‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 259 sur 553 · tS · texte numérisé non relu

tS

An de Rome z '

le passage des Alpes vers le Norinue. D'un autre côté les Teutons & les Ambrons

Éd. origin. ; .

t. i, p. 71.' qui étoient demeurés dans le camp, résolus de forcer celui des Romains Se de s'ouvrir un passage en Italie par la Provence & la Ligurie, attaquèrent Marins dans ses retranchemens. Leur attaque dura trois jours & fut des plus vives; mais la résistance des Romains fut si opiniâtre, que ces barbares, accablés d'une grêle de traits que ces derniers letir tiroient de leurs retranchemens, se voyant toujours repoussés avec perte & désespérant de pouvoir forcer le camp de Marius, abandonnèrent cette entreprise après avoir perdu beaucoup de monde. Ces barbares, s'étant partagés ensuite en trois corps, se mirent en marche pour continuer leur route vers les Alpes, persuadés que Marius n'oseroit les poursuivre. Ayant donc plié bagage, ils défilèrent sous les yeux des Romains qui furent témoins du nombre effroyable de leurs troupes : leur passage dura en effet six jours de suite. En passant sous les retranchemens des Romains, ils leur demandoient par raillerie s''ils navoient rien à mander à leurs femmes, parce qu'ils espéraient de les voir bientôt.

XLVI. — Victoire signalée de Marius sur les Ambrons ^ les Teutons,

à Aix, en Provence.

Dès que ces barbares eurent passé 8t qu'ils furent un peu avancés, Marius sortit de ses retranchemens avec ses troupes, les suivit, &c prit soin tous les soirs de se bien camper & de retrancher son camp pour éviter toute surprise pendant la nuit. L'armée romaine suivit ainsi de près celle des barbares jusqu'à Aix, en Provence, où Marius, s'apercevant que les Teutons n'avoient que très-peu de chemin à faire pour arriver jusqu'aux Alpes, crut ne devoir pas différer plus longtemps à leur livrer bataille. Il se campa pour cela très-avantageusement sur un lieu élevé, mais que le manque d'eau rendoit très-incommode. On prétend que ce général choisit exprès cet endroit, dans la vue de profiter de cette incommodité pour engager le combat. En effet, les troupes romaines se sentant fort pressées de la soif murmuroient hautement de ne pas trouver de l'eau pour l'éteindre, quand Marius leur montrant de la main une rivière qui couloit dans un vallon le long du camp des barbares, leur dit qu'ils pouvoient y aller boire aux dépens de leur propre sang. Eh! que ne nous y mene-7-vous, répondirent-ils, tandis qu'il nous en reste encore dans les veines? Je vous y mènerai aussi ; mais il faut plutôt nous fortifier, répliqua le consul avec beaucoup de douceur, ce qui fit cesser le murmure.

Marius se disposoit à l'attaque de ces barbares, quand, sans y penser, le combat s'engagea de la manière suivante : une troupe de valets & de goujats de l'armée qui manquoient d'eau pour eux & pour leurs équipages, soutenus de qiielques troupes commandées par Marcellus, résolurent, après avoir pris les armes d'une main & des cruches de l'autre, d'aller puiser à la rivière voisine du camp des ennemis. La plupart de ces derniers étant alors occupés les uns à dîner après avoir pris le bain, les autres à se baigner encore dans des sources d'eaux chaudes dont ces lieux abondoient, £<. presque tous ou à se reposer ou

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II. içS ^7^7^^

à taire bonne chère, ne pensoient a nen moins qua se voir attaques par les Romains, qui jusqu'alors avoient toujours évité le combat. Quelques Teutons s'étant cependant aperçus que les ennemis étoient descendus au bord de la rivière pour y puiser, coururent aussitôt en armes pour s'y opposer. Les valets de l'a/mée romaine se voyant attaqués, firent ferme & se défendirent avec beaucoup de valeur en attendant du secours. Leurs cris redoublés se firent entendre jusqu'au camp de Marins qui, ne pouvant plus retenir ses soldats, se vit d'ailleurs obligé de se mettre à leur tête pour aller au-devant de trente mille Ambrons qui, ayant d'abord pris les armes, étoient en marcbe pour venir l'attaquer. Ces Ambrons, qui étoient les meilleures troupes des ennemis &. qui avoient le plus contribué à la défaite de Mallius Si de Cépion, quoique pleins de vin, s'avançoient cependant en bon ordre & avec une contenance fière, frappant sur leurs armes à la manière des Gaulois, marchant en cadence & répétant continuellement leur cri de guerre : Ambrons! Ambrons! autant pour intimider les Romains, que pour s'animer les uns les autres.

