XXXI. — Défaite de M. Aurél'ius Scaurus
Après cet heureux succès, les Cimbres se flattant d'obtenir plus aisément du Sénat ce que Silanus leur avoit refusé, envoyèrent de nouveaux députés à Éd. origin. Rome pour y faire les mêmes demandes qu'ils avoient faites au consul ; on leur fit la même réponse. Le Sénat renvoya même absous ce général qui avoit été accusé d'avoir attaqué ces barbares mal à propos & sans ordre. Les Cimbres n'ayant plus de ménagemens à garder avec la République, firent de nouveaux efforts pour pénétrer dans la Province romaine. Le consul M. Aurélius Scaurus
An de Rome . ^ , . , i < i- i> . i ,-
646 qui en etoit alors gouverneur, voulant leur en disputer 1 entrée , leur livra bataille 5 mais il fut battu Se son armée mise en déroute. Ces barbares n'ayant plus alors d'ennemis à craindre ni d'obstacles à surmonter, se répandirent dans la Gaule Transalpine, où, également animés par la prospérité de leurs armes 8c par leur férocité naturelle, ils portèrent partout la désolation , pillèrent les villes & menacèrent d'aller venger sur Rome même Si sur le reste de l'Italie le mépris que le consul Si le Sénat avoient fait de leurs demandes.
XXXII. — Défaite du consul Cassius Longinus par les Tigurins.
Les Cimbres n'eurent pas plutôt pénétré en deçà des Alpes, que les Tigurins, peuples auparavant vagabonds 81 voleurs de profession, qui avoient fixé alors leur demeure dans le pays des Helvétiens, animés par l'exemple de ces barbares. Si plus encore par l'espérance du butin, se mirent en marche pour les aller joindre Si partager avec eux les dépouilles de la Province romaine'. ~ — ~~ Ils s'avançoient vers le pays des Allobroges, après avoir abandonné leurs
An de Rome . ^ , , ' •' , , , ^ / , i t ,^ •
647 anciennes demeures, lorsqu ayant ete rencontres par le consul L,. Cassius Longinus, nouveau gouverneur de la Province, ils se virent forcés d'en venir à un combat. Ce consul les attaqua, en effet, avec beaucoup de vigueur Si eut même d'abord quelque avantage sur eux; mais étant malheureusement tombé dans une embuscade, il y périt avec L. Calpurnius Pison, personnage consulaire 81 son lieutenant. La mort de ces deux capitaines fut bientôt suivie de la défaite entière de l'armée romaine, en sorte que C. Popilius, autre lieutenant du consul, fut presque le seul Romain de considération qui échappa de cette défaite avec un petit nombre de soldats. Ceux-ci se retirèrent dans leur camp;
■ T. Live, Epitom. 65. — Oiose, 1. 5, c. i5.
mais ils y furent aussitôt assiégés & pressés si vivement par les Tigurins, que ce lieutenant fut obligé de composer avec ces peuples, de leur donner des otages & de leur abandonner le bagage pour sauver sa vie & celle des soldats qui lui restoient. Cette composition, quoique nécessaire, parut cependant honteuse à la République, & C. Popilius, à qui on en fit un crime & qu'on accusa en plein Sénat d'avoir trahi sa patrie, auroit été intailliblement puni, si par sa fuite il ne se fût condamné lui-même à un exil volontaire. Après cette victoire, les Tigurins se joignirent sans obstacle aux Cimbres & ravagèrent avec eux la Province romaine des Gaules.
An de Rome
XXXIII. — Les Toulousains arrêtent la garnison romaine de leur ville, à la
sollicitation des Cimbres.
Les Romains se trouvant, après cette défaite, hors d'état de tenir la campagne, abandonnèrent entièrement cette province à la discrétion de leurs vainqueurs pour se renfermer dans les villes & veiller à la conservation de celles qui étoient les plus fortes. Toulouse' étoit alors dans l'alliance de la République, 8c avoit par conséquent conservé toute son ancienne liberté, quoique située dans l'étendue de la Province romaine. Elle avoit reçu dans son enceinte des troupes romaines autant pour sa propre défense que pour celle de la Province, dont elle étoit frontière de ce côté-là^. Les Cimbres prévoyant que les
' Dion, Fragmenta, apui Valesium, p. 63o. — Plutarque, in Scrtorio 8t in Syîla.
' Il ne faut point oublier, si l'on veut se faire une idée approximativement exacte des commencements de la ville de Toulouse, que l'on a désigné & que l'on désigne encore, sous ce nom séculaire, deux localités bien distinctes, quoique rapprochées l'une de l'autre. De ces deux Toulouses, qui remonteraient toutes les deux à des époques trèsanciennes, l'une était située, dès le temps d'Auguste ou de Tibère, au bord de la Garonne & en plaine, sur l'emplacement occupé par la ville actuelle, qui n'est autre chose que la ville romaine étendue & transformée d'époque en époque. L'autre, assise aussi sur la rive droite du fleuve, mais en amont & à une certaine distance de la première (on compte plus de dix kilomètres de l'une à l'autre), couronnait de ses murs de terre, encore debout sur quelques points, le sommet d'une haute colline' dont l'éperon s'affaisse en ravins étages au-dessus de la plaine 8t du fleuve semé jusqu'à l'entrée de la ville de bancs de grèves & de longues îles boisées.
En dépit de ces noms officiels de cité & de ville dont nous sommes forcé de nous servir provisoirement, ni Tune ni l'autre de ces deux Toulouses ne
' Elle est connue dans le pays sous le nom roman de Puech ou Pcch-David (en français Puy-David) & mesure  ses points culminanls de 23g à 353 mètre» d'altùude.
devait ressembler en rien aux villes élégantes & monumentales dont les Romains allaient enseigner l'usage aux populations barbares de notre Occident. Nous en trouverions la preuve, si le fait avait besoin d'être prouvé, dans le témoignage souvent négligé ou mal compris du géographe Posidonius, qui avait voyagé en Gaule près d'un siècle avant notre ère & qui décrit, avec une remarquable exactitude, le pays jusqu'alors inconnu qui séparait l'Océan de la Méditerranée' (Voir au paragraphe iv de cette étude). Mais il est impossible de douter, en présence de faits positifs aussi, recueillis sur les lieux depuis deux ou trois siècles & assez mal appréciés le plus souvent, qu'elles n'aient été habitées l'une & l'autre à une époque fort antérieure au temps & même au siècle d'Auguste. Quant au nom qu'elles auraient porté à cette époque reculée, il nous suffira de rappeler que celle de la colline, injustement oubliée par les Bénédictins, était déjà connue dès le treizième siècle de notre ère sous le nom de Vieille-Toulouse {l^etus Tolosa, en roman Bielho Toulouso^) , que porte encore un vill.Tge de
' Il le dcsignc d'ordinaire sons !c nom f^(;n(îriquc d'istlime (St signale avec beaucoup de netteté les relations de deux fleuves qui le traversent, en reliant Tun à l'autre les deux golfes dans lesquels ils se déversent. (Voir supra la note sur les origines de Narbonne & le { iv de la note actuelle où nous reviendrons sur ce détail intéressant.)
