XXVIII. — Mouvemens des Cimhres
Leur origine
Si la Province fut en paix, à ce qu'il paroît, après la victoire de M. Scaurus sur les Liguriens, elle se vit exposée quelques années après à de grands troubles
l'un &. l'autre avec le pouvoir consulaire, prorogé une fois au moins en faveur de Cn. Domitius ^
Ce ne serait qu'en l'année 636=i 18, l'année de la fondation de Narbonne (Voir les notes précédentes) , que le pays conquis aurait été définitivement organisé en Province (i« yôrmam ^ rovi'ncme)^. Mais il serait resté, comme à l'époque précédente, sous le commandement [imperium)iQ l'un des deux consuls en charge qui auraient été ainsj pendant assez longtemps les gouverneurs en titre de la Province. En tète de cette liste, que les Bénédictins lui empruntent textuellement, figurait le consul Q. Marcius Rex, dont la présence & le séjour en Gaule paraissaient suffisamment attestés parla fondation de la colonie de Narbonne' & par la guerre heureuse qu'il avait faite aux Ligures {Ligures Stoene'i) ^ dont les incursions 81. les brigandages gênaient les communications récemment établies par les Romains entre l'Italie & la Gaule transalpine". Cette forme exceptionnelle de gouvernement & d'administration n'aurait cessé, pour reprendre quelques années plus tard, au commencement de la guerre cimbrique, qu'en l'année 640=114, où l'on trouve pour la première fois les deux consuls en charge, occupés l'un & l'autre loin de la nouvelle province', ce qui autorisait à croire qu'elle était dès cette époque une province ordinaire, gouvernée comme l'étaient la plupart des provinces, par des préteurs sortis de fonction : praetorii, praetores, pro-praetore' . Le seul de ces magistrats dont le nom soit arrivé jusqu'à
3 Constat autcm altero arnio postea consularem denuo provinciam fuisse, & hoc anno duos procoss. Q. Vabium & Cn. Domilium ex cadem decessisse Romam ad triumpkum. (PiGHius, Annal, t. 3, p. 74.)
4 Ne^iue etiam prius quant Narbone in eadem colonia deducta, haec informam provinciae redactafuit. (PiOHius,
5 Sic appellatam a Q. hfarcio consute, cuius auspiciis
deducta fuit hoc anno quo Galliam provinciam obiinebat. (PlGHlUS, /./. p. 85.)
« Q. Marcius cas, Catonis collega, Galliam sortitus est : qui in provinciam vcnicns Inalpinas gcntci barbaras bello persequutus est, Stoenos expugnavit atque delevit qui
latrociniis e montibus itinérantes infestare solebant
Decreverat enim Romanus per Alpes exercitibus suis viam aperire tutam. (Pighius, /./. p. 86.)
7 Consulibus provinciae , ni fallor, ex lege Sempronia decretae fuerunt Italia & Macedonia : Marco Acilio Italia, C. Catoni Macedonia cum bello Thracico obvenere. (PlGHlUS, /./. p. 104.)
B Et quia consulari cum imperio gestum bellum cum
his hactenusfuit... hoc primiim tempore provinciam factam ordinariam opinor fuisie, nec non quotannis in sortem praetoribus deinceps dari vel prorogari coepisse. (Pighius, ;./. P. 1(j5.)
nous serait probablement le second fils de Caton le Censeur, M. Porcius Cato Sallonianus (sic), que Plutarque désigne sous le titre de préteur (iz^cctt^^/jç) , & qui serait mort en Gaule l'année suivante, prorogé sans doute par le Sénat dans son gouvernement'.
