‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 250 sur 553 · PONTIFICIS · texte numérisé non relu

PONTIFICIS

(.MÉNARD, 1. vu. p. 263. n» 76.)

4 Erast. Ilorzoj. Oall. Narb. p. 217.

plus rare à Nimes que celui de quattuor viri iuri-di~ cundo, s'expliquerait peut-être, comme le suppose M. Herzog , par l'étendue du territoire de la Civitas & par le chiffre élevé de sa population, qui auraient fait sentir le besoin d'augmenter le nombre de fonctionnaires dont le travail & la responsabilité se trouvaient ainsi notablement accrus'. Ce serait, dans tous les cas, aux Lil viri que s'appliquerait le texte bien connu de Strabon , relativement au droit de cité acquis à tous ceux qui avaient obtenu à Nîmes la questure ou l'édilité, puisque l'on n'arrivait jamais à la cité qu'après avoir parcouru tout le cercle des magistratures municipales j ce qui achèverait, pour le dire en passant, d'assimiler les titres de il viri & de I.il viri, entre lesquels on a vainement cherché quelque différence essentielle.

Ceux de ces magistrats émérites qui avaient parcouru avec honneur, comme on le disait déjà, l'édilité, la qiiesture et le ijuattuorvirat, obtenaient souvent de l'empereur l'octroi ou le don du cheval public (equo puilico donatus, honoratus, ou simplement eijuo puhlico,en sous-entendant donatus), qui les élevait au rang des équités (les cavaliers, les chevaliers), supérieurs aux fantassins (pedites) dans l'ancienne constitution politico-militaire de Servius TuUius que les révolutions modifiaient à Rome sans la détruire^. Les mieux traités d'entre eux joignaient à ce premier titre, assez commun dans les inscriptions de Nimes, celui de membre des cinq décuries : ex V dccuriis; ce qui signifie simplement que leur nom avait été inscrit par ordre de l'empereur dans l'album de l'une des cinq décuries de juges (dans la cinquième le plus souvent), chargées alors de rendre la justice à Rome', comme nous l'apprend une inscription antique, en expliquant ces trois mots mal compris pendant longtemps'.

5 Herrog, /.;.

6 Voir dans les Inscriptions d'Arles, de Vienne & de Lyon, de fréquentes allusions à cette dignité, qui paraît avoir été trés-recherchée dans la haute bourgeoisie des vil es gallo-romaines. — Elle est au contraire extrêmement rare dans l'épigraphie de Narbonne, où je ne me souviens point d'avoir vu mentionné ni l'equu- publicui, ni les quinine decuriae.

' lîlle avait été créée par C.liguta qui avait ajouté, dit Suétone, une cinquième décurie aux quatre organisées par Augjste (aJ quattu r priorii qnintam Jecuriajn aJJiJit. Suétone, Califf. c. i(3j. Les membres, probablement trèsnombreux, de cette nouvelle décurie, étaient désignés familièrenent sous le titre de Jucenarii, à cause de leur cens (e;c inferiore cen.iu\ qui ne dépassait pas deux cent mille sesterces, (Voir Suétone, Div. Aug, c. 32, & Plin. Xat. Lit. 1. 33, c. 7 & 8.)

8 Ce titulus gravis momenti, comme l'appelle avec raison M. te professeur Henz.'n , est un: inscription de Tarragone, que nous reproduisons d'après M, Em. Hûbner, dont la lec-

les autres colonies, avoit les mêmes officiers que Rome, des questeurs, des édiles, &ic., & plusieurs corporations; elle étoit ornée des mêmes édifices publics, d'un amphithéâtre qu'on appelle encore aujourd'hui les Arènes, l'un des plus entiers de l'Europe, des temples, des basiliques, des thermes & autres

An de Rora«

C'est de ce nouveau titre honorifique assez comtr.un aussi dans les inscriptions de Nîmes, où on l'énonce laconiquement comme le premier [cquo puilico, ex V decuriis), que les anciens historiens de la ville, & les Bénédictins d'après eux, induisaient l'existence de décuries & de centuries locales dans lesquelles aurait été répartie, à Nîmes comme à Rome, la population de la cité.