3 Le fait nous est attesté par des lettres patentes de Phi-
An de Rome
Toulousains, soutenus par une garnison romaine, traverseroient leurs courses & l'exécution de leurs projets, n'omirent rien pour gagner ces peuples. Ils leur
vingt-cinq à trente feux, dont les maisons, alignées sur une seule rue, couronnent tristement le haut de la colline, sans atteindre, à l'ouest, l'éperon & les hautes falaises dont le fleuve bat les pieds.
L'historien Catel, qui avait visité bien des fois le Coteau du Puy-David, à l'époque où il écrivait ses mémoires de l'histoire du Languedoc (avant i6z(5), y avait cherché vainement les vestiges « de grands monuments, les uns debout, les autres en ruines, ji que prétendent y avoir vus le chroniqueur Nicolas Bertrandi' & les annalistes du seizième siècle qui écrivaient l'histoire à la façon des romans de chevalerie encore à la mode de leur temps. Le seul monument qui arrête aujourd'hui le regard sur ces croupes argileuses, déboisées & cultivées depuis des siècles, est une haute butte, de forme elliptique, connue dans le pays sous le nom presque latin de Castéra & sur laquelle on a émis depuis deux siècles bien des hypothèses^. Elle est bâtie tout entière de terre rapportée & couronnée au sommet d'un parapet éboulé en partie, d'oii le regard embrasse un horizon immense, du côté de la plaine surtout.
Mais le sol du versant qu'elle domine est en revanche jonché de débris & surtout de poteries antiques que l'on trouve rarement en aussi grand nombre sur un espace aussi considérable (douze ou quinze hectares environ). Les tessons d'amphore à long col & à longues anses, qui servaient en Italie à contenir ou à charrier l'huile & le vin, y sont tellement serrés sur quelques points, qu'ils arrêtaient parfois le soc de la charrue à l'époque des labours, & qu'ils servent depuis des siècles k ferrer les chemins d'exploitation qui traversent en divers sens le domaine". Dans l'intérieur du grand mur de terre qui paraît avoir circonscrit jadis tout le sommet de la colline jusqu'au bord de l'eau, ces débris de poteries communes se trouvaient souvent mêlés à des scories de métaux usuels ou précieux, à
lippe le Hardi, datées de Tannce 127g, où le village de Vêtus Tolosa est opposé à celui de Blagnacum situé, lui, en aval de la ville & sur l'autre rive de la Garonne. « A villa de Blagnaco & de Mata usque ad Veterem Tolosatn, quae est supra l'olosam. >• (Lafaille, Annales de la ville de Toulouse, t. 2, 2« partie, Preuves n. 1.)
4 Vetusta aliqua edificia, usque nunc conservata;
aliqua vero ruinant dedere. (Nicolas Bertrandi, de Oestis Tolosanorum, i5i5, în-4°, f" 11.)
5 II nous suffira de remarquer, pour le moment, qu'elle a trente mètres de hauteur à son extrémité septentrionale où le sol du versant s'abaisse d'une manière ttès-marquce. Elle mesure à sou couronnement quarante-quatre mètres de longueur sur vingt-deux de largeur.
6 « Les laboureurs les y charrient pour en purger la Icrre. Malgré ces soins, souvent réitères, leurs charrues en dctcirent sans cesse, & le fer, par le choc de ces briques, est continuellement émoussè. » (AuDiBtuT, Dissert, sur les origines de Toulouse, p. 4.)
des ustensiles d'un usage domestique, car les armes proprement dites (celles de silex surtout) y sont relativement rares, à des bijoux de bronze ou d'argent, à des pierres gravées, cornalines ou. agates, qui semblaient indiquer cette fois des habitudes £4 une civilisation plus avancées. Ces débris d'un nouveau genre paraissaient se multiplier sur la croupe principale du versant, formée par une sorte de plate-forme rectangulaire (elle est connue à Vieille-Toulouse sous le nom de l'esplanade, la planho) qui s'encadre entre le chemin du village & les grands ravins dont nous avons parlé'. Les monnaies antiques de bronze & d'argent y sont tellement nombreuses que les ouvriers, en abordant cette partie du domaine, ne recevaient plus d'autre salaire que leurs trouvailles de la journée, dont le propriétaire leur faisait traditionnellement l'abandon". On s'explique, en présence de ces découvertes persistantes, grossies à l'occasion par l'imagination populaire, les rêveries des annalistes du seizième siècle, qui plaçaient sur « la montaignette du Puy- David » une ville populeuse & florissante entourée de grands murs & de hautes tours, sans lesquels on ne comprenait guère une grande ville au moyen âge". Antoine Noguier, qui écrivait trente ou quarante ans après le vieux Bertrandi, est encore plus explicite que lui à cet égard. Il énumère avec la complaisance & la précision de nos guides de voyage ce que nous appellerions aujourd'hui les monuments publics de cette ville effacée qui avait, quatre ou cinq cents ans avant Rome, son Parlement à quelque distance de son Capitale & ses Ecoles, déjà florissantes'", fondées, en même temps que la ville,
' Un historien du siècle dernier qui avait étudié avec beaucoup de soin le sol de Vieille-Toulouse & ses épaves archéologiques, a remarqué avec raison que cette étendue considé rable de terrain « est formée par la suite de trois plans ; le premier (en commençant par le bas) est en pente & fait ce qu'on appelle la côte de Vieille-Toulouse. Le second est une petite plaine, le troisième est un petit coteau qui domine sur les autres deux. Tout ce terrein (sic) se termine en pointe vers le fond & s'élargit à mesure que l'on monte. » (AUDIBERT, l.l. p. 3.)
8 « Les médailles d'argent qu'ils trouvoient à coup sûr les dédomageoient amplement de leur salaire. » (.Audibert, /./.
9 u Ea Tholose urbs (sic) alto in loco iacta atque tutissintis menibus & altîssimis turribus eommunita, unde non ab re ab omnibus vetusta Tholosa vocitaîur... Que (^sig^na) vétusté Tholose itrbis magnijicentiam atque maximam pompam indicant. » Bertrandi, /./. f" 11.)
