‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 249 sur 553 · XX. — Volces Arécomiques · texte numérisé non relu

XX. — Volces Arécomiques

Les Volces, comme nous l'avons déjà dit, étoient divisés en Tectosages Si en Arécomiques. Il nous reste à parler à présent des derniers, qui s'étendirent d'abord des deux côtés ^ du Rhône. On comprenoit en effet parmi eux une partie des peuples situés à la gauche de cette rivière, dans la Provence 8i le Dauphiné; mais sous le gouvernement de Man. Fonteius, Pompée ayant dépouillé les Arécomiques Se les Helvicns d'une partie de leurs terres, qui turent données aux Marseillois, les premiers ne s'étendirent plus qu'à la droite du Rhône vers la côte** de la mer Méditerranée, 8c dans le pays qui

1« Betarrate! possédaitnt les deux rives, &. à lest plaines ondulées & des vallées quelquefois fertiles,

par celui de l'Hérault, sur lequel s'échelonnaient avec celui des /.utevani, dont la métropole (/.utevae,

déjà les villes latines de C«jfro{Saint-Thibéry} & de Latevae, Lotcva, Lodève) porte cette fois un nom

Piscenae (Pézénas), entourées chacune de leur ter- celtique d'apparence. [E. B.)

ritoire. C'était là que s'élevait, à quelque distance ■ Briet. Cal!, «nt.j. 1. 6, e. 4. — Voir aussi

de la mer, la ville forte de Béliers, ^^'.5 iïfa).)^; Walckcnaer, Géographie Je! Gaules, t. i. [E. M.] (SrBABO.v). assise, comme elle l'est toujours, sur les • Le véritable nom d'Agde était, dit-on, Agathe

croupes dune montagne escarpée de trois côtés, au tucke, 'AviOt) li/r,; il lui avait été donné par les

pK-d de laquelle bruit la rivière de l'Orb. Le géo- navigateurs phocéens, fondateurs de Marseille,

graphe qui en décrit d'une manière si précise le comme pour rappeler le souvenir de l'heureuse

sue & l'aspect, y était arrivé par la voie Dcmitia issue de leur navigation; placée à l'embouchure de

que coupaient de loin en loin des coirrs d'eau tor- l'Hérault, c'était la plus éloignée des colonies mas-

rentueux, descendus ici des hauteurs du mont saliotes, situées en deçà djs Pyrénées. Elle avait

Kemmène". Ainsi resserré du côté de la mer, le reçu de Ma!s.,t:a ses dieux & son culte, & c'est à ce

territoire de la cité ne s'épanouissait réellement titre qu'on voit figurer sur ses monnaies Diane &

que du côté des Cévennes, ou il confinait, par des I- I,on —Voir de la Saussaye, Namhmati,,ue de U

'NarhornoUe. [E. M.j

" tt Tji Ki:i!<.i».< çipsyt.i tfij ,;,. tdX.ttïv. (Strad. I. 4, ' ^' ^"'*' '■ "1 "=• »6.

'■ M 6) * Strakon, 1. a,, p. 186.

An cie Rome

comprend aujourd'hui les diocèses de Nimes, d'Alais, d'Uzès & de Montpellier, ce qui fait une partie considérable du fcas Languedoc'. Cette côte étoit dégarnie de villes 8c de bourgs, parce que, comme remarquent les anciens géographes, elle étoit entrecoupée d'un grand nombre d'étangs qu'on appeloit anciennement les étangs des Volces, Stagna Volcarum; les principaux sont à présent ceux de Frontignan, de Maguelonne Se de Perols. Quant à l'étymologie du nom d'Arécomiques, un moderne^ la tire, avec assez de vraisemblance, de deux mots grecs "Apr,ç 6c -/.ojixï;, qui signifient le pays de Mars, Mart'is regio. On pourroit aussi la faire dériver du mot gaulois ar, qui signifie mer, &c du mot grec -/.ûjj.-»;, qui veut dire habitation ; ainsi le nom d'Arécomiques signifieroit habitans d'une côte de mer. Ces peuples habitoient, en effet, sur une partie des côtes de la Méditerranée 3.

' Voyez tome II, Note XI.

" Spon, Recherches, p. i63.

' A l'époque où Strabon voyageait dans le sud de la Gaule, qu'il a décrite d'une manière si exacte, surtout lorsqu'il parle de ce qu'il a vu lui-même, les Volkes Arécomikes habitaient encore, à l'ouest du Rhône', le pays marécageux & fertile resserré entre les Cévennes 8c la mer, bordée ici d'une chaîne presque continue de lagunes^. Il nous apprend qu'ils ne possédaient plus ni pâturages ni troupeaux sur la rive gauche du fleuve, occupée alors par les Cavares & les Salyes'; mais ils avaient en revanche gagné du terrain, & beaucoup de terrain du côté de l'ouest, s'il est vrai, comme il l'assure, que leurs possessions se soient étendues jusqu'à la ville maritime de Narbonne « que l'on appelait encore, de son temps, le port des Arécomikes'. »

Cette tradition, que le géographe avait probablement recueillie dans le pays & qu'il paraît accepter avec toute confiance puisqu'il y revient dans un autre passage ', contredirait formellement l'assertion de Ptolémée, qui attribuait, lui, aux Volkes Tectosages la lagune & le port de Narbonne", Elle prouverait au moins que les Volkes de l'est, longtemps inférieurs à ceux de l'ouest, avaient eu aussi leur moment de puissance & leur jour d'expansion , car il est difficile de supposer qu'ils aient possédé le port de Narbonne & les bouches de l'Aude sans tenir les vallées de l'Orb 8c de l'Hérault, situées l'une E*. l'autre à l'est de Narbonne'.

A cette époque brillante de leur histoire que

' ... trt Qâ-epa [jitpïj Toû noTOjAO-i. (StR.\B. 1. 4, C. I, { 12.)

» ... tnlcr Volcas & Cavaras emillitur (Rhodanus). Vllrà sunt stagna Vokarum. (Po.mp. Mêla. 1. 3, c. 5.)

3 ... TO'jç îà^"J«î ïyovTiç âvTtuaprlxtiVTaç a-jtot; iv Tij irtpsia Kai toùî KoLf/ifovî. (Stuab. /./.)

* ^o■..Twv 5 ' t-i/i'.^v i^ NàfÇwv XiveTai... (StraD. /. l.)

5 Voir plus loin.

« Voir plus haut la note sur les Volkcs-Tcctosagcs,

7 Herzog, Callia Narbonensis, p. 122, note 8.

nous ne faisons qu'entrevoir, il est vrai, leurs frontières, tracées d'ane manière plus ou moins précise, se seraient étendues de la rive droite du Rhône à la basse vallée de l'Aude, en embrassant les étangs du littoral, désignés de très-bonne heure sous le nom à^ Etangs des f^olkes^. "Du côté des Cévennes, revêtues encore de sombres forêts de pins ou de taillis de chênes verts ^, leurs établissements se seraient propagés plus lentement en remontant les vallées torrentueuses qui coupent de loin en loin les causses étages & les garrigues aromatiques de la montagne. Les petites villes actuelles de Nages (Anagia), d'Anduze (jindusia) , d'Alais iAlesto , Alest,Ales), & d'Uzès {Ucelia), qui paraissent toutes antérieures à la conquête romaine & que l'on trouve de toute antiquité soumises aux Volkes Arécomikes'", devraient probablement leur origine à ces premiers essais de colonisation dont l'histoire a perdu le souvenir".