Quant au corps municipal proprement dit [ordo Jecurionum, decuriones, Inscr. pass.), dont ces magistratures n'étaient que le couronnement, il paraît avoir ressemblé lui-même, par sa composition comme par ses attributions, aux conseils municipaux de la plupart des villes romaines, quoique l'on y compte un plus grand nombre qu'ailleurs de ces décurions honoraires (decuriones ornamentarti, — ornamentis decurionalibu!) , qui , ne pouvant prétendre au titre & aux prérogatives réelles du décurionat , puisqu'ils étaient affranchis de naissance, en briguaient au moins l'bonorariat et les insignes'. Le titre de colonie, que la ville se donne dans ses monuments officiels, n'était luimême qu'un titre purement honorifique, puisque les écrivains les plus compétents & les mieux ren seignés, comme Strabon &. Pline, la classent parmi les villes latines de la ProvTnce "'. Les monnaies de bronze bien connues qu'elle frappait sous Auguste à son titre de ville latine & que la plupart des

tare rectifie sur plusieurs points celle de M. de Labord: {Voyage de l'Espagne, pi. 88, 2 3), adopl<ie comme base par M. Henzen (6467).

L V IVNIO '' BLafsi FIL • Q U I R I « a M A R O N I • .€ » I / i o PATERNO - LANClENsi OMNIB • INRE PVBLICA

SVA • HONORll • FVNCTO ÎÏVIR * IIS " SACERD * ROM -■ ET AVC • CONVEST • ASTVRVM ADLECtO ■- IN avisa •' DECVRI.-lî

/eciTiM: * ROitc * ivDicAjrivm

JîkHKl " AVGVSTALI » P ^ II • C

(Jnscr. Hisp. latin, cdid. Mm. Hubmer; Berol., 1869, n° 4223.)

• Voir, au tome II de cette édition, le nouveau Recueil des iascrip ions de Nîmes, dont mon savant ami, .M. Gerir.erburand . a bien voulu se charger.

'• '£;/>voa «i -lî xaW^'^f'jt Aaniv, &c... (StraB. 1. IV. C. I,

( 12.)— OppiJi latina... Semauium Arecomicorum . (Plin. Aa«. Hiit. I. m, c. 4 15J.)

civitatés de la Province paraissent avoir successivement adoptées, comme monnaie divisionnaire", n'impliqueraient pas non plus l'existence d'un atelier monétaire dont il n'existe point de produits connus, même à l'époque de la tétrarchie. Il est certain au moins qu'elle n'a jamais eu deprocurator monctae comme en possédaient les grandes villes de Lyon, de Trêves & d'Arles '", les seules que l'on trouve désignées par leur nom dans la Notttia dtgnitatum utnusjue imperii, espèce d'Almanach impérial (sans les noms des fonctionnaires}, rédigé à la fin du quatrième ou au commencement du cinquième siècle. Le praeposltus thesaurorum Nemaasensium, dont le titre mal compris paraît avoir induit les Bénédictins en erreur, n'était, à Nimes comme ailleurs, qu'un des hauts employés du domaine, chargé de centraliser les revenus de l'r'tat ou du prince dans une circonscription déterminée.

Les détails qu'ils nous donnent sur l'état & sur l'aspect intérieur de la ville romaine, traversée par de nombreux ruisseaux qui la rendaient très-sale pendant l'hiver, auraient un véritable intérêt s'ils s'appliquaient réellement à la ville de Nîmes dont nous ne savons guère, à l'époque romaine, que ce que les inscriptions nous en apprennent. Ils sont empruntés presque textuellement à un passage de Strabon , que les savants historiens se contentent d'abréger en le traduisant. Mais ils n'ont pas assez remarqué qu'il est question dans ce passage, non point de la ville que le géographe vient de décrire, mais de la voie Domitia qui menait à la ville, après avoir traversé le Rhône". Nous en trouverions la preuve, si le fait avait besoin d'être prouvé, dans l'importance de ces ruisseaux ou de ces torrents, originaires, dit-il, de la chaîne des Alpes, Jx tôw AXrlwv, située à l'est du Rhône (tandis que Nemaulus est au pied des Cévennes, à l'ouest du fleuve), 8t que les voyageurs traversaient tantôt à gué, tantôt sur des ponts de pierre ou de bois, périlleux euxmêmes à l'époque de la fonte des neiges. [E. B.]