'" « L'assiette des écoles étoit en un lieu éminent de Piédavid, en la rue appelée de la Cavalerie & Bourgeoisie, demeure des chevaliers nobles & aisés de la ville... celle part où le chemin fait sa descente à la rivière de Garonne, à l'endroit du bout du grand ramier des molins du Chiiteau Naibonors... » (Antoine Noguier, Hist. Tolosaine, in-4''.
^^9 An
firent représenter qu'ayant déjà vaincu les Romains, ils dévoient s'attendre d'éprouver le même sort Se de payer chèrement l'alliance qu'ils avoient con-
de Rome
par le roi Tholiis, un des contemporains de la prophétesse Déborah ".
I. — Le premier qui ait eu l'idée de soumettre « à un examen raisonné u ces précieuses épaves, longtemps perdues pour la science, était un pauvre prêtre de campagne étranger jusqu'alors aux travaux d'érudition & dont le nom serait oublié aujourd'hui s'il ne s'était trouvé mêlé, presque par hasard, aux querelles que soulevait & que soulève encore la question des origines de Toulouse. Il s'appelait de son nom l'abbé Audibert & était né en 1719 ou 1720, car on ne sait pas même d'une manière précise la date de sa naissance. Avant d'être attaché à l'église de Verfeil , où l'histoire perd ses traces (c'est probablement là qu'il sera mort, en 1770, âgé de quarante-neuf ou cinquante ans), il avait été pendant plusieurs années vicaire de la modeste paroisse de Vieille-Toulouse, qu'il ne connaissait jusqu'alors que par ouï-dire, & dont le sol, jonché de débris antiques, paraît l'avoir vivement frappé dès les premiers jours ".
Le propriétaire du domaine dont dépendait anciennement le village de Vieille-Toulouse, était à cette époque un homme bienveillant & instruit, capable de s'intéresser à autre chose qu'aux innovations & aux perfectionnements agricoles dont les propriétaires de son temps étaient déjà préoccupés". Non content d'ouvrir sa maison à son nouveau vicaire & de l'accueillir dans son intimité, il
" « Cette situation & fondation fut faite, comme dit l'archevôquc de Tolède, du temps de Delborc , femme de Lapidoch. » (Idem. /./. p. 4.) — Nous no.js contenterons de rappeler à propos de ces rêveries historiques qui paraissent remonter comme point de départ à un moine franciscain du quinzième siècle, Frère Etienne de Ganno (Voir sa chronique nis. en tête du livre blanc de l'hôtel de ville), qu'elles sont restées populaires à Toulouse longtemps après l'époque où la critique en avait fait justice ailleurs, & qu'on en trouve le reflet plus ou moins marqué dans des travaux de date relativement récente, comme les mémoires de .M. de Montégut sur lesquels nous reviendrons plus loin avec quelque détail. — Dans une dissertation postérieure en date aux travaux dont nous venons de parler, le P. Sermet, membre aussi de l'Académie de 'l'ouloiise. est fort tenté de croire, en dépit de Catel & de ï.afaille. auxquels il oppose une prétendue inscription du roi Tholus, écrite en latin cinq ou six siècles avant Rome , « que Toulouse a pu être fondée au temps de cette prophétesse. F*ourquoi serait-on surpris d'une époque aussi reculée? Rome ne l'a-t-etle pas été l'an du monde 325i, c'«st-à-dire 323 ans après ta victoire de Déborah ? Si donc nous réussissons à prouver que Toulouse a pu ou même dû l'être cinq siècles avant la capitale de l'univers, qu'aura-t-on à nous objecter ? »
•a M Ce qu'on aperçoit d'abord sur cette surface, c'est une prodigieuse quantité de débris d'urnes cinéraires de terre cuite. » (Audibert. l.issert. sur tes origines de Toulouse,
'• • .M. Berdoulat, ancien capitoul. bien connu dans la ville de Toulouse par ses nouveaux procédés en lait d'agriculture , c'est de lui que je tiens une grande partie des jéfail.s
qui concernent Vieille-Toulouse. » (Ai;dibert, /./. p. 5, note a.)
s'était associé jusque un certain point à ses recherches en mettant à sa disposition tout ce que son père & lui avaient recueilli de faits ou de renseignements intéressants sur une localité qu'il connaissait mieux que personne. Il le soutenait de son crédit en même temps que de ses conseils dans cette tâche difficile pour un débutant, & ce fut en grande partie sur les instances de cet « honnête & vertueux citoyen » que le nouvel historien de Vieille-Toulouse se décida à rédiger l'ensemble d'idées & de vues nouvelles que lui avaient suggérées ces quelques années d'études '*.
Son livre, publié en 1 764 (trente-quatre ans après le premier volume des Bénédictins), sous le titre modeste de Dissertation sur les origines de Toulouse ^ est le premier, à notre connaissance, où l'on ait essayé sérieusement de contrôler 8c de compléter à l'aide de l'archéologie, dont il avait entrevu toute la portée, les témoignags tour à tour vagues ou insuffisants des écrivains .anciens '^. Quoique ses études classiques eussent été négligées & que son savoir laissât à désirer sur bien des points'^, il avait à un plus haut degré que la plupart de ses devanciers (sans en excepter les Bénédictins euxmêmes,) ce que nous appellerions aujourd'hui l'esprit ou le sens critique, ce don heureux & rare de discerner le vrai du faux & la réalité de l'apparence". Au milieu des détails secondaires ou insignifiants qui encombrent le sol de toute question un peu ardue, il distinguait, avec une sûreté de coup-d'œil quelquefois remarquable, le trait important, le fil conducteur & lumineux, >[u'il ne
'< « J'aurais cru manquer envers cet honnête S: vertueux citoyen, si dans un ouvrage où ses soins & ses attentions ont tant de part, j'eusse négligé d'inscrire pour lui un hommage public de ma reconnoissance. » (Audibert, LL p. 7, note 1.)
'5 « La connoissancc précisede l'hisloire dépend surtout de l'intelligence des écrits qui l'ont transmise jusqu'à nous & de la comparaison qu'on en fait avec les autres monumcns de l'antiquité. • (Audidert, /./. p. 1.) Il revient ailleurs & à plusieurs reprises » sur ce parallèle si utile au progrès des lettres • & sur l'importance que prend « le détail des monumens « pour éclairer & pour rectifier l'histoire proprement dite.
'6 Nous en trouverions la preuve dans ses prétendues étymologies grecques sur lesquelles nous allons revenir, & dans son habitude de citer en latin les textes grecs sur lesquels il s'appuie.
