%\ 9: }tà# «>.5lol ("AT^Voîf'.^t;) llM;t1}f^v !^û9tv, t\ i' 'Ek-jï-

jta-tTXfjix-x^i noV.». (StraD. 1. 4, C. t, { il.)

' Le territoire des Se>ju^iivi. un petit peuple de la Gaule Chevelue, comme on l'appelait touiours, était scpart' de celui dcj Attobrogcs par le flcuvj du Rhône, qui formait de ce côté la liniiiL* de la Province romaine. — Le pagtts condati-nsis, qui occup.iit, comme son nom l'indique, la presqu'île aliuvionale & montagneuse formée par le confluent du Rhûne ^ Je la Saône, était situé au-Jcssous de la ctuine nanle de colliiicr. qui bordent la rive droite de la Saône (... Ju bus immitt-'ns Jtuyiis ju^um : ^'.vi:c .Xpak'il. c. 7), sur les croupes & tes flancs de laquelle .:! ;nt s'élever la ville célèbre de Lugdunum.

quel les deux partis avaient soumis leurs griefs. Mais ils n'eurent pas même la consolation, d'être rétablis d'autorité dans leur ancienne patrie, car ce fut avec ces exilés que le triumvir Marc-Antoine bâtit 8c peupla, quelque temps après, sa ville de LugJunum [municipium Mjrci, Sesec), dont Vienne se trouvait 8c resta ainsi longtemps la rivale'.

Fondée à une époque beaucoup plus ancienne, la colonie de Narbonne paraît avoir échappé à ces réactions que rien ici ne laisse même supposer. Sa constitution, dont nous connaissons au moins les principaux traits, grâce aux indications que nous fournit l'épigraphie locale, différait à plus d'un éjnrd de celle des colonies militaires fondées en grande partie dans les derniers temps de la République Elle rappellerait plutôt celle des anciennes colonies romaines de la Sicile 8t de la grande Grèce, qui traitaient avec ménagement la population indigène de ces grandes villes longtemps florissantes 8c les réconciliaient plus ou moins sincèrement avec leurs nouveaux maîtres'. Mais il arriva ici ce qui arrivait souvent à ces petites ^arrt/yonj romai • nés' transplantées ainsi loin de la ville-mère, sur un sol 8c sous un ciel étrangers. Aux anciennes familles des colons éteintes, dispersées ou appauvries en quelques générations, succédait une population d'affranchis {libertin l'thertint) ., qui ne conservait plus que les noms de ses anciens maîtres, affublés de surnoms ou de sobriquets serviles. Des lots de terre assignés par le sort à chacune d'elles {sortes^ les uns restaient en friche, faute de

* Voir le court passage de Dion Cassius. le seul des historiens anciens qui nous ait conservé le souvenir Je ces révolutions oubliées : 'KxiAt'jTa^. bvtoîç (^i {J^'^iiuTai) To'jî ix Oj{ivvr,;... ■.rti a:"»* AiVftCpiï*»* Rîti lx«iïivT»ç... Iîpu3cv-ï«ç ffvv5:xt<r«i... t»

\vf<vA'>iViv •/.<■* 6v9;jioff8i/. (Dio Cass. 1. 46, ap. dom Bouquet, t. I, p. 5i8.) Le premier livre des Annules de Tacite (ail aussi allusion aux mêmes faits : Velcrem inler l.ugjun?nsei & Vienneuses di<cor.ïL2tn proximum bellu n rccen' derat. \fuUae inviccm clades, crebrius iit/e.itiui.fue ^ujm ut Imtum pr ipler \eron^-m Galbam.jue pu^injrelur. ; Ia- CIT. Hist. I. I, c. 65.)