Mais il ne faudrait pas conclure de ces indications que le pays circonscrit dans ces limites ait été habité ou occupé tout entier, même dans la plaine, par des populations de race volke, car Strabon remarque lui-même que les Arécomikes n'en possédaient qu'une partie, « la meilleure, il est vrai,

» Vitra sunt stagna Volcarum, LeJus Jlumen, castelhim Latera. (Mêla, 1. 2, c. 5.)

9 Cimenice regio

fusa multo cespite

Et aprka silvh.

(Fest. Avienus, Ora marit. — D. Bouquet, t. i, p. 99.) '« Elles étaient au moins comprises dans le pagus Newausensis, dont h: pa^us Ucectensis n'est, comme on le sait, qu'un dcnicinbrement relativement moderne. — Voir, pour les dJtails, l'excellent Dictionnaire topogr'aphique de M. Germer-Durand, publié en 1SÙ8 sous les auspices de l'Académie du Gard.

*' Les mots de Strabon rf'.î ^i T'. Ki.^nivov ôfOî(ruviî:TOv:t;, &c.,

qu'ont faussas tous les traducteurs, sans en excepter M.M. Cari Mueller & Dûbner, & que la plupart des liistoriens reportent aux Volkes Arécomikes, s'appliquent exclusivement aux Volkes Tectosages. comme nous croyons l'avoir démontré dans les notes précédentes. (Voyez la note 1 5 de la page 112.)

J An de Rome

unes.

Nimes, Vemausus Arecomîcorum, étoit la ville principale de ces peuples & l'une des plus célèbres des Gaules. Elle étoit située à cent stades du Pdiône 8c à

& la plus étendue". » Ailleurs il nous montre, en termes plus précis encore, la métropole de la nation, la ville romaine de Nemausus, située à cent stades seulement delà vallée du Rhône, tandis qu'elle était à sept cent vingt stades de Narbonne " ; ce qui prouve assez clairement que les terres fertiles, possédées 8t cultivées sans intermédiaire par les gens de la tribu, se trouvaient du côté de l'est & au voisinage du fleuve, comme il le dit en propres termes'^. Comment supposer, en efrct, qu'ils aient été choisir pour y établir le siège de leur gouvernement & le centre de leur administration, comme nous le dirions aujourd'hui, une bourgade perdue à l'extrémité du territoire''? Les vingt-quatre cantons dépendants & tributaires de la ville, que Strabon avait trouvés encore habités par « des hommes de même race & de même langue, u étaient probablement tout ce qu'il y avait de Volke dans le sud-est de la Gaule '', quoique des événements inconnus aient rattaché depuis à ce noyau étranger des populations bien distinctes comme celle des Baeterrt-nses, dont nous venons de parler, & des villes indépendantes comme celle de Narion, devenue, on ne sait trop comment, le grand port des Arécomikes^ Les limites de ce territoire immédiat, qui répondrait ainsi au pays entre les deux mers Centre les deux fleuves des VolkesTectosages, nous sont tout aussi inconnues que ses subdivisions territoriales dont les érudirs cherchent depuis longtemps l'emplacement £k les chefs-lieux '". Il y a

" ... TT.v TtViiïTT.v. (Strab. /. /.) — Ce que César appelle, mCme à l'époque celtique, l'-i^'er ou le terril ^rium civitatis. (CÉSAR, Bell. Galî. passim.)

'1 ... $'.i)[ti i' î Ni;*a'..90i Z'^'j [icv 'P(tii;'yj Ktpi uaTÔv otaîlo'-î... Tiiî ^» !5«fÇ«.jv'.ç timxoa'O'î ï'xo<7'.. (Strad. /. /.)

'^ Oi |*iv ojv Oviwtal •'^'.ii'iff'^tijiji T.> 'roîttvA... (StRAD. /. /.)

'S .MiiTyiso^lç ii twv "ApT.x'.îilïxw» tl-rt Nijxoyuoç. (StrAD. /. /,

— ... Ncmattsum Arecomicnrum. (Pus. lib. III, c. 4 [5].)

Elle redevient assez centrale, au contraire, si on recule leurs frontières, à l'est jusqu'au delà du Rhône, dont ils possédaient anciennement la rive gauche, à l'ouest jusqu'à l'Htirault, qui formait la limite de la Civitas romaine.

*<* 'Yirr,x';«-jç vip \^i^ xwjjLaî Tittafaî xcti ttx'.ffl TÙv i^olïvwv tûavift« îtaytyoûffas. ff-jvTlX'.vTSî tl< o-JTT,*... (StRAB. /. /.) | ... Oppida

veroignnbilia (Vocontinrum) XVIllI. sicul X.XIIII Nemauticnsitu! atlributa. (Plin. I. 3, c. 4 [5].)

'' I.e document le plus important sur ces questions de géographie locale est incoiitestabie:Tient le (ragnient d'inscription géographique découvert en 1747, près de la fontaine de Nimes, dans un champ voisin du chemin de Sauve. Celte inscription, sur laquelle nous reviendrons plus loin, n'aurai rien de commun, suivant un cc!li;,u contemporain, avec uiie inscription en caraclores grecs découverte, quelques années auparavant (1742), à peu de distance de la première, & où

plus d'une raison de croire pourtant qu'elles étaient à peu près celles de la civitas romaine (coîonia Nemauius) qui embrassait toujours les vingt-quatre cantons oxosOystr de la nation, groupés comme ils l'étaient jadis autour de leur métropole & payant avec elle les impôts établis par les Romains. Ce serait par les mêmes raisons & en vertu du même principe que les territoires occidentaux annexés à celui des Arécomikes en auraient été détachés lors de l'organisation définitive de la Gaule & érigés en circonscriptions distinctes sous les noms de Lutevani, de Baeterrenses , de Narhonenses.