" Voir, à ce sujet , les passages excellents de sa dissertation, où il réfute avec une solidité mêlée de grâce ironique les assertions de Catel {Dissert. p. 25), qui voulait prouver l'antériorité de la nouvelle Toulouse, à l'aide des monuments romains dont elle a conservé les ruines ; celles de Lafaille, qui expliquait le nom de Vieille-Toulouse par celui de Villa Tolosac (p. 19 & suiv.); & celle de Rainai (p. 37 & suiv.).quiy voyait un cimetière extra-muros, dans lequel les pauvres gens de la ville antique seraient venus brûler & enterrer leurs morts dans ces amphores à deux anses regardées longtemps comme des urnes cinéraires.
An de Rome
tractée avec la République, s'ils persistoient à la favoriser; que leur intérêt commun étoit de s'unir avec eux. pour éloigner des Gaules une nation dont le
s'agit plus que de dégager & de suivre pour arriver avec lui à la vérité. On comprend, d'après ce que nous venons de dire, comment l'abbé Audibert s'était passionné, un peu brusquement peutêtre, pour des études tombées déjà dans une sorte de discrédit, & auxquelles il savait rendre un air de chaleur & de vie, grâce à un talent naturel aussi d'exposition & de discussion, mêlé parfois d'un peu de subtilité théologique. Mais ce n'était point sans péril, même à cette époque, que l'on touchait à ces questions d'origine regardées par beaucoup de gens comme tranchées une fois pour toutes & interdites à la discussion sinon à l'examen. Les hardiesses de l'abbé Audibert, spéciales & circonscrites comme la question qui les avait provoquées, ne lui attirèrent pas les persécutions, parties de haut, qui avaient atteint cinquante ans auparavant le célèbre mémoire de Fréret sur les Origines de la monarchie frantjaise'^ ; mais on entrevoit à plus d'un indice que son livre avait été froidement accueilli dans le monde officiel de la ville où il froissait de plus d'un côté des préjugés & des idées reçues '^.
Parmi les débris de toute espèce que la pioche ou la charrue de ses paroissiens exhumaient cha- ' que automne & chaque printemps du sol privilégié de sa paroisse, l'abbé Audibert avait été surtout frappé des monnaies de bronze ou d'argent que l'on trouve en nombre énorme dans l'intérieur du petit plateau dont nous avons parlé". Il ne s'était pas contenté de les recueillir pendant plusieurs années avec la passion naïve 8c un peu crédule de l'amateur proprement dit; il avait essayé d'en tirer
»8 On sait qu'il fut enfermtï à la Bastille en vertu d'une lettre de cachet , dont les considérants seraient curieux à connaître, (Se qu'il n'en sortit qu'au bout de six ou sept mois, brouillé pour toute sa vie avec les grands problèmes de notre histoire nationale, dont la solution se trouva ainsi ajournée de près d'un siècle. (Voyez Augustin Thierry, Considérations sur l'histoire de France, en tCtc des récits Mérovingiens, t. I", pages 40 à 43.)
■9 La seule faveur qu'il paraisse lui avoir méritée est le titre modeste de correspondant de l'Académie des sciences. « M. l'abbé Audibert, dit iM. de Montcgut, plein d'afl'cction pour une paroisse dont il était le vicaire, a fortement soutenu celte opinion. Après avoir tait une savante énumération des médailles gauloises, grecques & celtiques qu'on trouve à Vieille-Toulouse. H en conclut que ce village est un reste de l'ancienne capitale des Volces Tectosagcs. " {Recherches sur les antiquités de Toulouse, mém. de l'Académie des sciences, ira série, p. 92.) — Il ne faut point oublier que M. de Montégut était à cette époque l'archéologue de l'Académie, comme M. de Sainl-Amand en était le numismatiste en titre, & que c'était à un étranger, à l'abbé Barthélemi , que l'abbé Audibert avait dédié son livre.
^° (I C'est la partie brillante des antiquités de Vieille-Toulouse, & celle qui a fait depuis longtemps l'objet capital de mes recherches & de ma vigilance. '> (Audibert, //. p. S.)
parti en les étudiant par lui-même autant que le lui permettaient le peu de livres & de science dont il pouvait disposer, en s'adressant, quand ces ressources lui manquaient, aux hommes qui passaient de son temps pour les meilleurs juges en pareille matière. C'est ainsi que nous le trouvons dès les premières pages de son livre en correspondance avec le célèbre abbé Barthélemi, alors conservateur des médailles du cabinet du roi", l'un des hommes de son temps qui ont fait le plus pour donner à la numismatique la précision & l'autorité d'une véritable science, capable d'éclairer à son tour les ténèbres ou les pénombres de l'histoire proprement dite".
En interrogeant avec une patience & une sagacité quelquefois remarquables les légendes ou les types de ces monnaies qui permettaient à leur tour d'en dé-terminer l'âge & la provenance, il avait reconnu bientôt que les monnaies romaines étaient infiniment moins nombreuses ici que dans la plupart des stations antiques de la Narbonnaise, où elles forment presque partout la série dominante. Les seules de ces monnaies que l'on y rencontre en grand nombre & d'une manière suivie étaient les deniers ou les quinaires d'argent de la série consulaire qui finit, comme on le sait, avec l'ère républicaine de Rome. Celles de l'époque impériale appartenaient pour la plupart aux règnes d'Auguste & de Tibère; elles devenaient rares à partir de celui de Claude (41-54) & s'arrêtaient presque complètement avec celui de Néron, en l'an 68 de notre ère". Mais on y trouvait en revanche une énorme 'quantité de monnaies barbares ou semi-barbares, antérieures à l'époque romaine comme on le croyait alors'^ & appartenant à tous les peuples connus de l'ancien monde, depuis les villes grecques des bouches du Rhône & les villes ibériennes ou phéniciennes de la péninsule hispanique, jusqu'aux populations inconnues en partie de la Gaule centrale (la Lugdunaise depuis) & de la Gaule du nord, dont on
»' Depuis 1753 où il avait succédé à M. de Boze.
" Il ne faut point oublier que le grand livre d'Heckhel (Doctrina numorum veterum, S vol. in-4") n'a paru qu'à la fin du siècle (1792-1798), & que la numismatique avait été jusqu'à cette époque une science française en partie, grâce aux beaux travaux de collectionneurs & d'érudits éminents, comme MM. d'Ennery & Pellerin, dont les ouvrages ont fait longtemps autorité.
ï3 « Les médailles d'Auguste & de Néron se trouvent à Vieille-Toulouse; les premières en argent, les autres en bronze... mais à la réserve d'un Trajan , d'un Constantin & d'un Valérien, je n'ai pu encore en découvrir aucune autre impériale. » (Audibert, t.l. p. 11.)