5 Voir à ce sujet l'excellente dissertation de M. Krnst Herzog sur les praetore. municipales de Narbonne (Lipstae. iS'i3. A '/«//. S.irb mens, iiist. p. jô & î»eq.) que nous résuinonsdans laiV.7c CXII du tome 11 surles cotunies romaines de ta Gaule. & les textes toujours graves c'es écrivains anciens sur les rapports légaux des iiiJigmes A des colon->. qui paraissent avoir vaiié de ville en ville & d'ù;îc en âge par une foule de dérogations légales elles-mêmes, dont les légistes ne paraissent pas tenir suflisammeiit compte.

* Praesi.iiunt... spécula... proptiifnacula imperii (Cic pro f'ijnt. &. pass.)

An de Rome

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par un décret du sénat, avantage qu'elle partagea avec peu d'autres colonies des Gaules, puisque la plupart de celles-ci furent des colonies militaires, uni-

bras ou de maîtres, les autres avaient passé entre des mains étrangères par des aliénations que les chartes d'institution communale [leges) cherchaient vainement à empêcher. Les magistratures municipales, dont les indigènes se trouvaient exclus à leur titre d'étrangers (peregrinij ou de provinciaux (provinciales), devenaient l'apanage d'un certain nombre de familles dont les chefs vivaient souvent à la campagne dans de grands domaines (fandi, latifunJia) qui prenaient leur nom & qui Ifs ont gardés quelquefois '. Fort supérieure en droits & en rang à la population indigène au milieu de laquelle elle s'était établie d'autorité, la commune des citoyens romains, comme elle s'appelait avec orgueil (coîonia civium nostrûm, civium romanorum, Cic), lui redevenait de fait inférieure par le nombre, avec lequel il faut compter tôt ou tard, par la richesse ou l'aisance, filles légitimes du travail. Elle aurait fini par n'être plus, à son tour, qu'une fiction légale, si Rome ne s'était trouvée en mesure d'envoyer à Narbonne une nouvelle colonie chargée d'y raviver sa langue, ses mœurs & son pouvoir en déclin.

Ce fut en l'année 46 ou 43 avant notre ère, deux ans avant la mort de Jules César, que fut décidé rétablissement de cette nouvelle colonie. Suétone, le seul des historiens anciens qui nous ait conservé le souvenir de cet événement oublié au milieu d'événements bien autrement graves, se contente de désigner par son nom le personnage considérable aussi (Tiberius Claudius Neroy ^, auquel fut confiée cette mission, qui n'était pas elle-même sans importance, car elle paraît s'être étendue à plusieurs des grandes villes de la Province, à celle à.''Ârelaîe notamment^. Mais il est certain cette fois que le

^ Voir, à l'appui de ces assertions, répi^:îraphie de la ville de Narbonne, dont nous ne pouvons point citer & discuter ici tous les textes.

8 Pater Tiberii, quiie^tor C. Cacsaris, AlcxanJrino bcll) classi praefOiilui plurimum od rictoriam contul.t. Quare ô ponti/i'x in lociuii P. Sc.piotiis ^nbititutiii & ad dcduccndas in Oaltiam coionias in quci:, \ario & Arclate erant miasus est. (Sueton. Tiber. c. .(..) C'est de lai que descendent, comme on le sait, les empereurs Tibôre (son fils), Caligula (son i-r.'iire-petit-fi s). & Claude (sou petit-fils).

9 I.a plupart des historiens ajoutent à ces deux villes celles de liactcrrae (]ié7À<:ri), Ardu no (Orange). & Forum-Iulii (Frejus), dont les colonies paraissent avoir été l'ondées vers le même temps, & qui l'auraient été par le nicme personnage. Les noms de légion que chacune je ces nouvelles colonies ajoutaient à leur nom & qu'c'lcs ont conscivés pendant plusieurs siicles comme des titres honorifiques (Xarbo Martius Decmnanorum, — Aretatc Scxljnonim, — F>aetcrriie Scptimanorum. — Arau^io Sccundanorum. — Fonnn Inlii (Jctavanorum) prouveraient seuls, quoi qu'en dise un historien mojerne (.M. .Mommsun, Roem. Gach. t. 3), qu'elles étaient toutes militaires d'orij-^inc. comme l'ont été du reste, à partir

