LXXVII. — Sort de la Province romaine pendant le triumvirat
Lépidus ne garda pas longtemps le gouvernement de la Province romaine. Les victoires que César & Marc Antoine remportèrent l'année suivante sur Brutus & Cassius leur donnèrent lieu de faire un nouveau partage des provinces' de la République, sans sa participation, parce qu'ils ne le craignoient
plus & qu'ils ne l'avoient jamais estimé. Ils ne lui donnèrent que l'Afrique.
y,j°'"* Marc Antoine prit pour lui toutes les Gaules, dont il donna le gouvernement à des confidens qui n'avoient d'autre mérite que celui de lui être entièrement dévoués. Se qui n'avoient jamais passé par les degrés ordinaires qui conduisent à ces charges.
Il paroît cependant qu'on doit excepter Asinius Pollio, homme également
■ Appien, de Bcllo civili, 1. 5. — Dion Cassius, 1. 48. — Voir Pighi, t. 3, p. 481 & scq.
An de Rome
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recommandable par sa valeur, sa probité & son amour pour les lettres, qui commandoit dans la Province romaine ou Narbonnoise sous les ordres d'Antoine, lorsque ce triumvir s'amusoit en Egypte avec Cléopâtre, & que le consul Lucius, son frère, se brouilla en Italie avec César. Ces deux derniers se réconcilièrent ensuite' sous certaines conditions, dont Tune fut que Pollio laisseroit le passage libre des Alpes à ceux que César voudroit envoyer en Espagne} mais ce traité ne fut exécuté ni de part ni d'autre, 8c Lucius & César se brouillèrent de nouveau, en sorte que Salvidiénus, lieutenant de celui-ci, ayant trompé la vigilance de ceux qu'Antoine avoit préposés à la garde des Alpes, passa en Espagne malgré eux. César avoit déjà^ tenté auparavant d'envoyer des troupes dans cette province; mais Calénus & Ventidius, qui commandoient alors pour Antoine dans la Gaule Transalpine, leur avoient refusé le passage de ces montagnes.
César travailloit en même temps sous main à débaucher les provinces des Gaules, & à les soustraire de l'obéissance d'Antoine, sous prétexte qu'on devoit leur laisser^ le gouvernement libre, conformément aux vues de Jules César, son père, mais dans la vérité pour s'en rendre maître lui-même. En effet, après que Salvidiénus, son lieutenant, eut repassé les Alpes & lui eut amené six légions, qu'il eut assiégé 81 pris Lucius dans Pérouse, s'étant brouillé entièrement avec Antoine, il agit ouvertement pour gagner à son parti les 714 troupes que Calénus, lieutenant de ce dernier, commandoit dans les Gaules dans le dessein de s'assurer de ces provinces. Calénus étant mort sur ces entrefaites. César s'avança vers les Alpes Sx. vint aisément à bout de Fuffius, fils de ce général, qui commandoit à sa place en deçà de ces montagnes. Se qui se rendit sans coup férir avec toutes ses troupes : elles consistoient en onze légions qui prirent aussitôt le parti de cet empereur, ce qui lui assura la possession de toute la Gaule Si de toute l'Espagne. Ce triumvir destitua ensuite tous les préfets qui gouvernoient ces provinces au nom S< sous les ordres d'Antoine, & en substitua d'autres à leur place, qui lui étoient entièrement dévoués; après quoi il retourna en Italie.
Il paroît que César donna alors le gouvernement de la Province romaine à Salvidiénus, son lieutenant. Nous savons du moins que celui-ci y commandoit les troupes'* au nom de cet empereur lorsque, quelque temps après, il se réconcilia avec Antoine. Ce dernier découvrit alors à César le dessein que ce lieutenant avoit eu de le trahir Si les offres qu'il lui avoit faites, par un exprès qu'il lui avoit dépêché, dans le temps qu'il étoit occupé au siège de Brindes, d'embrasser son parti avec toutes les troupes qu'il commandoit aux environs du Rhône. César, irrité contre Salvidiénus, le manda aussitôt sous prétexte d'avoir besoin de sa présence pour fort peu de temps, avec promesse de le renvoyer incessamment dans son camp; mais ce général fut à peine arrivé, qu'il le fit arrêter, lui reprocha sa perfidie 81 le fit juger par le sénat qui le con-
' Appicn; Je Bello civili , 1. 5, p. (j83 & ieq. ' Appien, de Bello civili, 1. 5, p. 683 & set],
* Dion Cassius, 1. ^3, p. 362. ' Ibid. 1. 5, p. 710.
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damna à la mort. Cet empereur céda en même temps à Antoine toutes les troupes qui étoient auparavant sous les ordres de Salvidiénus dans la Province romaine, & dont la fidélité lui étoit suspecte, t. i,°p'.'|s.' César Si Antoine convinrent entre eux, après leur réconciliation, d'un nouveau partage des provinces de la République. Ils ne laissèrent encore à Lépidus que l'Afrique 8c partagèrent tout le reste : le gouvernement de l'Orient échut à Antoine, & celui d'Occident, & par conséquent les Gaules, à César. Celui-ci envoya incontinent après Hélénus, son affranchi, en Sardaigne,au secours de Lurius, son lieutenant, à qui Menas, affranchi de Sextius Pompée, faisoit la guerre. Ce dernier, qui étoit maître de la Sicile, avoit ranimé son parti & s'étoit même uni avec Antoine contre César, dans le temps de leur brouillerie ; mais ayant appris la réconciliation de ces deux triumvirs, il fit partir" Menas avec une flotte pour aller ravager les provinces qui leur étoient soumises. Menas fit d'abord une descente sur la côte de l'Étrurie, qu'il désola, 8c vint ensuite sur celle de la Gaule Narbonnoise, où il fit prisonnier M. Titius, qui y équipoit une flotte 8c y avoit son quartier. Pompée pardonna à ce dernier, tant en considération de Titius, son père, qui servoit auprès de lui en Sicile, qu'à cause que ses soldats avoient le nom de Pompée écrit sur leurs boucliers. Nous ignorons si Titius, qui fut pris dans la Narbonnoise, y commandoit au nom de César, à qui cette province appartenoit par le nouveau partage dont on vient de parler : nous savons du moins que cet empereur fit gouverner par des préteurs celles qui étoient de sa dépendance. De ce nombre fut Vipsanius Agrippa, favori de ce prince, qui obtint de lui le commandement An de Rome '^^ '^ Gaule Transalpine, 8c qui fit quelques expéditions en Aquitaine Se sur 717 le Rhin.