XIX. — Agde. — Cessera ou Saint-Thihéry
Pé
cnas.
Agde, Agatha ou Agathe, du mot grec àYaOr,, qui veut dire bonne, étoit une ancienne ville située vers l'embouchure de la rivière d'Hérault [Arauris)^ dans
républicaines, dcTcnues embarrassantes depuis la fin des guerres civiles *. Mais il est certain qu'elle existait aussi longtemps avant ces transformations, puisqu'elle a des monnaies autonomes antérieures ou postérieures à la conquête, qui portent pour légende le nom de fic'tarra, écrit en caractères grecs '. La population qui habitait le territoire dépendant de la Tille était désignée sous l'ethnique EHTAPPATIC ou BHTAPPTIC, visiblement emprunté au nom de BHTAPPA. La vigne, que l'on y cultivait de préférence avec l'olivier dont les villes grecques avaient répandu la culture sur tout le littoral, produisait un vin qui passait encore du temps de Pline pour le meilleur de la Province, & que l'on n'altérait point comme ailleurs en le colorant avec du noir de fumée ou en le parfumant à l'aide de décoctions quelquefois malfaisantes ''.
Mais rien ne prouve qu'elle ait été fondée & surtout bâtie par les Volkes Atécomikes, quoiqu'elle leur ait certainement appartenu à l'époque qui a précédé la conquête'. La forme caractéristique de son nom, qui paraît plutôt ibérien que celtique',
* Ces vétérans éîaîenl ceux de ia septième légion, comme nous l'apprend un texte de Piine (... Baeterrae Se^tumar.orum. Plis. lib. 3, c. 4 5), confirmé à son tour par le ttmoignage des inscriptions anti--;ue5.,.. Sef![imûnorum] Baetcrr {ensium colonia], (.'ii5Cr.er.castrée jadis dan» les murs de Narbonne; \'oir au tome II de ctte édition.) — Elle est désignée sous le tilre de luliae Bûcierrae dans une autre inscription de Béziers. (Hebzoc, Gctll. Sarb. Afpend. ejriffr. n. 83.)
s Le type habitue! de ces monnaies que fou rcncoalre, assez rarement il est vrai, sur tout le littoral , depuis les Pyrénées jusqu'au Rtiône, est une figure virile vue de profil, dans laquelle M. de la Saussaye croit reconnaître un Hercule (Sumismatique Je la Gaule Sjrtonnoise, p. S5), mais qai serait tout aus>i bien le d;cu topique de la ville ou de la montagne, affublé par queK.ue monétaire grec des attributs d'Hercule (la maâsue dans le champ, au revers !e lion en course avec la lettre N à l'e.xergue,'. Nous remarquerons, à ce sujet, que le dieu a la main droite levée & les doigts écartés, en signe de protection ou de force, comme certaines de nos divinités pyiénéenncs. — Le savant numismatiste aurait été beaucoup trop ioin dans tous les cas en repotèftaflusqu'au troisième siècle ces curieuses monnaies, dont la fabrique & la forme des letires (le C substitué à l'I, &c.) indiqueraient tout au pïus les derniers temps de la République romaine. .\l. Herzog a cru reconnaiire la sigle du émis dans le champ d'un des exemplaires publiés par M. de la 'Saussaye. (Cd.'/. Sarb. p. 3o. not. 92.)
• Haeterrarum intra Galliai con ist'.t auctoritat... cfjicinam eius rei Jecere tinguentes fumo utinanzque ncn & t.erbis ac meJicansinibus noxiis. (P1.IN. -Va/, hist. lib. xiiii, 6 (S\ eJid. Sii:ig.-Iahn.)
