XVI. — Les Toulousains. — Toulouse
De tous les Volces Tectosages, les Toulousains étoient les plus célèbres. Ces peuples, que les anciens Latins appellent Tolosates, Tolosati' &{. Tolosenses, étoient limitrophes de l'Aquitaine 8t occupoient tout le pays qui compose aujourd'hui la métropole ecclésiastique de Toulouse, Si qui renferme le diocèse
cru d'après lui °. Il y avait été transporté du village de Rieux-MérinviUe, situé à moitié chemin entre Narbonne & Carcassonne' & probablement dans le territoire de Carcasum, dont les limites se trouvaient indiquées, sinon tracées, du côté du sud par cette découverte.
Si le C majuscule qui termine la troisième ligne n'était, comme tout l'indiquait, que la sigle, c'està-dire la première lettre du nom de Carcassonne (Carcaso OU Carcasuiii'j, dans le territoire de laquelle le monument avait été découvert, il devenait facile d'interpréter les deux sigles qui précédaient cellelà. Elles ne pouvaient représenter que les deux mots Colonia lulia, 8c elles nous apprenaient que la ville de Carcassonne, érigée en ville latine (colonia latina), comme beaucoup d'autres villes celtiques de la Province, avait pris, comme plusieurs d'entre elles, le titre de lulia, soit en mémoire du dictateur qui leur avait accordé cette faveur, soit en souvenir de la Lex lulia municipalis qui avait servi de type à l'organisation municipale de la plupart des villes latines de la Province. — Il ne faut point oublier cependant qu'il existait à Narbonne, vers le même temps ou peu de temps après, des Cominii dont la famille y aurait joué aussi un rôle considérable, s'il faut en juger par une belle inscription romaine du premier siècle encastrée encore dans les anciens murs de la ville, démolis aujourd'hui en partie"*. Celui auquel est dédiée cette épitaphe, moins bien conservée, il estvrai, que celle du
8 Olim : In dissertatione de GalHae Narbonensis prcetnribus mutùcipalibus, (I.ipsiae, i8ô2, p. 5, 35, § ii.) falsa loci indicjtione deccptun cum audirùscm Xarbone titulum esse repcrluni, ad Narbonem retnleravi^ tit C • l • C • esset C{plonia) I(uUa) C(la'idia).
9 EiUrc le villaf^c de Rieux-Mérinvilîc & celui de Moux. que M. H-TZog aliiibue à Narbonne, en s'appuyant sur une inscription découverte dans ce village. (^;3^vml^. cpigr. n.78.) — Du côté de Toulouse, celte limite serait marc)uce d'une manière plus précise encore (voir la Table thcodoiienne & Vltinéraire de Bordeaux à Jèrmalem) entre les stations i'FJu^io ^i celle de So'itinija^us (Casteinaudary), qui apparticndiail, comme celle d'HeèrojHci^M (Bram), au territoire de Carcassonne.
•*' Nous reproduisons ici ce texte important que ne connaissait probablement point .\1. HerzoL; à l'époque où il publiait
praetor de Carcaso, y avait exercé successivement les hautes fonctions d'édile & de duumvir, & il joignait à ces deux titres le titre archaïque i'tnterrex, qui se serait conservé en Gaule & à Narbonne beaucoup plus longtemps que dans le reste de l'Empire ' '.
Quant à la ville romaine dont l'existence nous est attestée par ce précieux témoignage, il est presque inutile de rappeler qu'elle n'a rien de commun avec la ville actuelle de Carcassonne, qui n'est autre chose qu'un iourg ou faubourg, formé par voie d'expansion sur la rive gauche de l'Aude. Elle était assise de l'autre côté du fleuve, sur l'éperon ondulé que couronnent encore les murs wisigothiques & féodaux de la Cilé, bâtis & rebâtis à plusieurs siècles d'intervalle sur les bases des murs romains qui entouraient à l'époque impériale la Colonial lulia Carcaso. [E. B.]
' Il faut évidemment lire Tolosani , car le mot Tolosati n'existe pas. [E. B.j
sa Galtia Narbonenus, car il i'eiàt inséré tel que Gruter l'a donné (p, 385) dans le Recueil d'inscriptions municipales qui l'orme le complément de son livre ;
T. COMINIVS • C • F • P
DVOMMR - AEDILIS
INT. RREX
L'état actuel du monument ne permet pas de décider si le mot en partie disparu qui suivait les deux sigles C. F. était un cognomen ou le nom de la tribu Papiria (P.,\P) , ce qui ferait alors du mot duonn ir an cognomen. Le chanoine Rainouard qui a copié le premier le texte de l'inscription (i539- 156.1.) lisait ou croyait lire PO, ce qui trancherait la question en laveur d'un cognomen grec, romain ou celtique.