" On les y trouve non-seulement effacées ou altérées par un long usage, mais coupées souvent en deux moitiés, de manière à répondre aux besoins du petit commerce.

" Procurator monetae LugJuneniii, Arehlensis, Trebcrorum. (.Vj(i7. Uignitat. chci L). Bouquet, t, i , p. 12G, col. 2.)

■> Il le dit lui-même de la manière la plus formelle en abordant ce nouveau détail : — "lîpv-ïat i'^ noXiî (Ntiiavu'^ç) x«t4 tV ôîàv ^\f Ix iî,( 'l?r,pla; (\; tt,v 'Italkivv, Oi^o'jt [liv i'j6œ-ov ftvfffltv , ](u;iûv«; 4à xol ï«pQÇ zT.Aiirj x«l itotaiiixX'jffTOv. (Strad. I. IV, c. I, { IJ.)

An de Rome

monumens. Sidoine Apollinaire fait mention de deux maisons de campagne appelées Prusianus & Voroangus , situées sur les bords du Gardon, & par conséquent peu éloignées de Nimes. Un moderne ' conjecture que ces deux maisons de plaisance étoient les mêmes que les lieux de Brosis & de Erocen, situés au territoire d'Alais, mais c'est sans fondement qu'il lit Vorocingus dans le texte de Sidoine^ au lieu de Voroangus^.

XXII. — Vindomagus 6* autres villes des Arècomiques, — Les Umhranicî,

Les Anatiliens, &c.

Vindomagus, située au milieu du pays des Volces Arécomiques, tenoit le second rang parmi les villes de ces peuples. On'* conjecture que c'est la même que la ville d'Uzès; d'autres prétendent cependant que le Vigan, situé dans l'ancien diocèse de Nimes, & aujourd'hui dans celui d'Alais, est l'ancien Vindomagus; on y trouve en tiitt^ en creusant, d'anciens monumens. Quoi qu'il en soit, la ville d'Uzès ne nous est connue que par les anciennes notices qui lui donnent le nom àHJcecia Se de Castrum Uceciense. Elle avait sous les Pvomains un collège de sévirs-' augustales.

Les lieux suivans, dont nous allons parler, se trouvant compris dans le pays des Volces Arécomiques, étoient sans doute du nombre des vingt-quatre villes ou bourgs qui dépendoient de la république de Nimes.

Le premier est Ugernum. Ce que Strabon rapporte de ce lieu, joint aux distances marquées dans les itinéraires, fait conjecturer ^ que c'est la ville de Beaucaire, ou plutôt l'Ile de Gern'ica, la Vergne, que formoit autrefois le Pvhône entre Beaucaire & Tarascon. On peut ajouter que Grégoire de Tours n'appelle sans doute ce lieu Ugernum Arelatense Castrum, qu'à cause de sa situation dans le diocèse d'Arles, d'où dépend encore aujourd'hui Beaucaire 5 mais' d'autres prétendent que la situation de cette dernière ville, ni celle de l'ile de Gernïca ou Gervica, ne peuvent convenir à celle à'Ugernum , qui, suivant la table de Peutinger, étoit éloignée de quelques milles du Pvhône, & que tout ce qu'il y a de certain, c'est que ce château étoit situé à la droite de ce fleuve, entre les villes de Nimes & d'Arles^,

■ Histoire Je l'Acai. des Imcr. t. 3, p. 282. situés auprès d'Alais. Ses raisons nous ont paru si

' Sidoine Apollinaire, édité par Sirmond. — Voir fort:s, que nous admettons volontiers ses conjec-

Sirmunii Opéra, p. 893, tures. \}iote rectificative ajoutée par dom Vaissele au.