Il ressortirait donc de ces .ndications que les Volkes Arécomikes, séparés de bonne heure des Volkes Tectosages par des territoires étrangers & des populations plus ou moins soumises, auraient de bonne heure aussi séparé leur destinée de la leur. On ne les voit nulle part associés aux courses de guerre 8c aux aventures qui ont porté si loin le nom des Volkes occidentaux. Ce n'est même qu'à des époques relativement récentes qu'on les trouve désignés sous le surnom d'Arécomikes , qui paraît inconnu aux écrivains les plus anciens'*. Pendant que les Tectosages guerroyaient autour d'eux, a du côté de l'occident, » & s'épuisaient au dehors en émigrations aventureuses , ils cultivaient obscurément leurs terres fertiles Je la plage, où ils s'essayaient, comme tous les peuples celtiques du littoral, à tailler la vigne & à planter l'olivier, à la manière des gens des villes grecques avec lesquels ils s'étaient trouvés de très-bonne heure en voisinage & en bons rapports ". Ce serait à cette époque & par eux, suivant toute apparence, que ces cultures lucratives se seraient propagées sur le versant méridional des Cévennes, où on les trouve établies de très-bonne heure autour de centres de populations celtiques ■" qui relevaient eux-mêmes de la

l'on avait cru recorfnaître que'qucs-uns des noms de lieu de la liste précédente groupc.s autour de leur clicf-Iicu NAMAri, écrit en toutes lettres dans le tevte de l'inscription. (Voir sur ces deux documents les conjectures souvent discutables de Ménard , Histoire de Nime^, t. 7, p. 702, qui ne touche point du reste au texte gallo-grec, probablement parce qu'il n'en tirait rien de raisonnable; de .M.M. G. Durand & Colson : /Tss.ii sur une inscription celtique, fic, Nimes, i85i; & la nouvelle interprétation du texte celtique proposée par M. Ad. Pictet dans un arliele de la A'cria' archéiiln^i.jue, année 1867, p. 1 à 1 2.

'• Voir plus haut. p. loR, notes 2 & 3.

" Tune & vitcm pulare. twic olivam serere consueyerunt, Justin. Trog. Pomp. Epitoma, I. 43, c. 4,)

" Nous en trouverions la p.euve dans les noms presque

An de Rome

sept cent vingt de Narbonne, sur la grande route d'Italie Si d'Espagne, près d'une fontaine ou gros ruisseau de même' nom, que quelques-uns^ ont confondu avec la petite rivière de Vistre, qui en est éloignée de plus d'une demi-lieue. La fondation de cette ville est si ancienne, qu'on n'en sauroit rien dire de certain. Quelques anciens^ 81 la plupart des modernes lui donnent pour fondateur un des enfans ou descendans d'Hercule, qu'ils appellent Nemausus; mais leur autorité ne paroît pas assez grave pour établir la vérité d'un fait d'une antiquité si reculée^ : on pourroit croire plus vraisemblablement, avec un

ville sainte de Nemaus. La prospérité relative de la nation, qui paraît avoir survécu à celle des Volkes Tectosages, s'expliquerait en partie par ces habitudes laborieuses 8t agricoles & par la bonne police de leur pays, dont l'organisation territoriale remonterait elle-même aux premiers temps de leur histoire, car elle rappelle assez exactement celle des plus anciennes confédérations de la Grèce & de l'Italie. [E. B.]

' Ausone, de cîaris Urèièus, 14.

' Adrien de Valois, Notitla Gall. p. 618.

' Etienne de Byzance, de Urbibus. — Gruter, Corpus in'.cript. p. 4i3 , n. 5 & 6. — Voir Spon , MtscelUnea, p. 1 69 & suiv.; & au tome II de cette édition, les Inscriptions de Nimes.

* Nous n'avons, pas plus que les Bénédictins, la prétention de ressaisir à plus de deux mille ans d'intervalle les origines de la ville de Nîmes, dont le nom est resté inconnu, jusqu'au temps d'Auguste, à tous les écrivains grecs & romains '. Tout semble indiquer pourtant qu'elle a commencé, comme beaucoup d'autres, au bord d'une de ces /onr<ii«c5 saintes', que les peuples de race celtique adoraient, sans

tous celtiques des villes {Andusia, Ucetia, &c.) & des villages du pays 01»ijg-iit, liru.etia, Tcdusia, Vatrude, &is:.) c\m paraissent avoir été fondés pour la plupart par les Volkes Arécomiques, puisqu'ils figuraient, suivant toute apparence, p.irini les vingt-quat e «Muai de la nation. (Voyez au tome II le texte des inscriptions gcogrr.pliiqucs dont nous venons de parler.

• Il figure pour la première fois, si nous ne nous trompons, dans le texte cclibrc de S:riibon sur les Vo Ue» Arécomikes & sur leur métropo'e (Voir la note précédente). — Parthénius de Nicée (ou de Myrieia) , auquel parait rcinonlcr comme point de départ la légende (probablement massaliote) du liéros Nema'.cMis. fils d'Hercule, dont on a fort abusé (Voir Etienne de Byzance, sub voce), écrivait encore sous Tibire, qui lisait avec plaisir ses poésies & ses romans. Elle figurait probablement dans sou Traité de> sO'JJ'rJncc^ am urcuses (Ilifi ipwtixf'.v ra(lr,[;.àTt.i--) . déj.ié à ('ornélius Gallus.

» 11 Cbt presque mutile de r.rppcler à nos Iccieurs que nous employons ici le mot saint dans le sens que lui donnaient les anciens; comme nous serons forcé d'employer ailleurs & de la même manière les mots sacré (sacer, .':acrum, sacrae rcs, locus sacer) & divin {dirus lulius, divus Augustus, dnmus dirina, &c.). L'adjectif sanclu {a sandre), qui e dit comme l'adjectif reli^iosus (Gaïus. Commen'. 2, n. .t.) de tout ce qui est interdit ou inviolable religieusement parlant (sans Être pourtant sacré ou consacré : voir les grands dictionnaire», suit voce) , s'ajoutait même comme épitlicte au nom de

leur donner de nom', comme les rochers arides ou les montagnes boisées au pied desquels elles jaillissent. C'est ainsi qu'une des villes les plus célèbres de la Gaule méridionale, l'antique métropole des Cadurques', paraît devoir son existence & son nom à une fontaine du voisinage ', connue dans l'idiome celtique du pays sous le nom ou sous les noms de Divona [Div-ona) , qu'un poète latin du quatrième siècle traduit par ceux de fontaine divine ou divinisée :

Divona, Celtarum lingua, fons aJJite divis,

(AuSON. Clar. Urb. BurJigal. v. 32.)

Dans 1 île de Bretagne & dans la Gaule du no:d, d'où paraissent sorties les deux nations des VoII;es, probablement unies à l'origine, l'épithète Div, que l'on retrouve avec le même sens dans toutes les langues aryennes de l'Europe, cède souvent la place à celle de Ncmct ou Nemed, qui s'appliquait, elle, d'une manière générale, à tout lieu' interdit ou consacré^, comme nous l'apprend encore un pocte latin de la décadence :

Nomine Vernemetis voluit vocitare vetustas, Quod auasi fanum ingens Gallica lingua refcrt. (Ve.nant. Fobtunat. I. 1, 9.)

certains dieux, de ceux surtout dont la divinité n'é:ail pas admise ou reconnue par tout le monde : — sancto ■ svnxo ■ SEMONi DEO - FiDio ■ SACRUM (Inscr. Kom. Orelli, 1S60).

— SANCIO . SAN-CTO ■ T ■ AELIS... D . D (Do«0 i)edil) (luSCr.

Vernn. Orelli, i85n). — deo ■ sancto • seru'I... (Orelli- Henzen, 58.''6). — C'est dans le même sens que les tombeaux étaient saints : Deorum Maniumjnra sancta sunio {Lcx Xil Tab. Cic. de l.eff. 1. 2, c. 8, i 22), comme les AJanvs {Mânes, dii .Mane'). dont ils étaient devenus le domaine & l'asiie (Voir Orelli, 4775 & .l'.'ss.j.

