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LXXVIII. — Fondation de la colonie de Nimes

C'est à cette époque ou à celle du voyage que fit Agrippa en Espagne quelques années après, pour réduire par ordre de César les peuples de la Biscaye qui s'étoient révoltés, que quelques^ auteurs rapportent l'établissement de la colonie de Nimes, dont ils attribuent la fondation à l'un 8c à l'autre, sur l'autorité d'une médaille^ que cette colonie fit frapper à leur honneur'*. Cette

' Dion Cassius, 1. 48, p. SyS. — Plutarque, in coloniales de la même ville, les seules dont les

Antonio. Bénédictins se soient réellement occupés, ne re-

' Lacarry, Historia colon. Gallorum, 1. 4, c. 8. — montent probablement point jusqu'à l'époque de

Guiran & Grasser, Antiquitates Nemausenses. l'indépendance ou de l'autonomie gauloise propre-

' J. Foy Vaillant, Numismata, &c. — Hardouin, ment dite. Toutes celles que l'on connaît aujour-

Opera^ p. 704. d'hui paraissent avoir été frappées postérieurement

^ On sait aujourd'hui, de manière à n'en pouvoir à la conquête de la Province & à la nouvelle orgadouter, que la ville de Nemausus a frappé des nisation donnée au pays par les Romains (i 2 1 - i 1 8 monnaies de bronze & d'argent, longtemps avant avant notre ère) '. Mais elles s'y présentent en l'époque où elle a pris le titre de colonie. Ces monnaies autonomes, comme les appellent les numis- x- • . >■, . j .. . j 1

' '^'^ ' Nous écartons complctement de cette tlude les monnaies;

matistes actuels pour les distinguer des monnaies ibériciincs de bronze que M. Boudard attribuait à la ville de

médaille représente d'un côté deux têtes d'empereur, dont l'une, qui est celle de César Auguste, est couronnée de laurier; & l'autre, qui est celle d'Agrippa,

revanche avec une suite & une variété de types que l'on rencontre rarement dans la numismatique de la Gaule, assez pauvre en monnaies de villes, comme on le sait'. Antérieures de près d'un siècle à Strab( n Se à Pline, avec lesquels commence l'histoire proprement dite de la ville romaine % elles seraient antérieures aux documents épigraphiques eux-mêmes dont la série, toute riche qu'elle est ici, ne remonte guère au delà du temps d'Auguste^, & nous allons voir, en les étudiant avec un peu d'attention, qu'elles ont aussi de précieux renseignements à nous fournir sur les premiers temps de son histoire dont elles reflètent, d'époque en époque, les vicissitudes & les révolutions oubliées.

i"* Les plus anciennes en date de ces monnaies autonomes, que l'on divise aujourd'hui en deux séries bien distinctes, seraient, suivant un numismatiste contemporain, de petites monnaies d'argent, analogues de fabrique comme de type, aux deniers consulaires de la République romaine, qui se subdivisaient, comme on le sait, en quinaires (cinq as) & en sesterces (deux as & dem i : 1 1 S) '. La tète jeune & imberbe qui remplace, du côté droit, le buste casqué de Roma est ceinte de la bandelette de laine Çvitta) , qui distingue les héros ou les demi-dieux, & porte les cheveux relevés sur le front à la manière gauloise. Le cavalier galoppant que

Nîmes, en s'autorisant d'une légende de trois lettres NMY où il croyait reconnaître le nom de Nemausus & qui nous reporteraient, elles, au temps de la domination des Ligures, c'està-dire à une époque antérieure à l'apparition des Volkes dans le Midi. (Essai sur la numismatique ibérienne, p. 25i & suiv.)

" M. de la Saussaye, Numismatique de la Gaule Narbûnnaise, p. 154.

3 César, qui parle des Volkes Arécomiques assez longtemps avant Strabon (Voir plus loin), ne prononce pas même le nom de Nemausus, quoiqu'elle fût certainement de son temps la métropole de la nation & une ville populeuse relativement parlant. Nous en trouverions la preuve, à défaut d'autre, dans le tracé caractéristique de la voie Domitia (elle est contemporaine de la conquête ou peu s'en faut), qui ne se serait point dirigée résolument sur Nemausus, après avoir franchi le Rhône à Ugernum (Beaucaire), si elle p'avait trouvé là, comme à Baeterrae, comme à Narbo, des centres de population déjà considérables, reliés les uns aux autres par des chemins antérieurs, que les ingénieurs romains n'ont fait souvent que rectifier & consolider (sternere, viunire) , comme ils le disaient eux-mêmes.

« A de rares exceptions près, sur lesquelles nous reviendrons plus loin.

s L'historien Ménard, qui a publié l'un des premiers cette rare monnaie dont Bouleroue connaissait avant lui un exemplaire (Rec/icrcAes curieuses i/^swionnoies rfe France, n<'35, p. 5o, in-folio, 1666), la décrit sans la comprendre & , à ce qu'il paraît, sans l'avoir vue; car il lui donne les dimensions êi le poids d'un petit médaillon d'argent. (Dissertation sur les médailles de la colonie de Nimes, t. 7, p. 163-167 & pi. n. V.) — L'exemplaire publié par M. de 'la Saussaye, pi. XIX, n. I, répond comme dimension au type n. 3 de la jauge de Mionnet.

l'on voit au revers, au dessus d#mot NEMAV[sai] ou NEMAV[5ert5e5], gravé à l'exergue en caractères latins, rappelle lui-même le type tout romain des Dioscures que les monétaires gaulois dédoublaient volontiers^, pour les identifier avec tel ou tel de leurs dieux topiques (Jei, semi dei, "HpwEç : Voir plus haut). Il est coiffé comme eux du p'ileus, que surmonte à son tour une étoile à six rayons, gravée dans le champ de la monnaie au-dessus de la tête du demi-dieu. Mais la longue lance dont ils sont constamment armés sur les deniers de coin romain cède ici la place au double épieu que brandissaient les Gaesates mercenaires, lors des dernières invasions gauloises en Italie'. — Le poids de ces petites monnaies (2 gr. 26), dont on tient sérieusement compte aujourd'hui, ne répond lui-même ni à celui des deniers consulaires qui ont pesé jusqu'au règne de Néron 3 gr. 46 en moyenne, ni à celui des quinaires (1 gr. 72) dont elles ne portent d'ailleurs ni la sigle Q[Quinarius) ni le chiffre V (Quingue asses^ A en juger par les rares exemplaires que l'on a pu peser jusqu'ici ', il rappellerait plutôt celui des drachmes massaliotes', que les Volkes Tectosages ou Arécomiques imitaient déjà à l'époque de l'autonomie gauloise "' (voir plus haut). Il y a donc plus d'une raison de croire, comme l'a supposé M. de la Saussaye, en s'autorisant de ces affinités & de ces différences, qu'elles ont été frappées pendant la période qui a suivi immédiatement la conquête (de l'année 121 à l'année 77 avant notre ère)", à une époque où la ville, soumise de fait aux Romains, conservait le droit de monnayer en son nom l'argent & même le bronze, & d'en régler le poids sur celui des villes romaines ou étrangères avec lesquelles elle était en rapports habituels de commerce ou d'affaires. Elles se trouveraient ainsi contempo-

6 Voyez M. de la Saussaye, /./. p. 162.

' Voir une des notes du premier livre, page 44, note 3.

8 Car Bouteroue ne donne pas le poids du sien.

9 Celles de la période correspondante pèsent en moyenne 2 grammes 58.

"> La sigle A que l'on remarque dans le champ du droit, derrière la tête du dieu Nemausus , ne prouverait pas plus dans un sens que dans l'autre, puisqu'elle est commune aux deux alphabets & que ces sigles monétaires se retrouvent sur les monnaies massaliotes comme sur les monnaies consulaires.

>> Le travail presque élégant de celte pe\\te pièce d'argent, que le vieux Bouleroue trouvait déjà d'asse^ bon maislre, & le nom tout romain de Nemausus que nous trouverions ici sous sa forme la plus ancienne, en admettant l'attribution proposée par M. de la Saussaye, conviendraient au moins autant à l'âge de César & d'Auguste qu'à celui des Gracqucs ou de Marius. Mais comment expliquer alors l'omission caractéristique du titre de colonie que la ville prenait certainement sous Auguste, & que les numismatistcs allemands voudr;iient reporter aujourd'hui jusqu'au temps de César ? (Voir plus loin.)

Ail de Rome

est ornée d'une couronne navale ou éperonnée, avec ces mots : IMP. PP. DIVI. F. Le revers représente un crocodile marchant sur des rameaux de

raines ou peu s'ei* faut de la monnaie bien connue des VOLCAE AR ou AREC[onn'i:i], qui paraît postérieure elle-même à la conquête de la Province ", & qui nous fournirait à ce titre une nouvelle preuve de l'espèce d'autonomie laissée par les Romains à la puissante nation des Volkes Arécomikes, dont la ville de Nemausus était déjà le centre 8c le chef-lieu.

2° C'est en l'année 77 avant notre ère", que Pompée, pour récompenser les Massaliotes de leur fidélité à la cause du sénat, leur céda en toute propriété le territoire des Volkes Arécomiques & celui des Helviens '^, compromis comme eux dans les troubles qui venaient d'agiter la Province, après les guerres civiles de Marius & de Sylla ''. La ville de Nemausus, qui était depuis longtemps déjà le ehef-lieu politique & administratif de ce territoire, se trouva, par suite de cette révolution, transformée en ville grecque, de ville gauloise ou gallo-romaine qu'elle avait été jusqu'alors. Il est à peu près certain, comme nous allons le voir, qu'elle est restée soumise à ces nouveaux maîtres jusqu'à l'époque où César, pour punir les Massaliotes de leurs sympathies 8c de leurs préférences politiques, les dépouilla, après le siège 8c la prise de leur ville (^ç avant notre èrej, de tous les territoires qu'ils possédaient en terre ferme. Mais on ignorait jusqu'à ces derniers temps qu'elle eût frappé, pendant cette période de vingthuit ans, des monnaies autonomes, analogues, aux types 8c à l'idiome près, à celles qu'elle frappait pendant la période précédente.