' M. de Mandajors nous a fait remarquer que, tome y de l'édition originale, p. 65i, col. I.] dans toutes les éditions de Sidoine Apollinaire, ' Adrien de Valois, Noliiia Galliarum. on lit Vorocin%us dans le Propempticon ad libcUum ' Grasser, Ântiijuit. Nemaus. de cet auteur, & qu'ainsi les copistes peuvent avoir * Adrien de Valois, Noiitia Galliarum, p. 601, changé aisément le ci en a & avoir mis Foroan^us ' Pagi, Critii;. ad ann. 534, "• 4pour Forocingus dans la lettre ix du second livre ' Il n'est point douteux que le château à'Ugerdu même auteur. Il ajoute que les circonstances de num, situé sur le bord occidental du Rhûne, n'ait cette lettre &. la position des lieux ne permettent été à l'endroit où est aujourd'hui lu ville de Beaupas de douter que le Prusianum & le Vorocin;>us de caire, qu'il n'ait donné son nom à l'île voisine de Sjdoine ne soient les lieux de Brocis & de Broccn, Gernica ou Ugernica , située au milieu du Rhône,

Amhrussum est sans doute le lieu d'Ambroix, qui subsiste encore aujourd'hui entre Nimes S< Substantion, dans la distance marquée par les anciens itinéraires. Les Romains y avoient construit un pont sur le Vidourle, que les anciens itinéraires appellent Po/îj Amhrussi. Ce pont subsiste encore à un quart de lieue de Galargues; de cinq arcades qui le soutenoient, il en reste encore quatre du cô:é du nord qui ont échappé aux injures du temps; la cinquième, du cô:é de Montpellier, est abattue.

Lates, Castellum Latara, étoit un château situé dans une île formée par la petite rivière de Lez, Ledum Jlumen , vers son embouchure dans l'étang de f'^i^n'^g"" Thau, qu'un ancien ' auteur appelle Tacrum, & qu'on nomme aujourd'hui l'étang de Perols. Ce château, éloigné d'un peu plus d'une lieue au midi de jMontpellier, prit dans la suite le nom de Palude, la Palu, à cause de sa situation. Il est à présent ruiné.

Substantion, 6'^;cranrio ou Sestantio, dont tous les itinéraires font mention, étoit autrefois une ville considérable, comme il paroît par les anciens monumens^ qu'on y découvre. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un village ruiné, qui n'a rien d'agréable que sa situation sur une colline voisine de la rivière de Lez. Ce lieu, situé à une lieue ou environ au nord de Montpellier, a été honoré du siège épiîcopal de Maguelonne pendant trois cents ans & a donné son nom à des seigneurs qui prirent ensuite le titre de comtes de Melgueil ou Mauguio.

Forum Domitii'^, dont on a lieu de croire que Cn. Domitius Ahenobarbus

entre ce ehâte.iu & Tarascon. Il y a longtemps qu'elle a é\é jointe par atterrissement à cette dernière, sur quoi on peut consulter M. Astruc dans ses Mémo:res pour l'histoire naturelle du Languedoc, part. I, c. 7, p. 114 & sui». [A'oJf rectificative ajoutée par dom Vainete au tome V de l'édition originale, p. 63i, col. 2.]

' Festus Avienus.

* Gari:l, Séries prae'uîum T4a;ialonen'ium, p. 6 & seq. — Voir, au tome II de cette édition, le Recueil des inscription' Je la Province,

'M. Astruc tâche de fixer', dans une diss;r-ation , la positifin de Forum Vomitii situé sur la rovite d'Arles à Narbonne. Il p. étend, par les distances marquées dans Ijs itinéraires, que Forum romitii ne peut être le village de Tabrègues, situé à deux lieues au couchant de Montpellier, comme l'a cru Gariel. ni la ville de Frontignan, ainsi que le dit M. de Valois; & il est persuadé, par le calcul des mêmes distances, qu'il devoit erre situé dans 1; lieu ou on voit aujourd'hui le village de ViUeveiras ou celui de Ville r.agne (il falloit dire Val'.nagne), au diocèse d'Agle : mais la question puroît entièrement terminée par la dissertation de M. Plantad; insérée dans les mémoires de l'Acadé-