^^ « Les monnaies gauloises, si communes à Vieille-Toulouse & si multipliées dans leurs différences, doivent avoir précédé la réduction de la Province romaine, h (Audibert, l.l. p. 34.)
dessein étoit de soumettre toutes les autres & de dominer sur elles; qu'en un mot, l'occasion de recouvrer leur entière liberté étoit des plus favorables, ^ que,
y retrouvait les monnaies mêlées à celles de rfll|uitaine & de la Narbonnaise. C'était donc à une époque antérieure à l'histoire proprement dite que remontait la prospérité de cette ville oubliée qui ne pouvait avoir été qu'une grande ville marchande, s'il fallait en juger par ce farrago de monnaies d'époque &. de provenance diverses '^. Il y avait même toute raison de croire, en prenant au pied de la lettre ces inductions numismatiques, sur lesquelles repose en grande partie le système de l'abbé Audibert, qu'elle s'était dépeuplée ou éteinte dès les premiers temps & sous les premiers règnes de l'Empire, à l'époque précisément où paraît avoir été fondée ia Toulouse romaine, où l'on ne trouvait plus cette fois que des monnaies impériales postérieures à toutes celles que nous venons d'énumérer'*. L'abbé Audibert en était venu à croire pour sa part que les deux faits étaient corrélatifs & que la ville de la plaine devait sa prospérité sinon sa fondation à la population de la colline qui aurait abandonné le nid d'aigle où elle était née" pour venir jouir au bord du fleuve des avantages d'une situation heureuse & des douceurs de la paix que Rome assurait à ses vaincus en échange de leur orageuse indépendance.
Si la ville qui couronnait la colline du Puy- David était réellement antérieure à celle de la plaine où tout paraissait d'hier, depuis les monnaies jusqu'aux monuments, il devenait difficile de voir autre chose dans cette cité disparue que la Tolosa des Tectosages dont l'existence, attestée par des témoignages positifs, remontait au moins au sixième siècle avant notre ère. Egaré par un esprit de patriotisme mal placé, comme l'avaient été les annalistes romanciers dont il ne faisait au fond que reprendre la thèse abandonnée, en l'étayant d'arguments & de faits positifs", il se la
'ï • Toutes les médatUes de Vieille-Toulouse y ont été portées par le commerce. » (Audibeut, /./. p. 34.)... « Il paroit. en effet, qu'il s'y en faisoit un fort grand. » (Audibert, //. 1 1.)
>6 H La nouvelle Toulouse ne fournit certainement aucune monnoie de ce genre; voilà donc en faveur de mon sentiment sur la fondât on de l'ancienne loulouse, une preuve entre plusieurs autres qui me paroit tenir de la démonstration, n (.AUDIBEHT, /./. p. i3.)
»? « Le sac de Toulouse parCépion, ayant sans doute causé un grand dommage à la ville (du Puy-I)avid), on aura profilé de ce diis^trc pour en jeter les fondemens ailleurs : on aura choisi le lieu le plus proche & le plus propre à ce dessein. « (Audibert, p. 69 & 60.)
'» De là l'espèce de condescendance embarrassJe avec laquelle il parle de ces «poudreux romanciers, qui sont toujours bons à quelque chose, quelque dignes qu'ils soient de
notre mépris On y reconnoît les traces d'une tradition qui
se défigure à mesure qu'^'ile s'éloigne de sa source... Ils n'ont tous assiftné Li fondation de Toulouse au lieu appelé Vieiilel'ouloJse, que d'après une tradition furtiticc du nom de lieu
représentait sous les traits d'une ville somptueuse dont les places publiques, les portiques Se les temples s'entassaient tant bien que mal sur les croupes étroites de la montaignette^ entourés extérieurement de l.ics, d'étangs ou de marais sacrés que la tradition ne séparait point de l'antique Tolosa'^. La disparition de cette cité populeuse, si tant est qu'elle ait complètement disparu comme on l'affirmait un peu à la légère, s'expliquerait, comme celle deTroie dont on labourait le sol dès le temps d'Ovide,
lam seges est, ubi Trota fuit.,, .
(OviD. Epistul. Hcroides; Pcncîop, i,v. 5^,)
par quelqu'un de ces désastres rapides qui paraissent avoir frappé depuis bien d'autres villes, en Occident comme en Orient. Mais il avait peine à admettre pour sa part qu'une cité aussi florissante eût été fondée par un peuple « complètement étranger au commerce & aux arts >> comme l'étaient à cette époque « les Gaulois, nos ancêtres. »
Parmi les peuples civilisés de l'ancien monde dont il avait retrouvé les traces à Vieille-Toulouse, les plus célèbres étaient incontestablement les Phéniciens & les Grecs représentés ici par les Phocéens de Massalia '". Les Phéniciens, qui couvraient de leurs comptoirs les îles & les côtes de la péninsule ibérique, y avaient évidemment commercé, puisque c'est à eux qu'appartiennent de curieuses monnaies de bronze, portant d'un côté l'image du Cabire vu de face & de l'autre une légende phénicienne en deux lignes, assez difficile à expliquer, comme le remarquait déjà l'abbé Barthélemi ". Mais ces monnaies étrangères y sont moins nombreuses & surtout moins variées soit comme métal soit comme module que celles des Massaliotes, dont les oboles d'argent paraissent avoir servi de type aux petites monnaies barbares, connues dans le pays sous le nom de sarrasines. L'abbé Audibert avait cru remarquer de plus qu'on les y trouvait d'ordinaire enfouies à une plus grande profondeur, & il concluait de tout cela (sans donner à ces conjectures l'autorité des faits
& des monumens antiques qu'on y voyoit de leur temps en plus grand nombre. » (Audibert, /./. p. 24.)
'9 M II me semble les apercevoir (les traces du lac sacré) dans les fragmcns d'or et d'argent qu'on trouve surtout à l'extrémité de la Plaine où la terre est Irès-gravelcusc... Le lac (alimenté par la fontaine qui coule près de la ferme de M. Bcrdoulat), ayant été desséché par ceux qui l'affermèrent, aura servi depuis à renfermer une partie des urnes de Vieille- Toulouse: cela se comprendra mieux si l'on fait attention que ces urnes sont des Romains (j'en ai vu une inscrite eu caractères romains, note a), et par conséquent postérieuies au
lac... » (.\UD1BERT, /./. p. 36.) ^"^ Audibeut, /./. p. 19.
î' Audibert, /.(. p. 14 & i5.