" Un savant légiste allemand, M. Rein d'tisenach, assurait formellement, dans un récent travail, que le titre de celte magistrature extraordinaire, déjà rare à la fin de la République, disparaît complètement à partir de l'époque impériale : ]n der ka'ser;eit war njturlich nicht tnehr daran ^u denken. (D-" Pauly's, Encyclop. sub voce Interrex.) — Nous retrouvons le mot interrex, employé comme co.jiomen celle fois, dans une inscription arcliaï.^ue de Nimes, que nous reproduisons ici d'après M. Herzog :
C • AN>.'IVS - C • F ' COR
ImTeruex ' VOVlT
(G'.i//. .\arbon. .Append. epijr. n. 179.)
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II. l3i
de cette ville avec ceux de Montauban, de Lavaur, de Saint-Papoul, de Mirepoix, de Pamiers, de Rieux Se de Lombez. Ces peuples jouissoient du droit latin ', & par conséquent leur gouvernement étoit libre.
Toulouse, Tolosa Tectosagum, étoit leur capitale. Sa situation sur la rivière de Garonne, au milieu d'un pays très-fertile, étoit des plus avantageuses, soit pour le commerce, soit pour l'agriculture, ce qui lui procuroit l'abondance, surtout depuis que ses habitans, après avoir abandonné l'exercice des armes, ne s'adonnoient plus qu'à la culture des terres & au gouvernement^ politique. Il n'est pas aisé de fixer l'époque de sa fondation. Il paroît seulement, sur le témoignage de Justin, qu'elle subsistoit au cinquième siècle de la fondation de Rome &. dans le temps de l'expédition des Tectosages dans la Grèce^. Les Romains, après avoir conquis le pays des Volces, la mirent d'abord au nombre des villes alliées à leur République ; ils y établirent dans la suite une colonie romaine qui devint riche St puissante. Elle étoit déjà célèbre avant la conquête des Romains par deux temples d'Apollon St de Minerve, Si c'est peut-être ce dernier qui lui fit donner le nom de Palladienne, Palladia^^ autant que les belles-lettres qu'on y cultivoit avec soin"". Plusieurs fameux rhéteurs enseignèrent, en effet, dans
An de Rome
' Pline, I. 3, n. 5.
' Strabon, 1. 4.
* Martial, 1. g. Ep'tgr. toi. — Ausone, commemoratio Profess. BurJigaîenîiutn. 16, 17, 19, — ParentaliCj 3. — Sidoine, Carmtna. 7.
* Acta S. Saturnini, apui dom Ruinart, Acta sincera. Voir Caiel, Mém. p. 1 12. & au tome II de cette édition les preuves, chroniques. (E. M.)
^ Il serait presque inutile, après ce que nous avons dit dans plusieurs des notes précédentes, d'examiner & de discuter une à une les opinions erronées que l'on s'est faites pendant des siècles sur les origines de la ville de Toulouse, dont on reculait l'existence comme grande ville & comme métropole, au moins jusqu'au troisième siècle avant notre ère. Il nous suffira de rappeler en deux mots que ces assertions complaisantes, dont les Bénédictins se sont faits les échos dans un livre d'une incontestable valeur, reposent exclusivement sur un texte légendaire de Justin, l'abréviateur de Trogue-Pompée, dont nous avons discuté ailleurs l'authenticité & la portée '.
Le titre de'colonie, sous lequel ils la désignent, sur la foi du géographe Ptolémée, ne serait, dans tous les cas, qu'un titre purement honorifique, puisque nous savons de source certaine qu'elle figurait encore au temps de Pline parmi les villes latines de la Province', après avoir été honorée, dans
' Voir au tome II , la Note CVI.