Ces monnaies, dont l'attribution a été définitivement fixée par M. le marquis de Lagoy '", sont

'• L'assertion est au moins incontestable pour celles de ces monnaies qui portent au revers de la tête de Diane, type emprunté aux monnaies massaliotes, des symboles tout romains d'apparence, comme l'aigle aux ailes éployées tenant une couronne dans son bec, & un personnage en toge (Gallia togaîa ?), debout à côté d'une palme dressée. (Voir M. de la Saussaye, /./. p. i52, i53 & pi. XVUl, n<" 7 & 9.)

'î Suivant M.M. Klotz (Ciceronis opéra, t. 5, p. i52) & Herzog {Gall. Narb. p. 6fi & note 73), ou en 76 suivant M. Mommsen, qui place la propréture de Manius Fontéius entre les années 678 & 680 (76 & 74 avant notre ôre). Roem. Gesch. t. 3, p. 211.

"^ I.e Vivarais actuel.

■3 « Principes vero esse earum partium Cn. Pompeium & C.Caesarem, patroiios civitatis, quorum aller (Pompeius) agros Volcarum Arecomicorum & Helviorum publiée eis

concesserit » {César, de Bell. civ. 1. i, c. 35.) Il paraît

cependant, comme Cicéron le laisse entendre, qae ces exécutions décrétées en principe par Pompée n'auraient été consommées que sous le gouvernement de M, Fontéius & pai- Fontéius lui-même : « Qui erant llostes subcgit, qui proximi fuerant, eos ex iis agris quibus a Pompeio erant mulctati decedere coegit. » (Cic. pro Font. c. V [II], edid. R. Klotz ) — « Der Statthalter Manius Fontéius fûhrie dièse Anordnungen ans » (.VIommsen, /./.)

'« Description de quelques médailles inédites de Massilia.

toutes de bronze 8c d'un faire assez inégal, ce qui semblerait indiquer qu'elles ont été fabriquées à diverses époques, sinon en divers lieux. Elles portent du côté droit une tête jeune dans laquelle l'éminent numismatiste croyait reconnaître l'imag» de la Fontaine (fons & deus Nemausus], couronnée de roseaux, comme l'est celle de la nymphe Aréthuse, dans les belles monnaies des Syracusains. Le revers offre le type du sus galUcus (le sanglier en arrêt), dessiné d'une manière barbare 8c convenue, comme il l'est si souvent sur les monnaies gauloises antérieures ou postérieures à la conquête. La légende, qui n'est autre chose que le nom ou l'ethnique des Nemausenses, est écrite en deux lignes, dans le champ du revers 8c en caractères grecs cette fois, NAMA-wAT((iJv), ce qui semblerait indiquer que les gens de la ville gauloise, en passant sous la domination des Massaliotes, avaient adopté l'idiome de leurs nouveaux maîtres, comme langue officielle au moins ". C'était de la même manière que la ville à^Avenio, située chez les Cavares, de l'autre côté du Rhône, frappait vers le même temps des monnaies d'argent, qui rappellent à plus d'un égard les monnaies grecques de Nemausus^^^ car elles portent aussi comme symbole l'image du sus gallicus avec le nom de la ville écrit en caractères grecs ".

On ne sait précisément à quel titre elles figuraient l'une 8c l'autre dans le groupe de villes alliées, protégées ou sujettes, qui formaient à cette époque le domaine des Massaliotes 81 que l'on désignait à cause de cela sous le titre générique de niXetç 'EXXr|v!o£5 (les villes grecques)'". Mais les sym-

Glanum, &c., 1834, in-4°, p. 34 & suiv. — Les rares numismaîistes qui l'avaient étudiée ou publiée avant lui, Fauris de Saint- V^incens notamment, la confondaient avec les monnaies barbares ou semi-barbares de Massalia, qui tronquent ou altèrent de diverses manières le nom même de la ville.

■' La forme namaî ou namavs, que suppose l'adjectif NAMASATlsî] analogue à l'ethnique namatcatic de l'inscriptique celtique de Vaison (auiourd'hui au Musée d'Avignon), est marquée d'un caractère dorien qui n'a point survécu du reste à la domination des .Massaliotes, puisque la ville allait reprendre à l'époque suivante le nom de NE.MAVSVS, sous lequel elle était déjà connue à l'époque précédente.

■» Ce rapprochement ingénieux appartient à .M. de la Saussaye (jVKmïsmarf^we i^^c'/tt Giî«/e.Vdr^07î72(3î5e, p. 162 à 164), au savant livre duquel nous nous référons souvent dans le cours de cette étude.

>9 Ou gréco-harbares, car on y lit d'une manière plus ou moins complète : AOVE, aïe, (A]or[F.]NOAN, [A]orE[N'linA'N). lectures de M. de Lagoy. D'autres sont de bronze Si portent au revers le taureau cornupète des Massaliotes. (M. de la Saussaye, Numismatique, p. i37 & pi. XVI.)

^* ... xoi T.iXtKi 'EA^r,V'.SeÇ

ô; MoffTa>.nûtai <^uxott^ d-ûxioav.

Anonymi (vulgo Scvmni Chii), Orbis descriptio, v. 202-203.

Les Romains la connaissaient sous le nom générique de Graccia (Grecia, Gretia), qui paraît avoir survécu à la chute

palmier, & attaché par une grosse chaîne à un palmier d'où pendent des bandelettes d'un côté 8c une couronne civique ou de chêne de l'autre, avec

An de Rome

boles tout gaulois & la fabrique à demi barbare des monnaies que nous décrivons ne permettent guère de douter que les Namasates ne soient restés fidèles, sous ce nouveau régime comme sous le précédent, aux habitudes & aux croyances de leurs ancêtres, dont ils continuaient à parler l'idiome, s'il faut en Juger par la célèbre inscription celtique, en caractères grecs, découverte au siècle dernier près du sacellum de la Fontaine", & que l'on croit non sans raison comtemporaine de cette période. A l'époque impériale avec laquelle commence l'épigraphie romaine de la ville, c'est à l'idiome celtique ou au dialecte de cet idiome parlé chez les Vollces qu'appartiennent encore la plupart des noms locaux de dieux, d'hommes & de lieux qui ne sont ni grecs ni latins d'origine. En dépit de son titre de ville grecque & de sa population déjà considérable, la ville de Nemausus n'aurait été à cette époque, comme la Tolosa des Tectosages, qu'un grand village celtique à peine fermé de fossés & de murs, puisqu'on ne trouve pas trace à Nimes de mur d'enceinte antérieur aux murs romains bâtis par Auguste, quinze ou seize ans avant l'ère chrétienne ". M. de Lagoy, qui a étudié le premier, d'une manière attentive & intelligente, les curieuses monnaies que nous venons de décrire, a constaté que la plupart des exemplaires recueillis ou étudiés par lui provenaient du bassin ou des environs de la Fontaine, dont le culte (voyez supra) aurait ainsi précédé à Nemausus la domination des Massaliotes.

3° Les plus connues des monnaies coloniales de Nemausus sont celles qui portent pour symbole le crocodile enchaîné au palmier, & pour légende, les deux mots : COL[onia] NEM[aBSU5] inscrits dans le champ de la monnaie au-dessus du crocodile. Elles sont toutes de bronze & de moyen bronze qui plus est", quoique l'on ait signalé avec

de la puissance massaliote, puisqu'on le trouve encore dans la Table thdodosienne.

>* Voir une des notes précédentes.

*■ lUP • CAESAR • DIVI * F ■» AVGVSTVS » COS * XI • TRIB » POTEST VIII • PORTAS * MVROS » COL ■» DAT

(MiLLiN, Voyage dans le midi de la France, t. 4, p. 205, & Atlas, pi. 74. — Herzog, Afpcnd. epigr. n. gi.)

■s Celles que l'on désigne sous le nom de grands bronzes (M. DE LA Saussaye, /./. p. 175, Catalogue, n. 8), ne sont évidemment que des moyens bronzes frappés sur un flan plus large que le coin, comme le prouve le cercle du grônctis, tracé alors à une certaine distance de la marge du flan. Les petits bronzes de cette prétendue série, qui n'ont rien de commun eux-mêmes avec les petits bronzes de l'époque impériale, tiennent le milieu comme module entre les moyens bronzes & les petits bronzes proprement dits. Plusieurs d'entre eux sont incontestablement coulés & rappellent par

raison des différences de module assez tranchées quelquefois d'un exemplaire à un autre. Les types, en revanche, & la légende restent à peu de chose près les mêmes, & il suffit de les examiner avec un peu d'attention pour être convaincu qu'elles ont été frappées cette fois, comme l'étaient du reste les monnaies coloniales des autres provinces, à l'imitation des monnaies romaines de bronze dont elles rappellent le poids, le module & les types, escortés aussi de légendes toutes latines.

Des deux têtes adossées qui forment le type constant du côté droit (anticu), l'une est incontestablement celle de l'empereur Auguste, auquel la monnaie aurait été dédiée, si nous expliquons bien les sigles de la légende qui les entoure : IMP • DIVI • F • (IMPerator, DIVI Vilius), & IMP • DIVI . F • P • F • {IMPerator, DIVI Filius, Pater Patriae)'*, Nue sur quelques exemplaires, assez rares il est vrai, elle est ceinte sur le plus grand nombre d'une couronne de laurier ou d'une couronne de chêne qui ont chacune leur sens & qui auraient chacune leur date dans l'histoire de son règne, s'il était aussi facile qu'on paraît le croire d'en distinguer les feuillages". La tête de gauche, qui porte pour tout ornement une bandelette de laine [vitta) surmontée d'un éperon de navire [corona rostrata, n^valis, classica) , n'est & ne peut être que celle de Marcus Vipsanius Agrippa, le général heureux & l'ami dévoué d'Auguste, pour lequel il avait battu Sextus Pompée sur les côtes de Sicile, Antoine & Cléopàtre, au combat naval d'Actium '*.

leur fabrique à demi barbare d'autres monnaies du même genre & du même calibre frappées aussi dans la Gaule, à ce qu'il paraît, pendant les premiers règnes de l'Empire. — M. le capitaine Colson avait recueilli un assez grand nombre de ces monnaies gallo-romaines qu'il se proposait d'étudier & de publier.