3 A la façon des Pélasges dont parle Hérodote, ... iiruvi|.ir.v {' o'jS' '/V.-.h« ttt'-ii'jvTo r,.j.Si»i oiTiiv (HtROD. Jlisl. lib. 1 1, c. 52), & des Germains de Tacite qui adoraient aussi les grands bois & les forêts (Liicos ac nemora consecrant) (Tacit. ùerm. c. 9).

4 ... Kai'/jpxoi x«i Tt!i).t( Ao-.jy;ova [p. At^oOov» ?]. (PtOLEM. lib. II,

c. G I7!, S ' I. eJid. L. Renier, Annuaire des Antiquaires de France, année 1848. p. 2 5.).)

5 La fontaine toujours célèbre des Chartreux au delà du Lot, que traverse le beau pont de Valenlré.

6 Le nom de i\'em'-au) ou Xem'^-aus) que les latins traduisaient sans grand changement par celui de Nemausus (.Vc-

illustre & savant évêque de la même ville, qu'elle fut redevable de ses commencemens à celle de Marseille, Se que les Phocéens s'étant établis dans

An de Rom»

Associée au mot celtique ona qui figure aussi dans une foule de noms de lieu de la Gaule ou de la Bretagne, elle servait à désigner d'une manière générique ces fontaines bienfaisantes que l'on déifiait de la même manière, 8c que l'on adorait sous le même nom {Nemci-ona) depuis les rives du Rhin jusqu'à celles de la Tamise^. Dans le sud de la Gaule, la tribu celtique des Bituriges Viviskes, qui n'était suivant toute apparence qu'une fraction dissidente des Bituriges Cuï>i, l'un des peuples les plus connus de la Gaule centrale, où il avait longtemps dominé, s'était de même arrêtée au bord d'une belle source qui sortait de terre à l'entrée du désert des McAuli (le Médoc aujourd'hui), à quelques pas du fleuve Garouna (^Gar-ona), où Strabon avait trouvé les émigrants établis depuis plusieurs générations & déjà puissants à leur tour. La ville fondée par eux autour de cette source miraculeuse, car elle naissait presque au milieu des sables, n'était autre chose que la cité florissante de Burdigala (Bordeaux^*, si bien décrite au quatrième siècle par le poète Ausone, qui nous la montre groupée toujours autour de sa Fontaine,

Per mediumque urhts fontani Jluminis alveum... (AUSON. l.l. T. 17.)

devenue par degrés le génie ou le dieu tutélaire de la ville (gfnius urhis, tutela), comme on le disait dans la langue religieuse des Romains.

mauium chez Pline, 1. 3, c. 4 [5]), ne serait qu'une variante de ce radical , que l'on retrouve suivi ou prt^cédé d'afTues signilicaiifs daii une toule de noms de lieu de la Gaule du nord . parmi lesquels nous signalerons ceux de Kemetacum, de Semetoc'nna, du fleuve \emesj, du peuple des \emetes & d"un Vernemetum qui existait en Bretagne, chez les Coritani. (Voir V Itinéraire d'Antonin, sub voce.) — Au moyen âge. on y désignait encore, sous le nom de S'imiJae, Iob sacrifices païens que condamnaient alors les conciles {De sacris silvarum quae SimiJas vocant : Cartomanlii Cafitul. de tupcrttit.), & les forêts saintes où se pratiquaient toujours ces sacrifices 'Silva quae locatur nemet... JJipl. ann. io3i, in Cartui. eccles. Kimperl.).

' Ces indications nous sont fournies par deux inscriptions, dont l'une a cttî découverte chez les \emetes, sur les bords du Rhin, à Altripp, prés de Spire (Orelli-Hcnzen, 5904); l'autre, en Angleterre, prés d'un vilLige qui porte aujourd'hui le nom de Wellcot , la chaumière Je la source ( Orelli- Henzen, 5S98).

• Ces curieux détails sur la fondation de la ville marchande (lni:of.4v) de Bordeaux ont été probab cment tournis à Sirabon (1. 4. '• 2. I 9) par Posidonius, qui parait avoir décrit avec soin celte région mal connue, où il avait voyagé l'un des premiers, plus d'un siècle avant notre ère (Voir les notes précédentes). — L'estuaire (li[ivo6ax«Trr,} sur les bords duquel la vihe s'était élevée, n'était autre chose que le b.i5sin de la fontaine dans lequel pénétraient les eaux de la mer à la marée haute. & que l'on avait élargi de manière à en f;iite une sorte de port intérieur, mieux abrité & plus commode que ne l'est aujourd'hui la rivière.

Les eaux de la fontaine de Nimes étaient au moins aussi limpides, de l'aveu du poëte lui-même,

vitrea non luce Nernausus

Purior,

(AusoN. l.l. V. 33-34.)

que celles de la source oubliée qui avait attiré & fixé les Bituriges à l'entrée de la lanne des Meduli. Elles sont encore aujourd'hui la seule eau constante & potable' qu'envoient à la plaine voisine des Etangs (^Stagna Volcarum) les garrigues arides du montKébenne, au pied desquelles elles sourdent en bouillonnant. Il y a donc plus d'une raison de croire que les choses se sont passées chez les Volkes Arécomikes , devenus les maîtres de cette plaine, comme elles s'étaient passées chez les Bituriges Viviskes, lors de la fondation de Burdigala. Ce serait autour 8c au-dessous du bassin de la fontaine, ou le long des ruisseaux qui lui servaient alors d'émissaires,

... blandas per a^uas ....

(Velus inscr.rom. ap. Chuter, p. 93, 1 1.)

que se seraient groupées d'abord, puis alignées un peu au hasard les chaumières 8c les rues de la ville naissante, au milieu des saules 8c des grands roseaux qui les garantissaient de loin en loin contre les feux obliques du soleil. Du côté du nord, d'où souffle par longues rafales le vent fougueux du Circius (le Mistral d'aujourd'hui), elles étaient abritées par un cirque de collines arides qui pouvait servir de poste d'observation [spéculum) ou de lieu de refuge [oppidum) en cas de péril.

Les familles que la source avait attirées 8c réunies au pied de ces collines en se multipliant d'année en année 8c en se dispersant de proche en proche dans la plaine qu'elle fertilise, y restaient comme suspendues à ses 'mamelles. Elles se rappelaient, un peu confusément il est vrai, que c'était sur ses bords, à l'abri de ses rochers ou de ses ombrages, qu'avait commencé la jeune communauté (/.o'.viv.roeJus) , à laquelle les Grecs du littoral donnaient depuis quelque temps le nom flatteur de r./j'k'.i (la ville, la nouvelle ville). Celui de \É;jiauioî, auquel ils l'associaient en manière de complément f \i;i»uao{ r.iX'.fj , était-il autre chose lui-même que 1; nom de la fontaine étendu par degrés à la ville qui grandissait sur ses bords '" ?

» Avec la peliie rivière du Vistre, dont les eaux huileuses & dormantes n'avaient rien d'engageant à coup sûr.