On sait aujourd'hui de quelle manière & par qui a été réellement fondée la colonie de Narbonne (voir plus haut), que les érudits du seizième siècle attribuaient à tort au consul Q. Marcius Rex, en s'autorisant d'un texte mal compris de Velleius Paterculus'" & en tronquant le surnom de la ville pour l'assimiler au nom du consul ". Les Ligures Stoenti dont il a réellement triomphé en l'an 637-^1 17 ", après une guerre d'extermination que racontaient en l'embellissant les historiens aristocratiques du temps ", n'auraient eux-mêmes rien de commun avec la Gaule transalpine & avec les montagnes de la Ligurie dont les Romains tenaient à s'assurer les passages, s'il est vrai, comme tout l'indique, qu'ils habitassent les vallées des Alpes Cra'ies, à partir des monts Euganéens, où Strabon & Pline les retrouvent au premier siècle de notre ère désignés toujours sous leur nom national (i;-[(jvoi , Stoeni) "". Celui de Ligures (un ethni-
?...xoii SaWvtoç [lèv ttt^eÛTijffe (rTfa-nj^wv (PlutarCH. C<7/0
major, c. 27). Obtinuit igitur cum imperio provinciarum aliquam in qua decessit. Sed quaenam haec fucrit obscurum est. (Pighius, /./. p. io5.) Ce qui ne l'empcche point de le ciler l'aniicc suivante parmi les gouverneurs de la Province, où il serait mort cette année avec le titre de Propraetore.
•o Narbo aulem Martius in Gallia, Porcio Marcioque consulibus ... deducta colonia est. (Vell. Patercul. I. i, c. 1 5 ; & EuTROPE, qui reproduit à son tour Velleius.)
>' Voir plus haut (p. ii5 & suiv.) la note sur la première colonie de Narbonne.
'5 Comme nous l'apprend encore le fragment des Fastes triomphaux où il est désigné sous le titre de proconsul.
a' MARCIVS » Q - F - a- N ' REX ' PROCOS'AN-DCX'xxvi) DE -LIGVRIBVS'STOENEIS ' III-NON -DE Ici (G. Henzen, Acta triumph. Capitol, l.l.)
■J C'est probablement à ces écrivains que Paul Orose a emprunté tout ce qu'il nous raconte sur la destruction de cette peuplade (il la croit à tort de race gauloise) , dont tous les hommes se seraient jetés dans les llammcs après avoir ésorgé leurs femmes & leurs enfants. — T. I.ive, dont nous n'avons plus à cette époque que YEpitome, l'appelle simplement une population des Alpes : Q. Marcius consul, stoenos, gentem Alpinam expugnavit. (Liv. Epit. 1. 62.)
»* Au delà de la ville de Côme qui est assise au pied des Alpes, dit Strabon, s'étendent d'un côté vers le nord les Hhaeti & les Vennones situés à l'orient des Rhaeti, de
lautre ... Tfi ^i At-ovxiot xa'i Tf tStvTivoi , xai I^ovoi , xai âÀXa n).(iu
par l'inondation des Cimbres, des Teutons £<. autres barbares. Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'origine des premiers de ces peuples : ils conviennent tous
An de Rome
que cette fois) , que les Fastes triomphaux ajoutent à ce nom de nation on de tribu (... DE LIGURIBUS STOENEIS), prouverait tout simplement qu'ils appartenaient par la race & par la langue aux populations liguriennes (\!yuE;, Ligures) '^, qui avaient envahi & occupé de très-bonne heure, comme nous l'attestent des témoignages irrécusables'*, les riches plaines de la Transpadane, d'où les ont refoulées depuis les grandes invasions gauloises du cinquième & du quatrième siècle avant notre ère. Les Kami, un autre peuple de race celtique cette fois, dont le consul M. AEmilius Scaurus avait triomphé deux ans plus tard'', habitaient plus loin encore de la Gaule, à l'est des Stoeni & des Rhaeti, disent unanimement les géographes anciens, un autre canton des Alpes auquel ils ont laissé leur nom {Alpes Karnicae, — Jie Krain [pour Kairn], la Carniole) ". Quant aux
liixji Wvr,. (Strad. lib. 4, c. 6, J 6.) — Eiuilem cxercilus & Grai)S fuisse Graiarum Atfium incolas praestantes que génère Euganeos, inJe tracto nomine caput eorttm Stoinos. (Plin. 3, 20(24), EJiJ. Siltig. & tahn.) D'où il rtisulte que les Sloeni formaient encore, au temps de Pline, la principale tribu des Euganeae gentes, qui ne comptaient pas moins de trente-quatre territoires, disait le vieux Calon, attribuiSs à la suite de la conqutte aux municipes du voisinage (yinitimis attributi municipiis) avec les populations qui les habitaient. (Plin. /./.)
