‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 273 sur 553 · LXXIX. — Gouvernement &• troubles de la Province · texte numérisé non relu

LXXIX. — Gouvernement &• troubles de la Province

César ayant soumis l'Egypte après la bataille d'Actium, se rendit à Rome

l'année suivante, où il régla les'* affaires de la République dont il s'attribua " %s"^' toute l'autorité. Il défendit par une loi générale à tous les sénateurs, à la réserve de ceux qui avoient des terres dans la Sicile, de sortir d'Italie sans sa permission, ou plutôt sans celle du sénat. Dans la suite, l'empereur Claude

' Fléchiec, Dissertation manuscrite sur Nimes. voyelle qui la suit étant brève tombe, ce qui

' Ici, comme partout où il a voulu donner des donne Domessincae, & par une mutation de liqui-

étymologies, D. Vaissete a les idées de son siècle, des fréquente dans le provençal, Domessargues

qui, en philologie, ne connaissait aittune des règles (comparez Canonica , la Canourgue , Camaricae y la

que l'on applique de nos jours. Les exemples qu'il Camargue). Quant à y voir l'union d'un nom

cite sont, en effet, composés d'un nom d'homme, d'homme & des mots ager ou aquae, c'est une chose

auquel on a joint un suffixe en icae, fréquent absolument inadmissible. [A. M.]

dans le Midi, & qui paraît désigner l'idée de pro- ' Voir, au tome II, le Recueil des Inscriptions de

priété ou de possession. Quant à cette forme en la Province.

argues, il faut y voir l'influence de l'accent. Do- * Dion Cassiu», I. i>i , p. ^94 & seq. — Tacite,

messânicae, par exemple, est accentué sur ô; la Annales. I. 12, c. 23.

An de Rome

excepta de cette loi les sénateurs qui avoient des terres dans la Narbonnoise, tant en considération des personnes de mérite que cette province avoit données au sénat, qu'à cause de son voisinage d'Italie &. de la paix dont elle jouissoit alors. Cette défense subsista jusqu'à l'empire de Théodose 8t de Valentinien, qui permirent indifféremment à tous les sénateurs de passer dans ces deux provinces &t d'y faire leur séjour.

Quelque attention qu'eût César Octave, après avoir envahi l'empire, à faire régner la paix & la justice, il ne put empêcher qu'il ne s'élevât divers mouvemens dans quelques provinces. Celles des Gaules n'en étoient pas exemptes, quand M. Valérius Messala Corvinus ', célèbre orateur, après avoir été consul Se collègue d'Octave l'an 728 de Rome, fut envoyé deux ans après dans la Province romaine pour la gouverner avec l'autorité de proconsul. On voit, en effet, par les poésies de Tibulle, qui servoit sous ce gouverneur, que les troubles des Gaules, que le consul Vipsanius Agrippa avoit heureusement apaisés neuf ans auparavant, s'étoient renouvelés alors & qu'ils avoient passé même dans la Province romaine. Messala, ayant été obligé de faire la guerre contre les rebelles, remporta divers avantages sur eux tant aux environs des rivières d'Aude 8c de Garonne, que vers le Rhône & les montagnes des Pyrénées. Ce gouverneur porta aussi ses armes contre les Gaulois rebelles du côté de la Loire & de la Saône, dans le pays chartrain, & dans plusieurs endroits de l'Aquitaine jusque vers l'Océan, les battit &. mérita par là, dans la suite, les honneurs du triomphe.

Il paroît que ces mouvemens des Gaules, qui donnèrent peut-être occasion à César Octave d'établir la colonie de Nimes pour contenir les peuples dans le devoir, ne finirent^ pas sitôt. La Province romaine 8c celle des Gaules demeurèrent sous le gouvernement immédiat de ce prince par le partage qu'il An de Rome ^^ ^^^^ provinccs de l'Empire avec le peuple romain, suivant lequel il se 727 réserva celles où |on pouvoit craindre quelque soulèvement 8c où il falloit entretenir des troupes, tant pour conserver les conquêtes du pays que pour s'assurer de la fidélité des peuples : on voit par là que les provinces des Gaules n'étoient pas alors entièrement paisibles. Nous savons d'ailleurs que C. Albius Carinnas 8c Nonnius Gallus, lieutenans de César dans ces provinces, furent obligés de faire la guerre dans le même temps aux peuples Morins, à ceux de Trêves 8c à plusieurs autres qui s'étoient soulevés.