sénat n'eut plus à intervenir dans l'établissement de la nouvelle colonie, puisqu'elle était exclusivement militaire, comme toutes celles dont nous venons déparier, &que les vétérans dont elle était composée n'avaient d'ordre à recevoir que du général qui commandait les armées, devenues les arbitres de la République. Des documents contemporains nous les montrent entrant militairement dans leur nouvelle patrie comme dans une ville prise de vive force, précédés de leurs tribuns 8c de leurs centurions '". Ils étaient toujours suivis d'une nuée à' agrimensores , transformés en officiers publics depuis les guerres civiles ", & qui pouvaient cette fois arpenter, mesurer & assigner tout à leur aise; car les colonies militaires' n'ayant plus rien de religieux, comme les colonies civiles, fondées toujours sous les auspices [suh auspiciis , au^picatim) , n'étaient tenues à d'autres ménagements, même envers les anciens colons, qu'à ceux qu'elles voulaient bien s'imposer. Elles étaient, comme le pouvoir dont elles émanaient, un fait essentiellement révolutionnaire , le contre-coup lointain d'une sorte de dictature née elle-même de la force & devant laquelle il ne restait guère aux dépossédés d'autre parti à prendre que d'aller chercher fortune ailleurs :

"Nos patriae fines & Julcia lin^aimus arva.

(Vn;c. E:log. 1, V. 3 )

On a remarqué avec raison que le nom ou les noms de la ville, car elle en avait plusieurs à la fois, comme la plupart des colonies romaines, reflèt.'nt & rappellent assez exactement les révolution» que nous venons de résumer. Au temps de Cicéron, à la suite de l'établissement fondé par l'orateur Licinius Crassus , elle n'avait encore que deux noms, celui de Narko [Narh>nis) qui a traversé presque sans altération toutes les péripéties de son histoire", quoiqu'il remonte, comme nous l'avons dit, à une très-haute antiquité, & celui de Martius, qui n'est & ne peut être qu'une épithète divine

des guerres civiles, toutes les colonies fondées par les Romains, même en Italie.

"o Vnii eraae le^iones deducebantur cum tribunis €■ centurioni-Ui £■ sui cuiusqu^ orJinis mililibus. (Tacit. Ann. I. 14. c. 27.)

" Autour des a^rï'mcnso'es, qui recevaient eux-mêmes les

■ ordres du curator colonise, comme on l'appelait dans ces

derniers temps, se groupait toute une hiérarchie d'eiuployés

spéciaux désignés sous les noms de pullatii, apparitores,

scribae, libraiii, praecones, architecti , fini torei. &c.

" Surtout si on lécrit avi;c un seul », co:nmc rély.nologie l'exigerait.

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Droit des colonies de la Province.

An de Rowe

quement établies pour récompenser les soldats vétérans, au lieu que la colonie ^,^ ^^-^^.^^^ de Narbonne fut d'abord peuplée de citoyens romains pris de Rome même '. '•'. p-49

.-Jarbonne fut la première colonie romaine établie dans l'étendue de la province de Languedoc, mais elle ne tut pas la seule 5 quelques autres villes du même pays eurent dans la suite le même honneur. C'est ce qui nous détermine à faire connoître ici en peu de mots les prérogatives de ces colonies & à y joindre celles dont jouissoient les villes qui participoient à leurs privilèges , Se qui avoient l'usage du droit latin. Ces dernières étoient en grand nombre^ dans

(a Marre)" puisque les inscriptions antiques l'écrivent constamment par un t '*. A ce nom déjà complexe la seconde colonie ajouta les épithètes tout officielles cette fois de Julia & Paterna, qui remontent au moins au temps d'AiigListe, car on les trouve déjà dans l'inscription du célèbre autel dont nous reparlerons plus loin, & celle de Claudia, qui rappelait à la fois le nom de Tibcrius Claudius Nero & celui de l'empereur Claude, son petit-fils, dont beaucoup de villes gauloises avaient reçu des faveurs ou des bienfaits. Ces noms 8c ces surnoms, que les inscriptions écrivent en sigles le plus souvent, sont disposés dans l'ordre suivant sur les monuments épigraphiques du premier & du second siècle C. I. P. C. N. M. [Colonia Iulia, Paterna, Claudia, Narho Martius.)

