‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 245 sur 553 · XV. — Carcassonne · texte numérisé non relu

XV. — Carcassonne

Ld. origiii.

11 paroît que Carcassonne, Carcasso ou Carcassum Tectosaginn, étoit déjà une ville considérable du temps de César, puisqu'elle fournit à ce général des troupes auxiliaires dans les guerres qu'il eut à soutenir pour la conquête des Gaules. Pline la met en effet au nombre des villes qui jouissoient du droit latin, c'est-à-dire qui se gouvernoient par elles-mêmes. L'itinéraire de Bordeaux ne lui donne cependant que le nom de château, parce qu'elle n'étoit pas sans doute encore élevée à la dignité de cité ou de ville épiscopale, honneur qu'elle ne reçut que sous les rois visigoths au sixième siècle, comme l'on verra dans la suite ^. Nous trouvons dans les itinéraires deux autres lieux qui paroissent

des quartiers, situé sur la rive gauche de l'Aude [Atax) , portait au moyen âge & porte encore aujourd'hui le nom caractéristique de Tax ou Taïx. La ville basse' à laquelle s'applique particulièrement le nom relativement moderne de Limoux ' I^Limos ou Lymos en roman, Limosus en latin), aurait été elle-même habitée & populeuse dès les premiers temps de la domination romaine, s'il faut prendre au sérieux les débris de toute espèce & les monnaies du haut empire que l'on y trouve en grand nombre toutes les fois que l'on remue un peu profondément le sol (M. Fonus-Lamotiie , Sur l'antiquité de la ville de Limoux, in-8°, i-i 1). Elle avait pour centre à cette époque la place actuelle du marché désignée alors sous le titre de Forum, comme nous l'apprend le nom de Porta Forona, donné à une des portes les plus anciennes de la ville. (Charte de l'année 1 i5o). Le Pagus Redensis, dont le territoire paraît avoir été beaucoup plus étendu sous les carlovingiens qu'il ne l'a été depuis, doit remonter lui-même à une haute antiquité, quoiqu'on ne le trouve mentionné nulle part avant le moyen âge. 11 devait ce nom, probablement celtique d'origine, au village ou à Voppidum de Redac, qui avait encore une certaine importance au temps de Charlemagne, puisque le poète Théodulphc le cite, après Narbonne

' Les actes anciens la distinguent d'un château (Jbriia) détruit, puis roconslruil sous le nom de Ribcs-Hautes-dc- Montfort, pendant les secousses terribles ici de la guerre des albigeois & du plan de Flacian ou Flaçan (lou ptà de Flassa), dont le nom semble indiquer aussi une localité romaine d'origine, vitla ou burg-iis, comme on le disait déjà du temps de Fortunat.

^ 11 parait pour la prcmitire fois dans une charte de Charles le Chauve du 2 juillet 854. En gHi el e portait encore le titre de viens, qu'elle a cchangj depuis contre ceux de villa & de burgum. (Acte de 1171.)

& Carcassonne, comme une des villes les plus considérables de cette région de la Gaule ;

Inde reviscntes te, Carcassona, Redasque, Mocnihus inferimus nos cito, Narbo^ tuis,

(TnEODULF. Carm. 1. 1 , c. i, v. 141-142.)

C'est cette métropole, oubliée depuis longtemps aussi & représentée aujourd'hui par le triste village de Rennes (on écrivait anciennement Règnes) , qui paraît avoir imposé son nom aux bains de Rennes, très-connus eux-mêmes & très-fréquentés à l'époque romaine, comme le prouvent les remarquables débris que l'on recueille depuis plusieurs siècles dans les substructions & au voisinage des thermes antiques'. — Il est singulier de voir, aux deux extrémités de la France, les ethniques Redensis [Pagus Redensis) & Redones [Civitas Redonum) , empruntés évidemment au même radical, aboutir de» deux côtés au nom moderne de Rennes, qui suppose, il est vrai , une première altération latine. [E, B.]

■ Pline, 1. 3, n. 5.

' La ville de Carcaso, dont l'existence remonterait au temps de Jules César, s'il fallait en juger par quelques manuscrits des Commentaires* , était

I Voir notamment les beaux fragments du bige votif de bronze découverts il y a plus d'un sicc'e, au village de Fa, près de Rennes, & les curieux ex volo de marbre iccueitlis tout récemment par M. de Fleury dans les ruines de i'iitablisscnicni lui-mcme.

' Multls pr'aeterca viris fortlbus Tolosa, Carcasone & Narboiw, quae sunt civitates Calllae pro^inclae Jiniiimae, ex his rei;:ionibus itominatim cJOCiilis (Cacs. t^c' lletlo Gall. lib. 3, c. 20). 11 faut dire pourtant que les plus anciens de ces manuscrits omettent le mot Carcasone, & que M. Cari Nippcrdei le supprime dans sa nouvelle édition des Commentaire:. (C. lui. Caesaris Comment, edid. Cari. Nippcrdci; — &. Fr. OM.a, Li.^s. Teubn, iS5.<.)

avgirété de son district, savoir : Cedros, qui en étoit à huit milles vers Toulouse, à peu près vers le village qu'on appelle aujourd'hui Caux, & Lîviana, entre Narbonne Si Carcassonne, à onze milles de celle-ci Si k vingt-sept de

An de Rome

déjà une ville romaine au temps de Pline, qui la cite sous le nom latin de Carcasum 'dans la liste des oppiJa latina de la Province, dressée par lui d'après des documents officiels perdus aujourd'hui'. Mais on Ignorerait encore à quelle époque & par qui elle avait reçu cet honneur, sans la découverte récente (1847) d'une inscription gallo-romaine que nous reproduisons d'après la lecture, fort exacte d'ailleurs, qu'en a donnée M. Ernst Herzog dans ï'Appendix epigraphica de sa Gallia Narionensis. (Lipsiae, Teubner, 1864) :

C COMINÏO. C. F.

