‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 270 sur 553 · LXXV. — Narbonne se déclare pour Marc Antoine · texte numérisé non relu

LXXV. — Narbonne se déclare pour Marc Antoine

La Province romaine suivit de près l'exemple de Lépidus', son gouverneur, & la ville de Narbonne fut une des premières qui^e déclarèrent en faveur d'Antoine, à la sollicitation sans doute des soldats de la dixième légion qui lui étoient entièrement dévoués, & dont les vétérans avoient renouvelé depuis peu l'ancienne colonie. Furnius, l'un des principaux officiers de l'armée de Plancus, fut chargé dans la suite, à ce qu'il paroît, par l'ordre du sénat, d'aller réduire cette ville ; mais, effrayé par les difficultés Si le danger de cette entreprise, il s'en excusa par une lettre qu'il écrivit à Cicéron, dans laquelle il tâcha de lui persuader qu'il valoit mieux dissimuler la défection de Narbonne, que d'en tenter le siège, dont la levée pourroit avoir des suites fâcheuses. Cicéron approuva les raisons de Furnius, & celui-ci se contenta de maintenir dans la fidélité les autres peuples des Gaules qui n'avoient pas encore pris le même parti.

LXXVI. — Lépidus 6* Antoine vont en Italie, ^ forment le triumvirat

avec Octave.

Antoine 8c Lépidus, devenus par leur jonction formidables à la République, décampèrent ensemble^ peu de temps après 8c s'avancèrent à vingt milles de l'armée de Plancus, comme s'ils eussent eu dessein de la combattre. Celui-ci s'étoit posté avantageusement à quarante milles du camp d'Argens, en sorte qu'il avoit mis une rivière derrière lui 8i s'étoit conservé l'entrée libre dans le pays des Vocontiens ou de Venaissin; mais, sur l'avis de la marche d'Antoine 8c de Lépidus, n'osant s'exposer au combat contre deux armées beaucoup plus fortes que la sienne, il abandonna son camp le 4 de juin, passa l'Isère 8c, après en avoir fait rompre les ponts, alla planter son camp à Cularo, aujourd'hui Grenoble, sur les frontières des Allobroges, en attendant d'y grossir son armée par de nouvelles levées 8c par la jonction des troupes que D. Brutus devoit lui amener d'Italie.

L'armée d'Antoine 8c de Lépidus étoit, en effet, beaucoup plus nombreuse que celle de Plancus; car, outre les troupes que le premier avoit amenées

' cicéron, Epiitolae ai famiVtar. epist. 26. — Appien, de Bello c'iviVt, 1. 3, p. 579 & seq. &

• Cicéron, ihid. epist. ï3. — Dion Cnssius, 1. 46. 1. 4.

AndeRome ^4° HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. II.

d'Italie, elle étoit composée de dix. légions dont trois étoient sous les ordres de Ventidius, & les sept autres sous la conduite de Lépidus, sans compter les troupes auxiliaires des Gaules. L'armée de Plancus consistoit seulement en quatre légions, dont trois étoient composées de vétérans, & la quatrième de soldats nouvellement levés. Ce général fut joint bientôt après par deux légions de vétérans & huit de nouvelle levée que D. Brutus lui amena, & avec lesquelles il eût pu attaquer Lépidus 8c M. Antoine; mais soit qu'il ne se crût pas encore assez fort pour cette entreprise, ou plutôt qu'il favorisât secrètement le parti d'Antoine, il résolut avec Brutus de différer l'attaque de l'armée de ces deux généraux & de solliciter, en attendant, César Octave de venir se joindre à eux pour être plus en état de les combattre.

César, qui avoit pris d'autres mesures depuis la jonction de Lépidus & d'Antoine, ne crut pas devoir faire cette démarche; il fit au contraire bientôt après sa paix avec ces deux généraux, ce qui détermina enfin Plancus à se joindre à eux avec toutes ses troupes. Ceux-ci passèrent ensuite en Italie avec dix-sept légions & dix mille chevaux, après avoir laissé à leurs lieutenans le soin du gouvernement des Gaules & donné celui de la Province romaine à Varius Cotyla, avec six légions qu'ils laissèrent sous ses -ordres pour se défendre, en cas de besoin, contre César Octave dont ils se défioient encore. Ils traversèrent la Province sans faire aucun acte d'hostilité, mais non pas sans y causer presque autant de dégâts que s'ils avoient été ennemis, tant leurs troupes étoient mal disciplinées. Enfin ces trois généraux s'étant joints le 17 de novembre, dans le territoire de Bologne, en Italie, formèrent le fameux triumvirat qui ruina l'autorité du sénat & la liberté du peuple. Un des articles de leur ligue fut qu'ils partageroient entre eux le gouvernement des provinces : celui des l'd. origin. Espagnes & de la Province romaine échut à Lépidus, qui en confia le soin à ses lieutenans, parce qu'ils étoient convenus qu'il s'arrêteroit en Italie pour veiller à sa conservation. Le reste des Gaules tomba en partage à Marc Antoine.

Page 1