' Voir plus bas (c. XX^ la note sur les Volkes Arécomikes » Voir à ce suiet .M. de la Saussaye, /./. p. 184; & .M. Boudard, q-ji traduit ce nom. tout ib,;rien suivant lui (iV'edhena- Pelûrrj), par celui de colline. {!\umismalii-ue ibérienne , F- 2 *û.)
l'ancienneté de ses premières murailles, bâties comme rtlles de Narbonne de blccs mégalithiques, déplacés ou remaniés depuis à bien des reprises, ses monnaies gréco-barbares, frappées au nom de la ville & du peuple ( BHTAPP.ATIC pour BHTAPP.ATEi^) & qui indiqueraient seules un certain degré d'organisation & de culture précoce, ont laissé supposer, non sans vraisemblance, qu'elle aurait été fondée, comme les villes antiques d'//iierris & de Roskino , situées au pied des Pyrénées, par les populations ibériennes qui habitaient le littoral avant les invasions des peuples de race celtique'. Strabon, qui la connaissait mieux & qui la décrit plus exactement qu'aucun de ses contemporains, ne la désigne jamais sous le titre de ville volke, comme le font presque toujours les géographes anciens, en parlant des villes franchement volkes de Tolosa, de Carcaso & de Nemausus". Il se contente de nous apprendre qu'elle était située, avant la conquête romaine, dans les limites du territoire possédé par les Volkes, de la même manière & au même titre peut-être que la ville de Narbonne devenue, on ne sait coir.ment, « le grand port des Arécoraikes^'. »
Ce que l'on peut affirmer au moins, c'est que Us Betarrates avaient conservé, dans la nouvelle organisation donnée à la Province par les Romains, leur autonomie municipale avec un territoire dépendant de la ville ou de la Cite' (Civria.'), comme on l'appelait depuis la conquête. Ce territoire, que les Romains délimitaient rarement d'une manière arbitraire ou conventionnelle était ici borné du côté du sud par les côtes de la mer, formées entre les deux rivières de grèves basses sans ports comme sans étangs; à l'ouest par le cours de l'Orb" dont
9 \'oir passim les notes précédentes.
'* ...Cjrcasum Volcamm Tectosagum... Xemûusum Areco-nico-um... Totoa^ni Teclosagum. (Plin. I. 3, c.4'5].)
'» T'-vT*i. 4" i=:>ll9v 1^ SefÎM* ii^t-îa-.. (StRAB. I. 4. C. I, $ 12.)
— Il faut ajouter à toutes ces raisons que les monnaies de bronze des Detarrata (on n'en connaît point d'autres) n ont aucun rapport de fabrique, de type & de poids avec ceMes des Volkes Arécomikes & de Semjusm leur métropole. Eiies se rattacheraient plutôt aux monnaies gallo-grecques qae Irappaient vers le même temps les rois ou les pe;:ples gaulois du littoral. (\'oir au 1. i. notre Soie mr la numismatique de la SarboMaise.) Nous songeons, surtout ici, au pttit peuple des AOïTOcTAAIlToi ou TAAHTEC) cont les monii;.ies portent aussi une légende grecque, doublée q ielquefois d'une :égende ibérieiine.
" Voir \\'alckeï**e«, Géograj:hie des GûuleSy passim; E. Herzog, /./. p. 123: & les C-rtes d'essâi de la commission topograpbique de la Gaule.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II. iSy
An de Rome
la mer; elle donnoit son nom à un étang voisin. Ptolémée, qui la place clans une île du môme nom, l'appelle 'A-;aOY) T::X'.r, qui signifie bonne ville ; ce quia donné lieu à quelques géographes modernes' d'en faire deux villes, l'une appelée Agatha 8c l'autre Agathepoits. Son nom désigne assez son origine grecque. Les Phocéens ou Marseillois furent en effet ses fondateurs ; son territoire étoit compris dans le pays des Volces Tectosages. La colonie que les Mar- ^'^i '^"^'^s^' seillois y établirent demeura sous leur obéissance, jusqu'à ce que cette ville passa sous celle des Romains; ceux-ci en étoient déjà les maîtres du temps de Pline; elle étoit pour lors comprise dans la Province romaine. Les plus anciennes notices des cités des Gaules n'en font cependant aucune mention*. C'est sur la côte d'Agde qu'étoient situées l'île de Brescou (Blasconis)^ la montagne de Cette [Mons Setius), Si la colline de Mèze {^Mesua), qui étoit dans une presqu'île jointe au continent par un isthme fort étroit. Cessera Tectosagum, aujourd'hui Saint-Thibéry, étoit dans le continent; on l'appeloit aussi Araura, à cause de la rivière d'Héraidt qui passe au voisinage. Pézénas {Piscencie), que la bonté de 'ses laines rendoit célèbre, n'en étoit pas éloignée. Ces deux villes avoient l'usage du droit latin.