'5 C'est de la même manière, c'est-à-dire en plaç.int le nom de la nation avant le nom de la tribu que les Fastes triomphaux, un monument officiel, s'il en fut. désignent dans ce mCme fragment les Arvcrncs & les Karnes, qui étaient tous les deux de race ou de nationalité gauloise.
...DE GALLEIS ARVERNEIS...
...DE GALLEIS KARNEIS...
(G. Henzen, Acta Iriumph. Capitol. /./.)
»fi Celui de Caton l'Ancien notamment, auquel Pline emprunte la plupart des renseignements qu'il nous a conservés sur les migrations des Ligures, produites suivant toute apparence par le mouvement des invasions gauloises dans la Gaule du Sud, la Kûr.«i des historiens grecs. (Voir les premières notes du premier livre.)
■' En l'année 6''9 = i i5, qui coïncide elle-même avec l'année de son consulat, puisqu'il est désigné cette fois sous le titre de consul dans les Fastes triomphaux :
M • AEMILIVS » M - F-M-K - SCAVRVS COS • [»»] DCXXXIIX DE • GALLEIS ' KARKEIS • V.... Ide'C (Le 5 des kalendes ou avant les ides de décembre.)
(G. Henzen, Acta Iriumph. Capitol, l.l.)
C'était dans ces pauvres vallées des Alpes, comme le remarquait déjà Cicéron, que l'aristocratie romaine allait chercher, sous couleur de brigandages à réprimer, la matière ou le prétexte de ces triomphes dont les grandes familles avaient encore le monopole : ... Spiculis prope scrulatus est Alpes, ut ubi hoslis non erat, ibi triumphi causam aliquam quaereret. (Cic. in L. Pisonem, c. 26, ( 62.)
'« i*line les place dans les Alpes, au nord des Vénétes : /ncolae Alpium multi populi, sej inlusires a Pola aJ Ter'^estis regiimem Secusses, Subocrini . Catali, Menncaleni, iuxla que Carnos quondam Taurisci appeltati, nunc N(jrici. His contermini Kaeti & Vindelici, omnes in multas cîvitates divisi. (Plin. 3, 20(24].)
Gantisijues dont les Bénédictins associent le nom à ceux de ces montagnards, sur la foi de l'abréviateur Aiirélius Victor ", Pighius avait déjà remarqué qu'on ne le retrouve chez aucun des écrivains anciens dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous, & qu'il y a plus d'une raison de le regarder comme une de ces erreurs de lecture qui défigurent trop souvent les manuscrits, surtout quand il s'agit de noms propres.
Ce serait donc sur des textes mal compris & sur des inductions discutables, pour ne rien dire de plus, que reposerait la distinction que Pighius établissait entre l'ère consulaire & l'ère prétorienne de la Province qui aurait commencé, selon lui, en l'année 640 de Rome. L'argument qu'il croyait trouver à l'appui de sa thèse dans l'alibi plus ou moins constaté des deux consuls de cette année, perd toute sa valeur en présence des textes que nous venons de citer & de traduire, puisqu'ils nous montrent les consuls des quatre années précédentes, guerroyant aussi l'un après l'autre aux extrémités orientales de la chaîne des Alpes, fort loin par conséquent de la Gaule Narbonnaise où rien ne prouve qu'ils aient jamais paru'". Quant au préteur Cato Salonianus, avec lequel aurait commencé cette nouvelle ère, c'était plus gratuitement encore que Pighius inscrivait son nom en tête de cette nouvelle liste, pviisque tout se réduit ici au texte plus que laconique de Plutarque, qui nous le montre revêtu avant sa mort de la préture, sans nous apprendre même s'il est ici question d'une préture provinciale & dans quelle province il l'aurait exercée.