An de Rome
s'ils la manquoient, ils s'exposoieht ou à devenir tôt ou tard les esclaves des Romains, qui ne cherchoient qu'un prétexte pour les subjuguer, ou à éprouver
positifs sur lesquels il les appuyait) que cette première Toulouse avait été habitée sinon colonisée par les Massaliotes quatre ou cinq cents ans avant notre ère'^. A défaut de témoignages historiques projirementdits il en trouvait la preuve dans les traces plus ou moins marquées que la civilisation grecque paraissait avoir laissées dans les habitudes & dans les croyances du pays, dont l'idiome roman était lui-même en partie grec d'origine, comme on le croyait aux deux derniers siècles. Strabon, qui décrit si bien le sud de la Gaule, n'était-il pas frappé, comme les Massaliotes avaient dû l'être longtemps avant lui, de l'excellente position commerciale que leur offrait la colline escarpée de Vieille-Toulouse, assise comme elle l'est au centre de l'isthme qui sépare les deux mers, sur les bords d'un grand fleuve qui menait à l'Océan ? Le nom de la ville, que l'on avait cru longtemps indigène & celtique d'origine, n'était lui-même qu'un,nom grec, emprunté probablement au verbe OoX/ioj, OoÀOE'.v, être sale ou fangeux : (participe 0o).6wv, OoX6o'j!ja, OoXouia) épithète qui ne conviendrait que trop à la capitale des Tectosages, une des villes les plus boueuses de France, pendant l'hiver, & quelquefois pendant l'été ".
II. — Si nous avions le temps d'examiner d'un peu près la théorie de l'abbé Audibert & de discuter un à un les faits plus ou moins positifs qui lui servaient de base, il nous serait facile de prouver que les monnaies massaliottes, si communes à Vieille-Toulouse , comme il le dit avec raison , y sont presque toujours de date récente, & que les plus anciennes, à en juger par leur fabrique, ne remonteraient guère au-delà du second siècle avant notre ère^'.
3" « En supposant une colonie grecque dans cette ville d'après les preuves vraisemblables que je viens de donner, tout se développe. Les Grecs, attirés dans le pays des Volces autant par la fertilité du terroir que par les avantages que le cours de la Garonne offroit à leur commerce, auront trouvé une peuplade gauloise à Vieille-Toulouse; ils s'y seront établis. Le négoce qu'ils auront fait fleurir aura été une source de monnoies grecques et étrangères, &c. » (Audibert, /./. p. 59.)
33 « Le nom de Toulouse, que l'on ortliographîoit mieux autrefois qu'aujourd'hui 'J'on écrivoit Tholose Oi^ Thoulousc), est le participe féminin & présent de 6o).ow (coeno inquinaré)^ qui est OoXio'jtja &: hr^ko^aa... OoAoùffa iîùX'.ç, vUlc Si.ile , bourbeuse. » (Audibert, /./.p. 5i.)
34 Nous pouvons au moins affirmer, au nom de nos amis & au nôtre, que l'on n'y trouve aucune de ces belles diaclimes ou oboles avec la tète d'Apollon qui marquent l'apof^ée & le plus beau temps du monnayage marseillais. Prises dans leur ensemble, elles appartiendraient h la sixième époque de ce monnayage (de 320 à 154 avant notre ère), qui paraît avoir inauguré à Massalia le monnayage du bronze & plus souvent encore à la septième époque (de l'année 154 ù l'an 49 avant notre ère), oix se révèlent déjà, à plus d'un indice, les symptômes de la décadence qui allait frapper la ville grecque & sa monnaie par coiUre-coup. (Voir Al. de
On pourrait même ajouter, sans crainte d'être démenti, dans l'état actuel de la science, qu'elles y sont beaucoup moins nombreuses, toute proportion gardée, que les monnaies indigènes (gauloises ou gallo-grecques) auxquelles on les trouve mêlées*^. Nous songeons surtout , en écrivant ceci , aux petites monnaies d'argent que les numismatistes contemporains attribuent unanimement aux Volkes Tectosages, & que l'on ne trouve nulle part aussi variées de type & aussi fractionnées qu'elles le sont ici, comme subdivisions monétaires.
Autour de ce noyau tout indigène & tout barbare, comme on le voit, se groupent, il est vrai, un grand nombre de monnaies, de provenance & d'âge très-divers, dont le rapprochement semblait indiquer une industrie ou un commerce étendus, exercés par une population considérable en apparence. Mais ces monnaies, dont on s'exagérait l'ancienneté au temps de l'abbé Audibert'^, étaient loin d'avoir le sens & la valeur historique qu'il leur attribue, puisqu^on les retrouve, moins nombreuses, il est vrai, mais tout aussi variées, dans la plupart des stations antiques de la Narbonnaise où elles s'expliqueraient comme ici, par l'espèce d'autonomie que les civitaîes de la Province paraissent avoir conservée sous la domination romaine, jusqu'au temps de César Se d'Auguste. En laissant à ces diverses villes le droit de monnayage que plusieurs d'entre elles pratiquaient avant la conquête, les Romains avaient été forcés , comme conséquence, d'accorder à leurs monnaies anciennes ou modernes le droit de circulation sur tous les marchés de la Province où elles avaient cours Icgal^ comme nous le dirions aujourd'hui , concurremment avec les monnaies romaines des derniers temps de la République & même avec celles de localités étrangères à la Gaule, comme les villes ibcriennes ou phéniciennes de l'Espagne du sud. Il en aurait été de cette Gaule à demi barbare des premiers temps de la conquête, comme de la Gaule féodale du onzième & du douzième siècle de notre ère, où les payements se stipulaient & s'exécutaient au gré des parties, tantôt en monnaies du Béarn ou du Languedoc (les raimondinsj, tantôt en dc-
LA Sauss.aye, Nujuismatique de la Gaule Narbonnaise^ p. 6ii à 73.)
35 A en juger par les chiffres que nous fournissent les diverses collcclions que nous avons pu comparer, elles en formeraient environ le tiers.
36 Voir, à ce sujet, nos diverses notes sur la numismatique des Voikes avant & après la conquête, sur celle des AVmjwsenses, & sur les monnaxs ibériennes de la Province, à propos de rintîu'-'nceque paraît y avoir exercée leparti sertorieu apr^s la mort ae Sylla.
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bientôt toute l'indignation des Cimbres. Ce discours fit impression sur les Toulousains, &, soit qu'ils craignissent ces barbares ou qu'ils crussent les Romains
de Rome
niers d'argent de Melgueil ou de Cahors que l'on retrouve aujourd'hui sur tous les points de la Gaule méridionale, à une grande distance quelquefois des ateliers où ces monnaies locales avaient été frappées".
Quant aux Massaliotes, dont l'histoire se trouverait ainsi bizarrement mêlée à celle des Volkes Tectosages, il est à peine besoin de rappeler que la chaîne de leurs comptoirs ne dépassait point, du côté de l'Ouest (dans la Gaule proprement dite}, la ville & le port déjà celtiques de Narbonne, & qu*il ne leur est presque jamais arrivé de s'éloigner,pour les fonder, des côtes de la mer, qui était leur véritable domaine". En supposant, contre toute vraisemblance, qu'ils se soient départis cette fois de ces principes de prudence pour aller fonder une colonie à cent lieues de leur ville & de leur Rhône, au centre de l'isthme si longtemps inconnu (voyez plus loin) qui sépare les deux mers, comprendraiton qu'un événement aussi considérable soit resté complètement oublié chez les Massaliotes eux-mêmes, qui devaient connaître le nombre & les noms de leurs colonies, puisque c'était d'eux, suivant toute apparence, que les tenaient les géographes grecs ou romains qui nous en ont conservé la liste"?