Les premières troupes que Marins détacha pour aller au-devant de ces barbares furent les Liguriens, qui entendant le cri des Ambrons, le répétoient à leur tour, parce que ce nom d'Ambrons, qui en langue celtique signifie

voleurs ' , leur étoit anciennement commun avec ces barbares. Ces deux peuples Éd- origin.

ne turent pas longtemps sans en venir aux mains. Les Liguriens, soutenus des

Romains, tombèrent si rudement sur les Ambrons à mesure qu'ils se rangeoient en bataille après avoir passé la rivière qui les séparoit, qu'après un carnage horrible, la plupart demeurèrent morts sur la place le long du rivage; les autres, s'étant retirés dans leur camp, y furent attaqués par les Romains, qui forcèrent les chariots dont ils s'étoient fait une espèce de retranchement. Dans cette extrémité, les femmes des Ambrons prennent les armes, se mettent de la partie Se combattent avec autant de fureur que de courage ; mais enfin la nuit qui approchoit ayant fait cesser le combat, les Romains se retirèrent après avoir taillé en pièces la plus grande partie de ces barbares.

Les Romains, quoique victorieux, passèrent la nuit dans de grandes alarmes, soit parce qu'ils craignoient d'être accablés par la multitude de ces peuples, dont ils étoient environnés, soit parce qu'ils n'avoient pas eu le loisir de se retrancher St qu'ils s'attendoient d'être attaqués au milieu de l'obscurité ; les barbares ne firent cependant alors aucun mouvement non plus que le jour suivant, qu'ils employèrent à se préparer à un nouveau combat. Marins, de son côté, détacha sur le soir Claude Marcellus avec trois mille hommes d'infanterie pour dresser une embuscade dans des bois qui étoient au-dessus du camp des barbares, afin que quand le combat seroit engagé, il pût les charger en queue. Pour les vaincre^ plus aisément le lendemain, il eut soin de les tenir alertes & de les fatiguer durant toute la nuit par de fausses alarmes qu'il leur fit donner de temps en temps. Le matin, à la pointe du jour, Marins

' Voyez Freinshemius, ad Ub. 68 T. Livii, n. 17. ' Frontin, Stratagemata, 1. î, c. 9.

An de Rome '9*^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II.

ayant rangé son armée en bataille sur la colline où il étoit campé, étendit toute sa cavalerie dans la plaine.

Les Teutons, témoinsde tous ces mouvemens, n'attendirent pas pourattaquer Marius qu'il fût descendu avec son armée; ils marchèrent à lui sur la hauteur avec toute la furie dont ils étoient capables. Ce général, sans se déconcerter, soutint avec toute la bravoure possible les premiers efforts de ces barbares 8c les attaqua ensuite avec tant de courage, que les ayant repoussés jusque dans leur camp, ses troupes y entrèrent pêle-mêle avec eux. Malgré cet avantage, les Teutons s'étant ralliés, le combat fut assez douteux jusque vers midi , que la victoire commença à se déclarer en faveur des Romains. Marcellus, sortant alors de son embuscade, prit les Teutons en queue, les tailla en pièces & fit main basse surtout ce qui se présenta devant lui. Ces barbares se voyant investis de tous côtés par les troupes romaines, le désordre & la confusion se met parmi eux, & chacun cherche son salut dans la fuite. Les Romains qui les poursuivirent jusqu'à la nuit firent périr la plupart de ceux qui leur avoient échappé dans le combat; enfin la défaite de ces barbares fut si complète, que d'une armée aussi nombreuse que la leur il se sauva à peine trois mille hommes, & qu'ils eurent, à ce qu'on' prétend, deux cent mille hommes de tués sur le champ de bataille, sans compter quatre-vingt-six mille prisonniers. Le plus distingué parmi ces derniers fut Teutobodus, l'un des rois teutons, qui fut pris dans sa fuite & réservé pour le triomphe du vainqueur, avec plusieurs autres petits rois de la même nation, qui s'étant échappés de cette défaite, furent arrêtés vers les Alpes par les Séquanois, qui les firent conduire ensuite à Rome. Quelques auteurs font ^ monter seulement la perte des barbares dans cette occasion à cent cinquante mille hommes tués sur la place dans les deux journées. Il est certain que le carnage fut épouvantable; car, au rapport d'un^ ancien, les Romains qui voulurent étancher leur soif dans la rivière qui couloit entre les deux camps furent moins abreuvés d'eau que du sang dont elle avoit été grossie.

Les soldats romains voulant, après leur victoire, reconnoître le service important que Marius venoit de rendre à la R,épublique , lui cédèrent généreusement toutes les dépouilles des vaincus ; mais ce général, plus avide de gloire que de butin, n'accepta que ce qu'il crut devoir donner du relief à son triomphe , & ordonna que tout le reste fût brûlé & offert aux dieux en sacrifice. Il étoit occupé à cet acte de religion & partageoit avec son armée la Éd. origîn. joie de la défaite des barbares, lorsqu'un messager lui apporta la nouvelle de son élection pour le cinquième consulat, qu'on lui avoit déféré à Rome,

An de Rome nonobstant son absence, avec la continuation"* dans le gouvernement de la Province romaine pour la quatrième année, ce qui tut un surcroît de joie pour ses soldats.

■ T. Live, Ep'itome 68. — Orose, 1. 5, c. i6. ' Flonis, 1. 3, c. 3.

' Velléius Paterculus, 1. 2, c. 12. ' Pighi, t. 3, p. 166.

Page 1