'° ... d«i «tV,-T,; !.^u-,'j-f.n. Comme le dit Strabon (I. iv, c. l, i i3) en parlant de 1 hurium (Hovf;oi), fille posthume de Sybaris , née comme beaucoup d'autres sur les bords d'une fontaine dont nous ne savons cette lois que le nom.

An de Rome •

celle-ci, Nimes devint par leur moyen une espèce de colonie grecque; car elle

Le sentiment de reconnaissance que ses habitants éprouvaient à plus d'un titre, pour cette eau bienfaisante qui abreuvait leurs troupeaux en fécondant leurs cultures, avait pris insensiblement le caractère d'un véritable culte, simple & vague de forme, comme l'étaient alors ces religions naïves, à peine distinctes de la nature qui les inspirait ". Pauvres ou riches, ils venaient déjà dès cette époque jeter dans le creux de la Nûiirr) (NJuçr, plus tard) de modestes offrandes, proportionnées à leur fortune ou à l'importance de la grâce qu'ils demandaient". Mais ce culte, tout gaulois d'origine, paraît s'être ici transformé d'assez bonne heure sous l'esprit & sous la main hardie des Grecs, qui donnaient, comme on le sait, des héros ou des demi-dieux pour fondateurs à la plupart de leurs cités. Antérieure à la ville dont elle avait été l'occasion & le point de départ, si elle ne l'avait pas littéralement /o«<ii?'f, comme le disait un naturaliste ancien ", la Fontaine sainte de Nemausus

Fons sacerj hune multi numen haèere putant,., (OviD. Her. ep. XV, v. i58.)

s'était aisément confondue dans leur esprit avec ces héros des premiers âges que vénéraient chez eux les cités & les familles nobles, les unes à titre de fondateur (zilatr,;, oiztutr'ç) , les autres à titre de père ou d'ancêtre divin (àp-/r-|y(i5, àp/rjYétrj;) ". Ils

" ... Ceterum nec cohibere parietlhus deos, neque in ïillam humani oris speciem adsimularc... Lucos ac ncnwra comecrant, dcormyique h. minibus appellant ^ecretum itluJ quod sola reverentia vident. (Tacit. Oerm. c. g.)

" Les anciens désignaient sous le nom gciiéiiqucde stipes, ces offrandes de forme & de nature très-variée (des piices de monnaies le plus souvent) que l'on rencontie dans les bassins de tomes les fontaines saintes {iaetas stipes, Plin. Epist. 1. 8, ep. 8) & dont quelques-unes remontent à des époques relativement anciennes. Rien n'indique pouitant que la F'ontaine de Nimes ait rendu des oracles, comine les Aquae Aponae, prés de Padoue, & d'autres fontaines italiennes où l'on retrouve de loin en loin ces sentences prophétiques (/fY>;ii)J!, sortes), gravées à la pointe sur de petites lames de bi-onze encore lisibles aujourd'hui. (Voyez celles qu'a publiées M. Mommsen,dans le tome 1 du nouveau Corpus inscr. lat, p. 267-270.)

'î En parlant de ces sources chaudes ou froides qui avaient eu plus d'une fois l'honneur d'aui;nienter le nombre des dieux : Augent numerum deorum nominibus viiriis urbisque condunt. (Pi.iN. Nat. hist. 1. 3i, c. 2.)

'^ Les maisons royales de la Germanie, celles des Anglo- Saxons notamment, avaient de même leur Slammvaler ou leur Slammgott (le père ou le dieu de la lignée) analogues à plus d'un égard aux "Hpwtî ô.f/r^-^i-:ai des familles nobles de la Grèce, y»''^. ou aux fondateurs divins des maisons patriciennes à Roine : auclor, condilor gentis. (Voir chez Jjcob GmM.M, les Stammlafelii des Anglo-Saxons : Deutsch. Mythol ; Anhang z. i, und folg.) — L'héiaciidc Kemausus, dont Parthénius de Nicée racontait sous Tibère les voyages & les aventures, n'était que la forme dernière de ce "ilfiu; Ntnaycoç tombé de la religion h la légende & de la légende au roman. à n'aurait fait ainsi que prendre le nom de la ville au lieu de

ne se contentaient point de leur imposer des noms masculins de tournure ou de finale, qui se substituaient ainsi aux vieilles appellations féminines sous lesquelles les Gaulois & les Germains désignaient leurs fontaines saintes '". Ils se les représentaient sous des formes toutes viriles & toutes guerrières, analogues à celles que prêtaient leurs artistes aux héros fondateurs des villes grecques, au divin Taras, par exemple (5 Tapa;, Tâpav-oç) , que les belles monnaies des Tarentins, déjà puissants à cette époque, nous représentent assis de mille manières sur le dos d'un dauphin, brandissant quelquefois le trident de Neptune'". A Ténédos , qui rattachait aussi son origine à un héros fondateur (îjpio; v.-ir^-rfi) dont elle avait pris le nom (i^pw; c-wvjao;, il s'appelait ici Ténès ou Tennès), cet ancêtre divin était devenu par degrés le dieu le plus vénéré {sancîissimus deus) des habitants de l'île '^ qui lui avaient bâti un temple & dédié une statue assez belle pour tenter le célèbre Verres, au début de ses collections & de sa carrière administrative, deux choses qui semblaient se confondre dans son esprit.

Il y a plus d'une raison de croire que le temple du nouveau dieu, comme l'appelaient à leur tour les Romains [Deus Nemausus, voyez plus loin),

lui iiuposer le sien, comme l'affirmaient les géographes anciens; Ni^jLa'jffoç, r,i'k:^ tt,; TaV^laî, ô-i to j N£;jL«'jffo'j 'Ufax\i\^c'j, wç nafdvio;. (StEPH. Bvz. SUb voce.) — S£;ia'j(7'.;, zO.ti TaXkicii, il!»

Nt^Œ'jff'.u 'iipctx'AtiSoj (SuiDAS), & comme l'a répété d'après eux M. de la Saussaye, Numismatique de la Gaule Xarbonnaise, p. ,160-161. — C'est à son titre de chef de la dynastie des Ainéadcs, d'où descendaient à leur tour les rois du La^ium & le divin Romulus, que Viigile appelle Aiinéù du nom souvent mal compris de patcr... pater Mneas.

'5 Ces appellations masculines que les Grecs ont imposées à un certain nombre de ces sources, dans les contrées où l'hellénisme a pénétré (,.\ponus, Clitumnus, Xemausus, &c.), s'arrêtent en général à l'entrée des pays barbares, comme la Gaule & la Germanie, où nous les retrouvons désignées le plus souvent sous les noms féminins que leur avaient imposés les indigènes {Dii'-nna, Nemet-ona, Fons Ura, &c.). Ces fontaines, désignées ainsi sous des noms féminins qui ne sont pas même des noms propres, sont évidemment les sœurs des N-jii-ai ou N-j[jiç(it, auxquelles les Grecs du Nord rendaient de très-bonne heure un culte & que nous retrouvons plus tard en Italie, sous le nom générique de Nj'mpae, Kymphae, Nymfae, accolé d'ordinaire à un adjectif délerminatif. ~ 1] est assez singulier de voir le motions, tout masculin chez les Romains, redevenir féminin au moyen âge en pénétrant avec les ijioiies néo-latins, chez les peuples de race celtique & germanique où les eaux ont conservé jusqu'aujourd'hui leurs dénominations féminines.