'* Cette attribution que les types suggéreraient seuls nous paraît ressortir à la fois du titre d'lMP{erator] qui ne convient qu'à un seul prince quand il est écrit avec un seul P, comme l'avait déjà remarqué Ménard (/./, p. 1 5g), de celui de DIVI (sous-entendre IVLI) K|i7ius) que l'on ne donnait qu'à l'empereur Auguste, fils adoptif de Jules César, & des deux mots Pater Patriae par lesquels nous complétons les deux sigles souvent discutées de la seconde légende (Voir plus loin).

•« Ces particularités sur lesquelles nous reviendrons ont fourni à M. de la Saussaye la base d'un essai de classification qui nous paraît pécher cette fois par excès plutôt que par défaut de précision. (/./. p. 16.)

»6 Celte couronne qui distingue la tête d'Agrippa sur les monuments antiques

Tempora rostrata fulgent redimita corona

(ViRo. Ain. c. 8, v, 684.) remonterait, comme nous l'apprend Vclléius Palerculus, à l'année 718=36 où il détruisit sur les côtes de Sicile entre Mylae & Naulocque les flottes de Sextus Pompéius ; « Insigne coronae classicae quo nemo unquam Homanorum

An de Rome 7'7

cette Inscription : COL. NEM. c'est-à-dire Colonia Nemausensîs. Le crocodile St le palmier marquent, à ce qu'on croit, ou la réduction de l'Egypte

Un numismatiste contemporain, qui a étudié avec beaucoup de soin la légende & les types de cette monnaie intéressante à plus d'un titre, a cru reconnaître dans ces deux têtes un souvenir altéré de l'image du Janus à deux faces [bifrons) qui figurait encore à cette époque sur les monnaies de bronze de la République, en y prenant par degrés des allures tout humaines, le caractère de portraits plus ou moins ressemblants". On les retrouve détachées comme ici & disposées de la même manière sur des monnaies de bronze que frappaient vers le même temps les colonies ou les villes latines de la vallée du Rhône, dont celle de Nemausus se serait ainsi contentée de suivre & d'imiter les exemples"'. La proue de galère surmontée d'une tour à plusieurs étages qui forme le revers habituel de ces monnaies coloniales rappelle elle-même, comme point de départ, la prora. navis qui figurait aussi depuis des siècles sur les asses pondéra antérieurs aux guerres puniques & sur les as réduits qui les ont remplacés. Mais ce type sacramentel disparaît ici pour faire place à celui du crocodile passant ou enchaîné au palmier, dans lequel il est difficile de voir autre chose qu'une nouvelle allusion à la bataille d'Actium, gagnée par Agrippa, & à la conquête de l'Egypte qui avait été la conséquence de cette victoire. Un denier d'argent de l'empereur

donalus erat, hoc bello Agrippa singulari virtute mentit. n (Vell. I. 2, c. 81.) Le seul honneur qu'il ait reçu après sa victoire d'Actium, s'il faut en croire Dion, serait un étendard bleu de nier, comme le manteau dont il se parait aux grands jours. (Dion, 1. 5i, c. 21.) Les artistes contemporains le représentent volontiers sous les traits de Neptune portant le dauphin & armé du trident. (Voir les moyens brot!{es de son troisième consulat & la statue de l'ancien Pala^{0 Grimani, à Venise.)

37 M. de la Saussaye, l.l. p. 166. — Voir notamment les as réduits frappés du temps de Pompée & à son image, au moins d'un côté, comme l'ont remarqué tous les numismatistes.

>8 Les plus récentes de ces monnaies qui auraient servi de type à celles de Kemiiusus pré.scntcnt, à Lyon comme à Vienne, deux têtes adossées, dans lesquelles .M. de la Saussaye croyait reconnaître les portraits d'Auguste & d'Agrippa. Elles portent pour légende les trois mots LMP. DlVl F., disposés comme ils le sont dans nos moyens bronzes. D'autres, antérieures de date suivant lui, auraient été frappées en l'honneur de Jules César & d'Auguste, dont elles portent les noms écrits en face de la tète à laquelle ils se rapportent : DlVI IVLl d'un côté, DIVI F{ilius] de l'autre, & les titres communs aux deux IMP. ou IMP.CAESAR, placés à Vienne au-dessus & au-dessous des deux bustes. — Nous insistons sur ces distinctions, parce qu'elles ne nous paraissent rien moins que favorables à l'opinion des numismatistcs allemands, qui regardent aussi Nemaustts comme une colonie Julienne contemporaine des colonies Juliennes de Vienna &i de Litgdanum dont elle se serait contentée d'imiter les monnaies augustales, comme nous serions en droit de les appeler. (Voir MlVl. DE BoissiEU, In$c. unliq. Je Lyon, p. i3o, i3i ; & DE LA Saussaye, p. 129 & pi. xv.)

Auguste, frappé à l'occasion du même événement'' & dont nous pourrions invoquer ici le témoignage, porte aussi pour symbole le crocodile passant & pour légende les deux mots : AEGYPTO • CAPTA, écrits en toutes lettres cette fois dans le champ du revers.

Les érudits qui ont étudié les premiers la curieuse monnaie que nous venons de décrire'" avaient été vivement frappés de ces allusions, qui semblaient éclairer à leur tour l'histoire assez peu connue des origines de la ville romaine. C'est ainsi que, prenant au pied de la lettre le titre de COL[on;a] constamment associé ici au nom de NEM[auja5], ils en étaient venus à l'assimiler, de fait comme de nom, aux grandes cités romaines de la Province, dont plusieurs avaient été réellement fondées ou ravivées par de véritables colonies, civiles d'abord, militaires plus tard". Rien n'indiquait, il est vrai, à quelle légion appartenaient cette fois ces colons militaires que les gens de la ville auraient à leur tour oubliés d'assez bonne heure, puisqu'on ne les voit jamais ajouter à leur nom l'épithète ou le numéro d'ordre de la légion dont ils seraient sortis, comme le faisaient avec une sorte d'orgueil les habitants des vraies colonies auxquelles nous faisions tout à l'heure allusion ''. Strabon & Pline, les seuls des écrivains anciens qui nous aient conservé quelques renseignements un peu précis sur le régime intérieur de la cité, la classent l'un & l'autre parmi les villes latines de la Province, dont la condition n'avait rien de commun politiquement parlarit avec celle des colonies proprement dites. Tout le monde sait, en effet, que les habitants des colonies étaient de droit & de fait citoyens romains; tandis qu'on ne le devenait à Nemausus, comme Strabon nous l'assure en précisant ton assertion, qu'après avoir exercé successivement les hautes charges de

=9 En l'an de Rome 726 (vingt-huit ans avant l'ère chrétienne) comme le prouve le titre de COS VI qu'il y prend à la suite de son nom. (Voir Eckhel, Doctr. numm. ret. t. 6, p. 83.)

3° Depuis le vieux Poldo d'Albénas {Discours historial de l antique & illustre ciste de Nisjnes, iSSj, in-fol.), — sans parler du Hollandais Goltz, de l'Allemand Occo & de l'Espagnol Antonio Agoslino, jusqu'à l'historien Ménard qui regarde encore notre monnaie comme « la médaille de la colonie proprement dite » (/./. p. 162), « la principale de toutes celles qu'elle a frappées. » (/./. p. i58.)

3« Voir les notes précédentes.

3' De là les noms de Decumani Narbonenses ou Narboneses, de Septimani Baelerrenses, de Sextant Arelatenses, &c., sous lesquels ils se désignaient officiellement en associant au nom de la ville le nom de la légion qui l'avait fondée ou renouvelée , Narbo Martius Decumanorum Baeterrae Septumanorum , Forum luli Oclavanorum , Arelate Sextanorum , Arausio Secundanorum. ( Voir passim les écrivains & les inscriptions antiques.)

sous l'empire d'Auguste, ou que les vétérans qui furent envoyés pour peupler cette colonie avoient servi dans la guerre d'Alexandrie.

An de Rome

l'ordo ou du conseil municipal, qui répondaient à celles de l'édilité & de la questure chez les Romains ".

Carcasum & Toloia, les principales villes des Volkes Tectosages, dont l'histoire nous est moins connue encore que celle de Nemausus, avaient été traitées, à ce qu'il paraît, de la même manière qu'elle par les Romains ; elles figurent au moins avec elle dans cette classe nombreuse en Gaule des oppida Latina dont Pline nous a conservé la liste, empruntée, comme nous l'avons déjà remarqué, à des documents officiels'^. Mais on n'admettait point à cette époque que de simples municipes, car les villes latines n'étaient que des municipes dotés de certains privilèges, aient pu joindre à leur nom sur des monuments publics le titre de colonie, purement honoraire dans ce cas, tout en conservant leur condition & leur droit originel '^ Désignée comme elle l'est ici sous le titre formel de Colonia (COL NEM), la ville de Nemausus ne pouvait avoir été autre chose qu'une colonie romaine au sens classique du mot {^Colonia civium Komanorum), contemporaine de l'empereur Auguste, qui n'en avait établi que de militaires comme le divin Jules. Aussi ne doutait-on point, en prenant au pied de la lettre le symbole du crocodile enchaîné au palmier, qu'elle n'eût été fondée l'année même de la conquête de l'Egypte (724=30) par les vétérans de quelqu'une des légions qui avaient pris part à ce glorieux fait d'armes''.

*' ... OppiJa latina... Xemausum Arecomicorum (Plin. Nat. HUt., 1. 3. c. 4' 5). — « MTjTp'.ïoXtî <i tû* AfT.xoiAiïJiwv i«Ti

I4ijjLa^>o9Ç... ïf^vtttL xai TÔ xaXo'jjitvow Awtiov, CàUzt Tf>'j; à(iwQivTa; à^lfavo^ta; xst ia|&ttia( iv Nija«'J9w Pbi)Aai9'j; ûi;«p;(»y * jià il toOto ù'âV t»i!o Toïç iep99tâ^iiaffi tùv ix tT,ç "PwfLiiî «i^aTi]vAv lirn TÔ Wïo; ■to:*T9. " — (Strab. 1. 4, C. I, ( 12.)