Le nom de Decuman'i que Ton trouve associé en manière d'épithète à celui de Narhonen^es (Decuman't Narbonenses ou Narboneses, comme on le prononce encore aujourd'hui), & même employé tout s;ul en manière de nom propre (Voir au tome II ['Epigraphie Je Narbonne), était une allusion à la célèbre dixième légion, le corps préféré de Jules Céiir, d'où sortaient, comme on le sait, les vétérans établis à Narbonne par Tiberius Claudius Nero. [E. B.]

*ï Les colonies, presque contemporaines de Carthagc & de Corinthe, avaient été surnommées l'une \'eneria & l'autre Junoni3:ce qui me ferait croire que le iMars gauluis(Camu/)ou l'un de SCS congénères locaux <i:ait, avani la conquOte. le dieu national de la ville, comme l'indiquent d'une autre manière les noms de CamuHu^ & Camutia {Al. Camuriu;, Camuria) aussi communs à Narbonne que dans les autres grandes villes de la Gjule. (Voir, au tome II, le Recueil des Inscriptions de Narbonne.) S\. Hcr/og croit y voir une allusion à la guerre heureuse qui venait de soumettre aux Romains le pays & la ville (in l.oriorem dei Afartis qui proyïnciJtn Romanis comparaverat : Her^og. Gatl. Narbon. p. 5o).

'^ I,cs crudits du seizième siècle, qui n'avaient point rema-qu(i cette parlicularild, en étaient venus à supposer une troisième colonie distincte suivant eux de celle de Lictnius Crassus. & établie à Narbonne par le consul Q. Marcius Rcx (636 de Rome. 118 av. J.-C), dont elle aurait pris le nom. (Voir notamment la Cosmographia de Sébastien Munster, traduite & arrangée par le Commingcois BcItcCorest; Paris, 575, p. 350.)

* M. Astruc [Mémoires pour l'Histoire naturelle du Languedoc, p. 3o], dans sa description géographique de la Narbonnoise, où il a employé beaucoup d'érudition & de sagacité, croit que le nom de la famille Marcia, dont étoit Q. Marcius Rex, fondateur de la colonie de Narbonne, a été souvent écrit par un t, & que c'est même ainsi qu'on devoit l'écrire, puisque cette famille prétendoit descendre i'Ancus Marcius, quatrième roi de Rome, dont le nom a toujours été écrit par un t, comme venant de Mars, Martis. Cet habile critique se trompe : Is nom d^Ancus Marcius, quatrième roi de Rome, dont la famille Marcia prétendoit descendre, est écrit avec un c & non avec un t, dans Tite-Live & dans tous les anciens auteurs de l'histoire romaine : ainsi la difficulté subsiste toujours de savoir si ce fut Q. Marcius Rex, qui étoit de cette famille, qui donna l'épiihète de Martla, écrite avec un t, à la colonie de Narbonne. M. Astruc remarque fort bien que cette épithète ne peut avoir été donnée à Narbonne à cause des vétérans de la légion Martia, qui l'auroient repeuplée, puisque cette légion ne fut établie que sous l'empire d'Auguste, & que l'épithète de Martia étoit donnée à la colonie de Narbonne longtemps auparavant. Ainsi l'épithète aura tiré ion origine du dieu Mars, & de ce que cette colonie fut établie par les Romains, comme le dit M. Astruc, pour être une place d'armes qui les mît en état de conserver sous leur obéissance les peuples voisins, & de pousser plus loin leurs conquêtes; ou bien, comme il le propose lui-même dans la suite de cet ouvrage [page 439], cette épithète lui aura été donnée de ce que le nom de Narbo, dans le langage celtique, signifioit la ville forte, la ville belliqueuse, la ville martiale,

[Cette addition sur la colonie de Narbonne a été placée par Dom Vaissete à la fin du tome V de son édition; nous l'avons rapportée ici pour obéir à la règle que nous nous sommes imposée de ne rien retrancher du texte des Bénédictins.] [E.M.j

• Plme, 1. 3 n. 5.