* Oppida iMtina Tolosani Tectnsaifum, AquHaniae
contermini (Plin. fliit. nat. 1. 3, c. 4 \b]). Voir sur cette question que nojs reprendrons plus loin les deux dissertations publiées par MM. Benech & Humbcrt, dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Toulouse.
les premiers temps de la conquête, du titre de ville alliée ou fédérée, comme nous l'apprend un texte de l'historien Dion, sur lequel nous reviendrons plus loin. — Les monnaies de cette prétendue colonie, qui aurait eu, comme Nemausus, son atelier monétaire, n'ont jamais existé que dans le recueil du faussaire de Goltz (Goltzius), qui inventait, comme on le sait, des monnaies autonomes ou coloniales à l'usage de toutes les grandes villes de l'Empire, dont chacune retrouvait ainsi dans son livre ses titres de noblesse... vrais ou faux'. — Les deux temples si longtemps célèbres d'Apollon & de Minerve, que l'on reportait sans hésitation à l'époque gauloise , & dont l'un aurait valu à la ville l'épithète de Paîladia, sous lequel le poète Martial l'a- désignée le premier (dans un tout autre sens évidemment*), ne reposent point, comme nous le verrons bientôt, sur des fondements plus solides & ne résistent pas mieux à un examen attentif.
Ce n'est en réalité qu'un siècle ou un siècle & demi avant notre ère que commence ce que l'on pourrait appeler l'histoire sérieuse de la ville, celle qui repose sur les témoignages d'écrivains dignes de foi , confirmés à leur tour par des monuments
> COI.. TOLOS.X : (numus) Galhae : Goltzius, Thesaur. rei Antiquar. fiuberrimus, Anlverp, iSyS, c. xviii, fol. i5i (& non 341 comme le disent les Bénédictins), col. 1. Ces tristes inventions du faussaire hollandais ont été signalées & dénontrées de manière à ne pas laisser place au doute par le judicieux Eckhel, le fondateur de la critique & de la science numismatique. (Kckhel. Doctrin. num. veter. prO' legomena, t. 1, c. 22, p. cxli & scq.
* Marcus {Anionius) Paliadiae non inficianda Tolosae, Gloria, quem genuit pacis alumna quies.
(Mart. 1. 9, 99.)
An de Romi
i32 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. II.
les écoles cîe cette ville, & entre autres Arborius, Exupère, Sédatus, Statius- Ursulus, Stc. Les Romains eurent soin de l'embellir d'un Capitole , d'un palais, d'un amphithéâtre & de plusieurs autres édifices publics; on voit encore des vestiges de ce dernier du côté du château qu'on appelle Saint-Michel. Ses murs étoient de brique, & son étendue, du temps d'Ausone, étoit si grande, qu'elle formoit comme cinq différentes villes. Elle cédoit pourtant à Narbonne, à qui le même auteur donne le douzième rang parmi les villes célèbres des Gaules de son temps, tandis qu'il ne donne à Toulouse que le quinzième. Dans toutes les anciennes notices, elle précède, après la métropole, les autres cités de la Narbonnoise première. Les médailles ' qui nous restent de cette ancienne colonie prouvent qu'il y avoit une monnoie du temps des Romains. Les anciens itinéraires nous ont conservé les noms de quelques lieux du pays toulousain ; mais nous ne pouvons en connoître les différentes situations que par les distances marquées sur les grandes routes & par un reste de leurs anciens noms. Le lieu^ appelé anciennement Vernosolem Se situé à quinze milles de Toulouse, sur la route du pays de Comminges, est vraisemblablement le village qu'on appelle encore aujourd'hui la Vernose, situé en effet à quinze milles de cette capitale du Languedoc, vers les ffontières du diocèse de R ieux & sur la petite rivière de Louge, à une lieue au-des5us de Muret, & au sud-ouest de cette dernière ville. Aquae siccae, marqué dans le même itinéraire à quinze milles de Vernosolem, en tirant vers le même pays de Comminges, devoir être aux environs de la ville de Saint-Julien, située sur la Garonne 8<. d^ns l'ancien Toulousain. A vingt-six milles à'Aquas siccas, en allant dans le Comminges, toujours au sud-ouest de Toulouse, étoit, suivant l'itinéraire d'Antonin, le lieu de Calagurgis, qu'on prétend être la patrie de l'hérétique Vigilance, natit" du pays de Comminges. Un^ moderne conjecture que la ville de Cazères, sur la Garonne, est ce même Calagurgis ^ mais, outre que les distances ne conviennent pas tout à fait, puisque Calagurgis ou Calagurra étoit à quarante-six milles de Toulouse, & que Cazères n'en est éloigné que d'environ quarante Éd. orimn. niiUcs, il est constant d'ailleurs que la ville de Cazères a toujours dépendu du Toulousain & non pas du Comminges, & qu'elle est encore aujourd'hui du diocèse de R.ieux , ancien membre du diocèse de Toulouse. Il est donc plus vraisemblable que l'ancien Calagurris est le village de Hour ou Houra , au diocèse de Comminges. Ce lieu est situé à l'embouchure de la rivière de Salât
contemporains d'une authenticité irrécusable. Nous Nous les renvoyons au chapitre xxxv du livre II
avons consacré plusieurs notes à l'examen & à la où le nom de Tolosa reparaît de nouveau dans
discussion de es témoignages historiques ou archéo- l'histoire de la Province, à l'occasion de l'invasion
logiques qui se cc:npiètent ici, en se contrôlant, des Cimbres qui la regardaient avec raison comme
K-s uns par les autres. Mais les développements de une ville encore barbare, soumise de nom plutôt
nature diverse qu'ont entraînés à leur tour ces que de fait aux Romains. [E. B.]