'6 Voir ;;i3ss. Eckhel, Opéra varia, & les grandes collections de monnaies grecques. — Datur haec renia antiquitati , dit quelque part Tite-Live, ut divina humants miscendo, primordia urbium augustiora faciet. ( Liv. l'raefat.)

'7 ...Tenedo... Tennem ipsum qui apud Tenedios sancîissimus deus habetur, qui urbem illam dicitur condidisse, cujus ex nomine Tenedus nowinatur... (CiC.iH Verr. act. 1 1, lib. 1, c. 19, i 5o.)

^4-^ An de Ro

eut même langage, même religion, mêmes coutumes, mêmes armes Se même

sous l'influence des idées grecques '^, n'était autre chose à l'origine que le bassin sonore à' oix s'élèvent par boufTées ses eaux vertes

.,. gîauce^ profunje, sonore ...

(AusoN. Î.U V. 5o.)

en agitant les longues algues qui en tapissent les bords. On s'était contenté de l'entourer, suivant l'usage celtique, d'un cercle de pierres dressées, destiné à marquer les limites du lieu saint [nemet , nimet, nimid)^ qui i-épondrait ainsi au zi^xv-to^ ou à rî£p6v des âges héroïques de la Grèce''. C'était alors dans Tenceinte de ce temple sans murailles 8c sans images, ou le long des ruisseaux par où s'échappaient les eaux de la Fontaine, que ses fidèles venaient se laver silencieusement les mains dans Veau sainte ou s'en mouiller les yeux, le front & les lèvres,

Ora manusque tua îavlmus, Feronia, lympha ... (HoRAT. Satir. I, 5, V. 24.)

avant de lui adresser leurs prières & leurs demandes (votum, vota suscipere ,nuncupare) . Plus tard, quand la ville celtique fut devenue une ville romaine de fait comme de nom, on construisit un petit temple à quelques pas de la source, au pied des rochers oii ses eaux sont confuej, comme on le disait alors d'un mot sacramentel "'. Cet élégant sacellum, dont la nef est encore debout en partie, avait été évidemment bâti pour servir de demeure ou de maison [aedes) au dieu de la fontaine que l'on se représentait sous la forme tout humaine d'un beau jeune homme, quelquefois complètement nu, comme le héros Tâca;, dont nous parlions tout à l'heure, quelquefois coiffe du casque & bardé de l'armure héroïque". La fontaine Clitumnus, aussi célèbre

»• Un écrivain du premier siècle, Pline le Jeune, applique de même le nom de fontaine-dieu (...quitus illefons densque celebratur : Plin. /./.) à la fontaine Clitumnus, dont on avait fini par faire un Jupiter salutaris, analof-ue au Jupiter Baisirissis du viliaf^e de Cadiac, dans la vailcc d'Aure. ciiljbre aussi par ses sources tliermales. — Il paraît pourtant que beaucoup de dévols hésitaient à trancher ces questions délicates, comme l'indiquent les mots siiedeus, sive dea... par lesquels commencent certaines inscriptions dédîcaloires.

'9 C'est à ces temples primitifs, tels qu'on les construisait dans l'Occident barbare, que s'appliquait, avant la conquête romaine au moins, le nom celtique de l crnemetis, que I-ortunat traduisait parles mois: fanum in^ens. (\air suprà.)

"* Concipitur Appia in agro Lucullano, via Praenestina , inter miliarium Vil & VIIl , diverticulo sinislrorsus passuum DCCLXX.W (Frontin. de aquae ductibu^ urb. Rom. c. 5.) — Concipitur {aqua Virgo) via Collatia, ad vniiarium octai'um. palustribus lacis. {Id. ib. c. 10.)

»' Je me suis demandé plus d'une l'ois, en lisant l'excellent chapitre de Ménard sur - !e temple de la fontaine » {Hist. de la ville de Nimes, t. 7, p. 41 & suiv.), dont il avait cftmpris la véritable destination , «.ans se rendre compte du grand rôle qu'a joué la fontaine clIe-riiOine dans l'hïstuire p:i;tiilive de la

en Ombrie que l'était celle de Nemausus chez les Volkes Arécomikes, avait de même son temple vénéré^', bâti à peu de distance du bassin élargi où sourdaient silencieusement ses eaux limpides par une foule de regards inégaux qui s'ouvraient & se fermaient tour à tour. Il était entouré à diverses distances de sacella ou de temples inférieurs, dédiés aux nombreux ruisseaux qui apportaient successivement leur tribut à la source principale, & qui avaient chacun leur nom, leur dieu & leur culte *^ analogue, dit un écrivain ancien, à celui du grand temple où l'on voyait le dieu Cîitumnus debout sur un autel de marbre, vêtu cette fois de la robe bordée de pourpre que portaient les magistrats & les prêtres'^. Le temple du dieu Nemausus, assis aussi sur les bords & à quelques pas de la Fontaine [aedicula fonti adposita : Frontin.), avait donc été bâti suivant les prescriptions du rituel antique. Il était orienté du côté du levant, en face et presque dans l'axe du nouveau halneum que dominait la statue d'Auguste (Voir une des notes suivantes.) '* ; & ce fut à dater de ce moment, sous le péristyle ou dans l'aire du petit temple que les dévots du dieu vinrent déposer ou suspendre leurs offrandes, quand leurs prières avaient été exaucées '*.

ville, si le beau torse découvert de son temps (en 173.0 « sous les ruines des bains de la fontaine -• {id. p. 140), n'était pas celui du dieu Nemausui lui-même. Les monnaies de la ville (Voir plus loin) , dont le témoignage est ici d'un grand poids, le rcprésencent tour à tour casqué O^ï: la tête nue, à la façon du héros Taras & de nos divinités topiques des Pyrénées, qui ne sont elles aussi que des genii, genii loci. — Quant aux douze niches pratiquées dans les murs latéraux de la cella, rien ne prouve qu'elles aient reçu réellement des stalu;:s, &. surtout que ces statues aient été ce!lcs des grands dieux de la ville, groupés ainsi autour du dieu Nemausus, comme l'ont supposé les archéologues nimois ( Ménard , Granjcnl, &c.) en s'appuyant sur des indications dont aucune ne supporte sérieusement l'examen.

" Adjacet templum priscum et religiosum (Plin. Epht. I. 8, ep. 8).

'i Spana sunt circa sacella contplura, totidemque dit. Sua cuique veneratio, suum nomen, quibusdam vero etiam fontes. (Plin. /./.)

** Stat Cîitumnus ipse, amictus ornatusque praetexta (Plin. LL).

»s Comme Vaedicula de Y. Aqua Virgo, d'Agi ippa, une des eaux les plus célèbres de ta Rome antique. Une peinture à fresque, exécutée sur les murs intérieurs du sacelium, représentait la jeune fille {lirguncula) indiquant aux soldats les I cinci de la lontaine à laquelle elle a laissé son nom. (Frontin t/i? a^u^e t/uc/. c. 10.)