Il y a donc plus d'une raison de croire, en tenant compte de tout cela , que les choses se seront passées dans la Narbonnaise comme elles se passaient dans la plupart des provinces conquises, à moins de circonstances exceptionnelles, difficiles à supposer ici, car on ne s'expliquerait pas comment les Romains auraient été, dès l'année 636 =118, fonder une colonie (elles étaient purement civiles à cette^époque) dans une province insurgée ou en-
"> Consul (.M. AEmilius Scaurus) Ligures & Ganliscos domuit alque de his Iriumphavit. (Aurel. Victor, de Viris illustr. c. 72.) — ^ed quinam Gantisci populi sint non reperio ; vereor latere mendum in voce. (Pighius, /./. p. io3.)
'" A moins de supposer que la nouvelle province n'ait été jusqu'à celte époque traitée en pays annexé (attrihuta) , & rattachée en manière de dépendance à la Gaule transpadane, comme l'a fait tout récemment un érudit allemand, M. A. W. Zumpt (Sludia romana, p. 16), en s'aulorisant, entre aulres preuves, d'un texte d'Eutrnpe (1. 4, 22) dont Pighius avait démontré, longtemps avant .M. Her^og, li;s confusions de noms & les erreurs matérielles. (Pighius, /./. p. 4:*.)
Éd. oripin.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. îî.
cependant qu'ils étoient originairement Celtes, c'est-à-dire Germains selon les uns, ou Gaulois selon les autres'. Suivant ce dernier sentiment, qui est le plus commun, ils descendoient peut-être de ces anciens Gaulois qui, après avoir subjugué la Grèce, se répandirent dans la Tlirace & s'étendirent jusqu'aux embouchures du Danube ^. Ce qu'il y a de vrai, c'est que les Cimbres avoient déjà occupé la Scythie Se s'étoient étendus jusque vers les côtes septentrionales de l'Océan, où ils étoient connus sous le nom commun de Celto-Scythes, quoique divisés en plusieurs peuples particuliers, lorsque se voyant extrêmement multipliés, ou que, selon d'autres'', leur pays, qui avoit été inondé par les eaux de la mer, ne leur fournissoit presque plus de quoi subsister, une partie se détacha pour chercher ailleurs de nouveaux établissemens.
C'est dans ce dessein que ces Cimmériens'*, d'où on a formé le nom de Cimbres, sortirent de la Scythie au nombre de trois cent mille combattans, sans compter les femmes & les enfans. Ces peuples qui , suivant le portrait que les historiens en ont laissé, étoient d'une taille très-avantageuse & avoient les yeux pers, s'avancèrent peu à peu tous les ans au printemps vers le couchant de l'Europe; voleurs de profession ,■ selon la signification de leur nom en langue germanique, ils mirent au pillage tous les pays qu'ils trouvèrent sur leur passage. Quelque formidable & nombreuse que fût leur armée par la jonction de divers autres peuples barbares qu'ils avoient rencontrés sur leur route, elle n'in-
core insoumise. Abattue du premier coup, ou peu s*en faut, par les victoires décisives, il est vrai, de Cn. Domitius & de Q. Fabius, elle aurait été organisée en Province peu de temps après la conquête par l'un ou par l'autre des deux consuls; probablement par Cn. Domitius qui paraît être resté plus longtemps en Gaule & y avoir de très-bonne heure fait acte d'autorité administrative. M. ErnstHerzog, qui a touché incidemment à cette question dans une note de sa Gallia Narionensis", se prévalait à ce sujet de la construction de la voie Domiîia qui remonte, comme son nom l'indique, aux premières années de la conquête. Comment supposer d'ailleurs que les Romains, occupés alors de petites guerres peu pressantes contre les populations liguriennes ou gauloises des bords de l'Adriatique, aient laissé aussi longtemps sans organisation & sans gouvernement une grande & riche province dont ils comprenaient toute l'importance, comme l'indiquent les fondations très-rapprochées de la voie Dom'n'ta & de la colonie de Narbonne^^i" Le silence presque
" En réfutant \a thèse de M. A. W. Ziimpt, qui n'est autre cliose, comme on l'aura remarqué, que la thèse de Pighius poussée jusqu'au deli'i de toute vraisemblance; car il assure, lui, que la nouvelle Province n'aurait été constituée & organisée définitivement qu'à la lin de la guerre cimbrique, & par Marias lui-même, dont les pouvoirs auraient été, dans ce but, prorogés une cinquième^fois par le Sénat, i'an 664 de Rome, 100 avant l'ère chrétienne.