3^ ...OppUa latina... Carcassum Volcarum Tectosagum... Tolosani Tectosagum, Aquitaniae contermini. (Plin. Nat. Hist.. I. 3, 4[51.)

3S Comme l'ont démontré les historiens & les jurisconsultes allemands dans de récents travaux, parmi lesquels nous citerons le savant ouvrage de M. -Mommsen, sur les tables de bronze de Salpcnsa & de Malaga (découvertes en i83i), qui nous ont conservé le texte incomplet, il est vrai, de la lex, c'est-à-<lire de la charte d'institution de ces deux municipes. (Die Stadtrechte der Lateinischen Gemeinden Salpensa und Malaca, in der Provins Baetica. Leipzig, i855, in-S".)

î6 - Les symboles du crocodile & du palmier, dit encore M. de la Saussaye. étoient probablement empruntés aux enseignes de ces vétérans, car c'étoit un usage adopté par les légions romaines d'y placer la représentation emblématique des succès obtenus dans leur campagne. » (/./. p. 167.) Assertion difficile à concilier avec te témoignage des monnaies & des bas-reliefs antiques, ceux de la colonne Trajane notamment, qui nous montrent toujours les aguilae des légions composés comme les signa des cohortes de disques ou de tabettae de bronze superposes les uns aux autres sans autre ornement que le numéro d'ordre de ta légion ou que les sigles S. P. Q. R. — La colonie qu'il croit " sinon fondée, au moins augmentée par ces vétérans, » serait antérieure suivant lui â

Frappée à la suite, sinon à l'occasion de cet événement mémorable pour la ville au moins, la médatlle^'^ qui nous en a conservé le souvenir prenait à son tour l'importance d'un texte inédit, dont les moindres détails ont leur valeur si l'on en comprend le sens & la portée. La couronne de laurier dont paraît ceinte la tète de l'empereur, habituellement nue sur ses monnaies de coin romain, s'expliquait tout naturellement par le triomphe de trois jours qui avait suivi, à deux ans d'intervalle, il est vrai (725^=29), la victoire d'Actium (723^=3 1), à laquelle la ville semblait ainsi rattacher son ère, solidaire de l'ère impériale elle-même". Celle que l'on voit suspendue à la tige ou aux rameaux du palmier, au revers d'un grand nombre d'exemplaires, devenait, avec un peu de bonne volonté, la couronne de chêne que le sénat l'avait autorisé (deux ans plus tard : 727=27) à suspendre au faîte de sa maison du Palatin'^, à cause des milliers de citoyens auxquels il avait sauvé la vie en fermant

la ville latine contemporaine de Pline qui la désigne sous ce titre « quoiqu'elle fût d^s lors une colonie, » comme le prouveraient seules les monnaies que nous décrivons.

3? C'est le nom sous lequel les numismatistes ont désigné longtemps les monnaies anciennes, en les assimilant .^ nos médailles modernes qui n'ont rien de commun, comme on le sait, avec la monnaie proprement dite.

38 11 faut dire pourtant que dés l'année 714, le sénat l'avait autorisé à la porter toutes les fois qu'un de ses rivaux s'en parerait dans un triomphe, & qu'en 718, après la défaite de Sextus Pompéius, on lui accorda le droit de la porter toujours (Dion, I. 48, cli. 16 & 1. 49, ch. i5), ce que confirment d'ailleurs ses monnaies de coin romain {aurei. denarii) postérieures à cette époque. (Voir Eckhel, t. 6, p. 84-85.) — La couronne & la branche de laurier {ramus lauri) qu'il portait à ce triomphe (Voir pass. celles de ses monnaies qui y font allusion) provenait, suivant Pline, de la Villa ad gatlinas (la V'i'//a aux poules) que les empereurs de la famille d'Auguste possédaient à neuf milles de Rome sur les bords du Tibre & de la voie Flaminia. L'espèce de laurier sur laquelle on les coupait la veille du triomphe était originaire du mont Parnasse ilaurus Dclphica) & se distinguait du laurier de Chypre très-répandu en Italie (Jaurus Cypria), par le vert égal de ses feuilles lancéolées & par la grosseur de ses baies d'un rouge brun, montées sur des tiges massives largement épanouies. Après la cérémonie, on les replantait religieusement dans le bosquet de la villa (sitva lauri) qui conservait ainsi un souvenir & un témoignage de chacune de ces grandes solennités devenues le monopolf.de la maison impériale ou de la maison divine {domus divi-ia) , comme on l'appelait de très-bonne heure. (Plin. Nat- Hist. 1. i5, ch. 3ç), 40.)

3* Voir Dion, I. 53, ch. 16. — Les monnaies d'Auguste, qui reflètent si exactement l'histoire de son règne, font aussi allusion à cette nouvelle couronne que les Romains désignaient sous le nom de corona civica & qu'ils regardaient avec raison comme la plus haute de toutes les récompenses. Un célèbre aureus frappé cette même année (CALSAR ■ COS • Vil) la représente servant de base à une aigle & accostée des deux lauriers que le sénat avait fait planter en même temps devant le seuil de sa porte. (Eckhel, /./. p. 88.) On la voit ailleurs, chez les monétaires, par exemple, entourant des clypei votivi portant pour léfîcnde les mots : OB CIVES SERVATOS ou CIVIBVS SERVATEIS.

An de Rome

On prétend donc, sur l'autorité de cette médaille, qu'Agrippa fonda la colonie de Nimes, par ordre de César, avant la bataille d'Actium qui rendit

le temple de Janiis, c'est-à-dire en mettant fin du même coup à la guerre civile & aux guerres étrangères^". Le titre d'/'m^erator, sous lequel il est désigné en tête des deux légendes & sans numéro d'ordre, comme on l'aura remarqué, IMP ■ DIVI • F •, lui avait été décerné en yzS, à la suite du triomphe dont nous parlions tout à l'heure; « non plus à titre de général victorieux comme on le faisait anciennement, mais comme signe du pouvoir souverain {imperium) , que le sénat & le peuple résiliaient de nouveau entre ses mains ^'. » C'est dans le même sens qu'on le retrouve associé depuis cette époque au nom de famille de tous les successeurs d'Auguste, qu'il précède à la façon d'un praenomen officiel", sans exclure pourtant le praenomen individuel de chacun des titulaires. Celui à'Augustus, que le sénat allait lui conférer" dans les premiers mois de l'année 727, sur la proposition du célèbre Munatius Plancus, 8c qui allait devenir à son tour le cognomen officiel de tous ses successeurs, manque, il est vrai, dans l'une & dans l'autre légende, comme on l'a remarqué plus d'une fois. Un historien contemporain, M. Ernst Herzog, que cette omission paraît avoir particulièrement frappé, en a conclu que la monnaie aurait été fabriquée entre l'année 724^=80 où se place la conquête de l'Egypte & l'année 727 = 27 où commence sur les monuments le titre i'Augustus** : assertion assez difficile à

<» A en juger par l'historien Dion, le plus exact & le mieux informé des historiens d'Auguste, le temple de lanus aurait été fermé par lui au moins deux fois; en l'année 725=29 d'abord, à la suite du triomphe de trois jours dont nous venons de parler : Curules triumplios très egit, Dalmaticmn, Actiacum, Alexandrinum (Svéroti. Div.Aug. c. 22); puis en 729=25 après la guerre laborieuse contre les Cantabres. Ce serait à ce dernier événement que ferait allusion le denier d'argent bien connu qui porte d'un côté la tête nue de l'empereur avec la légende CAESAR A'VGVST'V'S (titre décerné en 727=27), de l'autre le temple de lanus avec les deux mots : lAN[!(m] CLV[sit]. (Voir Dion, I. 5i, c. 20 & 1. 53, c. 26; ECKHEL, l.i. p. 89.)

^* Ai^w Si oy tT,v iiïi Tatç vixatç xaTÔ xi àp;^otov SiSojjiivijv -ctirlv,.. à^\à TT,v ttipav TT^v tô xpâToç oiaatujLaLvovffov, (ûdKtf w itoxp't aÙToy tù

Kaliapv... t^-iîçiiTo. — Ob siininiam iviperii dclatam, comme le disaient les Romains. (Dion, 1. 52, c. 41 . Voir aussi Ovide qui place cet événement le 16 avant les kalendes de mai, Fast. 1. 4, v. 675.) On le trouve, il est vrai, désigné sous le même titre : IMP • CAESAR • DIVI • F. dés les premières années de sa vie politique, 715-718 de Rome. Mais tout semble indiquer qu'il y avait renoncé peu de temps après, probablement parce qu'il ne l'exerçait pas seul à cette époque. (EcKHEL, /./. p. 83.)

*'^ ...insuper praenomen Imperatoris (Suéton. Div. Aug. c. 70.)

*3 En même temps que la corona civica & les deux lauriers dont nous venons de parler, comme Eckhel le conjecture en s'appuyant sur le témoignage de Vaxireits cité plus haut, qui porte au revers le mot AVGVSTVS suivi des deux sigles S. C. {Senatus Consulta, l.l. p. 88.)

^^ Il lui parait impossible au moins de les reporter au delà

concilier elle-même avec les sigles P. P. que nous ofTrent un grand nombre d'exemplaires, puisque ces sigles, traduites comme elles doivent l'être [Pater Patriae)^^, nous reporteraient à une époque postérieure de vingt ans au moins (752= 2). Les Bénédictins, qui prennent à la lettre l'épithète à^Auguita. sous laquelle la ville se serait désignée de trèsbonne heure dans ses inscriptions sinon dans ses monnaies, en concluaient au contraire qu'elle avait été fondée par Octave, postérieurement à l'époque où il avait pris le^titre à'Augustus (727 = 27); sans que l'on puisse, suivant eux, assigner à cet événement une date autrement précise.