études spéciales, se trouverait. it à l'étroit dans ces ' Goltzius, Thésaurus Tci ^ntii]-aariac,^.i^\ [25i].
prolégomènes où les Bénédictins ont multiplié, '* Itinéraire d'Antonin, p. 29.
comme à plaisir, les questions d'origine qui exige- ' Voir Vescnption historique de la /'r.ince, part, i,
raient presque toutes une rectification spéciale. p. 199.
dans la Garonne, sur les frontières de l'ancien Toulousain, Se se trouve dans les distances marquées dans les itinéraires, à quarante-six milles de Toulouse Se à vingt-six de l'ancien Lugdunum Convenarum , capitale du pays; il paroît d'ailleurs que le nom de ce village est formé des deux dernières syllabes du mot Calagurris ou Calagurra, dont on aura supprimé les premières'. Les
An de Rome
' L*ancienne Calagorris des Convenae , dont on cherche l'emplacement depuis plus de deux siècles ', était probablement située sur le plateau de Saint- Cizy, qui domine la rive gauche de la Garonne, à quatre kilomètres de la ville actuelle de Cazères, avec laquelle l'identifiait Danville en s'autorisant surtout de l'affinité des deux noms '. 11 existe encore, à l'extrémité de ce plateau, sur un pli de terrain qui ride la plaine Me là son nom de Serre ou Serres, en latin Serra), un petit oppidum en forme de parallélogramme, dont la construction doit remonter à une époque très-ancienne, car on y trouve, à une faible profondeur, des débris de l'époque celtique mêlés à des objets d'apparence romaine. Au-dessous 8c à quelque distance de Vop~ pidum s'étend une vaste nécropole (elle ne mesure pas moins de quatre hectares de superficie) , dont les tombes, encore en place pour la plupart, ont été récemment explorées par un jeune archéologue, M. Adolphe Gantier ', qui a publié, sur cette question longtemps controversée, une dissertation étudiée sur les lieux & rédigée avec beaucoup de mesure*. Il y prouve, par de fort bonnes raisons, que la voie romaine de Toulouse à Dax, qui laisse de côté la ville actuelle de Cazères (dont les titres ne remontent point au delà du douzième siècle de notre ère), traversait du nord au sud le plateau de Saint-Cizy, où il en a reconnu sur plusieurs points des vestiges bien caractérisés'. La ville antique, située sur cette voie, comme nous l'apprend Vltinéraire d'Antonin , s'y retrouverait exactement à
• On sait que le géographe Samsoii la plaçait sur le Salât, à Saint-Li^icr. râiicieniie nittropole des Conior^ïH/, qui nont rien de coiumun avec les Conye/iae. — Les BcncJictins qui se sont décides pour le village de ilour, au conituentdu Salât & de la Garonne, n'ont point assez remarqué que le nom de ce vtl'age, dont ils paraissent suitout Irapptis, n'est qu'une tît^ira'ion du larin furca, en roman J'ourc Si hourc. — En la plaçant à Martres-Tolosanc (ou pluîôt a Chiragan, prts de Martres), à t'aide de calculs plus ou moins exacts & d'inscriptjons antiques inien:é>,s par lui, M. Uumége vculaip donner un caJre & un nom dignes d'elles à ses belles docouverlos de la villa de Martres qui exclurait, pour le diie en passant, plutôt qu'elle ne supposerait le voisinage d'une g:anJe ville antique.