^' Le nouveau régime de gouvernement & d'administration
complet des historiens anciens dont on s'est prévalu en faveur de la thèse que nous discutons, prouverait au contraire qu'il ne s'est rien produit d'anormal pendant ces premières années & que les choses s'y seront passées à peu près comme elles se passaient dans les autres provinces, où les noms des préteurs nous sont presque toujours inconnus" ; trop heureux quand les historiens du temps veulent bien nous apprendre à quelle époque & par qui telle ou telle d'entre elles a été organisée, à la suite de la conquête le plus souvent.
' Plutarque, In Mario. — Appien, de Beîlo Cel~ /ICO, p. 755; & de Bello Illyrico, p. ySS. — Cicéron, de Provinc. consul. — Salluste, de Bello Jugurt. — Tacite, de Morihus Germanorum.
' Dupleix, Mémoire des Gaules, 1. 2, c. 3c.
' Florus, 1. 3, c. 3.
'' Plutarque, in Mario. — Freinshemius, ad lii. 63 & 65 T. Livii.
auquel on la trouve soumise pendant les troubles de la guerre cimbrique (log à 102), s'explique par la gravité des circonstances (tumultus Gallicus), qui réclamait la présence de grandes armées commandées, comme au temps de la conquOic, par l'un des deux consuls en charge, auquel on adjoignait quelquefois (cum proconsidari ijjtperio) le consul de l'annéi.précédcntc, & l'armée qu'il avait commandée.
2î Nous cn trouvons les preuves dans les listes de Pighius lui-iuéme, où les noms des préteurs provinciaux sont presque tous en blanc, comme ceux de leurs questeurs.
An de Rome
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II. i65
timida pas les Boïens, peuples originaires des Gaules, qui habitoient alors une ''°
partie de la forêt Hercynie, aux environs de la Bohême, Stqui résistèrent vigoureusement aux efforts que firent ces barbares pour s'emparer de leur pays. Ils les obligèrent, en eftet, de retourner sur leurs pas 8t de remonter le long du Danube vers le pays des Gaulois Scordisques, d'où les Cimbres firent des incursions dans riUyrie 8t dans le Norique.
XXIX. — Défaite du consul Papyrius Carho par ces barbares. Sur l'avis des approches de cette multitude de barbares des frontières de la ~, 7~^
. . . . . '^n "^ Rome
domination romaine, la République, qui en craignoit les suites & pour ses 641 alliés & pour elle-même, fit partir aussitôt le consul Papyrius Carbo avec une puissante armée pour s'opposer à leurs courses. Ce consul alla au-devant d'eux 8c les rencontra dans le pays des Taurisques, qui habitoient les Alpes Noriques du côté de la mer Adriatique. Il étoit sur le point de les combattre, quand ces barbares, craignant la valeur des troupes romaines, quoique beaucotip inférieures en nombre, prirent le parti de s'excuser auprès du consul de s'être trop étendus, sans le savoir, sur les terres des alliés de la République. Papyrius parut satisfait de cette excuse ; il ne laissa pas cependant de chercher l'occasion de les surprendre 8c les attaqua lorsqu'ils y pensoient le moins. Malgré cette surprise, les Cimbres soutinrent le premier choc des Romains avec beaucoup de fermeté Se se défendirent avec tant de bravoure, qu'ils battirent l'armée du consul 8c l'obligèrent à se retirer j ce qui les anima à continuer leurs courses Se à former de nouveaux desseins.