‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 258 sur 553 · XLIV. — Fosse de Marius · texte numérisé non relu

XLIV. — Fosse de Marius

Sur l'avis de la marche de cette nuée de barbares, Marius part en diligence pour aller reprendre le commandement de l'armée dans la Province romaine 8c s'opposer du côté du Rhône au passage de ces peuples, tandis que Catulus son collègue part en même temps pour leur disputer l'entrée des Alpes du côté

' Plutarque, in Mario. — T. Live, Epitome 67.

And. Rome '9" HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LTV. II.

de la Gaule Cisalpine. Le principal soin du premier, après son arrivée sur les bords du Rhône, fut d'étendre Si de faire camper son armée le long de ce fleuve, depuis l'embouchure qu'on appeloit alors Massaliotique, parce qu'elle étoit la plus voisine de Marseille en remontant vers sa source. Marius fit élever ensuite de ce côté- là un ouvrage qui servoit de retranchement à son camp & lui assuroit la liberté de la navigation dont il avoit besoin pour le transport des vivres. Comme l'entrée du Rhône étoit également difficile & dangereuse pour les vaisseaux, à cause de la grande quantité de vase & de gravier que les courants de la mer y entraînoient, ce consul trouva le secret d'y remédier par le moyen d'un fossé ou canal large 8c profond qu'il fit tirer, & dans lequel il détourna une partie de cette rivière. Ce canal, que les anciens appeloient Fossae Marlanae ', du nom de Marius qui l'avoit fait construire, étoit, à ce qu'on* prétend, entre les Martigues & l'embouchure du Rhône, dans l'endroit qui porte aujourd'hui le nom de Fos ; ce qui détruit le sentiment de ceux qui prétendent que l'île de la Camargue, environnée de la rivière du Rhône & de la mer, fut ainsi appelée à cause de camp de Marius^. t^'i',°p!^-o." ^^ paroît par ce que nous venons de dire, que la situation du camp de ce général étoit des plus avantageuses & des plus commodes, ayant le Rhône en face, & derrière lui le canal dont nous venons de parler'^. C'est là, qu'enfermé comme dans une île, & pourvu abondamment de toute sorte de munitions de guerre & de bouche, dont il eut soin de fournir son camp, il attendit les Cimbres de pied ferme.

XLV. — Efforts inutiles des barbares pour attirer Marius au combat. Leur passage sous ses retranchemens.

Ces barbares, de concert avec les Ambrons & les Teutons, prirent d'abord leur route le long des côtes de la mer Méditerranée; & après avoir traversé le pays appelé anciennement Ligurie^, & à présent Languedoc, ils arrivèrent aux bords du Rhône à la vue du camp de Marius qu'ils investirent comme s'ils avoient eu dessein d'en former le siège. L'ardeur que ces barbares témoignoient d'en venir aux mains 8c d'attirer Marius à une action générale étoit si grande, qu'un des plus considérables Se des plus braves d'entre eux, ne pouvant supporter le refus que ce consul faisoit de combattre, fut assez hardi pour l'appeler à un combat singulier : mais Marius, à qui l'expérience avoit appris de ne pas exposer des troupes avant que d'avoir éprouvé leur bravoure, n'eut garde de sortir de ses retranchemens Se de répondre au défi de ce barbare. Il se contenta de permettre^ à Q. Sertorius, qui servoit sous lui, de sortir du

' Mêla. — Pline, 1. 5, &c. ^ Plutarque, in Mario. — Orose, 1. 5, c. i6. —

' Bouche, Histoire de Provence, t. I , p. i6i & Velléiiis Paterciilus, 1. 2, c. 12. — Florus, 1. 3,

Buiv. — Tournefort, Voyages du Levant, X. 2, p. i6^. c. S.

' Voyez le travail déjà cité de M, Desjardins sur ^ Voyez tome II, Note XIII, n. i,

\ci Embouchures du Khàne, les fosses marienncs, &c. '' Plutarque, in Sertorio.

In-4°, i866. [E. M.]

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II. ig3 '^^['^K^e

camp pour aller observer celui des ennemis. Sertorius, pour s'acquitter plus sûrement de sa commission, prit un habit celtique, & comme il avoit déjà appris quelques termes de la langue des Teutons, il se mêla parmi eux & leur parla. Le récit que fit à son retour cet illustre Romain de tout ce qu'il avoit vu & entendu, mais surtout le portrait désavantageux qu'il fit des barbares, diminua la frayeur des soldats romains & leur inspira tant de courage, que les plus braves pressèrent vivement Marius de les mener au combat. Ce consul loua leur ardeur; mais en habile capitaine, jugeant à propos d'en suspendre l'activité, il leur représenta que de sortir des retranchemens dans les circonstances présentes, c'étoit exposer le salut de la République; qu'il ne s'agissoit pas de remporter des victoires prématurées, mais de dissiper par leur sage conduite cette nuée de barbares, prête à inonder l'Italie.

Cette ' réponse modéra un peu l'ardeur des soldats de Marius; mais pour ne pas la laisser ralentir 8<. les accoutumer à l'aspect horrible, à la voix effrayante & à l'armure des ennemis, ce général les faisoit monter tour à tour sur les retranchemens, pour considérer à loisir l'armée des barbares. Cette conduite de Marius diminua si fort de jour en jour la crainte des troupes romaines, que les soldats s'étant comme familiarisés avec les Cimbres 8t les Teutons, 8<. ne pouvant plus supporter de se voir tous les jours insultés par ces barbares jusque sous leurs retranchemens, demandoient avec instance d'en venir aux mains, & que sur le refus que fit Marius de les mener au combat, ils se plaignoient hautement de ce que ce général, au lieu de les employer pour le salut 8<. la liberté de leur patrie, les tenoit renfermés comme des femmes, & ne les occupoit qu'à creuser des fossés ou à détourner des rivières. Est-ce, disoient-ils, que Marius craint le sort malheureux de Carbon 8c de Cépion que ces barbares ont battus? Ne sait-il pas que ces deux généraux n'avoient ni sa valeur ni sa conduite, ni d'aussi bonnes troupes? Veut-il que nous soyons tranquilles spectateurs des ravages affreux que les Cimbres font sous nos yeux dans les terres de nos alliés ?

Quoique Marius écoutât avec complaisance les plaintes de ses soldats, il crut cependant devoir encore arrêter leur ardeur. Il leur fit entendre qu'une fameuse prophétesse appelée Marthe, qu'il menoit toujours avec lui dans son armée, lui promettoit la victoire de la part des oracles, qui en avoient marqué l'heure 8c le lieu ; qu'ainsi il étoit de la prudence d'attendre cet heureux moment, 8c de ne pas le prévenir par une précipitation qui pourroit empêcher l'accomplissement de la prophétie 8c leur attirer l'indignation des dieux. Une promesse si flatteuse augmenta le courage des soldats 8c modéra leur impatience.

Les Cimbres, voyant qu'ils ne pouvoient attirer les Romains au combat, prirent le parti de se retirer après avoir saccagé avec les autres barbares tous les environs du Rhône, 8c remontèrent le long de ce fleuve^ pour aller tenter

' Plutarque, in Sertorio. — Orose, 1. 5, c. i6. — ' Voyez tome II, Note XIII, n. 3.

Velléius Paterculus, 1. 2, c. 12. — Floriis, 1. 3, c. 3.

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