1' C'est ainsi qu'en io54, Pierre, comte de Carcassonne, & Ransarde, sa femme, reçoivent sexcentos Tolosanos solido% pour une donation faite à l'église de Btiziers, quoique cjile ville dépendit à celte époque du comté de CarcaMoniie, dont les suzerains, alors "assaux des comtes de Barcelone, frappaient depuis longtemps monnaie dans une des tours de leur petite capitale : * tn civitate Carcassnna, cum ipsa turre monetiirin veteri. « (Voir Histoire générale Je Lan^ueJoCp édition originale, tome II, Preui'cs, col. 429 & suiv. & dans la présente édition, t. V, n. CCGXCVIII, Donation Ju i5 janvier 1 125.) — En 1094, dans un accord passé entre Roger, comte de Fois, & la vicomtesse Ermengarde, il est question de quinqnc mille soliJos Tolosanos de moneta démena & de octn^intos soliJos Iluffonen^es Je moneta octona cxhibiles & percurribih's (documents cités par M. Barthélemv, Manuel de numismatique du moyen dge^ p. 73. note i). Dans le Sud-Ouest du la Gaule, les monnaies des comtes de Béarn (moneta Morlanensis) ont eu cours jusqu'au quatorzième siècle, non-sculcincnt en Béarn, mais en Gascogne & en Aquitaine, où on les préférait à toute autre monna.e, à cause des garanties qu'elles offraient sons le double rapport du titre & de l'aloi (/.(. p. 18S).
ï» Emporiae, la plus occidentale de toutes ces colonies, aux époques historiques, était, comme le dit Strabon, une ville ibérienne, située en Espagne, à 4000 stades au delà des Pyrénées & de la frontière : a-jxi i' (iiiisifiov) lort MaTosAiw-
|»ift'.JÎW' T*,; "ISijpia; lîf'.î tt,v KlAtlXT//. (StbaB. I. 3, C. 4. |. 8.)
" On ne s'expliquerait pas beaucoup mieux aujourd'hui comment cette colonie, devenue puissante & riclie à son tour, aurait continué i >e servir des monnaies de Massalia au lieu d'en frapper & d'en émettre en son nom, comme le faisaient non-seulement les villes grecques du littoral {Aga- Iha, Kmporiae, &c.), mais des villes gauloises, tombées accidentellement sous la domination des Massaliotes. comme Avenio & Nemauius (voir plus loin), do;it nous avons les
A quelle époque se placerait d'ailleurs, chronologiquement parlant, cette mystérieuse fondation qui échappe aux inductions de la logique comme aux investigations de l'histoire i' Reculée, comme le voudrait l'abbé Audibert, jusqu'au cinquième ou au sixième siècle avant notre ère'°, elle serait, à peu de chose près, contemporaine de la fondation de Massalia , &, par conséquent, antérieure d'un ou deux siècles (nous le savons aujourd'hui) à l'établissement des peuples de race volke dans la Gaule du sud. Abaissée jusqu'au troisième, elle coïnciderait avec l'âge héroïque des Tectosages eux-mêmes, & ce serait au moment où les bandes gauloises, grossies de leurs contingents, allaient inonder l'Italie & la Grèce, qu'ils auraient permis aux Grecs de Massalia , dont tous les Barbares étaient défiants & jaloux, de venir fonder au cœur de leur pays un comptoir & une ville murée, qui auraient dominé de là le riche territoire dont une de leurs tribus avait pris possession & le grand fleuve qui en découpait les plaines! Est-il admissible enfin, quoi qu'en dise l'abbé Audibert, que cette ville grecque ou gréco-barbare, encore florissante sous César & sous Auguste, plus de cinquante ans après Posidonius qui n'en dit pas un mot (voyez plus loin), ait disparu de la colline qu'elle couronnait, sans y laisser d'autre souvenir & d'autres vestiges d'elle-même que ces prétendus restes d'habitudes, de croyances & d'idiome helléniques, qui ne supportent ni les uns ni les autres l'examen éclairé de la critique ■"? L'histoire, dont l'abbé Audibert se prévaut quand elle le sert, pour l'écarter dès qu'elle le gêne, nous montre vers le
monnaies grecques, frappées pendant cette domination au nom de chacune des deux villes. — Voir, à l'appui de ces assertions, les textes des historiens & des géographes anciens relatifs à Massalia, chez Scymnus de Chio (v. 146 à 149), qui emprunte ses renseignements à Ephore; chez Stiabon, 1. 4, c I, J 8; Mêla, I. 2, c. 5 ; Pline, I. 3, c. 4; Steph. Byzant. (sub variis vocibus), & les historiens ou les géographes modernes, judicieusement résumés par M. Herzog : Gallia Narbonensis, p. 14 à 18.
4" H II me sudii d'avoir fait remarquer que Toulouse, selon Justin, étoit la pairie des Tectosages, établis en Allemagne sous la conduite de Sigovèse, & par conséquent que cette ville existoit, selon lui, environ 600 ans avant Jésus-Christ. » (Dissert. p. 3o.)
*' On peut allirmer au moins que celte prétendue grande ville n'a laissé sur la colline aucun de ces débris de monuments antiques, que l'on exhume à chaque coup de pioche ou de marteau dans nos grandes villes grecques ou romaines du littoral méditerrannéen. On n'y trouve pas même, comme dans les plus obscurs villages des Pyrénées centrales, les chapiteaux pseudo-corinthiens & les fûts de colonne qui soutenaient le fronton du temple local, entouré lui-même d'innombrables autels inscrits qui nous ont conservé le nom du dieu & ceux de ses cultores. (Voir passim nos études sur les religions topiques des Pyrénées.)