César fit gouverner la Province romaine de la même manière que celles qui lui demeurèrent soumises immédiatement, 8c dans chacune desquelles il envoya dès lors un gouverneur pour autant de temps qu'il jugea à propos ; au lieu qu'auparavant le même en gouvernoit plusieurs. Ces gouverneurs étoient des sénateurs qui n'avoient que le titre de propréteurs ou de lieutenans de César, quoiqu'ils eussent déjà exercé le consulat : ils joignoient au t^t p"?oi'. gouvernement politique 8c à l'administration de la justice le commandement

■ Fasti Capitolini Triumphales. — Tibulle, Eleg. ' Dion Cassius, 1. Sj, & seq. — Fasti Trium-

I, I. — Dion Cassius, 1. 5i . pfiales.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II. aSo , , „

7 An de Kome

des troupes. On peut mettre' parmi les gouverneurs de la Province romaine, ^^^ sous les ordres de cet empereur, Flavius Ruffus 8c T. Didius Priscus. Le premier en eut l'administration, sous le titre de lieutenant d'Auguste, après avoir été préteur 5 & l'autre, qui étoit natif de Pavie & qui étoit peut-être de la même famille que T. Didius, consul l'an 656 de Rome, fut pourvu de ce gouvernement, avec l'autorité de propréteur.

LXXX. — Auguste tient l'assemblée générale des Gaules à Narhonne.

César fit le partage des provinces de l'Empire avec le peuple romain, au commencement de l'an 727 de Rome, Se reçut peu de jours après le titre d'auguste, que le peuple lui détéra de concert avec le sénat 8c qui, après lui, passa à ses successeurs. Ce prince s'étoit contenté jusqu'alors du titre à'imperator, c'est-à-dire de général ou commandant, qu'il avoit pris lui-même. Il partit^ ensuite pour les Gaules 8c se rendit à Narbonne, où il convoqua l'assemblée générale de ces provinces, afin d'y établir l'ordre 8c la police, ce que les guerres qui avoient suivi les conquêtes de Jules César dans ce pays n'avoient pas encore permis. Dans cette assemblée, Auguste, sans cbanger la division que le même César avoit fait des Gaules en Belgique, Aquitanique Se Celtique, outre la Province romaine ou Gaule Narbonnoise qui faisoit une quatrième partie, érigea chacune des trois premières en province, au lieu qu'auparavant elles ne formoient qu'une seule province romaine. La Belgique Se l'Aquitanique conservèrent leurs anciens noms; la Celtique prit celui de Lyonnoise, de Lyon, sa métropole. Cet empereur changea alors les limites de cette dernière, dont il démembra une grande partie, qu'il joignit à l'Aquitanique pour donner à celle-ci une étendue proportionnée aux trois autres. Il lui unit quatorze peuples qui habitoient entre la Garonne Se la Loire 8c qui, auparavant, étoient de la dépendance de la Celtique. Du nombre de ces peuples furent ceux du Vêlai, du Gévaudan 8c de l'Albigeois, renfermés aujourd'hui dans le Languedoc. La Province romaine, qui demeura dans ses anciennes limites 8c continua de faire une province séparée, prit alors le nom de Narbonnoise. Auguste, après avoir ainsi disposé du gouvernement des Gaules, donna des gouverneurs particuliers à chacune de ces quatre provinces, qui furent subdivisées dans la suite, comme nous le verrons ailleurs.

Cet empereur ordonna dans la même assemblée qu'on feroit le dénombrement des personnes 8c des biens des peuples des trois provinces des Gaules conquises par Jules César, pour régler le cens 8c le tribut que chaque particulier devoit payer par mois. La province Narbonnoise fut maintenue dans l'usage où elle étoit depuis sa soumission à la République de ne payer qu'un tribut réel. Ce nouvel assujettissement à un cens personnel parut odieux aux

Gruter, Corpus imcriptlonum , p. 463, n. 4j p- i 77 & 189, [édition Didot, p. 147]. — Tite p. 1093, n. 7, Live , Epitçme 134. — Tacite, Annales, 1. 1,

" Dion Cassius, 1. 53 & seq. — Strabon, 1. 4, c. 33.

An de Rome ~^° HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IK

peuples des trois autres provinces; 8<. ils auroient fait éclater dès lors leurs plaintes Si leurs mécontentemens, si Auguste n'eût étouffé leurs murmures autant par sa sagesse que par son autorité. Drusus Si Germanicus, personnages des plus distingués de l'Empire, furent chargés du soin de travailler à ce dénombrement.

Sénèque ' fait mention d'un temple qu'Auguste fit vœu d'élever, Se qu'il éleva, en effet, durant son séjour dans les Gaules, à l'honneur du vent de Cers ou de bise, qui, suivant ce même auteur, désole ces provinces. Ce passage donne lieu à un commentateur^ de ce philosophe de conjecturer qu'Auguste fit bâtir ce temple dans la Narbonnoise, oii ce vent est plus violent que partout ailleurs : on peut donc croire que cet empereur fit ce vœu durant son séjour à Narbonne Si qu'il fit construire ce temple, ou dans cette ville même, ou aux environs.

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