' Mémoires pour l'histoire naturelle du Languedoc, p. 113 & suiv.

mie de Montpellier. Cet habile académicien s'étend dans cette dissertation sur la découverte qu'il a faite des ruines d'une ancienne ville romaine, à un quart de lieue à l'orient de Fabrègues, dans un lieu inculte & sauvage; & il fait voir que ces ruines étant situées sur l'ancienne voie militaire, appelée Via Vomitia, dont il a trouvé plusieurs vestiges, ne peuvent être que celles de l'ancien Forum romitii. Il a véiifié, par les calculs astrcnomiques & géomét'iqiies, que It distan-e du Forum Fom tii a S.bit.ntion étoit de huit mill.s tomainj ; dutante bien diâ'irent^ de celle qui est marquée duns les anciens itinéraires, dont l'autorité n'est pas toujours certaine, à cause des fautes des copistes, comme il le fait voir par la distance maïqiiée djns les mêmes itinér.ùres entre Béziers & Narbonne. Il a calculé, par l'étendue des ruines de l'ancienn: ville de Forum Dcmitii, que son emplacement étoit de quatre cents toises de circuit, & que les murailles, dont elle était environnée par une double enceinte, avoient douze pieds d'épaisseur. Parmi ces ruines, on trouve plusieurs débris de vases & de paves antiques. Enfin il conjecture que la ville d; Forum Domitii fut détruite par les Vandales, lorsqu'ils firent une irruption dans la Provine;, au commencement du cinquième siècle.

Ptolémée, dans la description qu'il fait de la Gaule Narbonnoise au second livre de sa Géogra-

An de Rome

tut le fondateur, nous paraît, après M. de Valois ' & conformément aux distances marquées dans les itinéraires, avoir été situé dans l'endroit qu'on appelle aujourd'hui Frontignan, & non pas dans celui de Fabrègues, comme le prétend Gariel ^.

Maguelonne, Magalona ou Civitas Magalonensium^, étoit autrefois une ville épiscopale située dans une île entourée d'un étang qui porte son nom, St non pas, comme veut M. de Valois"*, dans une presqu'île environnée de la mer. Ce n'est que dans les notices les moins anciennes qu'il en est fait mention. On pourroit la mettre au nombre des colonies phocéennes si, comme l'insinue le même M. de Valois, Etienne de Byzance en avoit fait mention sous le nom d'Alone; mais cela n'est pas certain. Charles Martel, après en avoir chassé les Sarrasins, la fit raser, parce qu'elle favorisoit les courses de ces infidèles, ce qui occasionna la translation du siège épiscopal à Substantion. Le diocèse de Maguelonne ou de Montpellier étoit peut-être ^ anciennement occupé par les peuples dont il est fait mention dans Pline <5 Se dans les tables de Peutinger sous le nom d'Umbranici, lesquels avoient l'usage du droit latin.