* N'jtice de la oaule, sub voce, p. 81-82.
> Elles avaient ifté signalées avant lui par le co'onel Gleize & par M. l'abbé CarriJre. qui ont les premiers ramené l'altention sur cette question de géographie ancienne, tranchée complaisamment par M. Dumége.
< Nouvelles recherches sur la ville de Calagurris Convenarum. Toulouse, i8âï), in-4", avec deux plans.
' L'n des tinjments du plateau a conservé jusqu'aujourd'hui le nom romri'i de l'Estrade (slrata, sirala via).
vingt-huit mille pas de Lugdunum Convenarum & à seize mille pas de Vernosol (Lavernose]^.
De la ville proprement dite, dont nous connaîtrions à peine le nom sans cette mention de l'/(inéraire & les anathèmes de saint Jérôme à l'adresse de l'auhergtste Vigilance (caupo Caïagurritanus) , il ne reste aujourd'hui que des substructions sans caractère, disséminées dans la plaine, au-dessous de 1,1 nécropole & à quelque distance de l'oppidum^. Mais les monnaies' & les débris antiques que l'on y découvre en très-grand nombre ne permettent point de douter qu'elle n'ait été étendue & même populeuse, quoique rustique & à demi-barbare, comme l'étaient souvent les villes gauloises ou ibéro-gauloises de l'ancienne Aquitaine. Celles de ces monnaies que M. Gantier a recueillies avec une foule d'autres objets de nature & de matière trèsdiverses, mesurent toute la période qui s'étend depuis les derniers temps de la République jusqu'aux derniers siècles de l'Empire, époque à laquelle appartiendraient aussi la plupart des tombes en forme d'auge de la nécropole'. Une des plus remarquables, par la matière comme par le travail '°, porte sur une de ses faces le monogramme du Christ, que l'on retrouve associé à d'autres symboles chrétiens, sur d'autres sarcophages extraits à diverses époques de ce cimetière abandonné". On n'y a trouvé jus-
« H faut dire pourtant que M. Gantier n'arrive à cette précisioii qu'en admettant deux transpositions dans le texte de Y Itinéraire : celle à'Aquae Siccae (Sejches ou Seysses), qu'il place avec nos grands géographes Vûlois & Danville entre Vcrnoiol & 7\losa, & celle a'Aquae Convenarum qu'il intercale entre Lugdunum & Calagorris, en identifiant cette ancienne station thermale, dont l'emplacement est tréscontesté, avec Labartbo-de-Riviére. — Nous l"eng.Tgeons aussi, s'il revient un jour sur ces questions de distance toujours délicates, à recourir aux plus récentes cjitions de Vltinéraire, à celle de MM. Parlhey & Pinder notamment, à laquelle M. Léon Ren cr a emprunté le segment relatif à la Gaule, publié en iSSodans \' Annuaire de la tociété des Antiquaires de France.
1 Qui servait avant & pendant l'époque romaine de lieu de refuge à ses habitants.
• M. Gantier en a réuni plus de quatre cents pour sa part.
9 II est remarquable, en etfct, que l'on n'ait point retrouvé à Calagorris de tombeaux romains remontant à l'époque de l'incinération, analogue» à ceux qui boj'daient la mOmc route (Ab Aquis terebellicis Tolosam : Léon Renier, /.;.) audessus & au-deâsous de Lugdunum. (Voir passim nos études sur répigrapliic des Convenae.)
"• Elle est, comme plusieurs autres, en marbre blanc de Saint-Béat.
" Is servent en général d'auge ou de fontaine dans les métairies du voisinage. M. Ganiier ca'cule que l'on en a ainsi déplacé & prot'uné plus de cent cinquante.
An de Rome
i34 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II,
autres lieux du pays toulousain marqués dans les itinéraires sont les stations Ad nonum £<. Ad vicesimum, sur la route de Toulouse à Narbonne, dans la même distance à peu près où sont situés aujourd'hui les lieux de Montgiscard Se de Villefranche de Lauragais ' ; Badera, qui est peut-être le lieu de Barelles, ou bien, selon Catel, celui de Baziége j Bûcconis, dont le nom répond à celui de la forêt de Bouconne , dans le comté de l'Ile-Jourdain , à la gauche de la Garonne, &. la station Ad Jovem, qui étoit à sept milles de Toulouse. Le nom de ce dernier lieu nous -fait conjecturer qu'il y avoit un temple de Jupiter.