VOLT. BITVTIONl

PRAIT. C. I. C.

{Append. epigr. n. 2C6.)

Ce texte, assez peu remarqué à Narbonne, à l'époque cù il avait été déposé dans le musée de la ville, ne paraît pas avoir beaucoup frappé de prime abord M. Herzog lui-même, qui le croyait originaire de Narbonne & qui le signalait comme tel à M. Mommsen, l'un des éditeurs du nouveau Corpus inscriptionum Latinarum, publié par l'Académie royale de Berlin. C'est comme inscription narbonnaise, en effet, qu'on le trouve reproduit dans le premier volume de ce grand recueil {n. 1488), où il avait trouvé accès à cause de l'orthographe archaïque du mot PRAIT [or] & du titre de praetor lui-même, antérieur, comme on le sait, à celui de duumvir, qui devient général à partir du règne d'Auguste'. La dernière des trois sigles qui terminent la troisième ligne de l'inscription représentait, dans cette by-

• ... OppiJa tatina... Carcasum Votcarum Tectosagum, (Plin. cdid. Sillig. & Lud. lahn. lib. 3, c. 4 (5).) — Elle est diisignje chez PtoIJmOe sous le nom de Kopxosw (Edid. L. Renier, p. 2S8); — sous celui de Carcassione dans la Table thjojosienne ; — & de Carcassone dans Vltinéraire de Bordeaux à Jérusalem, où elle ne figure plus que comme castcllum : Castellum Carcasone {ii'it. L. Renier, Ann. des Antiq. de France, i85o, n. 55o.

> Ces documents sont les Commentant Agrippae, auxquels Pline se réfire à plusieurs reprises dans le troisième livre de son histoire naturelle; la granje carte géographi.que peinte à fresque sur les murs du punique d'Octavtc, lermiiié aux frais d'Auguste (voir Pline, I. 3, c. 3), & la Formula Provinciac, à laquelle Pline lait allusion à la fin du chapitre que nous venons de citer : Adjt'cit formutae Galba impcrator. (Pi-iN. 1. 3, c. 4 (51.) — Voir sur ces intéressantes questions la belle dissertation de .M. le professeur RitschI : l ermessun^' dci Roem. Reichs; Uhein. Mueum, 1843, p. 481, i 55.

^ Cujus aelalis esse constat titiilum S'arbonen^em alterum, \imut et repertum et servatum, item ab Ker^o^io me-

cum cnmmunicatum hune cum nominet Coloniam Iuliam

Ctaudiam , nam sic notas recte tnlerpretatus est Ler\ogius, collata Hen\eaiana , n. 2358. (fiorp. inscr. Latin. p. =74, n. 14SS.)

pothèse, l'épithète Claudia, que la colonie de Narèo-Martius paraît avoir reçue de l'empereur Claude au même titre & en même temps que la colonie de Lugdunum, dont elle restait au moins nominaleirient l'égale.

La ville de Narbonne, à laquelle le monument se trouvait ainsi attribué, était désignée, à l'époque impériale, sous les sigles C. I. P. C. N. M., dont on n'aurait ici qu'une ecloga bien incomplète, puisqu'il y manque précisément celles des deux mots Nario Martius qui en forment la partie essentielle & concluante. Le titre archa'ique de praitor municipalisj qui disparaît d'assez bonne heure pour faire place à celui de duumv'r, ne se concilierait pas beaucoup mieux avec l'épithète Claudia que la ville ne portait point encore au temps d'Auguste, comme le prouve la célèbre inscription de VAra Narionensis, dédiée dans les dernières années de ce prince '. Comment oublier d'ailleurs que le magistrat dont il est ici question appartenait à la tribu Voltinia, c'est-à-dire à une tribu bien distincte de la tribu Papiria , dans laquelle étaient inscrits, comme on le sait, tous les Narbonnais d'extraction libre, tous ceux au moins qui possédaient le titre de citoyen romain 'i*

La présence du monument dans le musée de Narbonne, où il était coté sous le n° i5i', ne prouvait point d'une manière absolue qu'il eût été découvert dans les ruines de la ville ou extrait de ses murailles comme l'ont été, à diverses époques, la plupart des bas-reliefs & des marbres inscrits qui y figurent. On ne le trouve reproduit ou mentionné par aucun des anciens épigraphistes qui en ont relevé les textes au seizième ou au dix-huitième siècle, 8c en prenant des informations plus précises sur la provenance de ce monument, dont l'attribution en était venue à l'embarrasser sérieusement, M. Herzog lui-même avait acquis la certitude qu'il n'appartenait point à la ville de Narbonne, comme il l'avait cru de prime abord, & comme on l'avait

' Elle y est constamment désignée sous les sigles C. I. P. N. M. (Voyez les notes priîcédentes & le recueil des inscriptions de Narbonne à la fin du tome II.)

^ Nous remarquerons incidemment que ces indications se trouvent fréquemment associées, à Narbonne, à des noms tout celtiques, comme celui de Cominius Betutio, dont le cognomen lui-même n'était qj'un diminutif archaïque du nomen Belutius ou Belutia, qui nous est connu par d autres inscriptions narbonnaises.

' Il y est siiînaté & expliqué, malgriî son origine étrangère, comme un monument narbonnais antérieur, il est vrai, au temps d'Auguste, « où la colonie était administrée par un magistrat portant le titre de préteur. • (Catalogue du Musée de Sarb ,nne, 1864, p. 26.)

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l'autre; ainsi ce dernier lieu ne devoit pas être éloigné de la baronnie de Capendu.

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