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hors d'état de se relever St de punir leur in^délité, ils prirent le parti d'arrêter prisonnière la garnison romaine qui étoit dans leur ville.
même temps de grandes villes celtiques transformées, comme celle de Tolosa, sous l'influence créatrice de la conquête romaine, 8t descendant comme elle des hauteurs sur lesquelles elles étaient nées. Mais on n'en voit aucune abandonner complètement son berceau pour aller s'asseoir tout entière au bord du fleuve, à deux lieues de son point de départ, dans des conditions d'habitacle & de vie toutes nouvelles. Transformée en citadelle par suite de ces révolutions (arx^ oppidum au sens romain du mot), la ville haute conservait, avec ses murailles reconstruites à la romaine, son organisation municipale, son forum & ses temples, si elle en avait. Elle restait, géographiquement & administrativement parlant, le véritable centre de la civitas telle que la concevaient les Romains (ver plus haut puss.), & ce sera le plus souvent sur l'emplacement ou sur les assises de ce grand temple que viendra s'asseoir, après l'ère des persécutions, la cathédrale ou l'église mère de la cité, attachée toujours à la ville haute, dont le iourg est resté longtemps une dépendance ■**.
Ce qui reste certain en tout état de cause, & ce qu'il nous suffira de constater en terminant, c'est que les anciens, dont l'opinion a bien son importance en pareille matière, diffèrent complètement d'avis sur ce point avec l'abbé Audibert, comme avec la plupart de nos historiens modernes, & que tous s'accordaient à regarder la première Toulouse (car rien n'indique non plus qu'ils en aient jamais reconnu & distingué deux) comme une ville franchement barbare d'origine, fondée & habitée par les VolkesTectosages, dont le nom est resté attaché au sien jusqu'au temps de Pline & de Ptolémée'". Le philosophe Posidonius, qui écrivait plus d'un siècle avant notre ère, & dont le témoignage prend ici une importance exceptionnelle, puisqu'il est probablement le premier des Grecs qui ait visité & décrit en témoin oculaire le pays où elle est située, est encore plus explicite à cet égard que les géographes dont nous venons de parler. Il ressort, en effet, de son témoignage, sur lequel nous reviendrons plus loin, que cette ville (?) des Volkes
<' C'est au moins ainsi que les choses paraissent s'être passées à Augustonemetum (Clermont), chez les Arvcrncs, à Segodunum (Rodez), chez les Rulhines, à Carcasum, chez les Volkes Tectosages, en Aquitaine, chez les Convcime. & chez les Consorani, où les villes épiscopales de Saint-Bcrtrard & de Saint-Lizier ont conservé pins ou moins complètement leur enceinte de murailles, au-dessous de laquelle s'étendaient, dès l'époque romaine, les villes neuves ou villes basses qui depuis ont donné naissance au bourg.
1) ... Toloiain Tectosagum, Aquitaniae contermini. (Plin.
3, 4[5].) ... O'j'jXxii ol TexToffà^Eî w^ i;o).nç 'U^tfîtf iç , 'Pouoxiviûv, 'i'.>.i;iTa xoAwvta. (PtOL. C. 9, lO.)
était déjà de son temps le chef-lieu ou la métropole d'un vaste territoire, délimité probablement par les Romains à la suite de la conquête & auquel elle avait eu l'honneur d'imposer son nom [Tolosani, Tolosates a Tolosa), comme le faisaient les grands centres de population dans les circonscriptions nouvellement créées *''. Mais il reste à savoir ce qu'étaient, avant la conquête, ces villes gauloises que la civilisation romaine allait transformer plus ou moins rapidement, & si elles avaient, même extérieurement, quelques traits de ressemblance avec ces villes aux grands murs (e-i/.Tfjjiôvat, TE'.'/ujs^aat, Homer.) dont étaient fiers les peuples civilisés de la Grèce & de l'Italie, à l'inverse des populations barbares de l'Occident, qui ne parlaient qu'avec aversion de ces prisons murées, comme les appellent encore les Germains du temps de Tacite ^'^,
Celles que César désigne dans ses Commentaires sous le nom générique à^oppida [oppidum, oppidt au singulier), aussi mal compris longtemps que celui de civitas (voir supra), n'étaient le plus souvent que des lieux de sûreté oii se réfugiaient, en cas d'invasion ennemie, les populations du voisinage'*'* & qu'elles abandonnaient pour retourner chez elles quand le péril paraissait s'éloigner, c'est-à-dire, en d'autres termes, que la plupart de ces places de
^^ "lîp'JTCcl S'i^ Toî.û(T(Ta xaTa tq dTtvoTaTQv T«y IçDjjioîj ov zr,e\
Ilofftl^iliviîî DiAttu twv Tftoj^lXiwv (TTa^iuv. (StraB. 1. 4, c. I, § 14.)
— Cette ville de T'Awfffra, dont il indique la position d'une manière si précise d'après Posidonius, était, comme il le dit, la principale ville des Volkes Tectosages, & même la seule ville imporiante de son temps, puisqu'il ne mentionne même pas VoppîJiim de Carcasum (le Carcasum Vulcarum de Pline, qui le signale le premier ; Plin. 3, 4[5]), quoique situé aussi dans le même territoire : npiî 5è tô K£;t;atvov 5poç ir-jvârTovTtç,
t-ùa[jL6âvovtEî 5t xal tô vÔT'.ov K/.fjpôv aÙTSÛ v-f-x^^ "^'"'^ cxpuTT^pl»..* olx^yçi TWV T( 0'j&>,xûv ol TexToffàYSî xai âX^ot T.ve;... Oi il Tix-6<Tà^tç xa).oJiJisvot Tji IIvfTjvïi i:\Tj(riâ^(('j(nv, içâ-TOvTot Si jjLixpà xaV toy rpnuapxTtou rXcjpoù -tûv Kc(i{iivuv. (Strab. 1. 4, C. 1,5 12, l3.) Les
traits généraux de cette délimitation que Strabon emprunte à Posidonius (Voir notre note sur les expéditions des Volhes Tectosages), nous paraissent indiquer bien clairement que le territoire assigné par les Romains aux Tolosates (Iv ^6\ii T'Awffff^ — iv TT, To^ûaiTT,) , répondait, à très-peu de chose près, à celui des Volkes Tectosages. & que VoppiJum de Carcasum n'en aurait été détaché que par Auguste ou par Jules César, si l'on admet l'interprétation proposée par M. Herzog, de l'épitaphe du préteur Cominius Bitutio. (Voir suprà, la note sur les origines de Carcassonne.)
45 Nullas Germanorum populis urbes habitari, satis TîOtum est ; ne pâli quidem inter se iunctas sedes, cotunt discreti ac diversi... (Tacit. Gcrm. 16.)
^^ ...Confugcre in oppida... in oppida se recipere... in opptda, ex oppidis deniigrare. (Voir Caes. pass.) ...qui cum se sua que omnia (Bellovaci) in oppidum Bratuspantium
cnniulissenl. (Caes. Dell. Gall. lib. 2, c. i3.) repen-
tino advcniu Caesaris accidit... ut sine timoré illi rura colentes prius ah equitatu opprimerentur quam confugcre in nppida passent. (Caes. (Hirtii), Comment, de Bell. Gall. lib. 8, c. 3.)