Mais on ignorait encore à l'époque où ils écrivaient (1725-1735) qu'il existe d'autres monnaies de Nemausus, frappées aussi postérieurement à la fondation de la colonie, puisqu'elles portent aussi pour légende les deux mots NEM[ausus] COL[onia] disposés, il est vrai, dans un ordre différent. Ces nouvelles monnaies coloniales dont on connaît aujourd'hui trois variétés bien distinctes n'ont plus rien de commun, même comme poids, avec celles que nous venons de décrire*^. Elles leur seraient dans tous les cas antérieures en date, puisque l'une de leurs séries est exclusivement composée de monnaies d'argent, dont Auguste avait interdit le monnayage aux villes latines. Comment supposer d'ailleurs que l'on ait pu frapper simultanément dans la même ville des monnaies de système, c'està-dire de valeur absolument dissemblable i" Leur poids, qui varie, il est vrai, de série en série & mê'me d'exemplaire en exemplaire, rappelait plutôt celui des espèces massaliotes sur lesquelles les Nemausenses avaient longtemps réglé les leurs, que celui des monnaies romaines, dont Auguste allait généraliser l'usage en l'imposant aux villes latines qui obtenaient le droit de battre monnaie, & les numismatistes allemands s'emparant à leur tour de ces nou-

de l'année 73i=23, où la Narbonnaise allait passer sous l'administration du sénat & où paraît cesser légalement le monnayage de la Province. ( Ernst Herzog, Gall. Narb.

^5 Voir une des notes suivantes.

^8 L'historien Ménard qui les a publiées le premier, si nous ne nous trompons (en 1758 ; quinze ou vingt ans après la publication des Bénédictins), les croyait postérieures en date à la monnaie de bronze au type du crocodile & contemporaines des premiers temps de l'Empire. La tête du côté droit casquée dans les trois types (elle paraît imberbe dans la plupart des exemplaires) serait, suivant lui, celledu dieu Nemausus dont nous avons raconté les métamorphoses. Les revers, qui varient d'un type à l'autre, représentent tantôt Hygie tendant la patère aux deux serpents dressés, tantôt une hydrie accostée de deux palmes qu'il expliquait par les jeux publics établis dans la ville dès le temps d'Auguste, comme les deux palmes arrondies en couronnes qui encadrent dans la séri« d'argent les deux mots NE.M ■ COL.

cet empereur maître de l'Egypte Si de tout l'Empire romain ; mais il nous paroît que ce monument prouve seulement que cette colonie subsistoit après

An de Rome 7'7

velles indications, trop peu remarquées chez nous^', en ont conclu que l'organisation de la colonie remontait non-seulement au delà de la bataille d'Actium, admise par tout le monde, comme point de départ, mais au delà du règne d'Auguste lui-même^*. Les seconds triumvirs, n'ayant rien fondé ni rien organisé hors de l'Italie pendant leur domination qui commence, cçmme on le sait, en l'année 710 (55 avant l'ère chrétienne) , ce serait à Jules César que reviendraient en réalité l'établissement & l'organisation de la colonie, qui se trouverait ainsi contemporaine, ou peu s'en faut, des colonies romaines de Baeterra & à^Arelate (Voir plus naut), fondées probablement vers le même temps & dotées aussi aux dépens du territoire des Massaliotes^'. Auguste, qui a bâti « les murs & les portes » de la ville romaine en ySS ou ySp (16 ou i5 avant notre ère), comme nous l'apprend une inscription restée en place sur une de ces portes, n'aurait fait qu'ajouter des privilèges & des faveurs nouvelles aux faveurs qu'elle avait déjà reçues de son père adoptif. Mais tout cela n'expliquerait point comment elle se désignait plus tard sous l'épithète exclusive i'Augusta, sans joindre au nom de son bienfaiteur celui de son fondateur véritable, comme le faisaient chez les Salyes la colonie latine d'Aijuae Sextiae, celle de Carcasum chez lesVolkes Tectosages (Voir supra), & beaucoup d'autres villes Juliennes en même temps qu'Augustales. Fondée, comme on le suppose, par Jules César, la nouvelle colonie n'aurait-elle point associé sur ses monnaies la tête du divin Jules à celle de son fils adoptif, comme le faisaient encore au temps d'Auguste les colonies du Rhône dont celle de Nemausus ne faisait que suivre l'exemple & qu'imiter les types? A quel titre, d'ailleurs, ces monnaies, grecques de poids sinon de type (car Us types eux-mêmes n'ont rien de massaliote), seraient-elles marquées dans les deux séries de bronze

<' M. de la Saussaye, qui les désigne sous le nom de coloniales autonomes & qui les croit antérieures aux monnaies de bronze avec la légende COL ■ NEM.. paraît, comme Ménard, beaucoup plus préoccupé de leur type que de leur poids & de leur module. L'une des monnaies de la série d'argent, la seule dont il ait donné la cote, pèserait suivant lui un gramme & demi (/./. p. 154). Le petit bronze au revers d'Hygie. le plus commun des trois types, pèse i gr. .^5 & a u™oi7 ou o"oi8 de diamètre. Celui au revers de l'hydric, dont le Musée de Nimes possède un exemplaire d'une conservation remarquable (il a fait longtemps partie de ma collection), avec l'hydrie debout cette lois & entourée de deux branches de laurier qui s'entrecroisent par le haut { V. .M. de la Saussave, pp. i56 & i63), a de o'»oi3 à o^oh de diamètre & pèse 1 gr. j5.

*• Voir /mjjim .M. Mommsen. A/ûrtînesen. p. 676 sqq. & Herzog, Gall. Narbon. p. 8.j sqq.

<9 Voir M. Herzog, Gall. Narbon. p. 85, 86.

de sigles toutes romaines comme le S & le Q,, que M. de Lagoy expliquait l'une par le mot Semis, l'autre par le mot QuaJrans, justifiables l'un & l'autre par le module 81 le poids inégal des deux monnaies ^° t

Ce que l'on peut affirmer au moins sans recourir aux inductions & aux conjectures ingénieuses dont se défiait le judicieux Eclchel , c'est que les monnaies coloniales au type du crocodile & du palmier ont joui dans la plupart des villes de la Province, comme dans le territorium Nemausense auquel elles s'adressaient à l'origine, d'un crédit que ne leur disputaient point à coup sûr les petites monnaies dont nous venons de parler, à peu près introuvables à Nimes même". Leur cercle d'expansion paraît même s'être étendu au delà des limites de la Narbonnaise proprement dite, dans les trois provinces de la Gaule Chevelue, où elles circulaient concurremment avec les monnaies impériales de coin romain & avec celles que frappait vers le même temps l'association des soixante cités gauloises qui avaient fondé, au coude [conJate) du Rhône & de la Saône, le célèbre autel de Rome & des Augustes. Dans l'Aquitaine, où elles sont aussi communes que dans les cités méridionales de la Lugdunaise, on les trouve souvent coupées en deux pour répondre aux besoins du commerce de détail, & dans un état d'altération qui ne permet point de douter qu'elles n'y aient eu cours longtemps après l'époque où elles avaient été fabriquées".

Les numismatistes contemporains, qui croient toutes ces monnaies frappées sans exception à Nemausus & dans un laps de temps assez court,

S" Voir M. de la Saussaye , Numismatique de la Gaule Narbonnaise, p. |56 & i65. — M. de Lagoy, l'homme de notre temps qui avait le plus sérieusement étudié les monnaies de la Gaule méridionale & qui en a parlé le plus judicieusement, avait remarqué la même sigle S sur deux petites monnaies de bronze dont le travail & le métal rappellent exactement ceux des premières monnaies coloniales de Nemausus, où il était tenté de les croire fabriquées en manière de tessères, à l'occasion de jeux publics donnés par un certain T. POMP(e(us) ou POMPiOniusj | SEXl (i] F|i/iusJ dont on lit le nom sans autre titre sur la monnaie. (M. DE LA Saussave, Numismatique de la Gaule Narbonnaise. p. i83 & pi. XXII.)

" Celles au revers de l'hydrie, par exemple, auxquelles M. de la Saussaye attribue avec raison un cliilfre de lareté exceptionnel Rs, comme il donne le R» aux petites monnaies de la série d'argent.

5» J'ai acquis à l'Isie-en-Dodon, il y a quelques années, un assez grand nombre de ces monnaies coupées en deux & même en quatre & remarquablement frustes pour la plupart. Elles avaient été trouvées ensemble, sans le sac ou la bourse qui les contenait, dans te lit de la Save, au-dessous du yont probablement très-ancien qui mène encore à la place, ou au marché de la ville.

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An de Rom:

Bacchus, à Sylvain, à Diane, à Hygie, à Isis, à Sérapis, à Néhalénie & à plusieurs autres différentes divinités.

Auguste n'eut pas plutôt fondé cette colonie, qu'un grand nombre d'illustres Romains, attirés par la beauté de son climat & la fertilité de son terroir, vinrent s'y établir, &, on la vit ornée de plusieurs édifices magnifiques ' 8c

' On ne sait précisément ni par qui ni à quelle époque a été construit le célèbre aqueduc', qui allait chercher jusqu'à Uceùa^ une autre ville des Volkes Arécotniques, les belles eaux de la fontaine d'Eure, comme on l'appelle encore de son nom indigène {fons Vra), resté féminin cette fois. Des nombreux travaux d'art qu'il avait fallu exécuter pour les amener à Nemausus (à trois ou quatre lieues de là), en perçant les montagnes & en franchissant les vallées sans fin du mont Kébenne", aucun, sans en excepter le viaduc encore debout du Gardon, ne nous a conservé d'inscription ou d'indication assez précise pour fixer nos incertitudes à cet égard. Il y a tout lieu de croire pourtant qu'il a été nécessité, comme nous le dirions aujourd'hui, par le rapide accroissement de population &. de richesse que la ville paraît avoir pris dans les dernières années du règne d'Auguste^, & par l'insuffisance dès lors reconnue des eaux de la fontaine qui ne sont réellement abondantes que pendant l'automne & pendant l'hiver, oii elles inondent de loin en loin les plaines basses situées au-dessous de la ville. Elles avaient, d'ailleurs, le tort grave, toutes divines qu'elles étaient, de ne s'adresser qu'à une partie de la population bour-

- Voir pour les détails que nous supprimons ici, la Dissertation de MÉNARD, sur le pont du Gard, t. VII, p. 129-136. Il y relève incidemment plusieurs erreurs de fait & beaucoup d'assertions hasardées, avancées par les écrivains qui l'avaient précédé, sans en excepter nos historiens eux-mêmes, {l.l. p. i3i,)

" C'est ainsi que le nomment César, antérieur à Strabon (Mons Cevenna, I. 7, c. 8); & Mêla, qui désigne la chaîne sous les noms de Cebennae, Cebennici, ou Gebcnnici montes (MÊLA, 1. 2, c. 5. — Voir Lucan. I, v. 434). Le C & le G, deux lettres à peu près identiques en latin , ayant l'une & l'autre le son dur (C = G = K), il en résulterait que le mont Kébenne ou Kévenne de César & de Mêla ressemblerait de très-près (le B & le V permutant à leur tour) au mont Kemmène de Strabon ; & que le mot Ucetia se prononçait de leur temps Ouketia.