^6 On a retrouvé & remis au jour, dans ces dernières années, le soubassement de ce péiistyle, auquel on accédait par un escalier de quatre degrés. 11 était soutenu par des colonnes corinthiennes, accouplées deux à deux & séparées les unes des autres par des piédestaux en saillie, destinés évidemment à supporter des statues dont les débris jonchent encore le sol. (Voir MM. Durant & Granjent, Monumenlt antiques du Midi de la France, & P^let, Mém. de la Soc. des Antiq. de France, t. 1 , p. i5 & suiv.)

An de Rome ^ '

forme de gouvernement que les Grecs ou les Marseillcis '. Ses liabitans. qu

En construisant, peu de temps auparavant, les belles murailles dont les ruines couronnent encore sur plusieurs points le faîte des collines qui commandent la plaine, du côté de l'ouest comme du côté du nord, les Romains avaient eu la précaution d'enfermer dans cette vaste enceinte le bassin de la fontaine & le cirque de rochers qui l'encadre à son tour ". A l'époque romaine, comme à l'époque celtique, elle formait toujours le centre & le cœur de la ville dont la direction de ses eaux parait avoir décidé les divers quartiers, séparés longtemps les uns des autres par des cultures & des jardins maraîchers, comme dans la Rome de Servius Tullius. Le bassin de la fontaine que l'on avait recouvert à BurJigala d'une voûte ou d'une coupole de marbre, en manière de temple,

Quid memorem pario contectum marmore fontem?

(Alsox. l.l.)

était resté ici tel que l'avait façonné la nature, sans autre ornement que le cirque de rochers, qui mirent dans ses eaux leurs flancs déchirés & leurs maigres verdures. Mais elle n'en sortait plus, comme elle l'avait fait longtemps, en ruisseaux inégaux que ses alluvions envasaient & déformaient à chaque crue". C'est alors, en effet, que paraissent avoir été bâties la jetée & la digue transversale qui servent encore de mur de soutènement au bassin de la fontaine & qui avaient pour butd'en régler à la fois l'étiage & le débit, sans toucher à la coupe toujours sainte d'oii ses eaux s'épanchaient"'. ... aijuae îene caput sacrae ...

(HoR. Od. 1. I , od. I , V. 22.)

"' On avait à peine remarqua jusqu'ici ces particularités significatives, qji nous paraissent éclairer d'un jour nouveau l'iiistoire des origines de la ville.

"» Nous croyons pouvoir induire ce fait, assez naturel d'ailleurs, de ia forme Icgircmcnt bombée que présente la plaine entre les deux rampes de collines qui resserrent de deux côté.s le bassin de la fontaine. Ce seraient ainsi ses alluvions séculaires qui auraient produit cette turgescence, à la suite de laquelle les eaux arrêtées par ces remblais se seraient fravé Utéralement une route du côté du sud-est, par où elles s'échappaient déji en majeure partie à l'époque romaine.

"5 A en jager par l'emplacement du laltieum public (Voir rinscriptio'i du légionnaire T. lutiui l'estus, chez M. Herzog, ApfcnJ. epig- n. loq), construit dès le temps d'Auguste au-dessous de celte jetée, elle aurait servi en même temps de ligne de démarcation entre la zone sacrée & la zone profane de la iontaine, qui avaient chacune leur caractère & leurs attributions bien distinctes, comme nous l'apprend encore Pline le Jeune en parlant de la fontaine Clitumnus : /s {pons giiiJam lapiJeus aul marmoreus) terminus sacri profanique : in superinre parte naiigare tantum, infrà etia:n natare concessum (Plin. /./.). — La grande statue d'Auguste en bronze doré dont on a retrouvé au dix-huitième siècle ^ styiobiitc & quelques fragments (avec une double inscription monumentale, oubliée par M. Herzog dans son Appendix spigraphica), C:Ki\XuTQ^i,(iQ au centre du bahîeum que protégeait celte jetée, au-dessous du bassin de la fon-

Un chenal serai-circulaire dont les murs, reconstruits au siècle dernier, contournent encore le pied des rochers qui forment le cirque delà fontaine, recevait la meilleure partie de ces eaux. Il les portait, en alimentant d'élégants bains d'eau froide construits au-dessous de la jetée, dans un vaste bassin (/acu5) couvert en partie, oti elles déposaient leurs troubles avant de se répandre dans les divers quartiers de la ville par des aqueducs votités ou des canaux à ciel ouvert que l'on désignait, à Rome, sous le nom classique d'Euripc (Eunpus] *". Le principal de ces canaux, qui répondait probablement à l'artère principale de la source, se dirigeait comme aujourd'hui du côté du sud-est. Il longeait, en s'en éloignant par degrés, le pied de la rampe de collines qui s'abaisse de ce côté vers la plaine qu'elle encadre, & pénétrait ainsi dans la ville actuelle, qui n'est, comme on le sait, qu'un des quartiers de la ville antique, entouré au moyen âge de murailles 8c de fossés ".

A l'autre extrémité du bassin, presqu'en face du temple de la fontaine, comme on l'appelle toujours, d'un mot plus juste qu'on ne le croit, une autre prise d'eau, pratiquée probablement à une époque plus récente, perçait la paroi rocheuse du bassin, à l'aide d'un énorme tuyau de plomb qui ne mesurait pas moins de 14 pouces de diamètre. Elle allait, en longeant aussi l'enceinte & les portiques du halneurn, rayonner du côté du sud, dans les nouveaux quartiers qui s'étendaient rapidement entre VEuripe ■ de la fontaine, devenu le centre de la ville marchande, & le torrent sans eau du Cadereau qu'interceptait aussi l'enceinte du grand mur bâti par Auguste ". [E. B.] — [Voir la suite & la fin de cette note au chapitre LXXViii de ce même livre (fondation de la colonie de Nimes) , auquel elle appartient par son sujet comme par sa date.^ [Note de l'Editeur.]

' Fléchier, Dissertation ms. sur Nimes.

taine où se trouvaient ainsi rapprochés & confondus, dans une sorte de culte commun, le premier & le second fondateur de la ville, le divin Auguste qui lavait entourée de murailles & le dieu yemausus qui en avait réuni & agroupé les premiers habitants. (Voir plus loin.)

3" Voir sur ces grands travaux, dont nous ne pouvons ici qu'indi.-|uer les résultats, les dissertations III & IV de .Méiiard, t. 7, dont l'esprit toujours juste & le savoir de bon aloi, à quelques confusions près, arrivent sur chaque question à la vérité de détail, si la vérité d'ensemble lui échappe quelquefois.

>' Sous le comte de Toulouse RaimonJ V, en l'année 1 194 de notre ère.