On peut joindre aux Arécomiques les Anatiliens leurs voisins, qu'on conjec-

phie, parle deux fois d'Agde : "AvaOa. Il en fait mention d'abord, comme d'une ville qu'il place au vingt-deuxième degré quinze minutes de longitude, & au quarante-deuxième cinquante minutes de latitude, & ensuite comme d'une île avec une ville de même nom, placées au vingt-deuxième degré & demi de longitude, & au quarante-deuxième degré dix minutes de latitude. M. Astruc ' est persuadé que ce géographe a voulu parler, dans ce dernier endroit, de l'île & de la ville de Maguelonne, dont le nom peut avoir été corrompu par les copistes. Il iippuye sa conjecture sur ce que la latitude de l'Ile d'Agde, marquée par Ptolémée, par rapport à celle de Brcscou, qu'il place à quarante-deux degrés vingt minutes, s'accorde avec la situation de l'île .de Maguelonne, qui est plus septentrionale que celh de Brescou d'environ dix minutes. Mais M. Astruc n'a pas fait attention que, suivant Ptolémée, l'île d'Agde & celle de Brescou sont placées sur le même méridien, &. l'une & l'autre à vingtdeux degrés & demi de longitude; tandis qu'il est certain que l'île de Maguelonne est plus orientale que celle de Brescou de plus de trente minutes. Ptolémée se sera donc trompé, en supposant qu'on voyoit dans la Narbonnoise une ville appelée Agde, & sur la côte, une île du même nom. M. Astruc ' paraît mieux fondé lorsqu'il croit, avec Adrien de ■Valois, que la ville & l'île de Maguelonne sont désignées sous le nom à'Alone dans Etienne de By-

■ Mémoires fOur l'histoire naturelle du Lanjuedoc, p. 6% & suiv.

» Ibid. p. i32 & suiv.

sance : ainsi, dans ce système, la ville de Maguelonne aura existé dès le septième siècle de la fondation de Rome. \Note rectificative ajoutée par dont Vaissete au tome V de l'édition originale, p. 662, col. 2.]

' Adrien de Valois, Notitia Galliarum.

' Gariel, Séries praesulum Magalonensium, p. 6.

' Si nous en croyons M. Astruc ', Festus Avienus parle du village de Bouzigues, situé sur l'étang de Thau & dans le diocèse d'Agde, dans ces vers :

Hic sat an^uîti laris ^

Tenuis^ue censu civitas Polygium est*

Il conjecture qu'il faut lire Bo-^l^ium, au lieu de Polygium. S,i conjecture nous paroît ingénieuse & vraisemblable. Il conjecture aussi, que dans cet autre vers du même poète :

Tum Marna vicus oppidumijue Naustalo,

il faut lire Mesa au lieu de Mansa, & Magalo au heu de NauHalo. Tout cela nous paroît fort vraisemblable; & si cette leçon a lieu, ce sera une preuve que la ville de Maguelonne subsisioit au commencement du cinquième siècle, quoiqu'elle ne soit pas comprise dans la notice de l'empereur Honorius. [Note rectificative ajoutée par dom Vaissete au tome V de l'édition originale, p. 661, col. 2.J

' Adrien de Valois, Notitia Galliarum.

' Voyez tome II, Note XII.

« Pline, 1. 3, c. 4.

' Mémoires pour l histoire naturelle du Languedoc, p. 8.

turc avec assez de vraisemblance avoir habité le pays situé entre les embouchures du Rhône jusque vers Aigues-mortes, en deçà de ce fleuve; ainsi la ville d'Arles pouvoit être comprise parmi ces peuples. La ville à'Anatilia, dont il est parlé dans Pline ', prit peut-être son nom de ces peuples. On croit que cette ancienne ville est la même que le château de Mornas, situé sur le Rhône, entre le Pont-Saint-Esprit & Orange.

Quant aux anciennes villes de F\.hodes 8c d'Héraclée, dont nous avons déjà fait mention en parlant des colonies phocéennes de la Province, comme elles étoient situées, à ce qu'il paroit , sur le bord occidental du Rhône Si vers son embouchure, on peut les placer dans l'étendue du pays des Anatiliens, ou peutêtre des Volces Arécomiques. Pline, au temps duquel on ne voyoit aucun vestige de ces deux villes, met en effet celle d'Héraclée^ vers l'embouchure du Rhône. Quelques-uns ont prétendu, sur l'autorité d'une inscription supposée, qu'elle étoit située à l'endroit où l'on voit aujourd'hui la ville de Saint-Gilles^.

An de Rome

■ Pline, 1. 3, c. 5.

' Voyez tome II, Note XLVI.