5 A Burdigala, dont le nom se trouve si souvent associé dans ces notes à celui de Nemausus, c'est aussi aux premiers temps de l'organisation romaine que parait remonter la fondation du premier aqueduc de la ville, car il avait été construit aux frais d'un magistrat municipal désigné sous le titre de praetor qui ne dépasse guère le règne d'Auguste (Inscr. Burdig-al. : e sched. mss. meis.) — A Périgueux {Civitas Petrucoriorum) , qui avait imité Burdigata , la source de Télon ou Télo (aujourd'hui Toulon), qu'un aqueduc amenait dans la ville, était devenue, comme les sources saintes de Nemaitsus & d'Ura, l'objet d'un culte pour les habitants, qui dédiaient de très-bonne heure des autels au dieu Télon ...[d]EO TELON(iJ... (Voir passim Wigrin de Taillefer, Antiquités de Vésone, & le docteur Galy. Catalogue du Musée de Périgueux.)

geoise, puisqu'elles naissent, comme nous l'avons dit, au pied des collines qui forment de ce côté la dernière ride des Cévennes,

... Nymphis quae sub colle sunt...

(Vêtus inscript, rom. ap. Gruter, 1073, 10.) presque au niveau de la plaine qu'elles fertilisent après l'avoir créée en partie.

Celles de l'aqueduc, au contraire, arrivaient dans la ville en suivant les crêtes de ces collines, où l'on en rencontre de loin en loin les tronçons brisés & les voûtes éventrées par quelque chemin vicinal nouvellement creusé. Originaires de la haute région des Cévennes, comme nous venons de le voir, elles débouchaient à Nimes avec une force d'impulsion qui leur aurait permis d'inonder au besoin les pentes & le faîte de ses collines^ comme le disait Pline en parlant de l'A^ua Claudia, amenée à Rome aux frais & par les soins de l'empereur Claude'*. C'était donc à elles que revenait l'honneur d'alimenter & de rafraîchir, à l'aide de prises d'eau bien ménagées, les constructions de toute espèce qui s'étaient récemment élevées sur les pentes de ces hauteurs, où l'on en retrouve fréquemment les substructions, pavées de mosaïques plus ou moins fines & entourées souvent d'un jardinet aride '. Leur point de repère parait avoir été situé sur les hauteurs de la rampe de collines que couronne la citadelle bâtie par Vauban, après les soulèvements des camisards. Elles s'y réunissaient dans un élégant château d'eau [dividiculum, castellum divisorium t diversorium) , dont on a retrouvé la cuve encore intacte, il y a quelques années*. — Un autre château d'eau dont les bassins étages ont été découverts & détruits au dix-huitième siècle, était situé à l'angle & sur l'éperon occidental du cirque de rochers qui encadre le bassin de la Fontaine'. Il était

* ... a XXXX lapide, ad eam excelsitatem ut omnes urbis montes lavarentur. (PuN. Nat. Hist. 1. 36, i5[24).)

5 C'est à ces maisonnettes plus ou moins élégantes, moitié domus (maisons de ville), moitié vitlae (maisons de campagne), qu'ont succédé nos ma^ets aux murs blanchis , qui émergent au milieu des vignes, jalonnées de loin en loin d'oliviers ou de figuiers trapus; car ils n'ont plus d'autre eau aujourd'hui que celle de puits profonds qui tarissent pendant l'été. — Remarquons incidemment que ces arbres fruitiers, peu prodigues d'ombrage, ont conservé dans l'idiome à demi romain de la vieille colonie, la forme féminine (\ajiguière, &c.) qu'ils avaient presque tous en latin : Jicus, pirus, malus, vinea, olea.

6 En 1844.

7 Au lieu qu'on appelle aujourd'hui le Creux-Coumert (Voir MÉNARD, dissertation IV, p. 70 ; & Aug, Pelet, nott

de temples somptueux. Elle avoit un amphithéâtre, un capitole, un champ de Mars, des ponts, des bains, des colonnes, des statues, des colosses, des

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probablement destiné à alimenter les nouvelles constructions qui s'étaient élevées sur les croupes de la montagne que couronne le tombeau romain de la Tour-Magne & sur les deux rives du Cadereau, devenues le quartier le plus élégant sinon le mieux habité de la ville; car il n'y avait guère, à cette époque, de maison riche ou même aisée qui n'eût son pouce ou son doigt d'eau courante*, comme les avaient, avec plus d'abondance, il est vrai, les monuments publics & les temples de la ville. Celles qui circulaient autour & au-dessous du sacellum de la Fontaine, au moyen de conduites & d'aqueducs encore subsistants, ne pourraient, dans tous les cas, avoir été fournies que par la nouvelle source dont les eaux semblaient se confondre ici avec celles de l'ancienne'.

Il y a plus d'une raison de croire que la Fontaine d'Eure, ainsi naturalisée dans la ville, y avait eu d'assez bonne heure aussi son culte & ses fîdèles, organisés eux-mêmes en corporation'". Nous en trouverions la preuve, à défaut d'autres, dans l'inscription d'un petit autel votif découvert, il y a quarante ou cinquante ans, dans l'enceinte de la ville antique, à peu de distance des collines par où l'aqueduc y pénétrait ". Il avait été sculpté.

reproduite dans les Etudes de M. Jules Teissier sur les eaux de Nimes, p. 745 & suiv.)

> Aquarum moduli aut ad digitorum aut ad unciarum mensuram sunl inslitutt; digiti in Campania & in plerisque Itatiae locis... (Frontin. Je aquac duct. c. 24). — ... ut aquae digitus \ in domo eius Jlueret. {Jnscr. de Suessa, en Campante, chez Gruter, 473, 3 & pass.) — Rappelons incidemment que les tuyaux de conduite (Jistulae) qui répartissaicnt les eaux amenées par ces aqueducs sont presque toujours en plomb & qu'ils étalent fabriques dans la ville d'où on les exportait quelquefois assez loin, jusqu'à Balaruc- Ics-Bains, par exemple, où l'on a retrouvé plusieurs de ces tuyaux marqués du nom de la ville Ifiol. Aug. Nem.) & de celui du fabricant. (Herzog. Append. epigr. a. j65.)

9 Voir Ménard, /./. & un intéressant article de M. Germer Durand, publié dans la Revue archéologique, ann. i85o, p. 196 & suiv.

'o Les fontaines indigènes de Rome qu'avaient fait oublier «ous l'Empire les aquae étrangères, amenées à ;;rands frais dans la ville par des aqueducs dont nous admirons encore les ruines monumentales, conservaient même à cette époque leurs coUegia, dont l'existence nous est attestée par de curieuses inscriptions antiques. (Voir Gruter, 180, i, & 179, C.) Les membres de ces confréries, qui paraissent avoir été des confréries de quartier {collegia compilalicia) , étaient divisés, suivant l'usage, en magistri & en ministri, dont le nombre parait avoir varié de collège en collège.

" Tout ce que l'on sait sur la provenance de ce petit monument, c'est qu'il a été trouvé & acheté à Nimes pacle savant Artaud, dans le jardin d'un ma\et qui appartenait à l'eKecutcur des hautes-œuvres. 11 a passé, avec le cabinet d'Artaud, dans le musée épigraphiquc de Lyon. (Comarmond. Descr. du Musée lapidaire de l.yon. n. 587. p. 35i-2, & planché IX . n. 587; & M. de Boissieu, înscrip. de Lyon, p. 49, n. 32.) M. Herzog, qui le croit originaire des environs d'Uzès, suppose qu'il aurait été transporté de là à Nimes &

comme nous l'apprend cette inscription, aux frais des confrères ou de la confrérie de la fontaine [CuUores Vrae fontis) & dédié par eux aux lares augustes [Larlhus augustis) , c'est-à-dire aux dieux domestiques, protecteurs des maisons & des quartiers, dont Auguste avait essayé de remettre en honneur le culte, oublié bientôt après lui ". Un basrelief sculpté sur le devant de l'autel, entre les deux parties de l'inscription, représente un de ces cuZtorcs, un des magistri probablement, vêtu & voilé de blanc comme ils l'étaient aux jours de fête ou de lustration. U tient de la main droite une patère qu'il s'apprête à verser, en forme de libation, sur un petit réchaud allumé à ses pieds.

Les châteaux d'eau qui servaient de récipient aux eaux de la nouvelle A<jua étaient devenus, comme à Rome, sur laquelle se façonnaient de près ou de loin les grandes villes de province, de véritables temples en plein air qui le disputaient d'élégance ou de richesse aux temples proprement dits. Ils étaient décorés extérieurement de statues de marbre ou de bronze, dont on a retrouvé les débris dans l'intérieur des bassins ou dans les puits du voisinage ". Celui de la citadelle, dont les ruines ont été reconnues & étudiées avec soin par un archéologue intelligent '*, était entouré d'un promenoir circulaire, fermé par une rampede bronze du côté du bassin où bruissaient les eaux. Il était surmonté d'une toiture ou d'un faîte triangulaire, soutenu aux trois angles par des colonnes corinthiennes accouplées, comme celles de l'élégant château d'eau du Peyrou, à Montpellier, auquel il a probablement servi de modèle". Dans les quartiers neufs, dont les maisons étaient bâties & disposées à la romaine, pour la plupart,

au musée de cette ville qui n'en possède qu'un moulage en plâtre. (Append. epigr. n. 254.)