Il seroit beaucoup plus difficile de déterminer la situation de Crodunum, de Vulchalo Se de Cohiomagus, dont Cicéron fait mention ^ dans une de ses oraisons ; ces lieux étoient compris dans le pays des Volces ou dans la partie de la Narbonnoise située en deçà du Rhône, mais nous ne savons pas s'ils étoient situés dans l'étendue du pays des Toulousains. Le dernier étoit entre Narbonne & Toulouse ; il paroît que les deux autres n'étoient pas éloignés de la mer & qu'ils avoient même des ports ^.
On connoit encore par les itinéraires trois autres lieux qui, suivant leur distance, dévoient appartenir aux peuples toulousains. Le premier est Hebromago ou Eburomagi, sur la grande route, à quatorze milles de Carcassonne vers Toulouse ; le second Sostomago, entre ces deux villes, 8c Elusione. La situation du premier convient à Bram, baronnie voisine du canal de Languedoc & dont le nom a quelque rapport avec Ehromagus ; le second pouvoit être situé aux environs de Castelnaudary, &. le troisième est, à ce qu'on prétend, l'endroit appelé Luz"*, dans le comté de Carmaing, au diocèse de Toulouse, ce qui est assez vraisemblable.
qu'ici aucune inscription, ni païenne ni chrétienne. [E. B.]
' M. Herzog, qui paraît ne pas connaître le livre des Bénédictins ou n'en tenir aucun compte, car il ne le cite nulle part, se contente de rappeler ici l'opinion de'Lapie, un géographe de cabinet, sans notoriété du reste, qui place la station Ad vicesimum à Vicillevigne, tandis que Uckert , un géographe d'outre-Rhin, la place à Saint-Rome. Celle Ad nonum répondrait, suivant le premier, à Ponpertuzat; suivant le second, àCastanet (Ernst HEnzoG, Gall. Narh. p. 1 18). — Nos lecteurs nous sauront gré de ne pas leur signaler comme des choses sérieuse.! ces tâtonnements géographiques, dont les plus précis (Voir supra & infra sub voc, Vcrnosol, Aijuae Siccae , Hehromagus, Badera, Bûcconis, 8cc.) auraient eux-mêmes besoin de vérification & de contrôle. [E. B.]
' Cicéron, pro Fonteio.
' Le lieu de Crodunum, que l'on a déplacé aussi bien des fois, en corrigeant arbitrairement un texte probablement altéré de Cicéron dans lequel ce nom figure (Pro Fonteio, c. IX, 19), paraît avoi r été situé à l'ouest ou au nord de Tolosa, puisque l'orateur, en
citant plus loin le nom d'un autre village, Cohiamachus (Cohiomagus?) , remarque expressément qu'il était situé sur l'embranchement de la Yoii Domitia^ qui menait de Narbonne à Toulouse '. Le petit village de Gourdan, oii on le place aujourd'hui, sans autre raison que l'affinité des deux noms, aurait au moins l'avantage de le rapprocher de Vulchalo' , dont la position à Souchalot, sur la Garonne, se trouverait ainsi confirmée. (Voir supra, la Note sur les V'olkes Tectosages'.) [E. B.]
^ Adrien de Valois, Notitia Galliarum. p. 188.
' Si qui Cobiamacho, qui vicus iiiter Totosam & Narbo~ ■ nem esl... (Cic. pro Fonleio, c. IX, 19.)
3 Comme l'oraieur les rapproche... Croduni, Porcium & Munium tcrnos victorîatos (demi^eniers). A/. Vulclic2lone
Sjn\ii'uin binos victoriatos (/./.) li s'agit ici du pJagc
établi par Fontcius, portorii nomine... in singulas vini amphoras qui circulaient dans le pays. C'est probablement ce mot de portorium mal compris, qui aura fait croire aux Bénédictins que Crodunum & Vulchalo étaient situés sur la mer.
3 M. Mommscn. qui Ht Secroduni (... se crodunt?) au lieu de Croduni, a récemment proposé Segndunum (Rodez) chez les Rutheni provinciales (Excurs. ad Orat. M. Tull. Cicer. pro Font, a Car. Halin. eJit.), que repousse M. Herzog lui-même, en s'appuyant du reste sur de trcs-bonnes raisons.