' Les hineraria & les Notitiae provinciarum , que les Bénédictins ont mis à profit dans ce cbnpiire, sont à peu prés les seuls documents anciens qui nous aient conservé quelques renseignements sur la géographie intérieure de la Civitas Nemausensis à l'époque romaine. Strabon , que paraît avoir vivement frappé l'étendue & la population du territoire des Volkey Arécomikes, comme il continuait à l'appeler, se contente de nous apprendre qu'il était toujours partagé en v.'ngt-quatre pagi (...wiaaç) , habités par des gens de même race & de même langue (:ô)V 6i.oi^;St'ij. Pline, qui écrivait après Strabon sur des documents officiels, comme nous l'avons déjà remarqué, n'est pas plus explicite que lui sur l'emplacement & l'étendue de ces circonscriptions inférieures, dent il désigne les chefs-lieux sous l'appellation générique A'oppiJa ijnohilia '. La seule de ces localités dont le nom nous ait été conservé par un géographe ancien est celle de f^inJoma^us (remarquer incidemment ce nom tout celtique], dont on cherche sans lésultat, depuis deux siecUs, l'emplacement & les ruines, quoique Ptolémée la mentionne immédiatement après Nemausus , la métropole du territoire des Folkes Aréiomikcs'. L'épithete de t.')\i:% \i.z-:/)yi:o\ , sous laquelle il les désigne l'une &. l'autre, ne permet point de douter djns tous les cas qu'elle ne fiit située aussi dans l'intérieur des terres, loin du

• Voir bi texte» de Strabon & de Pline dans la \'ote sur les Voiles Arécomikes.

* ... OjoÀx»i o; 'Af'Jci;ilol, i> irvÀliç [itoo^ltol

01tvîi;ni7',;

(Ptol. IX llOj, i 10. EJU. L. Renier, Ann. des Aiit. de France, Ann. 1848, p. iSS.)

Rhêne & de la mer, où les comptoirs massaliotej se mêlaient aux villages & aux oppida des Volkes. C'est à Ugernum (Beaucaire) , dont l'emplacement n'a jamais été contesté, que la voie Comitia, après avoir franchi le Rhône , entrait dans le territoire des Nemausemes, en se dirigeant directement ver» Nemausus, où elle pénétrait par la porte d'Auguste. Aussi , Us centres de population qu'elle traversait nous sont-ils connus au moins par leurs noms que les itinéraires se transmettent en les estropiant souvent, comme les chiffres de distance dont ils sont suivis'. Amirussum (Saint-Ambruis ou Ambrois) , où la voie traversait le Vidourle sur un pont de cinq arches encore debout en partie, était situé à XV milles de Nemausus & à xxix mille» d'Ugernum. Pons Aerarius, que l'on place à Bellegarde d'une manière beaucoup moins certaine, aurait été assis sur un e;nbranchement de la même route qui allait d'Àrelate k Nemausus, La ville de Sextantio, dont les itinéraires défigurent le n:m ce bien des manières', & celle d.- Forum Vomnii, que l'on place aujourd'hui àMonbarin, jalonnaient aussi la voie Vomitia, qui se rapprochait par degrés de la mer en s'éljignjnt de la métropole. lUes étaient compuses l'une 8c l'autre dans VA^cr Ne-

' Aux l.iniraires anciennement connus d'Ar.tonin & <fe BorJeii'X à Jtrusalem & à la Table Thiodosienre, qui n'est qu'une carte routiJre gravée sur le marbre sani légende & sans texte à l'appui, sont venus récemment se joindre le» troij itinéraires de OaJJs à Rome, gravés avec de lé^ires variantes sur des colonnetles d'argent, découvertes en"i85î dans la piicine des Aquae Apc Ilinare;, un ces buins le» plus ce ibies ce la campag;)e de Ro;i e. Les indications lourniti par cis divers itinérai es ont é;é comparées & ciscjtée» dans un savant mér.oire de .M. AurJs, publié en 1866-67, par lAcadé.nie du Gard.

* Sextantio, dans les Itinéraires d'Antonin & de Gadis ; — Serra ione. dans la Table Ihéodosienne; — Mulatio Sostantione, dans Yltinéraire de Bordeaux à Jérusalem.

An ie Ron'.e

Page 1