'* Le caractère prétendu barbare de la gravure du monument (Voir MM. DE Boissieu & Comarmond, /./.) serait lui-même un signe d'antiquité, puisqu'il rappelle, avec une • certaine négligence, il est vrai, les belles inscriptions en capitale rustique du premier siècle & des premiers règnes de l'Empire, plus communes à Nimes que dans d'autres villes gallo-romaines.

'J Voir Gautier. Histoire de Nimes, p. 66-67, & Ménard, t. 7, Dissert. IV, p. 70.

■* Le regrettable M. Pelet, dont on a pu contester le savoir historique & la valeur comme épigraphiste, mais qui avait un sentiment très-vif & très-pénétrant de l'architecture ancienne, comme ses travaux l'ont prouvé, d'ailleurs, de plus d'une manière.

'S .M. Jules Teissier, auquel j'emprunte cet ingénieux rapprochement, remarque avec raison que les travaux de construction de cette belle promenade, œuvic de l'ingénieur Pitou, n'ont été complètement terminés qu'au commencement du dix-huitième siècle, c'est-à-dire assez longtemps après la construction de la citadelle de Nimes (par Vauban & Gautier), qui avait remis au jour, en les maltraitant probablement, les assises & les débris du castellum.

An de Rome

théâtres, des aqueducs; Se aux environs, des chemins publics & militaires. On prétend que l'enceinte de cette ville, dont les murs étoient très-forts, fut,

c'étaient les eaux de la nouvelle source qui jaillissaient, sous mille formes variées, dans de petites vasques de marbre dressées au milieu de V'tmpîuvium. Dans la ville ancienne elle-même, elles alimentaient, pendant l'été au moins, les fontaines jaillissantes [salientis) que l'on adossait, comme à Rome, à l'angle des carrefours'^, 8c les réservoirs de taille diverse [lac us , piscinae) que suivaient à leur tour les postes de vigiles (gardes de nuit, pompiers) auxquels les inscriptions de la ville font si souvent allusion". A l'amphithéâtre, dont le colosse est encore debout après dix-huit siècles, comme la plupart des monuments antiques de cette ville privilégiée, on a découvert, il y a quelques années, les aqueducs monumentaux qui transformaient en quelques heures le sol de l'arène en naumachie, & qui servaient à dresser les décors dans cette mer improvisée ".

Bien des choses avaient changé, comme on le voit, depuis l'époque où une fraction des '^'olkes Arécomiques s'était établie au pied de la colline, « arrêtée par cet élément de l'eau qui répond à tant de besoins dans la vie, » sous un soleil ardent surtout, & sous un ciel toujours pur ''. Mais ces innovations, qui n'allaient à rien moins qu'à transformer les idées & les mœurs de la population elle-même, ne paraissent point avoir porté sérieusement atteinte à la religion du dieu Nemausus que beaucoup de gens persistaient à regarder comme le véritable fondateur de la ville, en dépit des belles murailles dont l'avait entourée le divin Auguste, & du titre de colonie qu'il avait ajouté à son nom. Il en était au moins le génie tutélaire & protecteur, comme le disaient les Romains '° en parlant de ces dieux

'6 Agrippa, dans l'année de sa prëlure, avait construit à Rome cinq cents de ces fontaines jaillissantes & cent trente castella, ornés chacun de colonnes & de statues en marbre ou en bronze : Operis lis signa trecenta aerea aut marmorea imposuit, columnas e marmore quadringentas ; sans parler de cent soixante-dix balnea gratuita (Plin. I. 36,.

" Voir passim, au tome II de cette édition.

'9 Cet aqueduc, que M. H. Revoil a décrit dans une note lue à la Sorbonne en 1866 (& tirage à part, pp. i à 6) , avait été construit par un T. Crispius Reburrus, dont on a retrouvé le nom encastré à deux reprises dans les murs latéraux de la construction en petit appareil. Les deux inscriptions sont en capitale rustique du meilleur temps, ce qui confirmerait encore nos inductions sur l'âge & sur lâ-date de ces grands travaux.

'9 Improvhi alimento aqitae, pro tantîs necessitatibiis

quibtis indiget natura Humana, dit une charte du quinzième siècle, car il ne faut pas oublier que beaucoup de villes abbatiales ou féodales du moyen âge ont commencé de la même manière que les villes antiques de Divona Caturcorum, de Burdigala & de Nemausus.

"■[DeoC\olo[niae]Nemauso—Genio | CotomaeNemaus[o\. {Inscr. Nemaus. pass.)

locaux dont ils s'étaient contentés d'organiser & de formuler les religions, antérieures presque partout à la conquête.

Des nombreux autels qui se pressaient dans l'aire de son temple & des monuments de forme très-diverse qu'y avait entassés la piété des fidèles", la plupart ont été détruits, à la chute du polythéisme, lors des réactions de plus d'un genre que provoquait naturellement ce lieu saint à plus d'un titre. Beaucoup d'autres ont dû être dispersés après coup et employés à mille usages vulgaires pendant les dix siècles d'abandon qui ont pesé depuis sur ce quartier abandonné, resté en dehors de la ville du moyen âge. Mais ceux que l'on a retirés à diverses époques et en grand nombre du sein de ces ruines accumulées prouvent suffisamment qu'il était resté le dieu préféré d'une partie considérable de la bourgeoisie ". C'était au moins celui auquel on s'adressait le plus volontiers dans les moments de peine ou de péril pressant, parce qu'il était rare, s'il faut en croire les inscriptions locales, qu'on implorât en vain son assistance ou son appui ", Les gens de condition & les étrangers (incolae, peregrini] qui associent son nom dans leurs prières à celui des dieux officiels qu'il eiit paru inconvenant d'oublier tout à fait'* étaient, sous ce rapport, du même avis que les petits marchands & les gens de métier qui habitaient la ville basse (où l'on continuait à boire l'eau du dieu) & qui signaient leurs modestes ex veto de noms obscurs, souvent celtiques d'apparence, comme ceux de Virrius-, de Cirratius & d'Andolatius ''. S'il n'égalait pas en

■" Un affranchi nommé Decimus (X ?) Titullus Perseus avait donné au dieu un horoîogium & deux cerulae, dans lesquelles Ménard croit reconnaître des consoles (cerulae=igerulae?) destinées à supporter l'horloge. — Un autre donataire, un sculpteur probablement, y avait dressé une colonnette surmontée d'un chapiteau (capitulum) , sur Vabacus duquel il avait gravé sa dédicace & son nom, aujourd'hui détruit en partie icci F[ilius]. (Ménard, /./. p. 224, n. 18.)

" Dans le recueil de Ménard, qui doit être fort incomplet aujourd'hui, les arae dédiées au dieu Nemausus sont presque aussi nombreuses à elles seules que celles de tous les autres dieux de la ville, indigènes ou étrangers.

3J Nous ne faisons que traduire ici l'adverbe merito,

'•t Un légionnaire de Béryte, C. Iulius Tiberinus, de 'pSiSsage (peregriniis) ou domicilié à Nîmes (mco/a) , l'associe au Jupiter Héliopolîtanus que l'on adorait dans son pays. (Herzoc, App. epigr. n. 25o.) — Il faut dire pourtant qu'on le trouve plus souvent associé à des dieux subalternes comme Silvaîn, Esculape ? (Restitution de M. Herzog, App. epigr. n. 248.) & Bacchus, les dieux des guérisons & des vendanges locales (Voir plus loin, sur certaines monnaies de Nimes. Hygie & les deux serpents qu'elle abreuve) ou à des divinités purement topiques comme Urnia & Avicantus que mon savant ami M. Germer-Durand identifie, l'une à la rivièra de l'Ournc dans les Cévennes nimoises, l'autre à la peiilu ville du Vigan. connue aussi sous le nom celtique d'.4risi/K»i.

a5 Voir passim le liecueil des inscriptions de Nemausus,

sous les Romains, onze fois [Voir les mémoires manuscrits de Rulman] plus grande & plus étendue qu'elle n'est aujourd'hui, que son circuit étoit pour

An de Rome

puissance ou en crédit tel ou tel des dieux étrangers dont les temples ou les autels en plein air (arae) s'élevaient sur tous les points de la ville, il se montrait au moins plus sympathique & plus attentif aux petites choses des petites gens, que les dieux des grands temples écoutaient parfois d'une oreille distraite. C'est ainsi qu'il était devenu ce que l'on appelait dans la langue religieuse du pays le dieu ou le génie rapproché^ {^proxumus — proxum:^ prox'imi , Inscr. pass.) , c'est-à-dire familier, confident, presque domestique'^ de gens de fortune & de condition très-diverses, en restant pour tout le monde le dieu tutélaire ou protecteur de la Cité {^tutelaj deu^ tutela^ patronus). Aussi cette religion, obscure en apparence, a-t-elle eu la bonne fortune de traverser sans encombre l'ère du polythéisme officiel & même celle des religions orientales qui travaillaient de très-bonne heure à se substituer au polythéisme ".

Ceux qui n'avaient pas le moyen de faire tailler & inscrire par les marmorarii de la ville basse ou des faubourgs quelqu'un de ces autels (arae, arulae) que l'on dressait alors dans l'aire du petit temple, ou de suspendre à ses murs quelque tablette de bois ou de bronze, comme le petit ex yoto de Valeria Procilla, retrouvé au siècle dernier près du creux de la Fontaine", accomplissaient au moins dans ses eaux les ablutions prescrites, en descendant à pas comptés les marches des deux escaliers semi-circulaires, pratiqués au temps d'Auguste dans la jetée qui avait circonscrit son bassin. Les plus pauvres se contentaient de faire quelque libation de l.iit.

'« Voir sur ces dieux proxumes, dont le culte paraît avoir été très-répandu dans la basse vallée du Rhône . une dissertation de M. le commandant Colson, enlevé trop jeune i l'élude & à la science. (Recherchas sur le culte det dieux proxumes, pp. I à 29.) — Un érudit contemporain, M. l'ingénieur Aurès, a remarqué avec raison que le nom des proxumes n'est jamais précédé sur leurs arulae du titre formel de dii ou dl. Il y est en revanche très-souvent suivi du pronom possessif (proxumis suis, proxsumis suis) qui paraît indiquer une religion toute personnelle & tout intime. {Note inédite sur le culte des proxumes.)