3' Je serais sur ce point plus affirmatif que Ménard, qui le reporte au premier siicle de notre ère en oubliant la célèbre inscription de la Porle-d'Auguste, un des titres de noblesse de la ville. J'écarte aussi ce qu'il dit, un peu complaisamment, au sujet des Sept Collines que ce mur aurait renfermées comme celui de Rome. (Ménard, t. 7, dissert. XIV, sur les murs romainn de .Vi>«e.<, p. 126-129.)

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. II. ia5 ' — !

^ An de Rome

prirent le nom d'Arécomiques, dont l'étymologie est grecque, le donnèrent en même temps à vingt-quatre bourgs ou villages de leur dépendance, qui composoient une petite république dont Nimes étoit le chef.

Cette ville, c[ue les anciens nous représentent comme extrêmement propre en été 8c fort sale en hiver, à cause de plusieurs ruisseaux dont elle étoit arrosée, 8c sur lesquels on avoit construit divers ponts de bois 8c de pierre, étoit divisée, à ce qu'il paroît, en cinq décuries. Elle devint colonie romaine 8c porta le nom d'Auguste, colonia Augusta Nemausensis. Elle eut, avec l'usage du droit latin, le privilège de faire battre monnoie Se d'avoir un intendant des trésors, praepositus thesaurorum N^mausensium, dont il est fait mention dans la notice des dignités de l'Empire, privilège qu'elle ne partagea qu'avec quatre autres villes des Gaules. Il paroît, par les inscriptions, qu'elle avoit quatre magistrats ou quartumvirs, préposés pour la garde 8c la régie de ses finances} Éd. orieiu. d'autres inscriptions en marquent six. Elle étoit indépendante' du gouver- ''' '' neur de la province, de même que les vingt-quatre villes [/m)[i.x:) ou bourgs qui lui étoient soumis, qui jouissoient comme elle du droit latin £c avec lesquels elle ne formoit qu'une même cité, un même gouvernement 8c un même peuple recommandable par sa valeur; de là venoit que ce peuple étant fort nombreux, il y avoit aussi plus de citoyens qui, après avoir exercé à Nimes les charges de la magistrature, avoient droit d'aspirer aux principales dignités de la République romaine. Outre les duumvirs, qui avoient la principale administration du gouvernement politique, il est fait mention, dans les anciennes inscriptions de Nimes, d'un collège de six magistrats ou sévirs, préposés pour l'administration de la justice, 8c des dècurions ou sénateurs de la même ville. On a peut-être voulu représenter un de ces duumvirs ou sévirs de Nimes dans une médaille* fort singulière des Volces Arécomiques, oii d'un côté on voit une tête ornée d'un diadème avec ce mot : voLCAE; 8c au revers, un sénateur revêtu de la toge avec ces lettres : arec-*. Outre les sévirs dont nous venons de parler, il y avoit

Strabon, 1. 4, p. i85. de religion & de culture. L'étymologie du mot aré-

Hardoum, Opéra, p. 176. comique, dérivé des deux mots "Aprjî & xwjxr,, xôijiai

'Les renseignements que nous fournissent les (les villages de Mars, dédiés à Mars), nous paraît

inscriptions antiques sur l'état intérieur & sur l'or- elle-même des plus contestables, quoiqu'on n'ose la

ganisation politique de la viUede Nîmes, à l'époque repousser d'une manière absolue en présence du

romaine, sont tellement nombreux & tellement sobriquet Tectosagcs qui a bien l'air d'être em-

précis, sur les points essentiels au moins, que l'on prunté, lui, à la langue latine,

a quelque peine à s'expliquer les méprises & les er- On peut affirmer au moins, contrairement à leur

reurs de toute espèce que les Bénédictins ont accu- opinion, qu'elle n'a jamais eu de duumviri comme

mulées dans ce chapitre, l'un des plus discutables en possédaient la plupart des colonies romaines ou

d: leur savante histoire. Nous nous contenterons latines de la Province, ni de seviri municipales, par

de signaler & de relever à l'occasion les principales, la raison tout à fait concluante qu'il n'a jamais

sans revenir sur les idées fausses qu'ils paraissent existé en Gaule de magistrats municipaux de ce

s'être faites relativement aux origines de la ville nom & de ce numéro là. Ce ne serait donc ni l'un

dont les Massaliotes ont été les maîtres, il est vrai, ni l'autre de ces deux magistrats que représenterait

pendant assez longtemps (Voir une des notes sui- la curieuse monnaie des VOLCAE AREC(omici'),

vantes.), mais qui était loin d'être, comme on vient sur laquelle nous reviendrons en étudiant la nu-

de le voir, une ville grecque de langue, de mœurs, mismatique de Nemausus, la plus riche (après celle

An de Rome

dans Nimes un collège de sévirs augustales & plusieurs autres collèges de pontifes destinés pour le culte sacré. En un mot, cette ville, de même que

de Maaalia) & la plus intéressante de la Province. Ces deux assenions, aussi erronées l'une que l'autre, s'expliqueraient d'un côté par des erreurs de lecture trop communes malheureusement chez les épigraphistes du dix-huitième siècle', de l'autre par les idées fausses que l'on s'est faites longtemps sur l'institution du Sévirat [Seviri augustales) dont on ne s'expliquait pas mieux la coitiposition (c'était un collège d'affranchis, incapables des fonctions municipales) que les attributions exclusivement religieuses '.

Les duumvirs, qui représentaient dans la plupart des villes de la Province les deux consuls électifs & annuels de Rome, étaient connus à Nimes sous le titre exceptionnel de quatuor ou de ijuattuor viri, que les inscriptions locales écrivent moitié en chiffres & moitié en lettres : IIII viri ou Lil viri. On les y trouve désignés suivant la nature de leurs fonctions, tantôt sous le titre de Ii I vin iuri ou iure-dicundo , tantôt sous celui de L.I viri ai aeran'o. Mais tout semble indiquer que leurs attributions répondaient à très-peu de chose près à celles des duumvirs qui prenaient eux-mêmes, dans certaines villes, les titres spéciaux de U viti iuri-dicundo & de îi viri ah aerario '. Comme les duumviri des colonies proprement dites, ils avaient au-dessous d'eux des (juaestores & des aeJiles, dont le nom revient plus fréquemment encore dans les inscriptions romaines de Nemausus. On a supposé, non sans vraisemblance, que le titre de \7A viri se serait substitué à celui de II viri dans certaines villes & dans certaines régions de la Gaule, par suite des affinités d'attributions légales qui rapprochaient les U viri iuri-dicundo & les aediles , avec lesquels on aurait fini par les confondre sous le nom familier de lîll viri^. Le titre de (jualtuor viri ai aerario, qui est

' Je les al constatées dans le Recueil épi graphique ii leur premier volume, sous les numciros 65, 6I) & 69.

' Nous reviendrons, au livre III , sur cette nouvelle question.

3 Le judicieux Mdnard, qui a reproduit tris-exactement les inscriptions de sa ville natale, & qui les explique û'une manière beaucoup p'.us intelligente que les BJniijictins, admettait encore, à coté de ces quattuor riri municipaux, des quattuor viri religieux, dont l'e^iistence lui parai-sait attestée par ce texte fort simple relatil' à un de ces magistrats qui avait éti ponlifex dans sa ville natale,

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