An de Rome

la partie de la Province Romaine qui est en deçà du Rhône, ce qui nous donnera occasion de parler aussi de l'état de cette partie de la Province sous les Romains.

Ces républicains voulant s'assurer de la fidélité des peuples qu'ils avoient soumis, 8c les accoutumer à leurs mœurs & à leurs usages, établirent au milieu d'eux &i dans quelques-unes de leurs villes qu'ils vouloient distinguer des autres, des colonies composées ou de citoyens romains dont ils vouloient se décharger, ou de vétérans des légions dont ils étoient bien aises de récompenser les services ; les uns 5i les autres, conservant toujours leur ancien droit de bourgeoisie romaine, n'en étoient que plus vigilans 8c plus zélés pour les intérêts de l'État. Les lois que les Romains imposèrent aux autres villes des provinces nouvellement assujetties furent plus ou moins favorables, selon les conditions 8c les traités qu'elles firent en se soumettant, ou en s'alliant seulement avec la République. C'est là l'origine des différens privilèges dont chaque ville jouissoit dans la même province, les unes étant colonies, 8c les autres ayant l'usage du droit latin, ou du droit italique, ou enfin du droit provincial. Le droit des habitans des colonies étoit presque le même que celui des citoyens romains , puisqu'ils étoient regardés en effet comme tels. On croit cependant qu'ils n'en jouissoient pas entièrement, ou du moins qu'ils n'avoient le droit de suffrage à Rome que comme les habitans des villes qui étoient dans l'usage du droit latin, dont on parlera dans la suite.

Les colonies qu'on établissoit étoient composées ou de vrais citoyens romains ou de vétérans des légions , ou enfin des uns 8c des autres. Celles qui furent ordonnées sous la République par l'autorité du sénat, telle que la colonie de Narbonne, étoient uniquement composées des premiers; mais celles qu'on établit depuis Sylla ne furent ordinairement formées que des seuls vétérans , 8c quelquefois, mais plus rarement, des uns 8c des autres , ce qui fit donner à ces dernières colonies le nom de colonies militaires. Dans toutes ces colonies on partageoit les terres entre les colories ou les nouveaux habitans, 8c les anciens qui participoient au privilège de la colonie. Ce partage se faisoit par l'autorité des triumvirs ou de trois personnes qu'on députoit pour cela , 8c qui avoient soin de conduire 8c d'établir la colonie, 8c de lui prescrire les lois de son gouvernement.

Pour adoucir la peine que pouvoit causer aux colories l'éloignement de leur patrie, 8c leur donner lieu de conserver le souvenir de leur origine, ces triumvirs avoient soin de faire construire dans les nouvelles colonies les mêmes édifices publics que l'on voyoit à Rome, c'est-à-dire un capitole, un amphithéâtre, des temples, des cirques, un palais ou une cour, un marché, 8cc. Ainsi les colonies représentoient en abrégé par leurs monumens la ville de Rome , comme on voit par ceux qui nous restent des colonies romaines de Narbonne, de Nimes &c de Toulouse. Chaque colonie se gouvernoit par elle-même, c'est-à-dire par ses propres magistrats 8c suivant les lois qui lui étoient propres 8c qu'elle avoit reçues dans le temps de sa fondation, soit immédiatement du peuple romain, soit seulement des triumvirs qui l'avoient établie. Ceux-ci y formoient un con-

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. II. lo:

An de Rome

seil composé du sénat Si du peuple de la colonie qui avoient le pouvoir de faire des lois & d'élire leurs magistrats. Les mêmes triumvirs flxoient dans chaque colonie le nombre de sénateurs qu'elle devoit avoir, & à qui on donnoit partout le nom de décurions, de même que celui de cour, curia, au sénat des colonies, £<. celui de décret des décurions aux sénatus-consultes de ces magistrats. C'est du nombre de ces derniers, qui avoient droit de suffrage dans les élections des magistrats de Rome , cru'on tiroit tous les ans les duumvirs des colonies, dont ^■^■. <"■'«'"

les fonctions répondoient à peu près à celle des deux consuls romains. Si à qui appartenoit la principale administration dans le gouvernement de la colonie. Ces duumvirs, qui dévoient avoir atteint l'âge de quarante-trois ans avant que d'entrer en charge, étoient désignés trois mois auparavant. Ils ne pouvoient exercer de nouveau la même charge de duumvir que dix ans après. On voyoit quelquefois dans les colonies des triumvirs 8t des quartumvirs au lieu de duumvirs. On ' prétend qu'outre les duumvirs, celle de Nimes étoit encore gouvernée par des sévirs ou six magistrats intérieurs qui étoient différens des sévirs augustales , prêtres établis dans la même ville Si ailleurs pour le culte qu'on rendoit à Auguste^.

Outre ces magistrats, il v avoit dans les colonies des édiles, des questeurs, des préteurs Si des censeurs comme k R.ome; ils portoient tous la prétexte. On nommoit ces derniers duumvirs quinquennales , parce que l'exercice de leur charge duroit cinq années. Dans les colonies qui avoient le privilège de faire battre monnoie, c'étoient ces censeurs ou duumvirs quinquennales qui en avoient la direction, conjointement avec les duumvirs de la colonie.

A l'exemple de Rome, les colonies avoient aussi des augures, des prêtres, des pontifes, des flamines Si autres ministres destinés pour le culte des dieux. On^ prétend même, sur l'autorité d'une inscription attribuée à l'empereur Antonin Pie, mais dont nous ne voudrions pas garantir la vérité, que la colonie de Nimes avoit des vestales. En un mot, les colonies s'étudioient d'imiter, autant qu'elles pouvoient, la religion, la police Si le gouvernement de Rome.

Chaque colonie avoit soin de se taire dans cette capitale un patron capable de défendre sa liberté Si ses privilèges. Aucune, du moins hors de l'Italie, n'étoit entièrement exempte de tribut Si d'imposition. Si elles -étoient ordinairement stipen.liaires : ainsi leurs censeurs faisoient chez elles les mêmes fonctions que ceux de R.ome, c'est-à-dire qu'ils exigeoient Si envoyoient dans cette capitale de la République le cens qu'ils levoient sur les colones\ Telles étoient les colonies romaines de Narbonne, de Nimes, de Toulouse Si de Béziers, les seules que nous connoissions dans la partie de la Narbonnoise qui étoit en deçà du Rhône, c'est-à-dire dans l'étendue de la province de Languedoc, auxquelles

' Crasser, Dissertatio de Antiij. Ncmau^enùhus. nous ont conserTe les noms d'un assez grand nombre

' Celle opinion est basé; sur une inscription mal de ces magistrats, ainsi que des édiles & des ques-

comprise par Grasser.&qui trouvée à Nimes ne con- leurs de Nimes. [E. M.]

cerne pas cette ville. Nîmes ne fut jamais gouvernée * Gariel. Seriez praesuîum Maf^alonensium ^ p. 20.

par des magistrats au nombre de six, mais bien par ^ V^oir au tome II, la Nolt CXII.

des duumvirs & des quartumvirs. Les inscriptions

ZTZk^ '°4 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. II.

on doit joindre celle de Ruscino, qui a donné son nom au Pv^oussillon ; on

en comptoit une vingtaine d'autres dans le reste de la Province romaine ou Narbonnoise au delà du Pvhône. Ainsi cette province eui elle seule un plus grand nombre de colonies romaines que toutes les autres provinces des Gaules ensemble.

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