'' Nous songeons ici à la religion de la Bona Mater, h celle du dieu Mithra & aux cultes de l'Egypte qui arrivent en Gaule, & qui s'y propagent, comme on le sait, avec plus ou moins de succès, du premier au troisième siècle de notre ère.

'9 Voir sur ces tabellae votivae : Hor. Sat. I, 2, f, v. 33; — Ovid. Fast. I. 3, v. 268; — Juvénal, sat. 21, v, 27; — & Tibulle, qui nous apprend que la plupart étaient peintes : ... nam posse mederi Picta docet templis mulla tabella tuis.

(TiBULL. I. I, m, v. 27-28.) Celle de Valeria Procilla , qui était en bronze, était percée à ses deux extrémités découpées en queue d'aronde, de deux trous, qui avaient servi, dit .Ménard , « à la fixer contre les murs du temple de cette divinité (^Dco Nemauso), ou au bas de son simulacre placé dans ce temple même, a (1'. 7, p. i83.)

de vin , ou d'eau pure " sur un des autels les plus rapprochés de ses bords, en récitant, les mains ouvertes, dans l'attitude des orantes, quelqu'une de ces prières rhythmées & rimêes que le temps a emportées malheureusement avec les religions naïves qui les inspiraient'". Quelques-uns, après avoir fini leurs dévotions, charbonnaient sur les murs ou sur les colonnes du sacellum des distiques ou des quatrains de remerciement, dont la métrique aventureuse parfois, comme l'orthographe, faisait sourire les touristes lettrés que la curiosité amenait aussi aux alentours du sanctuaire".

Presque tous, en se retirant, jetaient en manière d'offrande, dans le creux de la source, des monnaies de bronze ou d'argent que l'on y retrouve en trèsgrand nombre mêlées à des bijoux ou à de petits objets sans valeur (bagues, fibules, pierres gravées, vases de terre ou de verre, &c.) auxquels ils attachaient du prix en petites gens qu'ils étaient^ comme le disent souvent les inscriptions antiques [... pro copia ...pro mediocritate sua^^, Inscr. pais.). Quelques-unes de ces monnaies, inscrites elles-mêmes du nom du dieu, puisqu'elles ne sont le plus souvent que les monnaies autonomes ou coloniales de la ville" (Voir plus loin), sont bizarrement emman-

" Puisée souvent dans la fontaine elle-même, comme nous l'apprend Ovide :

Et petere e vivis libandas fontibus unJas.

(OviD. Métam. I. 3, v. 27.)

'° Nous croyons en retrouver comme un écho dans l'invocation, toute païenne encore, que le poète Ausone adressait, sous les successeurs de Constantin, à la fontaine sainte do Burdigala, sa patrie :

Salve, forts ignote ortu, sacer, aime, perennis. Vitrée, glauce, profunde, sonore, illimis, opacc, Salve, urbis genius, medico potabilis haustu,

Divona

(AusoN. Clar. Vrb. Burdigal. v. 2g-32.)

— Ne serait-ce point de cette source oubliée que sortirait à son tour notre poésie nationale du moyen âge , armée de si bonne heure de ses rimes uniformes ou croisées, de ses assonances répétées & de sa césure qui brise même en latin notre grand vers en deux hémistiches? La Gaule celtique se retrouverait sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, en communauté originelle avec la Germanie primitive.

3' Leges multa multorum omnibus columnîs, omnibus parietibus inscripta, quibus fons ille deusque (Cli!umnus) ceU'bratur. Plura laudabis, nonnulla ridebis. (C. Plin. Epistol. 1. 8, ep. 8.)

î' On a trouvé pourtant, au dix-huitième siècle, quelques monnaies d'or mêlées à tout ce fretin. — Les deux coins romains de bronze au type d'Auguste, publiés par Gaylus & Ménard (Voir Cavlus, Recueil, t. i, pi. CV, n. 1 ; & Ménard, t. 7, p. 173) peu de temps après leur découverte, y avaient été probablement jetés par un monétaire qui avait travaillé à Rome sous les triumviri monetales, & qui en avait rapporté quelques-uns de ses coins, restés à ce titre sa propriété, (Voir une des notes précédentes.)

» Ces monnaies autonomes qui doivent avoir été, pour la

\n de Rome 7'7

lors de quatre mille cinq cents toises, Se ses murs fortifiés de quatre-vingt-dix tours avec dix portes, Si que cette ville subsista dans cet état jusqu'au temps de Charles Martel. De ce grand nombre de tours il ne reste sur pied qu'une partie de celle qu'on appelle la Tour Magne, qui fait encore l'admiration des curieux.

Parmi plusieurs autres anciens monumens qui se sont conservés dans cette ville, mais dont on ignore le temps de la construction, on voit les restes d'un temple qu'on appelle de Diane, dont la structure étoit très-belle. Ce temple étoit voûté en arcs doubleaux 8i bâti de gros quartiers de pierre parfaitement liés ensemble sans le secours d'aucune espèce de ciment. Il y avoit au dedans douze niches, placées dans les intercolonnes pour autant de statues qui représentoient sans doute les douze principales divinités du paganisme; ce qui fait croire' avec raison que c'étoit un panthéon plutôt qu'un temple consacré particulièrement à Diane. Six de ces niches subsistent encore en entier.

On voit à Nimes un autre ancien édifice, appelé la Maison Carrée, qui s'est conservé dans tout son entier : c'est un carré long sur douze toises de longueur, six de largeur, Si autant de hauteur. Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'usage pour lequel il fut construit. Les uns croient que c'étoit la basilique que l'empereur Adrien fit bâtir dans la même ville à l'honneur de Plotine j les autres un capitole, ou maison consulaire, où s'assembloient les magistrats de la ville; & d'autres enfin, avec plus de^ fondement, un temple. Il est orné au dehors de trente colonnes cannelées, d'ordre corinthien, dont la sculpture des chapiteaux & des frises fait encore aujourd'hui l'admiration des plus habiles connoisseurs. Louis XIV fit réparer, en 1689, cet édifice qui sert aujourd'hui d'église aux religieux augustins.

L'amphithéâtre de la même ville qui subsiste encore est un des plus entiers Se des plus précieux monumens qui nous restent de l'antiquité : on ignore le temps de sa construction; quelques-uns l'attribuent à l'empereur Antonin Pie, qui le fit, dit-on, élever pour orner cette ville dont il étoit originaire; mais il n'y a rien de certain là-dessus. Sa figure est ovale, ainsi que celle de l'amphithéâtre de Rome. Deux rangs de soixante arcades chacun, l'un sur l'autre, forment tout autour divers portiques. Il y avoit trente rangs de sièges, dont il ne reste aujourd'hui que dix-sept : ils étoient si bien disposés, que plus de vingt mille personnes pouvoient s'y placer commodément. On peut^ voir ailleurs la description de toutes les parties de ce superbe édifice ainsi que

chées d'une patte ou d'une cuisse d'animal, dans naître le pied fourchu du sanglier (sus GaU'icas),

laquelle un numismatiste éminent ''' a cru recon- l'animal préféré du dieu que l'on se contentait

ainsi d'immoler en effigie, & en détail, qui plus

plupart, j'c/rés ou dddiécs au dieu, à 1 époque ou elles avaient ■■ ■" ...,,.,

cours (iactas stipes, Plin. Voir plus haut), ne prouvent- ' Montfaucon, Antiquité expliquée, t. 2, part. 1,

elles pas, d'une manière à peu près certaine, que le culte de p. 62.

la Fontaine, & même les rites de ce culte, remontaient à une . g „ ^ Recherches, p. 1 So & suiv. — Gautier,

époque fort antérieure à la conquête romaine? »7- o ■

, ... , jj -Il • ■ Nîmes, p. 40 et suiv,

u M. de Lagoy. (Description de quelques mâctatlles tnc- ^ • »r-

.Utes de Massilia, &c. Aix, in-.^°, p. 34 & suiv.) Gautier, Nîmes, p. 40 & suiv.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. II. iSy , , „

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toutes ses dimensions. Il nous suffit de remarquer en passant que cet amphithéâtre, qu'on appelle les Arènes, a servi longtemps de forteresse.

Un des plus illustres évêques ' de Nimes prétend qu'un grand nombre de lieux du voisinage de cette ville retiennent encore les anciens noms des familles romaines c[ui s'y établirent, ou plutôt des maisons de campagne qu'ils y firent bâtir; tels que les lieux d'Aimargues, de Caissargues, de Domessargues, de Fabiargues, Si plusieurs autres qui ont une semblable terminaison, qu'il fait dériver à'^Emilii, Cassii, Domitii, Fabii ^g^^" j mais il

paroît que cette étvmologie est un peu forcée, Si que la terminaison latine de ces lieux, appelés dans les anciens monumens Armasanicae, Domessanicae, Cassanîcae , t-c, convient mieux avec le mot aquae qu'avec celui à'ager^. ,^f ""f^J; Quoi qu'il en soit, Nimes eut la gloire de fournir à Rome un grand nombre de personnages célèbres, lesquels, après avoir passé par les principales charges de magistrature de cette colonie, montèrent ensuite aux premières dignités de J'Empire. Les' inscriptions nous ont conservé entre autres la mémoire d'Agatho, secrétaire d'un des césars, Se l'un de ses principaux officiers; de Solonius Sévérinus, protecteur de l'ancienne ville de Fréjus Si tribun militaire de la huitième légion ; de Q. Statius, qui fut d'abord duumvir de Nimes Si ensuite tribun militaire. On peut enfin juger de l'importance de cette colonie romaine, non-seulement par les anciens monumens Si le grand nombre d'inscriptions qui nous restent, mais aussi par celui des médailles qu'on y a découvertes en divers temps Si qu'on y découvre encore tous les jours. On en trouva entre autres tout à la fois jusqu'à cinq mille, d'argent, dans les temps des révolutions de la Province, sous le duc de Rohan, en creusant un réservoir voisin d'un ancien tombeau.

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